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Full text of "Journal de Eugene Delacroix .."

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JOURNAL 



DE 



EUGÈNE DELAC 



TOME TROISIÈME 
1855 — 1863 

STUI^VI D'UNE TABLE ALPHABET] 
DES NOMS ET DES OEUVRES CITÉS 



IVOTBS ET ECLAIRCISSEMENTS PAR MM. PAUL FLAT E 



Portrait et fac-similé 




PARIS 

LIBRAIRIE PLON 

E RX^ON, NOURRIT ET G*% IMPRIMEURS-É 

RUE GARANCIÈRE, 10 

1895 



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JOURNAL 



DE 



EUGENE DELACROIX 



Les éditeurs déclarent réserver leurs droits de reproduction 
et de traduction en France et dans tous les pays étran{jers, 
y compris la Suède et la Norvège. 

Ce volume a été déposé au ministère de l'intérieur (section 
de la librairie) en mai 1895. 



PARIS. TYP. DE B. PLOS, ^ÎOURRIT ET C", 8, RUE CARANCIÈRE. 537. 



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Achille oirouv del. 



Héliog» 8e Imp. E Charre_vr>e 



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E.PLONNOURRIT & C« Edit . 



JOURNAL 



DE 



EUGÈNE DELACROIX 

TOME TROISIÈME 
1855 — 1«63 

SUIVI D'UNE TABLE ALPHABÉTIQUE 
DES NOMS ET DES OEUVRES CITÉS 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS PAR MM. PAUL PLAT ET RENE PIOT 



Portrait et fac-similé 




PARIS 

LIBRAIRIE PLON 

E. PLON, NOURRIT et C^ IMPRIMEURS-ÉDITEURS 

RUE GARAMCIERE, 10 

1895 



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JOURNAL 



DE 



EUGENE DELACROIX 



1855 



Paris, S janvier. — Dîné chez Mme de Blocque- 
ville (1) avec Cousin (2). Singulière maison. 

Cousin, en sortant, m'assure que, toutes informa- 
tions prises, elle est fort honnête, sauf les petits 
loisirs que lui laisse l'absence de son mari, avec qui 
elle vit mal, mais qui ne fait que des apparitions. 

Je m'accroche à lui pour retourner chez Thiers (3) ; 
il n'y était pas, ni sa femme. Mme Dosne m'invite 
pour le vendredi de la semaine suivante. 

(1) Louise^Adélaïde d'Eckmûhl, marquise de Blocqueville, était la der- 
nière fille du maréchal Davoust, dont elle a fa,it revivre dans un livre 
important la sévère figure. Elle est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages 
de psychologie mystique. 

(2) Victor Cousin^ qui depuis 1852 n'occupait plus sa chaire de phi- 
losophie à la Sorbonne, travaillait alors à ses Etudes sur les femmes et la 
société du dix-septième siècle^ et avait déjà fait paraître Madame de 
Longueville (1853) et Madame de 5a6/e(1854). 

(3) Delacroix, habitant à cette époque rue Notre-Dame de Lorette, 
était par conséquent tout à fait voisin de M. Thiers. 

m. 1 



7^ 



2 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

9 janvier. — Dîné enfin chez la princesse (1), 
après avoir refusé deux fois, je crois, à cause démon 
malaise, suite de la grippe. — Se rappeler une sonate 
de Mozart qu'elle joue seule. 

Berryer y est venu, ainsi que les dames de Vaufre- 
land. Il m'a mené chez Mme de Lagrange, à qui je 
devais une visite depuis le dîner que j'y avais fait 
il y a longtemps déjà, le jour où j'avais causé longue- 
ment avec la princesse. 

— Magnifique sujet : Noé sacrifiant avec sa famille 
après le déluge : les animaux se répandent sur la terre, 
les oiseaux dans les airs; les monstres condamnés par 
la sagesse divine gisent à moitié enfouis dans la vase ; 
les branches dégouttantes se redressent vers le ciel (2) . 

20 janvier. — Chez Viardot (3). Musique de Gliick 
chantée admirablement par sa femme. 

Le philosophe Chenavard ne disait plus que la 
musique est le dernier des arts ! Je lui disais que les 
paroles de ces opéras étaient admirables. Il faut des 
grandes divisions tranchées; ces vers arrangés sur 
ceux de Racine et par conséquent défigurés, font un 
effet bien plus puissant avec la musique. 

(1) La princesse Marcellini Czartoryska. 

(2) Ce sujet de tableau n'a pas été traité par Delacroix. 

(3) Louis Viardot (1800-1883), littérateur. On lui doit un grand nom- 
bre de traductions d'ouvra^jes espagnols et russes. Il avait en 1841 fondé 
avec George Sand et Pierre Leroux la Bévue indépendante et pris un 
moment la direction du théâtre italien à la salle Ventadour en 1838. 
C'est là qu'il connut la célèbre cantatrice Pauline Garcia, qui devint sa 
femme en 1840. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX, 3 

Le lendemain dimanche , chez Tattet (1). Mem- 
brée(2) a chanté des. morceaux de sa composition; 
celui des Etudiants serait mauvais, même avec la plus 
belle musique. C'est un petit opéra sans récitatif, c'est- 
à-dire que le récit et le chant ne font qu'un ; c'est fati- 
gant pour l'esprit, qui n'est ni au récit ni à la musi- 
que, tout en courant à chaque instant après l'im et 
l'autre. Nouvelle preuve qu'il ne faut pas sortir des 
lois qui ont été trouvées au commencement sur tous 
les arts. Racontez ce qu'il vous plaira avec les récita- 
tifs, mais avec le chant ne faites chanter que la 
passion, sur des paroles que mon esprit devine avant 
que vous les disiez. 

U ne faut point partager l'attention : les beaux vers 
sont à leur place dans la tragédie parlée ; dans l'opéra, 
la musique seule doit m'occuper. 

Chenavard convenait, sans que je l'en priasse, qu'il /^ 
n'y a rien à comparer à l'émotion que donne la musi- 
que : elle exprime des nuances incomparables. Les 
dieux pour qui la nourriture terrestre est trop gros- 
sière, ne s'entretiennent certainement qu'en musique. 
Ufaut, à l'honneur mérité de la musique, retourner le 
mot de Figaro : Ce qui ne peut pas être chanté, on le 
parle. Un Français devait dire ce que dit Beaumarchais. 

(1) Alfred Tattetf banquier très répandu dans le monde artistique et 
littéraire, ami fidèle d'Alfred de Musset, qui lui dédia quelques-unes de 
S68 poésies. 

(2) Edmond Membrée (1820-1882), compositeur français, élève de 
Garafa. H écrivit notamment les chœurs de YOEdipe-Roiy de J. Lacroix, 
joué au Théâtre-Français en 1858. 



4 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

— Dîné chez Thiers : Cousin, Mme de Rémusat 
que j'ai revue avec plaisir, etc. 

Chez Tattet ensuite, où j'ai entendu Membrée. 

Ce qui met la musique au-dessus des autres arts 
(il y a de grandes réserves à faire pour la peinture, 
précisément à cause de sa grande analogie avec la 
musique), c'est qu'elle est complètement de conven- 
tion, et pourtant c'est un langage complet; il suffit 
d'entrer dans son domaine. 

24 janvier. — Au bal de Morny, le soir. Mérimée 
me parle d'un nommé Lacroix qui vend de bon 
papier. 

Je remarque encore l'étonnante perfection des Fla- 
mands à côté de quoi que ce soit : il y avait là un joli 
Watteau, qui devenait complètement factice, comme 
je l'avais déjà remarqué antérieurement. 

25 janvier. — Dîné chez Payen (1). — Mme Bar- 
bier ensuite. 

2S janvier. — Chez Thiers le soir; il me parle des 
ressources prodigieuses que Napoléon trouva dans son 
génie et dans son audace infatigable pendant la mémo- 
rable campagne de 1814. 

29 janvier. — Dîné chez Mme de Blocqueville avec 

(1) Anselme Payen (1795-1871), chimiste, professeur à l'École cen- 
trale et au Conservatoire des arts et métiers, membre de l'Académie des 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 5 

Thiers, Cousin, la duchesse d'Istrie, une Mme de 
Léotaud, et un M. de Beaumont(l) qui fait partie du 
jury de l'Exposition ; fort aimable et convenable de 
tous points, et bon appréciateur de toutes choses. 

En sortant, chez Fould. Bal. Figures de coquins 
de toute espèce. 

— Cousin, au dîner, avait raconté Fanecdote sui- 
vante ; Louis XIV avait tenu un conseil particulier 
entre Louvois, Turenne, Condé et lui, sur un plan de 
campagne, en recommandant un secret absolu; huit 
jours après, il lui revient que son plan est connu. 
Interpellant Turenne, il le lui dit et ajouta, connais- 
sant son inimitié pour Louvois : « Ce sera ce coquin 
de Louvois! » Turenne répond : « Non, Sire, c'est 
moi. » A cela le Roi lui dit : « Vous l'aimez donc 
toujours! » 

30 janvier. — Chez Mme de Lagrange. Je suis 
arrivé malheureusement de bonne heure, c'est-à-dire 
à dix heures. Qui croirait que c'est encore une heure 
indue le soir à Paris? 

J'ai trouvé là le vieux Rambuteau(2) qui est aveu- \r 
gle et qui me dit, quand on lui dit qui j'étais, qu'il 



(1) Adalbert de Beaumont, peintre et littérateur, qui exposa à plu- 
sieurs Salons et écrivit dans divers journaux et revues des articles 
sur les questions d'art. 

(2) Le comte de Rambuteau (1781-1869) avait été préfet de la Seine ' 
sous la monarchie de Juillet. Ce fut lui qui commença dans Paris les tra- 
vaux d'embellissement qui devaient plus tard, sous l'administration du 
baron Haussmann, transformer la capitale. 



« JOURNA.L D'EUGENE DELACROIX. 

était très fâché de n'avoir pas été ainsi prévenu de 
ma présence chez Mme de Blocqueville, la première 
fois que j'y dinai; qu'il m'aurait dit à quel point il 
avait toujours admiré mes peintures. Or le vieux scé- 
lérat ne m'a jamais adressé la parole, dans le temps 
qu'il était préfet, que pour me recommander de ne 
pas gâter son église de Saint-Denis du Saint-Sacre- 
ment. Ce tableau de treize pieds (1), payé6,000francs, 
avait été donné à Robert Fleury, qui, ne s'y sentant 
pas porté, m'avait proposé de le faire à sa place, avec 
l'agrément, cela va sans dire, de l'administration. 
VarcoUier, moins apprivoisé dans ce temps avec moi 
et avec ma peinture, consentit dédaigneusement à ce 
changement de personne, le préfet plus difficilement 
encore, à ce que je crois, dans la profonde défiance 
où il était de mes minces talents. 

L'adversité rend aux hommes toutes les vertus que 
la prospérité leur enlève. 

Cela me rappelle que, quand je fus revoir Thiers, au 
retour de son petit exil, il déplora la mesquinerie des 
commandes qu'on me faisait ; à l'entendre, j'aurais dû 
avoir tout à faire et être magnifiquement récompensé. 

31 janvier. — Fortoul, — Dumas ensuite. 

Je suis resté au coin de mon feu à cause du dégel. 
Puis, repris à dix heures d'un beau courage, j'ai été 
prendre l'air. 

(1) Ce tableau, PietUy fut peint directement sur le mur. (Voir Cata- 
logue Bobaut, n« 768.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 7 

2 février. — Dîné avec Mme de Forget. — Chez 
Mme Cerfbeer ensuite. J'ai fait les deux choses. 

Beaucoup causé avec. Eugène (1), que j'aime beau- 
coup. 

Chez Cerfbeer (2) ensuite, où Ton étouffait; j'ai 
causé avec Pontécoulant (3) et avec sa femme. Il me 
disait assez justement que la prise de Sébastopol serait 
l'empêchement irrémédiable à la paix ; que l'Empe- 
reur, en 1812, n'avait pas rétabli le royaume de Po- 
logne pour ne pas fermer tout retour à la paix, bien 
persuadé que la Russie n'abandonnerait jamais ses 
prétentions sur la Pologne et en ferait toujours un 
objet d'amour-propre au premier chef, comme elle 
en fait un de sa possession de la Crimée, le talisman 
véritable qui lui ouvre le chemin à la domination de 
rOrient^ 

En sortant, je me suis promené sur le boulevard 
avec délices : j'aspirais la fraîcheur du soir, comme si 
c'était chose rare. Je me demandais, avec raison, 
pourquoi les hommes s'entassent dans des chambres 
malsaines, au lieu de circuler à l'air pur, qui ne coûte 
rien. Ils ne causent que de choses insipides qui ne 
leur apprennent rien et ne les corrigent de rien ; ils 



(1) Eugène de Forget, 

(2) Alphonse Cerfbeer (1797-1859), auteur dramatique. 

(3) Le comte de Pontécoulant (1794-1882), officier et littérateur. Il te 
battit sous les ordres de Napoléon pendant les Gent-jours et fut blessé en 
1830 dans la campagne de Belgique à la tête d*un corps de volontaires 
parisiens qu*il avait organisé. De retour en France, M. de Pontécoulant 
s'est occupé de littérature et surtout de musique. 



8 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

font avec application des parties de cartes ou bâillent 
solitairement au milieu de la cohue, quand ils ne 
trouvent personne à ennuyer. 

3 février. — Chez Viardot. — Delangle (1). 

5 février. — Chez Thiers, le soir : j'y suis resté 
très longtemps ; il m'a accaparé, et nous avons parlé 
guerre ; il a mis en poudre mon système. 

En sortant et très tard, chez Halévy : calorifères 
étouffants. Sa pauvre femme empht sa maison de 
vieux pots et de vieux meubles; cette nouvelle folie 
le mènera à l'hôpital. Il est changé et vieilli ; il a l'air 
d'un homme entraîné malgré lui. Comment peut-il 
travailler sérieusement au milieu de ce tumulte? Son 
nouveau poste à l'Académie (2) doit prendre beau- 
coup sur son temps et l'écarter de plus en plus de la 
sérénité et de la tranquillité que demande le travail. 

Sorti de ce gouffre le plus tôt que j'ai pu. L'air de 
la rue m'a semblé déUcieux. 

6 février. — Dîné chez la princesse. Elle me plaît 
toujours : elle avait une robe dont elle ne savait que 
faire ; l'étoffe en était si magnifique qu'elle ressem- 
blait à une cuirasse de vingt aunes ; grâce à cette 
ampleur ridicule, toutes les femmes se ressemblent 
en ressemblant à des tonneaux. 

(i) Delangle était alors premier président de la cour de Paris. 
(2) Halévy avait été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des 
heaux-arts le 29 juillet 1854. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 9 

Après dîner, j'ai été un moment chez Fould et suis 
revenu pour l'entendre avec Franchomme ; mais le 
plaisir de la soirée avait été deux ou trois morceaux 
de Chopin qu'elle m'avait joués avant mon départ 
pour aller chez le ministre. 

Grzymala, à dîner, nous a soutenu que Mme Sand 
avait accepté de Meyerbeer de l'argent pour les arti- 
cles qu'elle a faits à sa louange. Je ne puis le croire 
et j'ai protesté. La pauvre femme a bien besoin 
d'argent : elle écrit trop et pour de l'argent; mais 
descendre jusqu'au métier des feuilletonistes à gages, 
c'est ce que je ne puis croire ! 

Berryer venu chez la princesse. 

7 février. — Soupe chez la fameuse comtesse de 
Païva. Ce luxe effrayant me déplaît; on ne rapporte 
aucun souvenir de semblables soirées : on est plus 
lourd le lendemain, voilà tout. 

Depuis moins de quinze jours, j'ai travaillé énor- 
mément : je suis occupé maintenant de Foscari (1), 
J'avais auparavant donné aux Lions (2) une tournure 
que je crois enfin la bonne, et je n'ai plus qu'à termi- 
ner en changeant le moins possible. 



(i) C'est la fameuse toile des Deux Foscari, que les admirateurs du 
maître ont pu voir pour la dernière fois à l'exposition de ses œuvres au 
palais des Beaux-Arts en 1885, car elle ne figurait pas à l'Exposition uni- 
verselle de 1889. Elle appartient actuellement au duc d' Aumale et consti- 
tue l'un des plus précieux joyaux de sa galerie. (Voir Catalogue Aobaut, 
n- 1272 et 1273.) 

(2) Voir Catalogue Robaut^ n<* 1278. 



10 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

Il février. — Dîner chez Bornot. 

15 février. — Dîné chez Lefîiel avec Arago, Fran- 
çais, etc. 

19 février. — Berryer m'écrit ce soir pour me 
demander si j'ai un moyen de trouver une place pour 
jeudi prochain, jour de son élection. Je lui réponds : 

« Mon cher cousin, je m'empresse de vous dire 
que je n'espère qu'en vous pour trouver place à une 
séance aussi intéressante pour moi. Je n'ai quasiment 
que des ennemis dans le palais Mazarin. Ils me veu- 
lent à la porte de toutes les façons; recevez-moi au 
moins pour ce jour, qui m'est cher à plus d'un titre. 
Votre mille fois affectionné et dévoué. » 

En réponse à cette lettre, Berryer n'a pu m'envoyer 
qu'un biUet dans les amphithéâtres haut perchés de 
l'Institut. En arrivant à midi et demi par la neige et 
le froid, j'ai trouvé que la queue remplissait jusqu'à la 
porte de la rue, c'est-à-dire tous les escaliers et pas- 
sages qui conduisent audit amphithéâtre, lequel était 
plein, de sorte que ces bonnes gens, parmi lesquelles il 
y en avait qui prétendaient que ce côté était excellent, 
attendaient, ou l'évanouissement de quelque dame, ou 
je ne sais quel prodige pour se glisser dans l'intérieur ; 
et ils étaient là deux cents ! 

Je boude un peu Berryer. En pareille situation, 
j'aurais voulu placer mon cousin. Tous ses amis de 
Frohsdorf et autres étaient, j'en suis sûr, bien installés. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 11 

et avaient apporté leurs grandes oreilles pour l'écou- 
ter... Je me trompe : ils étaient là pour dire qu ils y 
avaient été. 

4 mars. — Symphonie de Gounod (1) à deux heures. 

5 mars. — Concert de l'aimable princesse. Le con* 
certo de Chopin a produit peu d'effet. Ils s'obstinent 
à le jouer au lieu de ses déhcieux petits morceaux . 
La pauvre princesse et son piano disparaissent sur ce 
théâtre. Quand la Viardot a préludé, pour chanter des 
mazurkas de Chopin arrangées pour la voix, on a 
senti l'artiste; c'est ce que me disait Delaroche, qui 
était près de moi, dans cette place où j'avais été relé- 
gué, après avoir offert la mienne aux dames de Vau- 
freland. 

Ces courts fragments de symphonie d'Haydn 
entendus hier m'ont ravi autant que le reste m'a 
rebuté. Je ne puis plus consentir à prêter mes oreilles 
ou mon attention qu'à ce qui est excellent. 

— Sur le respect immodéré des maîtres : citer la 
froideur de certains Titien, le Christ au tombeau, 
etc., etc. (2). 

(1) Charles Gounod (1818-1893), grand prix de Rome de musique 
en 1839, n'avait pas encore produit ses œuvres importantes. Faust ne 
fut joué qu'en 1859. 

(2) Delacroix a déjà formulé, en des années antérieures, un jugement 
analogue à celui que nous trouvons ici et qui paraît pour le moins 
déconcertant. On retrouvera plus loin, dans l'année 1857, une sorte 
d'amende honorable, présentée par lui-même. Voir sur ce point notre 
Étude^ p. XL VII. 



it JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

— Oculos habent et non vident veut dire : Delà 
rareté des bons juges en peinture. 

— Sur le style... ne pas confondre avec la mode. 

13 mars. — Dîné chez la princesse, à mon corps 
défendant... J'ai refusé si souvent que j'y vais par 
devoir. Bon morceau de Mozart joué par elle avec 
basse, violon et violoncelle, précédé d'un morceau de 
Mendelssohn joué par la princesse de Chimay, en- 
nuyeux de tout point. 

Je me sauve après le morceau de Mozart et j'évite 
la Polonaise de Chopin, dont nous étions menacés. 

14 mars. — J'ai quitté mon travail acharné sur mes 
Lions, pour aller à une heure voir la salle d'exposi- 
tion. 

En revenant, chez Riesener. 

Je suis depuis quelque temps dans un mauvais état 
de santé : l'estomac est capricieux, et c'est lui pour- 
tant qui conduit tout le reste. A présent, mon malaise 
me prend au milieu de la journée, et je peux quel- 
quefois faire une séance à la fin du jour. Je me lève 
très matin. 

15 mars. — Dîné chez Bertin; ce bon Delsartem'a 
dit que Mozart avait outrageusement pillé Galuppi (1), 

(i) Balthazar Galuppi, compositeur bouffe italien, né en 1706, mort 
en 1785. De 1729 à 1777, il écrivit cinquante-quatre peirtitions. Ses 
œuvres peuvent être citées comme un exemple de la facilité en même 
temps que de l'inconsistance du style italien. 



JOUBNAL D'EUGENE DELACROIX. 13 

à peu près sans doute comme Molière a pillé partout 
où il a trouvé. Je lui ai dit que ce qui était Mozart 
n'avait pas été pris à Galuppi ni à personne. 
Il met LuUi au-dessus de tout, même de Gluck, qu'il 
admire pourtant fort. 

Il a chanté des chansonnettes anciennes et char- 
mantes, chantées avec le goût qu'il y met. Je lui 
ai fait remarquer que s'il prenait la peine de chan- 
ter avec le même soin la musique des grands musi- 
ciens qu'il n'aime pas, elle ferait autant d'effet, 
et peut-être davantage. Il a chanté le bel air de 
Telasco, toujours avec le même ravissement pour 
moi. 

On passe à certains artistes leurs excentricités sur 
un point, sans diminuer de l'estime de leur talent : 
Delsarte est une espèce de fou dans sa conduite ; ses 
projets pour le bonheur de l'humanité, sa volonté 
persévérante de se faire pendant quelque temps 
médecin homéopathe, et enfin sa préférence ridicule et 
exclusive pour l'ancienne musique, qui est le pendant 
de son excentricité en manière de se conduire, le 
classent avec Ingres, par exemple, dont on dit qu'il 
se conduit comme un enfant, et qui a des préférences 
et des antipathies également sottes... Il manque 
quelque chose à ces gens-là. Ni Mozart, ni Molière, 
ni Bacine ne devaient avoir de sottes préférences, ni 
de sottes antipathies ; leur raison, par conséquent, 
était à la hauteur de leur g en te y ou plutôt était leur 
génie même. 



14 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Le stupide public abandonne aujourd'hui Rossini 
pour Gliick, comme il a abandonné autrefois Gluck 
pour Rossini; une chansonnette de Fan 1500 est mise 
au-dessus de tout ce que Cimarosa a produit. Passe 
pour ce stupide troupeau à qui il faut absolument 
changer d'engouement, parla raison qu'il n'a de goût 
et de discernement sur rien! mais des hommes 
de métier, artistes ou à peu près, qu'on qualifie 
d'hommes supérieurs, sont inexplicables de se prêter 
lâchement à toutes ces sottises. . . 

16 mars. — C'est à partir de ce jour que j'ai été 
pris d'indisposition et forcé d'interrompre tout travail 
pendant un assez long temps. 

23 mars. — Je remarque ce matin, en examinant 
des croquis (1) que j'ai faits d'après des figures de la 
galerie d'Apollon (sculptures sur les corniches) et 
copiés d'après le livre gravé que Duban m'avait 
prêté, l'incorrigible froideur de ces morceaux. Je ne 
peux l'attribuer, malgré la largeur d'exécution, qu'à 
l'excessive timidité, qui ne permet jamais à l'artiste 
de s'écarter du modèle, et cela dans des figures accrou- 
pies sur des- corniches et dans lesquelles la fantaisie 
était plus que permise. • 
^^ C'est par amour de la perfection que ces figures 

(1) Ces croquis datent de 1849, époque à laquelle Delacroix fut chargé 
de peindre la partie centrale de la galerie. (Voir Catalogue Bobaut, 
n- 1107 à 1118.) 



> 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 15 

sont imparfaites. Il y a un peu du reflet de cette exacti- 
tude outrée dans toute l'école qui commence au Pous- 
sin et aux C arrache. La sagesse est sans doute une 
qualité, mais elle n'ajoute pas de charme. Je compare 
la grâce des figures d'un Corrège, d'un Raphaël, d'un 
Michel-Ange, d'un Bonasone, d'un Primatice, à celle 
d'une ravissante femme, qui vous enchante sans 
qu'on sache pourquoi. Je compare, au contraire, la 
froide correction des figurer du style français à ces 
grandes femmes bien bâties, mais dépourvues de 
charme. 

25 mars, — Hier samedi, continuation du malaise, 
mais avec quelque mieux. Je lis toujours le roman de 
Dumas, de Nanon de Lartigues (1) : je dors par inter- 
valles. Ce roman est charmant au commencement ; 
puis, comme à l'ordinaire, viennent des parties en- 
nuyeuses, mal digérées ou emphatiques. Je ne vois 
pas encore poindre tout à fait dans celui-ci les pas- 
sages prétendus dramatiques et passionnés, comme 
il en introduit dans tous ses romans, même les plus 
comiques. 

Ce mélange du comique et du pathétique est 
décidément de mauvais goût. Il faut que l'esprit 
sache où il est, et même il faut qu'il sache où on le 
mène. Nous autres Français, famiUarisés depuis long- 



(1) Nanon de Lartigues, première partie du roman d'Alexandre 
Dumas : la Guerre des femmes y publié en 1844 dans la Patrie, et plus 
tard en deux volumes. 



16 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

temps avec cette manière d'envisager les arts, nous 
aurions de la peine, à moins d'une très grande habi- 
tude de Fanglais, par exemple, à nous faire une idée 
de FefiFet contraire dans les pièces de Shakespeare. 
Nous ne pouvons imaginer ce que serait une bouffon- 
nerie sortant de la bouche du grand prêtre, d'une 
AthaUe, ou seulement la plus petite atteinte vers le 
style famiher. La Comédie ne présente le plus sou- 
vent que des passions très sérieuses dans celui qui 
les éprouve , mais dont l'effet est de provoquer le 
rire, plutôt que l'émotion tragique. 

Je crois que Chasles avait raison quand il me disait 
dans une conversation sur Shakespeare, dont j'ai parlé 
dans un de ces calepins : « Ce n'est ni un comique ni 
un tragique proprement dit ; son art est à lui, et cet 
art est autant psychologique que poétique ; il ne peint 
point l'ambitieux, le jaloux, le scélérat consommé, 
mais un certain jaloux, un certain ambitieux, qui est 
moins un type qu'une nature avec ses nuances parti- 
culières. » Macbeth, Othello, lago, ne sont rien moins 
que des types ; les particularités ou plutôt les singu- 
larités de ces caractères peuvent les faire ressembler 
à des individus, mais ne donnent pas l'idée absolue 
de chacune de leurs passions. Shakespeare possède 
une telle puissance de réalité qu'il nous fait adopter 
son personnage comme si c'était le portrait d'un 
homme que nous eussions connu. Les familiarités 
qu'il met dans les discours de ses personnages, ne 
nous choquent pas plus sans doute que celles que 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. IT 

nous rencontrerions chez les hommes qui nous en- 
tourent, qui ne sont point sur un théâtre, mais tour à 
tour affligés, exaltés ou même rendus ridicules par 
les différentes situations que comporte la vie comme 
elle est ; de là des hors-d' œuvre qui ne choquent point 
dans Shakespeare, comme ils feraient sur notre 
théâtre. Hamlet, au beau miheu de sa douleur et de 
ses projets de vengeance, fait mille bouffonneries 
avec Polonius, avec des étudiants ; il s'amuse à in- 
struire les acteurs qu'on lui amène, pour représenter 
une mauvaise tragédie. Il y a en outre dans toute la 
pièce un souffle puissant et même une progression et 
un développement de passions et d'événements qui, 
bien qu'irréguhers dans nos habitudes, prennent un 
caractère d'unité qui établit dans le souvenir celle de 
la pièce. Car, si cette qualité souveraine ne se trou- 
vait pas avec les inconvénients dont nous venons de 
parler, ces pièces n'auraient pas mérité de conserver 
l'admiration des siècles. Il y a une logique secrète, 
un ordre inaperçu dans ces entassements de détails, 
qui sembleraient devoir être une montagne informe et 
où l'on trouve des parties distinctes, des repos ména- 
gés, et toujours la suite et la conséquence. 

Je remarque ici même, à ma fenêtre, la grande 
similitude que Shakespeare a en cela avec la nature 
extérieure, celle par exemple que j'ai sous les yeux, 
j'entends sous le rapport de cet entassement de dé- 
tails dont il semble cependant que Tensemble fasse 
un tout pour l'esprit. Les montagnes que j'ai parcou- 
III. 3 



18 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

rues pour venir ici, vues à distance, forment les lignes 
les plus simples et les plus majestueuses ; vues de 
près, elles ne sont même plus des montagnes, ce sont 
des parties de rochers, des prairies, des arbres en 
groupes ou séparés, des ouvrages des hommes, des 
maisons, des chemins, occupant Fattention tour à 
tour. 

Cette unité, que le génie de Shakespeare établit 
pour l'esprit à travers ses irrégularités, est encore 
une qualité qui est propre à lui. 

Mon pauvre Dumas, que j'aime beaucoup et qui 
se croit sans doute un Shakespeare, ne présente à 
Tesprit ni des détails aussi puissants, ni un ensemble 
qui constitue dans le souvenir une unité bien mar- 
quée. Les parties ne sont point pondérées ; son co- 
mique, qui est sa meilleure partie, semble parqué 
dans de certains endroits de ses ouvrages ; puis, tout 
à coup, il vous fait entrer dans le drame sentimental, 
et ces mêmes personnages qui vous faisaient rire de- 
viennent des pleureurs et des déclamateurs. Qui re- 
connaîtrait, dans ces joyeux mousquetaires du com- 
mencement de l'ouvrage, ces êtres de mélodrame 
engagés à la fin dans cette histoire d'une certaine mi- 
lady, que l'on juge en forme et qu'on exécute au mi- 
lieu de la tempête et de la nuit? C'est le défaut habi- 
tuel de Mme Sand. Quand vous avez fini de lire son 
roman, vos idées sur ses personnages sont entière- 
ment brouillées; celui qui vous divertissait par ses 
saillies ne sait plus que vous faire verser des larmes 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 19 

sur sa vertu, sur son dévouement à ses semblables, 
ou parle le langage d'un thaumaturge inspiré ; je ci- 
terais cent exemples de cette déception du lecteur. 

— Le jeune Armstrong venu ; il m'a parlé de Tur- 
ner (l), qui a laissé cent mille livres sterling pour 
fonder une retraite pour les artistes pauvres ou in- 
firmes; il vivait a varicieu sèment avec une vieille 
servante. Je me rappelle l'avoir reçu chez moi une 
seule fois, quand je demeurais au quai Voltaire; il me 
fit une médiocre impression; il avait l'air d'un fermier 
anglais : habit noir assez grossier, gros souliers et 
mine dure et froide. 

31 mars. — Je vais mieux : j'ai repris mon travail. 
M. . . venue vers quatre heures voir mes tableaux ; elle 
m'engage à venir lundi pour entendre Gounod. Elle 
avait un châle vert qui lui nuisait horriblement, et ce- 
pendant elle conserve son charme. L'esprit fait beau- 
coup en amour ; on pourrait devenir amoureux de cette 
femme-là, qui n'est plus jeune, qui n'est point jolie et 
qui est sans fraîcheur. Singulier sentiment que celui- 
là ! Ce qui est au fond de tout cela est toujours la pos- 
session, mais la possession de quoi, dans une femme 
qui n'est pas jolie? Celle de ce corps qui n'a rien d'a- 
gréable? Car, si c'est de l'esprit qu'on est amoureux, 
on en jouit tout autant sans posséder ce corps sans 

(1) Delacroix, lors de son premier voyage en Angleterre (1825), consi- 
dérait Turner (1775-1851) comme un véritable réformateur. (Voir 
t. I, p. 39, en note.) 



20 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

attraits : mille femmes jolies sont là qui ne vous don- 
nent pas une distraction. L'envie de tout avoir d'une 
personne qui nous a émus, une certaine curiosité, 
mobile puissant en amour, l'illusion peut-être de pé- 
nétrer plus avant dans cette âme et dans cet esprit, 
tous ces sentiments se réunissent en un seul ; et qui 
nous dit qu'au moment où nos yeux ne croient voir 
qu'un objet extérieur dépourvu d'attraits, certains 
charmes sympathiques ne nous poussent pas à notre 
insu? L'expression des yeux suffit à charmer (1). 

21 avril. — Dîné chez Legouvé avec Goubaux, 
Patin, etc., etc. 

2 mai. — Ce soir chez l'insipide Païva. Quelle 
société ! Quelles conversations! Des jeunes gens avec 
barbe et sans barbe ; des jeunes premiers de quarante- 
cinq ans, des barons et des ducs allemands, des jour- 
nalistes, et tous les jours de nouvelles figures ! 

Amaury Duval y est venu. Je n'ai commencé à 
pouvoir ouvrir la bouche qu'avec lui ; j'étais pétrifié 
de tant d'inutilité et d'insipidité. Le bon X... croit 
être là en société. Comme on ne jure que par lui, 
qu'il fait là un excellent dîner chaque semaine et qu'il 
y mène sa donzelle, qu'on le consulte même sur les 
talents du cuisinier, qu'il décide s'il faut le conserver 

(1) G*ett en des passages comme celui-ci que te fait le mieux aperce- 
voir l'analogie avec Stendhal, cette parenté spirituelle que nous notions 
dans notre Étude et qui avait frappé plusieurs de ceux qui le con- 
nurent. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 21 

OU le changer, il est là comme autrefois le Mondor de 
Fancien régime dans certains salons ; il bâille, il dort 
pendant qu'on lui parle ; au demeurant, c'est un bon 
garçon. . 

En sortant de cette peste assoupissante à onze 
heures et demie et en respirant l'air de la rue, je me 
suis cru à un régal; j'ai marché une heure avec moi- 
même, peu satisfait néanmoins, morose, faisant retour 
sur mille objets désagréables et me plaçant en esprit 
au milieu de tous ces dilemmes que pose l'existence 
telle qu'elle est; celui-ci surtout qui est le fond de 
tous les raisonnements possibles à cet endroit : soli- 
tude, ennui, torpeur, société avec et sans liens, 
rage de tous les moments et surtout aspiration à la 
solitude. Conclusion : rester dans la solitude^ sans 
traverser d'autre épreuve, puisque le vœu suprême 
est enfin d'être tranquille, quand la tranquillité de- 
vrait être une sorte d'anéantissement. 

4 mai. — Chez Nieuvrerkerke le soir ; Levassor (l) 
nous a fait la scène de Y Anglais à Inhermann. 

14 mai, — J'ai eu à dîner VarcoUier, Gautier (2) et 
les aimables hommes qui m'ont été agréables pour 
mon exposition. 

Bonne soirée; Dauzats en était. 



(1) Levassor, célèbre acteur comique, qui excellait dans les rôles à 
travestissements . 

(2) Théophile Gautier, 



22 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

15 mai. — Inauguration de Flndustrie. J'ai été en- 
suite, et imprudemment, à Texposition des tableaux 
avec Dauzats et revenu avec lui jusque chez moi. J'y 
ai eu très froid. 

J'ai vu l'exposition d'Ingres (1). Le ridicvde, dans 
cette exhibition , domine à un grand degré ; c'est 
l'expression complète d'une incomplète intelligence ; 
l'effort et la prétention sont partout ; il ne s'y trouve 
pas une étincelle de naturel. 

Dauzats, en revenant, me conte l'histoire des tra- 
vaux de Chenavard. 

22 mai, — Dumas me fait demander le matin si je 
suis chez moi ; je lui réponds que j'y serai à deux 
heures. Il me demande des notes sur les choses 
les plus inutiles à savoir pour un public, com- 
ment je m'y prends dans ma peinture, mes idées sur 

(1) A côté de ce jugement si sévère, et qui était évidemment l'expres- 
sion définitive de sa pensée, il est intéressant de noter ce fragment 
de lettre que Delacroix écrivait au critique d'art Th. Silvestre, après 
l'envoi de son livre : Histoire des artistes vivants y français et étrangers : 
« Je n'ai pas encore lu la biographie d'Ingres, c'est-à-dire relu, car je 
« suis encore à votre dernier envoi, dont je ne vous ai rien dit cet 
« automne, p^rce que je suis parti très brusquement. Déjà, sur ce que 
« vous m'en aviez dit à la volée> je vous avais exprimé mon sentiment. 
« Je vous avais supplie' d'ôter les personnalités, qui sont déjà une déro- 
« gation aux usages d'autrefois en parlant des vivants, même quand on 
« en dit du bien. Avec cette franchise que vous aimez et dont j'use quel- 
« quefois pour mon compte, je vous disais que je regretterais que vous 
« n'eussiez pas fait des changements dans ce sens, pour vous, pour moi, 
« pour tout le monde. » [Corresp,, t. II, p. 136.) M. Burty ajoute 
très justement en note que le passage en question « montre avec quel 
« tact Delacroix désirait que l'on n'imitât pas dans son camp les furi- 
M bouderies de ses adversaires » . 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 23 

la couleur, etc. Il me demande, pour prolonger 
la séance, à dîner avec moi ; je saisis cette occasion 
de passer quelques bons moments. Il va faire une 
course et revient à sept heures passées, au moment 
où j'allais dîner tout seul, mourant de faim. 

Après notre dîner, nous allons en fiacre chercher 
une petite qu'il protège, et nous allons voir la tragédie 
et la comédie itaUennes. Il n'est qu'un motif qui puisse 
engager à aller à un pareil spectacle : celui de se for- 
tifier dans la connaissance de l'italien. Rien n'est plus 
ennuyeux. 

Dumas me disait qu'il était en train de procès qui 
devaient assurer son avenir, quelque chose comme 
800,000 francs pour commencer, sans compter le 
reste. Le pauvre garçon commence à s'ennuyer d'é- 
crire jour et nuit et de n'avoir jamais le sou. « Je suis 
« au bout », m'a-t-il dit, « je laisse à moitié faits 
*i deux romans. . . je m'en irai, je voyagerai et je ver- 
u rai, à mon retour, s'il s'est rencontré un Alcide 
« pour achever ces deux entreprises imparfaites. » 
Il est persuadé qu'il va laisser, comme Ulysse, un arc 
que personne ne pourra bander ; en attendant, il ne 
se trouve pas vieilli et agit, sous plusieurs rapports, 
comme un jeune homme. Il a des maîtresses, les fa- 
tigue même ; la petite que nous avons été prendre 
pour aller au spectacle lui a demandé grâce ; elle se 
mourait de la poitrine, au train dont il y allait. Le bon 
Dumas la voit tous les jours en père, a soin de l'es- 
sentiel dans le ménage, et ne s'inquiète pas des délas- 



24 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

sements de sa protégée! Heureux homme ! heureuse 
insouciance ! Il mérite de mourir comme les héros, 
sur le champ de bataille, sans connaître les angoisses 
de la fin, la pauvreté sans remède et F abandon. 

Il me disait qu'avec ses deux enfants, il est comme 
seul. Ils vont Tun et Tautre à leurs affaires et le laissent 
se faire consoler par son Isabelle. D'un autre côté, 
Mme Gavé me disait le lendemain que sa fille se plai- 
gnait de la société d'un père qui n'était jamais à la 
maison... Étrange monde ! 

25 mai. — Au conseil. — Auparavant, j'ai été avec 
Jenny voir des seaux à rafa'aîchir le vin de Cham- 
pagne. 

Les collègues, comme les autres, remarquent mon 
Salon (1), et me parlent des compliments qu'ils en 
entendent faire. 



(1) A propos de ce Salon de 1855, Baudelaire avait écrit cette con- 
clusion enthousiaste, qui venait après une étude détaillée des œuvres 
offertes au public : « Homme privilégié, la Providence lui garde des 
« ennemis en réserve ! Homme heureux parmi les heureux ! Non seule- 
« ment son talent triomphe des obstacles, mais il en fait naître de nou- 
« veaux, pour en triompher encore. Il est aussi grand que les anciens 
« dans un siècle et dans un pays où les anciens n'auraient pas pu 
« vivre... Les nobles artistes de la Renaissance eussent été bien coupa- 
« blés de n'être pas grands, féconds et sublimes, encouragés et excités 
« qu'ils étaient par une compagnie illustre de seigneurs et de prélats, 
« que dis-je? par la multitude elle-même, qui était artiste en ces âge^ 
« d'or. Mais l'artiste moderne qui s'est élevé si haut malgré son siècle, 
« qu'en dirons-nous, si ce n'est de certaines choses que ce siècle n'accep- 
« tera pas, et qu'il faut laisser dire aux âges futurs? » (Voir les Curiosités 
esthétiques,) A cet article enthousiaste Delacroix répondait ainsi : 
« Cher Monsieur, je n'ai reçu qu'ici votre article par>dessus les toits. 
m Vous êtes trop bon de me dire que vous le trouvez encore trop 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. Î5 

Je reste après la séance, par un beau soleil, à lire 
les journaux. 

Je vais chez Gervais le remercier des couleurs qu'il 
m'a apportées hier, et je rentre, mourant de faim. Je 
voulais, avant diner, aller voir la bonne Alberthe : je 
remets cela. 

26 mai, — Dîné chez Mme Villot ; j'y ai trouvé 
Mme Herbehn, Rodakowski (1), Ferré et Nieuwer- 
kerke. Nouvelle sortie contre les fleurs qui jonchent la 
table. 

Le soir, à neuf heures, Nieuwerkerke me mène 
chez le prince Napoléon, pour le premier jour de ses 
soirées... Quelle foule! Quels visages! Le républicain 
Barye, le républicain Rousseau, le républicain Fran- 
çais, le royaliste Un Tel, l'orléaniste Celui-ci; tout 
cela se pressant et se coudoyant. Il y avait des femmes 
charmantes, Mme Barbier entre autres, infiniment à 
son avantage. 

Je suis sorti tard, et ai été prendre une glace au 
café de Foy : celles du prince étaient détestables. 

« modeste ; je suis heureux de voir quelle a été votre impression sur mon 
« exposition. Je vous avouerai que je n'en suis pas mécontent, et quel- 
• que cKose de moi-même m'a gagné plus qu'à l'ordinaire en voyant la 
« réunion de ces tableaux. Puisse le bon public avoir des yeux, mais 
« surtout les vôtres, car ils jugent encore plus favorablement, j'en suis 
« sûr, que je ne fais. » [Corresp,, t. II, p. 121.) 

(i) Rodakowski avait remporté une première médaille à l'Exposition 
universelle de 1855, et Delacroix avait puissamment contribué à faire 
obtenir cette récompense à une œuvre qu'il jugeait des plus remarquables, 
le portrait du général Dembinski, déjà exposé en 1852 et dont il est 
question plus haut (tome II, p. 156). 



te JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Ma nuit a été mauvaise dans la première partie ; 
je me suis relevé qu'il faisait petit jour et me suis 
promené ; cela m'a remis. J'ai joui de ce moment 
solennel où la nature reprend des forces, où royalistes 
et républicains sont endormis d'un commun sommeil. 
♦ 

29 mai. — Aujourd'hui j'ai eu à dîner : Mérimée, 
Nieuwerkerke, Biolay, Halévy, Villot, Viel-Ca8tel(l), 
Arago, Pelletier et Lefuel; ils ont paru s'amuser et se 
trouver sans façon. Je redoutais cette corvée, et elle 
s'est changée en plaisir; je voudrais être logé de ma- 
nière à renouveler souvent ces parties-là. 

31 mai. — Dîné chez Moreau avec Français (2), 
Mouilleron(3), les deux Rousseau (4), Martinet (5), etc. 

V^ juin. — Au conseil, toujours dans la salle des 
Cariatides ; il est question des billets de bal. Je fais 
une sortie contre l'exigence de n'en demander que 

(1) Le comte Horace de Viel-Castel (1798-1864), littérateur. Il entra 
-en 1853 dans l'administration des Beaux-Arts et devint peu de temps 
après conservateur du Musée des souverains, poste qu'il occupa jusqu'en 
1862. 

(2) François-Louis Français, élève de Gigoux et de Corot, est membre 
de l'Académie des beaux-arts depuis 1890. 

(3) Adolphe Mouilleron (1820-1881), lithographe fort estimé. On lui 
doit entre autres œuvres une superbe lithographie de la Bonde de nuit 
de Rembrandt. 

(4) Théodore et Philippe Rousseau. 

(5) Louis Martinet, peintre, élève de Gros, a organisé un grand 
nombre d'expositions, et notamment en 1864 l'exposition posthume des 
œuvres d'Eugène Delacroix. Louis Martinet a longtemps dirigé le place- 
ment des œuvres d'art à nos Salons annuels. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 2T 

pour des personnes intimes; il est curieux de voir 
tous ces épiciers, tous ces marchands de papier et 
tous ces précieux se trouver de meilleur ton et de 
meilleure compagnie que tel cordonnier et tel tail- 
leur qui aura été invité par mégarde et qu'ils craignent 
de coudoyer. Je leur ai dit que la société française de 
nos jours n'était faite que de ces bottiers et de ces 
épiciers, et qu'il ne fallait pas y regarder de si près. 

Je vais ensuite à l'Exposition. Celle d'Ingres m'a 
paru autre que la première fois, et je lui sais gré de 
beaucoup de qualités. Je trouve là Mme Villot et une 
de ses amies. 

C'est le soir que j'ai revu la bonne Alberthe, 
qui me fait amitiés tant qu'elle peut. On s'est occupé 
pendant très longtemps d'un grand chien qui rem- 
phssait toute la chambre et sur lequel l'admiration ne 
tarissait pas. Je déteste qu'on s'occupe longtemps de 
ces personnages épisodiques, tels que les chiens et 
les enfants (1), qui n'intéressent jamais que leurs pro- 
priétaires ou ceux qui les ont mis au monde. 

2 juin. — Je fais mes paquets. 

Chez le prince Napoléon le soir. J'y trouve So- 

(1) Dans l'étude sur le maître qu'il écrivit au lendemain de sa mort, 
Baudelaire disait : « Je dois ajouter, au risque de jeter une ombre sur sa 
« mémoire, au jugement des âmes élégiaques, qu'il ne montrait pas de 
« tendres faiblesses pour l'enfance. L'enfance n'apparaissait à son esprit 
« que les mains barbouillées de confitures (ce qui salit la toile et le 
« papier), on battant le tambour (ce qui trouble la méditation), ou incen- 
• diaire et animalement dangereuse comme le singe. » (Baudelaire, Art 
romantique. Vœuvre et la vie d*Eugène Delacroix.) 



28 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

lange (1) et sa cousine Augustine que je ne recon- 
naissais pas d'abord. 

Dans la journée, Moreau était venu me prendre 
pour aller chez le lithographe Sirouy (2), qui fait une 
planche d'après la petite Entrée des croisés. 

Champrosay, S juin. — Parti à une heure et demie 
pour Champrosay. Pluie comme à l'ordinaire; le 
temps se remet le soir. Je rencontre en montant Gan- 
das, qui vient me faire un salut que je crois intéressé, 
Quantinet, puis le maire et Hippolyte Rodrigues et 
son fils, qui passent à cheval et m'apprennent qu'Ha- 
lévy s'installe à Fromont. 

4 juin. — Aussitôt levé, je déballe mes toiles et 
fais ma palette; je travaille beaucoup dans cette 
journée, qui est la première que je passe ici. 

Avant dîner, promenade par le mur de Bayvet; je 
trouve encore les traces de l'inscription au charbon 
sur son mur; je suis tous les ans, avec un mélanco- 
hque intérêt, l'effacement de ces plaintes de ce pauvre 
amoureux. Cette inscription fragile a survécu de 
beaucoup probablement au sentiment qui l'a dictée; 
celui qui l'a écrite est peut-être disparu depuis long- 
temps, aussi bien que la Gélestine qui Ta inspirée. 



(1) Madame Clésinger. fille de George Sand. 

(2) Achille Sirouy, lithographe, fervent admirateur de Delacroix. Il 
ett l'auteur de la lithographie qui nous montre Delacroix à la fin de 
sa vie, et que l'on trouve en tête de ce volume. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 29 

Je descends vers la route. Le petit bois de Bayvet 
est coupé. Je remonte par la route des Dames; je 
vais jusqu'au chêne Prieur, je tourne à gauche, puis 
à gauche encore, jusqu'à l'allée de l'Ermitage, au 
carrefour où je trouve un autre grand chêne. Je re- 
viens avec ravissement pour dîner. 

5 juin. — Je prends le matin une tasse de thé, 
contrairement à mes habitudes. Une promenade dans 
le jardin me conduit à une sortie dans la campagne : 
je vais par les champs jusqu'à Soisy ; je me fonds 
devant cette nature paisible. 

Malheureusement, ma débauche du matin porte 
malheur au reste de la journée. J'essaye, sans succès, 
de travailler à la Clorinde (1) ; je ne sors d'une espèce 
d'assoupissement, que je ne puis vaincre, que pour 
dîner, et tout de suite après, confiné dans ma mauvaise 
humeur et dans les petites allées de mon jardin, je 
fais en long et en large une promenade de près de deux 
heures, sans fruit, pour dissiper cette noire humeur 
c[ui m'a accompagné jusqu'au lit et fait quereller ma 
pauvre Jenny. 

6 juin. — En rentrant de ma promenade dans la 

(i) Delacroix fait allusion au tableau connu sous le nom de Olinde et 
Sophronie sur le bûcher, qui a figuré récemment à l'Exposition des 
Cent chefs-d'œuvre de 1892, et dont il a écrit lui-même la description 
suivante : • Clorinde arrivant au secours des Sarrasins, assiégés dans 
• Jérusalem, délivre de la mort deux jeunes amants condamnés au 
■ bûcher par le tyran Aladin. » {Jérusalem délivrée.) Voir Catalogue 
Bobaut, n« 1290. 



30 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

forêt, vers dix heures, je trouve un article de la 
Presse, très bon pour moi. J'extrais ces pensées de 
Marc-Aurèle(l) qui y sont citées : 

ft II faut partir de la vie comme l'olive mûre tombe 
en bénissant la terre sa nourrice et en rendant grâces 
à l'arbre qui l'a produite. Vivre trois ans ou trois âges 
d'homme, qu'importe quand l'arène est close? Eh ! 
qu'importe, pendant qu'on la parcourt? Mourir est 
aussi une des actions de la vie ; la mort, comme la nais- 
sance, a sa place dans le système du monde. La mort 
n'est peut-être qu'un changement de place. O homme ! 
tu as été citoyen dans la grande cité; va-t'en avec 
un cœur paisible; celui qui te congédie est sans 
colère. » 

J'avais fait le matin la plus délicieuse promenade. 
Je me lève un peu tard malheureusement. Revenu 
par l'allée qui longe l'Ermitage venant du chêne 
Prieur jusqu'à la grande qui traverse tout le bois. 

Paris, 1 juin. — J'ai été à Paris pour le banquet 
de l'Hôtel de ville donné en l'honneur du lord-maire ; 
faute d'être averti, j'ai manqué la cérémonie du 
matin qui a été, dit-on, fort imposante; il s'agissait 
de la présentation par le lord-maire de l'adresse de 
la coi-poration de Londres à la municipalité de Paris. 



(1) La grave et noble figure de l'empereur philosophe avait plus d'une 
fois tenté le pinceau du peintre. Il exécuta une composition connue sous 
le nom de Marc-Aurèle mourant, qui compte parmi ses plus helles 
œuvres. (Voir Catalogue Mobaut, n«« 923-926.) 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 31 

Les costumes du lord-maire et des aldermen valaient 
la peine d'être vus. 

Je suis parti à onze heures par Fomnibus de Lyon, 
escorté de Julie (1); en arrivant, et par une chaleur 
étouffante, j'ai été au Jardin des Plantes : il y a deux 
beaux lions, de jeunes lions, etc. Je mourais de chaud 
à les regarder : j'ai remarqué qu'en général le ton 
clair qui se remarque sous le ventre, sous les 
pattes, etc., se mariait plus doucement avec le reste 
de la peau que je ne le fais ordinairement : j'exagère 
le blanc. Le ton des oreilles est brun, mais en dehors 
seulement. 

De là, chez Sirouy, le lithographe, voir la planche 
qu'il a commencée (les Croisés de Moreau) (2); en- 
suite, à la maison, où je me suis senti très fatigué, 
très accablé. J'ai une nature singulière : ces déplace- 
ments, dès le matin, me causent toujours une fatigue 
nerveuse extrême, et je peux me remettre pour très 
peu de chose. 

Le soleil me nuit toujours; je me rappelle l'homme 
d'Épinal qui me disait que s'il se mettait au soleil après 
son déjeuner, il éprouvait un malaise considérable. 

A peine m'étais-je habillé que je me suis senti 



(1) Servante de Delacroix. 

(2) C'est une variante de la toile de la salle des Croisades au musée de 
Versailles, actuellement au musée du Louvre. Elle a été lithographiéepar 
Sirouy et adjugée à la vente Bonnet, le 19 février 1853, 3,199 francs à 
M. Moreau. (Voir Catalogue Robaut, n° 1189.) Elle diffère assez sen- 
siblement, surtout dans les premiers plans, de la grande composition du 
Louvre. (Voir Catalogue Robaut, n» 734.) 



3Î JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

rafraîchi et rajeuni, et la soirée m'a fort ennuyé. Le 
banquet donné dans la salle des Fêtes était splendide ; 
les lustres faisaient un effet magnifique; j'étais à côté 
d'un pauvre Anglais qui ne savait pas un mot de fran- 
çais; j'ai presque oublié mon anglais; je cherchais 
tous mes mots ; nous faisions mutuellement semblant 
de comprendre ce que nous nous disions, et nous n'en 
avons guère dit. 

Fouché m'a ramené. 

Champrosay, 8 juin. — De retour à Champrosay 
vers une heure et par le chemin de Lyon. 

10 juin, — J'ai été, après dîner, voir Halévy; il 
y avait là Boilay et sa femme, et quelques personnes 
inconnues. Je leur promets de dîner avec eux jeudi. 
Us veulent encore m'avoir dimanche prochain. 

Parisy 11 juin, — A Paris, comme l'autre jour, 
pour le bal de l'Hôtel de ville. Je trouve Quantinet 
dans la voiture jusqu'à Paris. 

Du chemin de fer, je vais à l'Hôtel de ville pour 
parler pour le protégé de Bixio ; de là chez Haro et 
enfin chez moi. Après un peu de repos, toujours aussi 
nécessaire, chez Mme de Forget jusqu'à six heures. 

J'ai renoncé à aller dîner chez Ghampeaux avec 
ces messieurs du lundi, voulant être de bonne heure 
à l'Hôtel de ville. 

Très belle fête. La cour nouvellement arrangée fait 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 33 

)>eaucoup d'effet, mais ce sera une déplorable idée 
pour le jour; elle ôtera la lumière et la respiration à 
une partie de l'Hôtel de ville. 

Rentré à onze et demie par une pluie subite; j'étais 
précisément dans une calèche découverte ; une espèce 
de tablier de cuir a préservé mon beau pantalon 
blanc. 

J'ai revu Blondel (l). Nous nous promettons 
toujours de nous voir; il y a trop longtemps que 
nous nous sommes vus. Il ne reste probablement 
plus dans chacun de nous une parcelle de l'Eugène et 
du Léon de 1810. 

Vu un instant Mme Barbier, MmeVillot, etc. 

Champrosay, 14 juin, — J'étais engagé à diner 
aujourd'hui par Rodrigues et Halévy. J'arrive à Fro- 
mont après avoir fait une visite à Mme Parchappe. 
Je ne trouve que la bonne Mme Rodrigues; ces mes- 
sieurs sont à Paris et m'y ont écrit; or je suis ici 
depuis plus de deux jours. 

Me voilà retenu et dînant avec cette bonne dame 
et des enfants : cela a fini mieux que je ne pensais. 
Après dîner, grande promenade dans le parc avec le 
jeune Rodrigues (2), jeune nourrisson de la peinture, 

(i) Blondel f conseiller d'État, à qui Delacroix a légué son portrait. 
L amitié entre Delacroix et M. Blondel remontait à la classe de sixième 
au lycée Louis-le-Grand. (Voir Catalogue Bobaut, p. xvii, et n" 1411 
et 1458.) 

{%} Georges Bodrigues, qui exposa aux Salons annuels de 1874 
à 1882. 

III. 3 



3* JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

suçant lé lait de Picot (1), et me fatiguant un peu de 
sa naïve conversation ; mais grâce à sa bonne volonté, 
je prends Fair, au milieu des plus beaux arbres du 
monde. La vue de la Seine, de la terrasse d'en bas, 
est très belle et a même de la grandeur. 

Pendant le dîner la pluie recommence avec fureur. 
Tout était mouillé pendant notre promenade. 

15 juin. — Pluie continuelle. Vent furieux, qui n'a 
pas cessé un instant pendant toute la journée. 

Je lis dans la Presse quelques feuillets de Mme Sand, 
deï Histoire de sa vie; elleparle aujourd'hui de ses rela- 
tions avec Balzac. Elle est forcée, la pauvre femme, 
de payer un tribut d'admiration à tout le monde. 
Dans cette prose imprimée de son vivant et adressée 
à des contemporains, elle parle de lui en des termes 
bien admiratifs(2). Elle est forcée de faire une grosse 
part à toutes ces célébrités de son temps, elle qui vit 
encore, pour qu'on ne lui reproche pas d'avoir de 
l'envie; c'est l'un des mille inconvénients de son en- 
treprise. Elle parle beaucoup des sentiments pater- 
nels de de Latouche (3) à son égard, de sa fraternelle 

(i) François-Edouard Picot (1786-1868), élève de Vincent et conti- 
nuateur des traditions de David; il est l'auteur d'un grand nombre de 
peintures officielles, et décora plusieurs églises, notamment Saint-Vin- 
cent de Paul, en collaboration avec Flandrin. 

(2) Nous ne savons si Delacroix eut connaissance du jugement que 
George Sand porta sur lui dans VHistoire de ma vie. Nous l'avons 
indiqué précédemment. Mais il suffit de le relire pour penser que 
Delacroix, l'ayant connu, n'eût pu en être que satisfait. 

(3) Henri de Latouche (1785-1851), littérateur, auteur de nombreux 
ouvrages du genre le plus varié, de pièces de théâtre et d'articles de 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 35 

amitié pour Arago(l). Quelle entreprise! et surtout 
pour une personne dans sa situation : parler de soi, 
quand la nécessité de le faire de son vivant ne permet 
pas la franchise qui, seule, donnerait de l'intérêt à 
son ouvrage, sinon sur son propre compte, au moins 
sur tous les originaux dont elle aspire à laisser le por- 
trait à la postérité. Elle a la faiblesse de parler de sa 
théorie en matière de romans, de ce besoin d'idéal^ 
c'est son expression favorite, qui consiste à représen- 
ter les hommes comme ils devraient être, Balzac, 
dit-elle, l'encourage dans cette tentative, se propo- 
sant, lui, de les peindre tels qu ils 5onf (2), prétention 
qu'il pense avoir justifiée et au delà. 

\& juin. — A la fin de la journée, après avoir été 
m'asseoir le cul par terre dans mon jardin, pour jouir 
du soleil, si rare à présent, et qui m'a guéri complè- 
tement de mon malaise, repris le Hamlet et Polo- 
nius (3), et suis dans une excellente situation. 

journaux dont quelques-uns eurent un certain retentissement. Son nom 
est attaché à la publication qu'il fit en 1819 des œuvres d'André Ché- 
nier, publication qui fut alors l'objet de vives discussions et de con- 
troverses. Ce fut Henri de Latouche qui devina le premier l'avenir de 
George Sand et qui lui procura en 1831 un éditeur pour son roman de 
début. • C'est ainsi, dit spirituellement Sainte-Beuve, qu'il lui était tou- 
jours réservé d'ouvrir aux autres la terre promise, sans y entrer lui-même. » 
(i) Probablement Etienne Arago, 

(2) Ce contraste d'expressions qui explique si exactement le contraste 
de talent des deux écrivains, Balzac et George Sand, avait été trouvé par 
Balzac lui-même, qui s'en était servi pour caractériser leur manière à 
chacun. (Voir à cet égard le livre de M. Ferry, Balzac et ses amies,) 

(3) Hamlet devant le corps de Polonius, toile qui figure à Tannée 
1859 dans le Catalogue Jtobaut, n® 1387^ mais qui fut évidemment com- 
mencée dès l'année 1855. 



\/ 



X 



36 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Dîné chezParchappe. Ennui profond ; pas l'intérêt 
le plus mince, et le loio pour finir, avec de vieilles 
femmes et des adolescents. Il faut avouer que j'y ai 
pris de l'intérêt à la fin parce que j'ai gagné. Étrange 
animal que l'homme ! 

Je me suis promené plus d'une demi-heure devant 
ma maison, dans la crotte; j'avais besoin de respirer. 
Il était près de minuit quand je suis rentré de cette 
partie de plaisir. 

n juin. — Je pense, le lendemain dimanche, en 
me levant, au charme particuUer de l'École anglaise. 
Le peu que j'ai vu m'a laissé des souvenirs. Chez eux, 
il y a une finesse (1) réelle qui domine toutes les inten- 
tions de pastiche qui se produisent çà et là, comme dans 
notre triste école ; la finesse chez nous est ce qu'il y a de 
plus rare : tout a l'air d'être fait avec de gros outils 
et, qui pis est, par des esprits obtus et vulgaires. 
Otez Meissonier, Decamps, un ou deux autres encore, 
quelques tableaux de la jeunesse d'Ingres, tout est 

(i) Chaque fois que l'on touche à l'opinion de Delacroix sur l'école 
anglaise de peinture, il convient de se référer à la belle lettre qu'il écri- 
vit à Théophile Silvestre en 1858, que nous avons déjà plusieurs fois 
citée. Et pourtant on y trouve ce passage qui parait en contradiction avec 
ce qu'il note dans son Journal trois années auparavant : « Je ne me 
« soucie plus de revoir Londres : je n'y retrouverais aucun de ces souve- 
«nirs-là (Wilkie, Lawrence, Fielding, Bonington), et surtout je ne 
« m'y retrouverais plus le même pour jouir de ce qui s'y voit à présent. 
« V école même est changée. Peut-être m'y verrais-je forcé de rompre 
« des lances pour Reynolds, pour ce ravissant Gainsborough que vous 
« avez bien raison d'aimer. » Mais ce n'était là qu'une boutade momen- 
tanée, car la fin de la lettre prouve d'une façon évidente sa sympathie 
pour le mouvement préraphaélite. {Corresp,, t. II, p. 190, 191.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 3T 

banal, émoussé, sans intention, sans chaleur. Il n'y a 
qu'à jeter les yeux sur ce sot et banal journal de 
V Illustration, fabriqué chez nous par des artistes de 
pacotille, et le comparer au pareil recueil pubhé chez 
les Anglais, pour avoir une idée de ce degré de com- 
mun, de mollesse, d'insipidité, qui caractérise la plu- 
part de nos productions. Ce prétendu pays de dessin 
n'en offre réellement nulle trace, et les tableaux les 
plus prétentieux pas davantage. Dans ces petits des- 
sins anglais, chaque objet presque est traité avec l'inté- 
rêt qu'il demande : paysages, vues maritimes, costu- 
me^, actions de guerre, tout cela est charmant, touché 
juste, et surtout dessiné... Je ne vois pas chez nous ce 
qu'on peut comparer à Leslie (1), à Grant (2), à tous 
ceux de cette école qui procèdent partie de Wilkie(3), 

(i) Charles-Robert Leslie, né à Londres en 1794, mort en 1859. Il 
passa sa jeunesse aux États-Unis. Il fit des tableaux de petite dimension 
représentant des scènes empruntées aux grands écrivains, Shakespeare, 
Cervantes, Molière, Walter Scott. On a dit de lui « qu'il excellait à faire 
les portraits vivants des êtres que le poète avait rêvés » . Il exposa à 
Paris à l'Exposition universelle de 1855. 

(2) Francis Grant, né en 1803 dans le comté de Perth, mort en 1878. 
Walter Scott écrit dans son Journal à propos de lui : u S'il per- 
sévère dans cette profession (la peinture), — c'était à l'époque de ses 
premiers débuts, — il deviendra l'un de nos peintres les plus éminents. » 
Il se distingua surtout comme portraitiste et fixa l'image de plusieurs 
illustrations anglaises (J. Russell, Macaulay, Disraeli, Landseer). A l'Ex- 
position universelle de 1855, ses portraits lui valurent la grande médaille. 

(3) A propos d'une œuvre de Wilkie (1785-1841), Delacroix écrivait 
en 1858 : « Un de mes souvenirs les plus frappants est celui de son 
« esquisse de John Knox préchant. Il en a fait depuis un tableau qu'on 
■ m'a affirmé être inférieur à cette esquisse. Je m'étais permis de lui dire 
" en la voyant, avec une impétuosité toute française, « qu'Apollon lui- 
-même, prenant le pinceau, ne pouvait que la gâter en la finissant. » 
{Corresp., t. II, p. 192.) 



y 



38 JOURNAL D'EUGENE DELACROÏX. 

partie de Hog^arth (1), avec un peu de la souplesse 
et de la facilité introduites par l'école d'il y a qua- 
rante ans, les Lawrence et consorts, qui brillaient par 
l'élégance et la légèreté. 

Si l'on regarde une autre phase (2), qui est chez 
eux toute nouvelle, ce qu'on appelle l'École sèche, 
souvenir des Flamands primitifs, on trouve sous 
cette apparence de réminiscence dans l'aridité du 
procédé, un sentiment de vérité réel et tout à fait 
local. Quelle bonne foi, au milieu de cette préten- 
due imitation des vieux tableaux! Comparez, par 
exemple, l'Ordre d'élargissement de Hunt (3) oiï de 

(i) William Hogarth^ peintre et graveur, né à Londres en 1697, mort 
en 1764, est l'auteur d'une longue série de compositions pittoresques et 
originales qui eurent une vogue immense et qui lui valurent le titre de 
peintre du roi d'Angleterre. 

(2) Cette autre phase, c'est TÉcole préraphaélite, dont Hunt et 
Millais, cités plus loin, devaient être deux des plus illustres représen* 
tants. Voici, d'une manière générale, quel jugement il porte sur elle, en 
caractérisant du même coup l'essence intime du génie anglais : « J'ai été 
« frappé de cette prodigieuse conscience que ce peuple peut apporter 
M même dans les choses d'imagination : il semble même qu'en revenant 
« à rendre excessifs des détails, ils sont plus dans leur génie que quand 
« ils imitaient les peintres italiens surtout et les coloristes flamands. 
« Mais que fait l'écorce? Ils sont toujours Anglais sous cette transforma* 
« tion apparente. Ainsi, au lieu de faire des pastiches purs et simples 
« des primitifs italiens, comme la mode en est venue chez nous^ ils 
« mêlent à l'imitation de la manière de ces vieilles écoles un sentiment 
« infiniment personnel ; ils y donnent l'intérêt provenant de la passion 
« de peindre, intérêt qui manque en général à nos froides imitations des 
• recettes et du style des écoles qui ontfait leur temps. » (Corresp, ^11, 191.) 

(3) William -Holmant Hunt, un des chefs de l'Ecole préraphaé- 
lite. A partir de iS50, il se lia avec Millais, et ils furent tous 
deux les fondateurs de cette école dont le but était de reprendre les tra- 
ditions de l'art avant la Renaissance. Il avait envoyé à l'Exposition uni- 
verselle de 1855 trois tableaux : les Moutons égarésy au sujet duquel 
Delacroix écrira plus loin qu'il « en a été émerveillé » ; la Lumière du 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 39 

Millais (1), je ne sais plus lequel, avec nos primitifs, 
nos byzantins, entêtés de style, qui, les yeux fixés 
sur les images d'un autre temps, n'en prirent que la 
raideur, sans y ajouter de qualités propres. 

Cette cohue de tristes médiocrités est énorme; pas 
un trait de vérité, de la vérité qui vient de l'âme; 
pas un seul comme cet enfant qui dort sur les bras de 
sa mère, et dont les petits cheveux soyeux, le sommeil 
si plein de vérité, dont tous les traits, jusqu'aux jambes 
rouges et les pieds, sont singuliers d'observation, 
mais surtout de sentiment. Les Flandrin, voilà pour 
le grand style ! Qu'y a-t-il, dans les tableaux de ces 
gens-là, du vrai homme qui les a peints? Combien 
du Jules Romain dans celui-ci, combie/i du Pérugin 
ou d'Ingres son maître dans celui-là, et partout la pré- 
tention au sérieux, au grand homme. . . à l'art sérieux, 
comme dit Delaroche ! 

Leys, le Flamand (2), me paraît fort intéressant 
aussi, mais il n'a pas, avec l'air d'une exécution plus 
indépendante, cette bonhomie des Anglais; je vois 
un effort, une manière, quelque chose qui m'inquiète 
sur la parfaite bonne foi du peintre, et les autres 
sont au-dessous de lui. 

monde, puis Claudio et Isabelle. « Singulier phénomène, disait Théo- 
• phile Gautier, à propos de cette exposition de Hunt, il n'y a peut-être 
» pas au Salon une toile déconcertant le regard autant que les Mouto ns 
u égarés de Hunt. Le tableau qui paraît le plus faux est précisément le 
« plus vrai. » 

(1) John Everett Millais avait envoyé à l'Exposition universelle de 
1855 V Ordre d! élargissement et le Retour de la colombe à l'arche, 

(2) Voir t. Il, p. 30, en note. 



40 JOURNAL D*EnGENE DELACROIX. 

Gautier a fait plusieurs articles sur l'École anglaise : 
il a commencé par là. Âmoux (1), qui le déteste, 
m'a dit chez Delamarre (2) que c'était une flatterie 
de sa part pour le Moniteur, dans lequel il écrit. 
Je veux bien, pour moi, lui faire Thonneur d'at- 
tribuer à son bon goût cette espèce de prédilec- 
tion marquée tout d'abord pour des étrangers ; cepen- 
dant ses remarques ne m'ont nullement mis sur la 
trace même des sentiments que j'exprime ici. C'est 
par la comparaison avec d'autres tableaux et dans 
lesquels on croit admirer chez nous des qualités ana- 
logues qu'il fallait avoir le courage de faire ressortir 
le mérite des Anglais; je ne trouve rien de cela. Il 
prend un tableau, le décrit à sa manière, fait lui- 
même un tableau qui est charmant, mais il n'a pas 
fait un acte de véritable critique ; pourvu qu'il trouve 
à faire chatoyer, miroiter les expressions macaro- 
niques qu'il trouve avec un plaisir qui vous gagne 
quelquefois, qu'il cite l'Espagne et la Turquie, 
l'Alhambra et l'Atmeïdan de Gonstantinople , il est 
content, il a atteint son but d'écrivain curieux, et je 
crois qu'il ne voit pas au delà. Quand il en sera aux 
Français, il fera pour chacun d'eux ce qu'il fait pour 
les Anglais. Il n'y aura ni enseignement (3) ni philo- 
sophie dans une pareille critique. 

(i) Voir t. II, p. 380, en note. 

(2) Voir t. II, p. 381, en note. 

(3) Nous avons déjà touché dans notre annotation du deuxième volume 
à cette sévérité de jugement à l'égard de Th. Gautier, et nous nous 
sommes efforcé d'en préciser les raisons dissimtdées. Il nous a paru in- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 41 

C'est ainsi qu'il avait fait l'année dernière l'analyse 
des tableaux si intéressants de Janmot (1); il ne m'avait 
donné aucune idée de cette personnalité vraiment 
intéressante qui sera noyée dans le vulg^aire, dans le 
chic y qui domine tout ici. Quel intérêt il y aurait pour 
un critique un peu fin à comparer ces tableaux, tout 
imparfaits qu'ils sont sous le rapport de l'exécution, 
avec ces tableaux aussi naïfs, mais d'une inspiration si 
différente! Ce Janmot a vu Raphaël, Pérugin, etc., 
comme les Anglais ont vu Van Eyck, Wilkie, Hogarth 
et autres; mais ils sont tout aussi originaux après 
cette étude. Il y a chez Janmot un parfum dantesque 
remarquable. Je pense, en le voyant, à ces anges du 
purgatoire du fameux Florentin; j'aime ces robes 
vertes comme l'herbe des prés au mois de mai, ces 
têtes inspirées ou rêvées qui sont comme des rémi- 
niscences d'un autre monde. On ne rendra pas à ce 

téressant de rapporter ici la lettre de remerciement écrite par Delacroix 
au critique, après la lecture de ses réflexions sur l'École française et sur 
notre artiste en particulier : « Mon cher Gautier, lui écrit-il le 22 sep- 
« tembre 1855, je lis en revenant à Paris votre article mille fois bon et 
« bienveillant sur mon exposition. Je vous en remercie de cœur au delà 

• de ce que je pense vous exprimer. Oui, vous devez éprouver de la satit- 
« faction, en voyant que toutes ces folies, dont autrefois vous preniez le 

• parti à peu près seul, paraissent aujourd'hui toutes naturelles... J'ai 
« rencontré hier soir une femme que je n'avais pas vue depuis dix ans, 

• et qui m'a assuré qu'en entendant lire une partie de votre article, elle 
«avait cru que j'étais mort, pensant qu'on ne louait ainsi que les gens 
■ morts et enterrés. » {Corresp,, t. II, p. 131.) 

(1) Louis Janmot, dit /an-Xouti (1814-1892), peintre, élève de Victor 
Orsel et d'Ingres, s'adonna presque exclusivement à la peinture reli- 
gieuse. La plupart de ses œuvres portent l'empreinte d'un mysticisme 
exalté, mais témoignent aussi trop souvent de l'insuffisance de l'artiste 
dans les moyens d'exécution. 



42 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

naïf artiste une parcelle de la justice à laquelle il a 
droit. Son exécution barbare le place malheureuse- 
ment à un rang qui n'est ni le second, ni le troisième, 
ni le dernier; il parle une langue qui ne peut devenir 
celle de personne; ce n'est pas même une langue; 
mais on voit ses idées à travers la confusion et la 
naïve barbarie de ses moyens de les rendre. C'est un 
talent tout singulier chez nous et dans notre temps ; 
l'exemple de son maître Ingres, si propre à féconder 
par l'imitation pure et simple de ses procédés, cette 
foule de suivants dépourvus d'idées propres, aura été 
impuissant à donner une exécution à ce talent naturel 
qui pourtant ne sait pas sortir des langes, qui sera 
toute sa vie semblable à l'oiseau qui traîne encore la 
coquUle natale et qui se traîne encore tout barbouillé 
des mucus au miheu desquels il s'est formé. 

— Dîné chez Halévy avec Mme Ristori (1), Janin, 
Laurent Jan, Fouché, le fils de Bayvet, qui est un joli 
garçon (je mentionne ceci à cause de la laideur du 
père et de la mère), un M. Caumartin, célèbre par 
une cruelle aventure, à ce qu'on m'a conté. 

La Ristori est une grande femme d'une figure 
froide : on ne dirait jamais qu'elle a son genre de 
talent. Son petit mari a l'air d'être son fils aîné. C'est 
un marquis ou un prince romain. 



(i) La célèbre tragédienne italienne, dont la réputation égala presque 
celle de Rachel, était alors dans tout Téclat de son talent. Après avoir 
remporté en Italie les plus grands succès, elle était venue cette 
année même, iS55, à Paris, où elle fut accueillie avec enthousiasme. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 43 

Laurent Jan a été un peu insupportable , comme 
à son ordinaire, avec sa manière assez répandue de 
faire de l'esprit en prenant le contre-pied des opinions 
raisonnables. Sa verve est intarissable, quand il est 
lancé. (Janin était muet, etje le regrette : j'aime beau- 
coup son genre d'esprit; Halévy de même.) Et cepen- 
dant, malgré mon peu de sympathie pour ces charges 
continuelles et ces éclats de voix qui vous rendent muet 
et presque attristé, j'ai eu du plaisir à le voir. Il n'y a 
pas, à mon âge, de plaisir plus grand que de se trouver 
dans la société de gens intelligents et qui comprennent 
tout et à demi-mot (1). Il disait au petit prince romain 
blondin, qui se trouvait à côté de lui à table, que Paris, 
dont l'opinion met le sceau aux réputations, se com- 
posait de cinq cents personnes d'esprit qui jugeaient 
et pensaient pour cette masse d'animaux à deux pieds 
qui habitent Paris, mais qui ne sont Parisiens que de 
nom. 

C'est avec un de ces hommes-là, pensant et jugeant, 
et surtout jugeant par eux-mêmes, qu'il fait bon se 
trouver, dût-on se quereller pendant le quart d'heure 
ou la journée que l'on a à passer avec eux. Quand je 



(i) Sur Eugène Delacroix comme causeur, Baudelaire écrit : « Dela- 

■ croix était, comme beaucoup d'autres ont pu l'observer, un homme de 
« conversation ; mais le plaisant est qu'il avait peur de la conversation 
« comme d*une débauche, d'une dissipation où il risquerait de perdre 
« ses forces. Il commençait par vous dire, quand vous entriez chez lui : 

■ Nous ne causerons pas ce matin, ou que très peu, très jpeu. Et puis il 
« bavardait pendant trois heures. Sa causerie était brillante, subtile, mais 
« pleine de faits, de souvenirs et d'anecdotes : en somme, une parole 
• nourrissante. » 



f 



44 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

compare cette société de dimanche avec celle de la 
veille, des Parchappe, je passe bien vite sur les excen- 
tricités de mon Laurent Jan, et je ne pense qu'à cet 
imprévu, à ce côté artiste en tout qui fait de lui un 
précieux original. Les gens qui s'intitulent les sec- 
taires de la société par excellence ne savent guère à 
quel point ils sont privés de la vraie société, c'est- 
à-dire des plaisirs sociables. Otez-leur la pluie et le 
beau temps, les bavardages sur le voisinage et les 
amis^ il n'y a plus que le vrhist qui puisse les consoler 
au milieu de ces longues heures qu'ils passent en face 
les uns des autres; mais ils sont moins privés sans 
doute parce qu'ils ne peuvent avoir idée du plaisir 
dont je parlais tout à l'heure. 

Les gens d'esprit sont rares, et ceux qui le sont 
dans cette prétendue société choisie finissent par 
subir l'ennui par vanité, ou deviennent hébétés 
comme tout ce qui les entoure. Que dire, par 
exemple, d'un homme comme Berryer, qui ne sait 
se délasser de ses fatigants travaux que dans la com- 
pagnie de ces gens du monde plus ennuyeux les uns 
que les autres ! C'est un homme singulier, difficile à 
déchiffrer, surtout dans les commencements. Au fond, 
l'avocat chez lui domine tout; l'homme a disparu, il 
est dans le monde comme dans son cabinet ou au 
barreau; il subit l'ennui comme il porte sa robe 
et pour les besoins de la cause. On voit certaines per- 
sonnes du monde, capables de s'amuser à la manière 
des artistes, — je dis ce mot qui résume ma pensée, 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 45 

— faire beaucoup de frais pour en attirer et qui éprou- 
vent véritablement du plaisir à leur conversation. 

La bonne princesse est ainsi : quand elle a reçu ou 
visité elle-même ses connaissances du monde, elle a 
de petits jours où elle aime à voir des peintres et des 
musiciens. Plusieurs de ces dames-là ont un amant 
dans toutes les classes possibles, afin de connaître 
tous les genres de mérite. 

19 juin, — Je reçois, le soir en dinant, la lettre 
d'Eugène de Forget qui m'annonce la mort de Mme de 
Lavalette (1). 

Paris, 20 juin. — Parti à six heures et demie. Je me 
fais conduire chez Mme de Forget, ignorant à quelle 
heure se faisait le convoi. Je la trouve affligée. Je lui 
parle de l'idée inconvenante de faire la cérémonie 
dans une petite église qui n'est qu'une sorte d'annexé. 
Ni Eugène, à qui j'en parle, ni elle, ne comprennent 
grandement combien il fallait au contraire donner 
d'éclat à cet hommage public, qui a été si peu public 
que j'ai été honteux du peu d'empressement, de la 
tenue cavalière des assistants. 

(i) Mme de Lavalette s'était rendue célèbre par l'énergie et le dévoue- 
ment dont elle avait fait preuve pour sauver son mari, le comte de 
Lavalette , condamné à mort par la cour d'assises de la Seine, pour s'être 
emparé de l'administration des Postes, au retour de l'ile d'Elbe. Elle 
avait pénétré dans sa prison, après l'arrêt des assises, et s'était substituée 
à lui. Lorsqu'il apprit l'évasion du condamné, Louis XVIII ne put s'em- 
pêcher de dire : « De nous tous, Mme de Lavalette est la seule qui ait 
• fait son devoir, a 



46 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Le service étant à midi, je vais chez moi jusqu à 
cette heure. Au milieu du service à l'église ou plutôt 
à la fin, arrive M. de Montebello, aide de camp de 
l'Empereur, sans voiture officielle et en petit uni- 
torme. Le trait est si fort qu'il croit devoir s'excuser, 
prétexter des retards, auprès d'Eugène ; il est vrai de 
dire que l'Empereur n'avait pas été, à ce que je me 
crois fondé à croire, averti en règle; c'était à sa fille ou 
à son petit-fils qu'il appartenait de faire cette notifi- 
cation qui peut-être n*a pas été faite du tout. Bref, 
moins de personnes encore ont accompagné le corps 
au cimetière, et, parmi ces personnes, pas un des an- 
ciens amis de M. de Lavalette. J'ai maudit et je mau- 
dis encore la timidité qui m'a empêché de prendre la 
parole pour dire là ce que devait sentir toute âme 
bien placée; mais, en vérité, devant cet auditoire 
glacé et même profondément indifférent, c'était 
presque impossible ; il n'y avait qu'un avocat capable 
de se trouver inspiré. 

La mémoire des hommes est bien courte : celle des 
événements est aussitôt enterrée que celle des per- 
sonnages qui y prennent part. Sur toutes les per^ 
sonnes à qui j'ai dit ces jours-ci que j'avais été à 
Paris pour l'enterrement de Mme de Lavalette, pas 
une n'a imaginé de laquelle je voulais parler... Que 
de choses à dire sur cette morte, morte depuis qua- 
rante ans, fantôme imposant, dans l'abaissement 
profond où nous l'avons vue ! 

J'ai été revoir mes pauvres tombeaux, que j'ai 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. W 

trouvés bien entretenus ; mais, dans la folle idée que 
je pouvais m'échapper pour retourner le jour même, 
et de bonne heure encore, dans ma retraite paisible, 
je n'ai pas pris le temps d'aller voir le tombeau de 
ma bonne tante et du cher Chopin. 

En arrivant chez moi, où j'allais tout brusque pour 
partir au plus vite, je trouve la lettre de Guillemar- 
det (l) qui m'annonce que le lendemain il conduit à 
sa dernière demeure sa pauvre mère. Dès lors, j'ai été 
tranquille sur l'emploi de mon temps et je n'ai plus 
pensé à Champrosay. 

Je mourais de fatigue ; ces sortes de dérangements 
m'accablent, mais me sont salutaires. Cette activité 
forcée est énervante pour moi, au moment même, 
mais elle entretient la vie et la circulation; j'ai dormi 
profondément jusqu'à près de sept heures. 

Réveillé par la faim, je crois, et été dîner chez 
l'Anglais delà rue Grange-Batelière. J'ai été ensuite 
prendre du café et fumer dans le café qui fait l'angle 
de la rue Montmartre. J'ai joui là, paresseusement, 
avec une espèce de plaisir philosophique, de la vue 
de cet ignoble heu, de ces joueurs de dominos, de tous 
les détails vulgaires de la vie, de cette foule d'auto- 
mates, fumeurs, buveurs de bière, garçons de café. J'ai 
conçu même le plaisir qu'on peut trouver à s'oubUer 
jusqu'à la dégradation dans ces distractions. Je suis 
rentré, avec la même tranquillité, sans beaucoup 

(i) Louis Guillemardet. 



48 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

réfléchir, ayant fermé la porte aux émotions entre 
celles de ma matinée et celles qui m'attendaient le 
lendemain matin. Il faisait un froid incroyable : après 
deux tours sur le boulevard, j* ai été retrouver mon lit. 

Champrosayy 21 juin, — Levé avant six heures. 
Comme je n'ai emmené personne et que je fais tout 
moi-même, j ai besoin d'une activité qui contribue 
beaucoup à me fatiguer. 

J'arrive à Passy un peu avant neuf heures, je vois 
et j'embrasse la pauvre Caroline. Triste cérémonie, 
qui avait là quelque chose de plus touchant que 
toutes celles de ce genre qu'on peut faire à Paris. 
L'air de ce heu est mortel pour toute émotion vraie ; 
l'appareil d'un convoi, les prêtres qui font la céré- 
monie, tout cela forme un spectacle qui fait de cet 
acte lugubre un acte comme un autre. A Passy, à 
une demi-heure de ce Paris empesté, ce convoi, ce 
service, les figures de tous ceux qui prennent part à 
tout cela, tout est changé, tout est décent, sérieux, et 
jusqu'à l'attitude des gens qui se mettent aux fe- 
nêtres. 

J'ai été dans la sacristie avec cet excellent ami, cet 
excellent fils, pour signer l'acte mortuaire; quand il 
eut mis son nom sur le registre, il ajouta au bas son 
fils; je signai à mon tour, et il me sembla que j'avais 
presque le droit de faire de même-, ce brave cœur 
avait eu la même pensée, et, en retournant à nos 
places, il me dit avec une expression déchirante : 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 49 

« C'est que, vois-tu, mon pauvre garçon, tu es ici 
Félix (1) ! » Ce sont ses propres paroles. 

Il m'a fait partir par le chemin de fer, avec un de 
ses amis; j'avais résolu le matin de faire des courses 
nécessaires, j'avais même pensé à aller voir cette 
fameuse Mirrha (2), où j'allais par acquit de con- 
science. J'avais trop présumé de mes forces ou de 
mon peu de sensibilité . Tant d'émotions m'avaient 
vaincu. 

Je rentrai à pied du chemin de fer, et, après un 
déjeuner plus que frugal, j'ai dormi tout accablé avec 
le ferme propos de retour à Champrosay pour dîner, 
ce que j'ai exécuté par une pluie vraiment affreuse. 

A Draveil, j'ai acheté des côtelettes au boucher, 
ne sachant pas quel dîner je trouverais... je n'étais 
pas attendu. 

Paris, 29 juin, — Je vais dîner à la Taverne. 

Je trouve, en allant aux Anglais, Bornot et sa 
femme, que je croyais partis, puis Dauzats et Justin 
Ouvrié (3), prenant du café au café Anglais. 

— Othello. Plaisir noble et complet ; la force tragi- 
que, l'enchaînement des scènes et la gradation de l'inté- 
rêt me remplissent d'une admiration qui va porter des 

(i) Félix Guillemardet, qui était mort en 1840. 

(2) Mirrha^ tragédie italienne d'Alfieri, où la Ristori remportait alori 
tin éclatant succè» à Paris . 

(3) Justin Ouvrié (1806-1880), peintre et lithographe, élève d'Abel d« 
Pnjol et de Ghâtillon, auteur de nombreux tableaux, aquarelles et litho- 
graphies. 

III. 4 



50 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

fruits dans mon esprit. Je revois ce Vallak que j'ai vu 
à Londres il y a trente ans juste, peut-être jour pour 
jour (car j'étais là au mois de juin), dans le rôle de 
Faust. La vue de cette pièce fort bien arrangée, toute 
défigurée qu'elle était, m'avait inspiré l'idée de faire 
des compositions lithographiées (1)... Terry, qui fai- 
sait le diable, était parfait. 

Je trouve là Mareste qui ne reste que jusqu'au 
deuxième acte, et ensuite Grzymala. 

Champrosay, 30 juin. — A neuf heures du matin, au 
Jury. Je revois Cockerell(2) et Taylor (3), vieilles con- 

(i) Delacroix fait allusion à la série des compositions lithographiées 
qu'il exécuta sur le Faust en 1827 et qui eurent l'honneur de fixer l'at- 
tention du vieux Gœthe. « M. Delacroix, dit Goethe, dans ses conversa- 
« tions avec Eckennann, est un grand talent, qui a dans Faust, précisé- 
« ment trouvé son vrai aliment. Les Français lui reprochent trop de 
« rudesse sauvage, mais ici elle est parfaitement à sa place. — De tels des- 
« sins, reprend Eckermann, contribuent énormément à une intelligence 
« plus complète du poème. — C'est certain, dit Gœthe, car l'imagination 
M plus parfaite d'un tel artiste nous force à nous représenter les situations 
« comme il se les est représentées à lui-même. Et s'il me faut avouer 
« que M. Delacroix a surpassé les tableaux que je m'étais faits des scènes 
u écrites par moi-même, à plus forte raison les lecteurs trouveront-ils 
« toutes ces compositions pleines de vie et allant bien au delà des images 
« qu'ils se sont créées. » (Conversations de Gathe.) 

(2) CAar/ej-iîo6erf CocArere// (1788-1853), architecte anglais. Il avait 
dans sa jeunesse parcouru l'Orient, et pratiqué h Égine et à Olympie des 
fouilles qui lui permirent de découvrir les beaux marbres dits phigaléens 
qui se trouvent actuellement au British Muséum. A Naples, à Florence, 
à Rome, il exécuta d'importants travaux de reconstitutions archéologiques 
qui le rendirent rapidement célèbre. Membre de l'Académie d'architec- 
ture d'Angleterre, il fut nommé également membre associé de l'Institut 
de France. A Rome, il s'était lié d'intime amitié avec Ingres et les autres 
artistes français de la Villa Médicis. 

(3) Baron Taylor (1789-1879), auteur et artiste, commissaire royal 
près le Théâtre-Français en 1824, explorateur et archéologue, inspec- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 51 

naissances aussi ; je passe là jusqu'à midi environ à exa- 
miner les peintures des Anglais, que j'admire beau- 
coup; je suis véritablement émerveillé des moutons 
deHuut(l). 

Je déjeune comme un vrai bourgeois, sous une 
espèce de treille, dans un petit café dressé tout fraî- 
chement, dans l'attente de ce public qui vient si peu 
à cette glaciale Exposition, dont tout l'effet est man- 
qué, grâce à ces prix disproportionnés de cinq francs 
et même d'un franc, qui ne sont pas dans nos habi- 
tudes. 

Contre mes habitudes, je déjeune très bien d'un 
morceau de jambon et d'une cruche de bière de Ba- 
vière. Je me sens tout heureux, tout libre, tout épa- 
noui, dans ce vulgaire bouchon établi en plein vent 
et regardant passer les rares badauds qui se rendent 
à l'Exposition. 

De là, je vais à pied, malgré la chaleur, mais avec 
plaisir, jusque chez moi, en passant par chez Moreau, 
à qui j'apprends ce que j'ai fait pour lui auprès de 
Morny. 

Rentré vers deux heures, je fais mes paquets, et me 
hâte de repartir par le chemin de Lyon. Je suis arrivé 

leur général des Beaux-Arts en 1848, puis membre libre de l'Académie 
des Beaux-Arts, occupa les fonctions les plus diverses, mais partput 
témoigna du goût le plus vif pour tout ce qui touche à la littérature et 
à l'art. C'est sous sa haute direction que furent publiés les Voyages pitto- 
resques et romantiques de Vancienne France^ illustrés par l'élite de nos 
artistes, Philanthrope ardent, il a de plus fondé sept associations <de 
secours mutuels, dont celle des artistes dramatiques. 
(i) Voir plus haut, p. 38, en note. 



^ 



52 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

à Champrosay toujours avec ravissement, et par- 
dessus le marché, avec un appétit excellent. 

l" juillet. — Toutes ces interruptions nuisent à 
mes petits travaux; je ne sais trop à quoi se passent 
mes journées. J'essaye de me rappeler mes impres- 
sions de la représentation d'Othello; je colore les 
croquis que j'y ai faits. Je dors encore outrageuse- 
ment et à tort. 

Je vais chez Halévy à six heures, par un soleil 
ardent. Je trouve là Gounod, les Zimmerman, Fou- 
ché, Boilay que j'aime beaucoup. Après dîner, pro- 
menade vers la rivière. 

Au départ de ces messieurs, je m'esquive, pour faire 
une visite à Mme Parchappe, qui m'avait invité à 
dîner; j'y trouve Mmes Barbier et Villot. 

2 juillet. — Le matin, je ne puis résister à faire un 
tour de forêt, qui ne m'a pas empêché de travailler 
dans la journée à Yllamlet, aux Lions, etc. 

A six heures, je vais chez Mme Barbier. Tour dans 
le jardin avec ces dames avant dîner; après le dîner, 
causerie dans le parc; bref, je m'amuse. La société 
des femmes a toujours, malgré ma retraite, un charme 
infini; quand nous remontons, je me trouve avec six 
femmes, assises en rond et moi avec elles. 

Mme Framelli venait d'arriver et nous attendait ; 
elle m'invite pour mercredi. Je me promène avant de 
rentrer par un clair de lune magnifique. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 53 

5 juillet, — Les dons naturels dépourvus de la 
culture peuvent ressembler à ce chèvrefeuille char- 
mant de grâce, mais sans odeur, que je vois suspendu 
aux arbres de la forêt. 

S juillet. — Dîner chez Barbier avec Danican, etc. 
Le matin avait eu lieu la scène désagréable du frère 
Barbier, qui les a tous vilipendés dans la rue. 

Toutes mes journées sont monotones, mais rem- 
plies çà et là des plaisirs vifs que me donne la cam- 
pagne ; la chaleur est extrême et m'interdit presque 
entièrement la forêt. 

Augerville^ 12 juillet. — Parti à deux heures et 
demie pour Corbeil. Trouvé cet affreux G. . . qui me dit 
effrontément avoir la Jeune fille dans le cimetière (l); 
je lui dis qu elle m'avait été volée, en le regardant 
d'une manière qui Ta fait rougir. 

De Corbeil à Malesherbes, voyagé avec une femme 
distinguée, dont la conversation était très bien. A 
Courances, elle se jette dans les bras d'une vieille 
paysanne qu'elle accable de caresses : c'était la V/ 
bonne qui l'avait élevée ; j'ai été très touché. La ^ 
bonne vieille lui avait fait un cadeau qu'elle me mon- 
tra : c'étaient les souliers d'un tout petit enfant, qui 
étaient, me dit-elle, ceux de son frère aîné, homme 
de soixante-quatre ans. 

(1) C'est une des premières œuvres de Delacroix que le Catalogue 
Robaut date de 1823. (Voir n« 67.) 



54 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

J'ai VU ce Gàtinais, cette vieille France toute plate, 
toute simple, ces diligences d'autrefois. Si je ne suis 
pas aussi à mon aise que dans les chemins de fer, du 
moins je voyage, je vois, je suis homme ; je ne suis ni 
une boite ni un paquet. 

Je quitte ma dame à Malesherbes avec le regret de 
ne pas savoir son nom ; je trouve là Pinson et son 
cabriolet découvert, dans lequel nous faisons le trajet 
rapidement. 

Je trouve avec Berryer Mme Jaubert, bonne ren- 
contre à la campagne, et MmeD..., avec une ceiv 
taine appréhension. 

13 juillet. — Je sors le matin par le plus beau 
soleil. Je fais un croquis, près du pont de pierre, de 
la rivière fuyant au loin, un bouquet d'arbres très 
pittoresque sur le devant. Je me promène avec bon- 
heur, je vais jusqu'aux rochers où le souvenir de 
M.,, me suit en dépit que j'en aie. 

Je remarque dans les rochers à formes humaines 
et animales de nouveaux types plus ou moins ébau- 
chés ; je dessine même une espèce de sanglier et une 
sorte d'éléphant, nombre de corps, de contours, de 
têtes de taureau, etc.; on trouverait là d'excellents 
types d'animaux fantastiques ; ces formes bizarres 
prennent là une vraisemblance. Étrange coïncidence ! 
Quel caprice a présidé à la formation de ce rocher 
qui est tout alentour le seul de son espèce ? 

Dans la journée, promenade en bateau; Berryer 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 55 

s'obstine à vouloir nous faire passer en remontant 
sous le pont de pierre. Cela nous vaut un excellent 
exercice, qui nous met en nage et nous prépare au 
dîner. Nous arrivons quand il est servi déjà. Nous 
avons à peine le temps de changer de chemise. 

Le soir, en tournant autour du château après diner, 
Gadillan (1) me parle de Berryer, de sa manière de 
travailler, etc. 

lA juillet, — Berryer part à six heures du matin 
pour aller plaider à Paris. Il se flatte de revenir pour 
dîner ou, au pis aller, à neuf heures du soir. A notre 
grande surprise, comme nous étions à table, à sept 
heures et quelque chose, il arrive et achève de dîner 
ayec nous ; j'avais proposé à ces dames de retarder 
le dîner. 

C'est un tour de force étonnant. Arrivé à Paris et 
au Palais à onze heures et demie, il plaide immédia* 
tement pendant deux heures et demie ; il part, lais- 
sant le deuxième avocat chargé de l'affaire écouter la 
réponse de l'adversaire, et prendre des notes s'il est 
besoin. Il se rhabille au Palais, repart et arrive sans 
éprouver d'interruption. 

Il était parti avec un morceau de pain et de galan- 
tine dans ses poches. Trouvant dans le chemin de 
fer des gens avec lesquels il est obhgé de her con- 
versation, il ne mange point et ne peut se dédom- 

(i) M. de Cadillan, secrétaire de Berryer. 



M JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

mager qu'en allant du chemin de fer au Palais. 

Après le dîner, nous étions en famille devant la 
maison : nous venions de prendre le café sur le per- 
ron. Je le voyais heureux d'être retourné dans sa 
retraite, jouissant de ces fleurs, de ces arbres, la plu- 
part plantés par lui, après une journée employée 
comme celle-ci. Voilà de grands bonheurs! 

Le soir, musique avec Mme Jaubert, Don Juan, 
etc., pendant que Berryer, non point encore satisfait, 
faisait son courrier pour le lendemain matin. 

Dans la journée, chaleur orageuse et fatigante. 
Promenade dans un bateau léger. Nous descendons 
à terre près le pont de pierre. Assis en haut du petit 
labyrinthe, Mme Jaubert me parle de Ghenavard. 

15 juillet, — Promenade le matin vers les rochers ; 
j'admire encore les figures d'hommes et d'animaux, 
j'y fais de nouvelles et d'étonnantes découvertes. 

Dans une allée plus vers le haut, je rencontre le 
malheureux scarabée luttant contre les fourmis achar- 
nées à sa perte ; je l'ai observé pendant longtemps, 
culbutant ses ennemies qu'il traînait après lui, retenu 
par les pattes, dont chacune était accrochée par 
deux ou trois des impitoyables ouvrières. Attaqué 
par les antennes, couvert quelquefois par elles, il a 
fini par succomber ; l'ayant laissé une première fois, 
je l'ai trouvé immobile et tout à fait vaincu, quand 
je suis revenu ; je lui ai fait faire encore quelques 
mouvements, mais, enfin la mort était veaue. Les 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 5T 

fourmis étaient occupées , à ce qu'il m'a paru , à 
l'entraîner à la fourmilière que, du reste, on ne 
voyait pas aux environs. Je laissai un moment toute 
cette tragédie et je fus m'établir dans le petit pavillon 
à boule de cuivre où je m'endormis quelques instants. 
Au bout d'une demi-heure environ, je revins à mes 
fourmis. A ma grande surprise, je ne trouve ni 
fourmis ni insecte ! 

Berryer me dit, au déjeuner, que les fourmis déchi- 
quetaient ordinairement ces sortes de proies et les 
emportaient par petits morceaux. Dans le cas que je 
viens de voir, je ne puis comprendre qu'un pareil dé- 
ménagement ait pu avoir lieu en si peu de temps. 

On a beaucoup philosophé à déjeuner sur les four- 
mis. Mme Jaubert nous mentionne un livre de 
M. Huber (1), qui est complet sur leur histoire. 

Promenade à Malesherbes : j'adore ces vieilles 
habitations ; le château laissé à l'abandon ; grandes 
pièces avec de grands portraits d'ancêtres : tous les 
Lamoignon et leurs femmes sont encadrés dans les 
boiseries. Magnifique tapisserie du seizième siècle. Je 
dessine l'ajustement des brides des chevaux. 

Je rejoins la compagnie dans la]merveilleuse allée 
des Charmes. Visite à la chapelle ruinée et abandon- 
née. Magnifique statue de Balzac d'Entraigues : elle 
est en pierre ; celle d'un Lamoignon, je crois, en 
marbre, agenouillé et armé, est dans l'endroit obscur. 

(J) Pierre Huber (1777-1840), naturaliste suisse. 



5S JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Di£Férence dîi style des deux époques, de Henri IV à 
Louis XIII, Fautre, au contraire, de Henri II à peu 
près. 

Promenade avec ces deux dames au bord de la 
rivière de Malesherbes. 

16 juillet. — Promenade le matin ; je m'amuse 
sur un banc à dessiner la statue du sire d'Entraigues, 
que j'ai vue hier (1). 

Promenade en bateau peu agréable et que nous 
abrégeons le plus possible ; il pleut et il fait froid, 
nous laissons le bateau en route et revenons par l'al- 
lée que Berryer a fait achever, par les hauteurs, 
jusqu'à la maison. 

Il nous parle, le soir, du Père Antoine, supérieur 
de la Trappe. Les femmes ne peuvent entrer dans le 
couvent, sauf les princesses du sang. Des amis de Ber- 
ryer vont à la Trappe, et une dame qui se trouvait avec 
eux imagine de s'habiller en garçon pour les accom- 
pagner. Le Père Antoine, avisant ce visage imberbe 
et devinant le déguisement, prend tout doucement 
sous sa robe une serpette avec laquelle il va couper 
une rose qu'il offre à l'indiscret androgyne. Les visi- 
teurs ne tardent pas à tourner les talons. 



(1) La plupart des croquis de Malesherbes et d*Augervilie, cités ici, 
soDt consignés dans un album de Delacroix, qui fit partie, sous * le 
n** 664 bis, de la vente posthume, et fut adjugé au sculpteur Carpeaux 
pour 120 francs. Ce petit album in-12 oblong démontre la suite d'idées 
du maître, car, de 1854 à 1859, il emporta ce carnet chaque fois qu'il 
se rendit en villégiature chez Berryer. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 5» 

Autre anecdote sur le même Père Antoine. Il récla- 
mait auprès de M. de Villèle pour certains bois qui 
dominent le couvent ^ qui, étant la propriété de F État, 
mais devant être aliénés, allaient tomber dans la main 
des particuliers et gêneraient le couvent. Il disait, dans 
sa demande, qu'un aussi grand ministre ou ministre 
aussi supérieur, etc., etc., et sur tous les tons, trou- 
verait bien un moyen d'accommoder la loi à cette 
affaire présente. Berryer le plaisantait un peu sur 
ses épithètes hyperboliques adressées à M. de Vil- 
lèle : « Que voulez-vous, lui dit le Père Antoine, nous 
autres, pauvres moines, nous n'avons pas toujours le 
compas dans l'œil. » 

Nous déchiffrons la Gazza (1). J'étais encore tout 
plein de Don Juan de l'autre jour et je ne me trou- 
vais plus d'admiration possible pour le chef--d'œuvre 
de Rossini. J'ai vu une fois de plus qu'il ne faut rien 
distraire des belles choses, et encore moins les com- 
parer entre elles. Les parties négligées dans Ros- 
sini ne font nullement tort à l'impression dans la 
mémoire : ce père, cette fille, ce tribunal, tout cela 
est vivant. Les croque-notes de la princesse, qui ne 
jurent que par Mozart, ne comprennent pas plus 
Mozart que Rossini; cette partie vitale, cette force 
secrète, qui est tout Shakespeare, n'existe pas pour 
eux ; il leur faut absolument l'alexandrin et le contre- 
point : ils n'admirent, dans Mozart, que la régularité. 

(i) La Ga%za ladra» 



60 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

n juillet, — Bonnes et douces promenades, seul 
ou avec ces petites femmes. Dans une grande prome- 
nade autour du parc, je me mets une épine de gené- 
vrier dans le doigt en arrangeant une branche pour 
MmeD... 

Champrosay, 18 juillet. — Parti à six heures 
pour Corbeil. Berryer, en robe de chambre, est venu 
m'embarquer. Je pars, le cœur plein.de lui et de mon 
agréable séjour. 

Tète à tète avec mon automédon, respirant l'air 
frais, emporté par l'allée des peupUers et au milieu 
des eaux remplies de nénufars, je me retournai plu- 
sieurs fois pour le voir de loin, ainsi que ce qu'on pou- 
vait apercevoir de la maison. J'attends la voiture 
quelque temps à Malesherbes ; j'essaye, sur la place 
publique, de m'ôter, avec mon canif, la petite épine 
de genévrier. 

Parti dans une affreuse voiture et en mauvaise com- 
pagnie. Au reste, je dors ou sommeille presque tout 
le temps jusqu'à Corbeil ; j'arrive à Ris vers midi, et 
je rentre à Champ rosay. 

Le soir, je vais chez Barbier. 

Paris, 19 juillet. — Je fais mes paquets dans la 
journée et je pars à trois heures. Nous arrivons à 
Paris pour dîner ; je me retrouve sans trop de déplai- 
sir dans mon atelier, et en face de tout ce que j'ai à 
faire. 



JOURNAL D'EOGÉNE DELACROIX. «1 

20 juillet, — Au conseil et à Féglise, où je ne 
trouve personne. 

22 juillet, — Je dîne sur le boulevard avec le cou- 
sin Delacroix (1). 

26 juillet. — Voir Mirrha avec le cousin. Cette 
Rîstori est vraiment pleine de talent; mais que ces 
pièces sont ennuyeuses ! 

Je souffre horriblement delà chaleur et de cet ennui. 
La fatigue de mes journées employées à l'éghse (2) 
est un peu cause de ce malaise, le soir. J'ai fait tout 
gratter et j'emplâtre, pour ainsi dire à la truelle, non 
seulement les parties creusées, mais toutes les parties 
des figures destinées à être lumineuses^ telles que 
chairs, draperies. Les tableaux y gagneront, mais 
j'ai failli y prendre la colique des peintres. 

29 juillet. — Journée insipide, faute de m' être mis 
à faire quelque chose de bonne heure; je dîne au Pa- 
lais-Royal avec le cousin, dans ce même salon où je 
dînai un jour avec Rivet, Bonington (3) et compa- 
gnie. Il fut beaucoup question de la D... 

(1) Le commandant Delacroix figure comme légataire dans le testament 
d'Eugène Delacroix, qui laissa à son cousin divers souvenirs de famille. 

(2) L'église SaintSulpice^ dont il ne termina la décoration (première 
chapelle à droite en entrant) qu'en 1857. (Voir Catalogue Robaut, 
n" 1328 à 1345.) 

(3) Bonington était entré en 1819 dans l'atelier de Gros, où il ren- 
contra le baron Rivet^ qui devint son ami. C'est de la même époque que 
date aussi son intimité avec Delacroix. 

Delacroix professait la plus grande estime pour le talent de Boning- 



> 



M JOURNAL DEUGENE DELACROIX. 

Le cousin me conte l'histoire des Vauréal ; le père 
de celui que je connais aurait été un comte de Vau- 
réal; il s'était épris de la Menard, danseuse célèbre 
et que le comte d'Artois, je crois, favorisait. Le comte 
était mal reçu de la dame; mais le prince lui ayant 
conseillé de s'humaniser quelque peu, elle déclara à 
son soupirant qu'elle ne pouvait lui appartenir que 
quand elle serait comtesse de Vauréal. Le mariage 
se fait; et ce n'est qu'à la mort du comte de Vauréal 
qu'elle entra en usufruit des biens; le comte avait un 
fils qui s'arrangea tellement quellement avec sa belle- 
mère. C'est du père ou du grand-père Vauréal que 
mon grand-père, qu'on appelait le grand Claude^ 
aurait été régisseur; leurs biens étaient considérables. 
Ils auraient, je crois, appartenu à l'archevêque de 
Rennes (1). 

^0 juillet. — Je vais, à cinq heures, chez le cousin. 
Trouvé Mme Dufays, et Mme Gavé qui survient. Je la 
retrouve le soir, en faisant une promenade, assise près 



ton.Dai» une lettre adressée à Soulier en 1831, il écrit: « J*ai eu quelque 
temps Bonington dans mon atelier. J'ai bien regretté que tu n'y sois pas. 
Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là, et je te jure 
que je m'en suis bien trouvé. » {Corresp,, t. I, p. 116.) 

(1) La première édition du Journal contenait sur la famille de Vauréal 
et notamment sur le mariage du comte de Vauréal une suite de détails 
absolument inexacts, ainsi qu*il résulte des documents authentiques. 
Nous avons donc cru pouvoir supprimer certains passages, véritables 
commérages vraisemblablement mis en circulation par le grand Claude^ 
l'ancien régisseur des Vauréal, et qui depuis sont passés par trop de 
bouches intermédiaires pour ne pas être arrivés tout dénaturés à Berryer 
et à Delacroix. — (Note des éditeurs.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. «S 

de la Madeleine et en société d'une petite qu'elle a prise 
chez elle et à qui elle sert de mentor, 

31 juillet. — Dîné chez Pastoret (1) avec Mer- 
cey (2), Viollet-le-Duc, Damas-Hinard (3), etc., etc. 
Belle galerie pour les tableaux. Je reviens avec 

Hittorf (4). 

2 août. — Dîné chez Poinsot avec Chabrier, sa 
femme, Famiral Deloffre (5), d'Audiffret, etc. 

3 août. — Au conseil, qui se tient dans Fanti- 



(1) Le marquis de Pastoret (1791-1857), homme politique et littéra* 
leur, fut saccessivement auditeur au Conseil d'État sous le premier 
Empire, puis membre du Conseil général et du Conseil d'État sous la 
Restauration. Il refusa de reconnaître le gouvernement de la monarchie 
de Juillet, et resta jusqu'en 1852 un des représentants les plus autorisés 
du parti légitimiste. Rallié à l'Empire, il devint sénateur et fut appelé 
en 1855 à faire partie de la Commission municipale. 

J2) Frédéric Bourgeois de Mercey était alors attaché au ministère 
d'État comme directeur des Beaux-Arts et chargé de diriger avec le 
comte de Chennevières l'organisation de la section des Beaux-Arts à 
l'Exposition universelle de 1855. 

(3) Damas-Hinard (1805-1891), littérateur, auteur de travaux litté- 
raires appréciés, notamment du Dictionnaire Napoléon^ et de traductions 
fort estimées des grands écrivains espagnols. En 1848 il fut nommé biblio- 
thécaire du Louvre, et devint en 1853 secrétaire des commandements de 
l'impératrice. 

(4) Jactfues'-lgnace ffiffor/* (1792-1867), né à Cologne, architecte, élève 
de Percier. On lui doit, indépendamment de nombreux monuments, qui 
témoignent de son réel mérite et de son érudition, les embellissements 
des Champs-Elysées, de la place de la Concorde, de l'avenue de l'Étoile. 
Ce fut lui qui traça, en qualité d'architecte de la ville de Paris et du Gou- 
vernement, les plans des immenses travaux du bois de Boulogne et des 
deux lacs. Il faisait partie depuis 1853 de l'Académie des Beaux-Arts. 

(5) L'amiral Théodore Deloffre (1787-1865) fut successivement pré- 
fet maritime à Cherbourg et membre du Bureau des longitudes. 



64 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

chambre, sur le quai : aux tentures orange, avec les 
peintures de Court. 

Je vais ensuite à Flndustrie; je remarcpie cette 
fontaine jaillissante de fleurs gigantesques imitées. 

La vue de toutes ces machines m'attriste profon- 
dément. Je n'aime pas cette matière qui a Tair de 
faire, toute seule et abandonnée à elle-même, des 
choses dignes d'admiration. 

En soitant, je vais voir l'exposition de Courbet, 
qu'il a réduite à dix sous. J'y reste seul pendant près 
d'une heure et j'y découvre un chef-d'œuvre (1) dans 
son tableau refusé ; je ne pouvais m'arracher de cette 
vue. Il y a des progrès énormes, et cependant cela m'a 
fait admirer son Enterrement, Dans celui-ci, les per- 
sonnages sont les uns sur les autres, la composition 
n'est pas bien entendue ; il y a de l'air et des parties 
d'une exécution considérable : les hanches, la cuisse 
du modèle nu et sa gorge ; la femme du devant qui a 
un châle ; la seule faute est que le tableau qu'il peint 
fait amphibologie : il a l'air d'un vrai ciel au miheu 
du tableau. On a refusé là un des ouvrages les plus 
singuliers de ce temps ; mais ce n'est pas un gaillard 
à se décourager pour si peu. 

J'ai dîné à l'Industrie entre Mercey et Mérimée ; 
le premier pense comme moi de Courbet ; le second 
n'aime pas Michel- Ange ! 



(i) Voir ce que nous avons dit dans notre Étude, p. li-lii, sur l'im- 
partialité de Delacroix touchant les contemporains en général et Courbet 
en particulier. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 65 

Détestable musique moderne par les chœurs chan- 
tants qui sont à la mode. 

11 août. — A Montreuil, pour le mariage de la 
fille aînée de Rivet. Ce bon ami a paru heureux de 
me voir ; j'ai revu avec beaucoup de plaisir sa mère, 
si aimable et de si bonne et ancienne manière ; causé 
de la couleur avec M. Pierre Rivet, mon ancien 
élève : il me recommande Torpin jaune (1). 

Vu là Colin (2) et revenu avec Riesener. 

Je dînais chez Chabrier ; Vieillard y était, et Poinsot 
qui a été aimable. J'étais fatigué de ma journée : ce sont 
trop d'allées et venues pour une petite constitution. 

Poinsot nous raconte que Charles (3), le physicien, 
se trouvant traqué pendant la Révolution et n'ayant 
que cinq ou six sous à dépenser pour sa nourriture, ne 

(1) Le baron Rivet, qui s'était éloigné de la politique depuis i 852 pour 
se consacrer à l'administration du chemin de fer de TOuest, habitait 
alors aux portes de Versailles^ au grand Montreuil, une propriété occu- 
pée, avant la Révolution, par deux des filles de Louis XV, Mesdames 
Victoire et Adélaïde de France. 

Le mariage auquel Delacroix fait allusion est celui de la fille aînée de 
M. Rivet, qui épousa, en 1855, M. Bourdeau de Lajudie. La mère de 
M. Rivet, dont parle ici Delacroix, était fille du général de Gilibert, 
dernier sous>gouverneur des Invalides sous la monarchie, et veuve de 
M. Léonard Rivet, ancien aide de camp de Dugomraier, créé baron 
comme préfet de l'Empire, et qui fut plus tard député sous la monarchie 
de Juillet. 

Pierre Rivet, neveu de Mme Rivet mère, était grand amateur de pein- 
ture et fervent admirateur de Delacroix. 

(2) Alexandre Colin, 

(3) Jacques-Alexandre-César Charles (1746-1823), physicien, a popu- 
larisé en France les découvertes de Franklin et des frères Montgolfier. 
Lors de la création de l'Institut, il entra l'un des premiers à l'Acadé- 
mie des sciences, et en devint par la suite le secrétaire 

III. 5 



66 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

vécut pendant un mois que de pain et d'eau; au bout 
d'un mois, il s'aperçut qu'il perdait sensiblement 
des forces; il y joignit alors du fromage, et les forces 
lui revinrent. 

— Penser à trouver une palette qu'on puisse mettre 
dans l'eau. 

12 août. — Mon cher Guillemardet vient dîner 
avec moi. Causerie sans fin à table et promenade sur 
le boulevard jusqu'à onze heures. 

15 août. — Le matin, déjeuné à l'Hôtel de ville et 
au Te Deum ensuite. Grande impression de cette 
foule en robe de toutes coideurs et en habits bro- 
dés : la musique, l'évêque, tout cela est fait pour 
émouvoir; l'éghse m'aparu, comme toujours, une des 
mieux faites pour élever et frapper. 

Réception chez l'Empereur. 

Rentré fatigué; le soir, promenade solitaire faite 
avec beaucoup de plaisir; je m'amuse des illumina- 
tions; je crois que c'est la première fois que la foule 
ne me cause pas d'ennuis. 

18 août, — Arrivée de la reine d'Angleterre. Je 
sors de l'église vers trois heures pour rentrer chez 
moi. Point de voiture! Paris est fou ce jour-là; on ne 
rencontre que corps de métiers, femmes de la halle, 
filles vêtues de blanc, tout cela bannière en tête et se 
poussant pour faire bonne réception. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 67 

Le fait a été que personne n'a rien vu, la Reine étant 
arrivée à la nuit; je l'ai regretté pour toutes ces 
bonnes gens qui y allaient de tout leur cœur; j'étais 
invité par Pastoret à aller voir le cortège chez lui; 
j'ai trouvé là Feuillet (1), Beauchesne (2), qui m'a 
recommandé son fils, candidat aux bourses de l'école 
de Saint-Cyr (3). 

Revenu au milieu d'une cohue épouvantable. 

23 août. — Bal à l'Hôtel de ville pour la reine 
d'Angleterre; chaleur a£Freuse. 

J'y trouve Alberthe et sa fille; j'ai fait le tour de 
l'Hôtel de ville deux ou trois fois pour conquérir un 
verre de punch; j'étais glacé, tant j'étais baigné de 
sueur. Quelles insipides réunions ! 

25 août. — A Versailles, ce soir. Illuminations de- 
vant le château, etc. 

Je ne revois pas avec le plaisir que j'attendais 
la Bataille d'Âboukir (4) : la crudité des tons est ex- 
trême; l'enchevêtrement de ces hommes et de ces 
chevaux est un peu inexcusable. 

Revenu par un clair de lune magnifique, et seid. 
J'ai passé par cette route de Saint-Cloud, qui m'a rap- 
pelé de si bons moments de ma vie de 1826 à 1830. 

(1) Feuillet de Couches, Voir t. II, p. 177, en note. 

(2) Du Bois de Beauchesne. Voir t. II, p. 375, en note. 

(3) Henri Du Bois de Beauchesne ^ aujourd'hui général de brigade. 

(4) Delacroix a, d'autre part, exprimé toute son admiration pour le 
talent du baron Gros, (Voir t. I, p. 374, et t. II, p. 351, 352 et 429.) 



68 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

26 août, — J'ai eu la visite de la très aimable prin- 
cesse de Wittgenstein (1) et de sa fille, celle pour 
laquelle Liszt m'avait demandé un dessin ; je dois la 
revoir et diner chez elle mardi. 

27 août. — Je suis dans un mauvais moment; je 
retourne à l'église, après une interruption de huit 
jours; j'y travaille péniblement; la chaleur est affreu- 
sement continue. 

Le soir, je vais voir l'exposition de l'école de des- 
sin de Lequien fils. J'y trouve Wey (2) et ses fils ; il me 
promet de me donner le dessin de Fedel, d'après 
moi, fait il y a une quarantaine d'années et si remar- 
quable. Wey me dit que c'est la seule chose remar- 
quable faite d'après moi. 

28 août. — Dîné chez l'aimable princesse de Witt- 
genstein ; elle avait un certain comte d'Iri ou d'Uri et 
un Allemand assez contradicteur et ennuyeux. 

30 août. — Soulié m'avait écrit qu'il viendrait au 
courant de septembre ou fin d'août. Je lui ai demandé 
de venir dîner aujourd'hui. J'ai écrit à Villot qui s'est 



(1) La princesse de Wittgenstein était Tamie et Tadmiratrice pas- 
sionnée de Liszt; il fut un moment question, en 1861, du mariage de la 
princesse avec le grand artiste; mais celui-ci devait entrer trois ans 
plus tard dans les ordres. 

(2) Francis Wey (1812-1882), littérateur et philologue, avait été 
nommé en 1852 inspecteur général des Archives départementales. II fut 
également, de 1853 à 1865, président de la Société des gens de lettres. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 69 

excusé, étant souffrant; à Riesener et à Schwiter. Le 
dîner a été gai, et j'en ai été heureux. 

Le matin, travaillé beaucoup à l'église, inspiré 
par la musique et les chants d'église. Il y a eu un 
office extraordinaire à huit heures ; cette musique me 
met dans un état d'exaltation favorable à la peinture. 

31 août. — Sorti vers trois heures pour voir des 
logements rues d'Amsterdam, Pigalle, etc. 

Chez Schvriter (1), j'ai été frappé là, en voyant sa 
propre peinture et le portrait de West, de Law^rence, 
ainsi que des gravures d'après Reynolds, de l'influence 
fâcheuse de toute manière. Ces Anglais, et Lawrence 
tout le premier, ont copié aveuglement leur grand- 
père Reynolds, sans se rendre compte des entorses 
qu'il donnait à la vérité; ces hcences, qui ont contri- 
bué à donner à sa peinture une sorte d'originalité, 
mais qui sont loin d'être justifiables, l'exagération 
pour l'effet et même les effets complètement faux qui 
en sont la conséquence, ont décidé du style de tous 
ses suivants, ce qui donne à toute cette école un air 
factice que ne rachètent pas certaines qualités. Ainsi 
la tête de West, qui est peinte dans la lumière la plus 
vive, est accompagnée d'accessoires tels que les vête- 
ments, un rideau, etc., qui ne participent nullement 
à cette lumière; en un mot, elle est dépourvue de 
toute raison; il s'ensuit qu'elle est fausse et l'ensemble 

(1) Le baron Schwiter devait être un des légataires de Delacroix, qui 
lui laissa par testament divers tableaux anciens. 



70 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

maniéré . Une tête de Van Dyck ou de Rubens, placée à 
côté de semblables résultats,* les place tout de suite 
dans les rangs les plus secondaires. (Rapprocher ceci 
de ce que j'ai écrit quelques jours plus tard à Dieppe 
sur Fimitation naïve et Tinfluence des écoles.) (1). 

La vraie supériorité, comme je l'ai dit quelque part 
dans ces petits souvenirs, n'admet aucune excentri- 
cité. Rubens est emporté par son génie et se livre à 
des exagérations qui sont dans le sens de son idée et 
fondées toujours sur la nature. 

De prétendus hommes de génie comme nous en 
voyons aujourd'hui, remplis d'affectation et de ridi- 
cule, chez lesquels le mauvais goût le dispute à la pré- 
tention, dont l'idée est toujours obscurcie par des 
nuages, qui portent, même dans leur conduite, cette 
bizarrerie qu'ils croient un signe de talent, sont des 
fantômes d'écrivains, de peintres et de musiciens. Ni 
Racine, ni Mozart, ni Michel-Ange, ni Rubens, ne 
pouvaient être ridicules de cette façon-là; le plus 
grand génie n'est qu'un être supérieurement raison- 
nable. Les Anglais de l'école de Reynolds ont cru 
imiter les grands coloristes flamands et itaUens; ils 
ont cru, en faisant des tableaux enfumés, faire des 
tableaux vigoureux; ils ont imité le rembrunissement 
que le temps donne à tous les tableaux et surtout cet 
éclat factice que causent les dévemissages successifs 
qui rembrunissent certaines parties en donnant aux 

(1) Voir plus loin, p. 95 et 96. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 71 

autres un éclat qui n'était pas dans Tintention des 
maîtres. Ces altérations malheureuses leur ont fait 
croire, comme dans le portrait de West, qu'une tête 
pouvait être très brillante à côté de vêtements com- 
plètement dépourvus de lumière, et que des fonds 
pouvaient être très obscurs derrière des objets éclai- 
rés : ce qui est de toute fausseté. 

7 septembre, — Le matin, chez Dupré. Vu sa mai- 
son : très séduit par cet air riant. 

Dîné chez Mme de Forget avec Mme Dufays, et 
revulàM. Jouant, quejen'avaispas vu depuis 1830. Il 
a passé des années en Russie ; ce n'est plus le beau gar- 
çon de ce temps-là. Il me dit que le changement le 
plus considérable qu'il trouve en moi, c'est que je parle 
moins vite qu'autrefois et que ma voix est changée. 

10 septembre. — Parti à huit heures par le train 
express pour aller à Crose (1). Voyage très rapide 
jusqu'à Argenton par l'express, mais toutes soites de 
malheurs à partir de là. Arrivé à Argenton attendant 
mes paquets une heure dans la boue et sous la pluie, 
avant de m'installer dans cette affreuse petite voiture 
où j'ai fait un voyage si insupportable, entre l'enfant 
qui pissait et les trois femmes qui vomissaient. 

Je reste à Limoges, tenté un instant de revenir et 
de m'excuser comme je pouvais. 

(1) C'est le nom d'une propriété de famille qui appartient aujourd'hui 
encore à M. de Verninac, sénateur. 



7% JOURTÏAL D'EUGENE DELACROIX. 

11 septembre. — Arrivé à Lamoges vers onze 
heures, je m'installe pour la journée à Thôtel du 
Grand Périgord; je fais un déjeuner dont j'avais 
besoin après l'insupportable voyage. Je vois la ville, 
le musée, l'église Saint-Pierre, la cathédrale, Saint- 
Michel. 

La cathédrale est inachevée, la nef manque. En 
général, les églises de tout ce pays sont d'une obscu- 
rité lugubre. Je me suis endormi dans la cathédrale. 

A Saint-Michel, près du musée, où je suis revenu 
en dernier Heu, j'en ai fait autant. Ces petits repos 
m'ont remis tout à fait. 

* Je me suis fait raser par un frater et suis venu 
dîner vers quatre heures et demie. Excellentissimes 
champignons, inconnus à Paris. 

Je pars à six heures pour Brive. Dans le coupé, 
tête à tète avec un brigadier de gendarmerie, très 
convenable : tête superbe. Il me quitte vers neuf 
heures. Je passe une bonne nuit, tantôt dormant, 
tantôt voyant passer à la lueur des quinquets de la 
voiture le bizarre pays que je traverse. . . Uzerche, etc. , 
que je regrette de ne pas voir de jour. 

Je pensais, en voyant des objets véritablement 
bizarres, à ce petit monde que l'homme porte en lui. 
Les gens qui disent que l'homme apprend tout par 
l'éducation sont des imbéciles, y compris les grands 
philosophes qui ont soutenu cette thèse. Quelque 
singuliers et inattendus que soient les spectacles qui 
s'offrent à nos yeux, ils ne nous surprennent jamais 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 73 

complètement; il y a en nous un écho qui répond à 
toutes les impressions : ou nous avons vu cela ailleurs, 
ou bien toutes les combinaisons possibles des choses 
sont à Favance dans notre cerveau. En les retrouvant 
dans ce monde passager, nous ne faisons qu'ouvrir 
une case de notre cerveau ou de notre âme. Comment 
expliquer autrement la puissance incroyable de l'ima- 
gination et, comme dernière preuve, cette puissance 
incroyable qui est relativement incomparable dans 
Tenfance? Non seulement j'avais autant d'imagination 
dans l'enfance et dans la jeunesse (1), mais les objets, 
sans me surprendre davantage, me causaient des 
impressions plus profondes ou des ravissements in* 
comparables; où aurais-je pris auparavant toutes 
ces impressions? 

12 septembre. — Arrivé à Brive à dix heures. 
François était venu m'y chercher, et reparti. 

Je parcours la ville, qui est très jolie; l'éghse ro- 
mane, où on a peint des cannelures et des caissons; 
le collège ou séminaire, charmante architecture de 
la Renaissance. 

Je pars à midi et demi et suis à Crose vers trois 
heures ; je ne puis vaincre, tout le long du voyage, 
une somnolence extrême. Frappé de la vue de Tu- 
renne et de ses ruines. Beaucoup d'émotion en arri- 
vant. 

(1) Se reporter dans le second volume à tout ce qu'il dit sur V Imagi- 
nation et sur V Idéalisation» (Voir t. II, p. 126 et 241.) 



74 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Promenade avec François (1) dans les allées 
d'herbes, les arbres fruitiers, figuiers; cette nature 
me plaît et réveille en moi de douces impressions; 
la bonne Mme Veminac heureuse de me voir et me 
tutoyant. La femme de François est très bien. 

13, 14 ee 15 septembre. — Tous ces jours jusqu'à 
dimanche, jour de mon départ, la même vie à peu 
près; je suis seul, suivant mes habitudes, jusqu'au 
déjeuner. L'avant-dernier jour, le 15, je dessine une 
partie de la journée les montagnes, de ma fenêtre. 
Je dessine après déjeuner et par la chaleur le joli 
vallon où François a planté des peuphers; je suis 
charmé de cet endroit; je remonte par un soleil que 
je trouve cuisant et qui me fait toujours une impres- 
sion de fatigue pour le reste de la journée ; je cueille 
avec déUces quelques figues, quelques pêches ; bien 
entendu que je m'accuse de mes larcins. 

Gomment décrire ce que je trouve charmant dans 
ce lieu?... C'est un mélange de toutes les émotions 
agréables et douces au cœur et à l'imagination : je 
pense aux lieux que j'ai vus avec un calme bonheur 
dans ma jeunesse, je pense en même temps à mes 
chers amis, à mon bon frère, à mon cher Charles, à 
ma bonne sœur! Seid comme je suis à présent, il me 
semblait dans ce lieu, dans ce pays déjà méridional, 
me retrouver avec ces êtres chers dans la Touraine, 

(i) François de Veminac, président du tribunal de Tulle. Delacroix 
lui laissa par testament quelques souvenirs de famille. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 75 

dans la Charente, lieux qui sont beaux pour moi, 
beaux pour mon cœur. 

La négligence qui est partout dans ce pauvre Crose, 
et qui m'avait choqué d'abord, avait fini par me 
plaire : rien n'y ressemble à nos habitations d'aujour- 
d'hui... L'herbe pousse où elle veut, la maison se 
conserve toute seide. 

Promenade àTurenne (1) un de ces jours; la pre- 
mière fois, elle avait été marquée par l'événement de 
la fiiite des deux juments , après lesquelles on avait 
couru longtemps. Le jour que nous y sommes allés, 
il faisait une pluie diluvienne ; j'ai été pourtant satisfait 
de cette excursion; ce château perché sur le rocher, 
comme sur un piédestal, est tout à fait extraordi- 
naire (2). 

Nous faisons ces courses avec le jeune Dussol, très 
bon garçon, qui a dîné presque tous les jours avec 
nous. 

L'église de Turenne remarquable par un grand 
air; sa simpUcité et même son dénuement ne lui 
nuisent pas. 

16 septembre, — Parti à sept heures pour Brive 
avec François et Dussol. Nous rencontrons en route 

(i) On voit, à Turenne, les ruines d'un ancien château fort dont il 
reste une tour gigantesque, dite Tour de César. 

(2) A cet endroit du manuscrit se trouve une esquisse presque informe 
qui représente la tour du château. Elle fait invinciblement penser aux 
dessins de Victor Hugo, faits par le poète dans son voyage sur les bords 
du Rhin. 



7d JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

le médecin Masseur, et ensuite la servante de Fran- 
çois avec sa charmante sœur, celle que j'avais vue en 
guenilles et pieds nus auprès des chevaux, le jour de 
la course à Turenne; cette fois, elle était vêtue 
coquettement et allait à Brive pour faire des em- 
plettes pour sa noce qui est dans huit jours; son mari 
sera un heureux drôle pendant quelques moments... 
C'est de l'espèce la plus fine et la plus piquante, la 
hlonde armée de tous ses attraits particidiers et qui 
sont incomparables. Je Tavais bien devinée la pre- 
mière fois. 

Nous parcourons la ville, après avoir assuré ma 
place pour une heure, pour Périgueux et Angoulême ; 
nous allons au séminaire, où je dessine, et nous reve- 
nons déjeuner. 

Ce déjeuner, à cette heure, m'a rendu toute la 
journée insensible aux beautés du pays que je traver- 
sais. La chaleur aussi était excessive; le coupé de 
cette diligence était affreux : pas une vitre ne tenait, 
j'ai été tantôt grillé par le soleil, tantôt gelé sans pou- 
voir m'en défendre par le courant d'air étabU entre 
les deux portières. 

Dans la première partie du voyage, je guettais la 
maison de campagne de Mme Rivet, que définitive- 
ment je n'ai pas vue. 

11 y avait avec moi dans le coupé un gros et frais 
jeune homme qui m'a conté, avec un grand contente- 
ment de lui-même, qu'il venait de Limoges où il avait 
été faire emplettes de ses cadeaux de noces pour une 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 7T 

jeune personne qu'il allait épouser aussi dans huit 
jours; je n'ai côtoyé ainsi, au milieu de mes souf- 
frances, que des gens heureux ou sur le point de 
l'être. Il m'a fait entendre, en relevant à tout moment 
sa petite moustache blonde, que sa situation ne lui 
permettait pas d'aspirer à ce parti, mais que ses avan- 
tages extérieurs lui avaient valu cette aubaine, dont 
il rendait grâces au dieu Gupidon. Mon homme, plus 
amoureux de lui-même que de sa future, fleur de pro- 
vincial et de Périgourdin, me quitta sur la route, non 
sans m' avoir fait admirer de loin la propriété, la mai- 
son la plus belle du pays, disait-il, enfin toutes les 
solides perfections que l'amour jetait à ses pieds, 
sans compter celle de la jeune infante; il a oublié 
de me dire si cette dernière était douée de grâces et 
d'attraits; mais ce n'était pas là la partie intéres- 
sante pour lui. 

Je traverse, jusqu'à Périgueux, le pays le plus 
riche et le plus riant, mais toujours sous le poids de 
cette chaleur ou de ce vent cuisant. 

J'arrive à Périgueux à la chute complète du jour; 
une jeune femme toute pimpante m'avait été donnée 
pour compagne de prison dans la boite incommode 
où je me trouvais, une poste avant la ville ; je traverse 
cette johe ville au milieu des transparents et des 
illuminations, à propos des bonnes nouvelles de 
Sébastopol. 

Je m'informe des places; je suis forcé de changer 
mes combinaisons. J'irai à Montmoreau prendre le 



78 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

chemin de fer par Ribérac dans une espèce de cabrio- 
let portant les dépêches, et je vais dîner à l'hôtel de 
France, en face du bureau de la voiture. 

Le repas assez médiocre, servi par une fille très 
piquante, quoique déjà mûre, me fait merveille; il 
n'est pas trop gâté par le voisinage de commis voya- 
geurs, dont la langue est la même partout et un mé- 
lange curieux d'ineptie et de fatuité; j'avais déjà 
déjeuné à Brive quand j'y arrivai de Limoges, en 
attendant l'heure de partir pour Crose, avec une réu- 
nion semblable. 

A Périgueux, après dîner et en payant à Mme l'hô- 
tesse mes 3 fr. 50, j'admire la rotondité de sa robe à 
la mode et cette magnifique toilette qu'elle promène, 
de la cour à la cuisine et à la salle à manger. Je sors 
enchanté de tout ce que je voyais et particulièrement 
de la beauté des femmes que je trouve, dans tous les 
environs, on ne peut plus piquantes. Je me promène 
assez tard sur la grande promenade remplie de pro- 
meneurs de tous étages, de marchands forains, de 
musiques, de faiseurs de tours et de loteries. Je 
trouve même de la vraie beauté, le piquant uni à une 
grâce et à une correction qui n'est pas dans le Nord et 
que Paris n'ofire jamais. 

Enfin, je pars à neuf heures, je crois. Arrangement 
qui me paraît d'abord impossible et qui finit par aller 
tant bien que mal; mon grand manteau me rend 
grand service, serré, emboîté et enveloppé jusque 
par-dessus les yeux, de peur du serein; je finis par 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 79 

m'engourdir et enfin j'arrive à Ribérac vers deux 
heures du matin. 

Arrivée dans cette petite ville où quelques chan- 
delles achevaient de brûler aux fenêtres, en témoi- 
gnage deTallégresse^mais dans une solitude complète. 
Entrée sous cette remise d'auberge; prise de posses- 
sion d'une chambre, où j'ai dormi tout habillé et pro-* 
fondement jusqu'à cinq heures du matin. 

17 septembre. — Parti joyeux pour Montmoreau. 
Réveillé le matin à Ribérac et juché dans le coupé, 
avec un jeune militaire et un bon Périgourdin qui me 
parle de son vin; et tout ce que je vois m'enchante; 
le soleil levant donne à cette jolie et riche nature un 
attrait inexprimable. La ressemblance de ce pays avec 
ma chère forêt réveille encore des souvenirs déli- 
cieux. En traversant des parties de bois, je crois être 
avec mon cher Charles et le bon Albert, quand nous 
allions chasser, par la rosée, sous les bois et dans les 
vignes . . . Point de description pour de si douces 
pensées ! 

Je remarque, de Ribérac à Montmoreau, les vignes 
grimpant aux arbres ou à des perches qui les sou- 
tiennent, à la manière italienne; cela est fort joli et 
fort pittoresque, et ferait bien en peinture; mon voisin 
le militaire, joli jeune homme, qui revient peu enthou- 
siasmé de la Grimée où il a eu les pieds gelés, me dit 
que cette méthode n'est pas la meilleure, sinon pour 
la vigne elle-même, au moins pour les productions 



80 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

qui Fenvironnent, à cause de Fombre qui résulte de 
cet arrangement. Mon chasseur de Vincennes me dit 
que les Anglais sont des soldats de parade qui s'en 
vont trop tôt, malgré la renommée de leur ténacité. 
Peut-être, en bons alliés, faisons-nous pour eux, à 
Fégard de la bravoure, ce qu'on fait pour les avares 
» dont on veut tirer quelque chose en les louant de leur 
générosité... 

J'arrive à Montmoreau; je suis conduit droit au che- 
min de fer, où jem'encage vers onze heures et demie. 

A Angouléme, rencontre de Mme Duriez (1), de sa 
fille, de son gendre et de son petit-fils. Je les aide à 
monter en voiture ; cette rencontre qui était dans les 
décrets du destin, puisque je m'étais flatté d'aller les 
voir à Hurtebize, a rajeuni de bons sentiments et de 
bons souvenirs; mais j'étais déjà fatigué de tous mes 
mouvements des jours passés; le repos, pendant cette 
route, m'eût été nécessaire; j'aurais traversé avec 
plus de plaisir, avec le recueillement nécessaire, ces 
pays aimés pleins de tristesse et de doux souvenirs ; 
au lieu de cela, chaleur étouffante, conversation sou- 
tenue jusqu'au soir, mille sujets d'une fatigue qui a 
duré et s'est prolongée à Strasbourg. 

Dîner incroyable à Orléans ; véritable pillage dans 
la salle où tous ces voyageurs pressés s'arrachaient 
les morceaux et se tiraient les chaises et les plats. 

J'arrive à Paris à près de dix heures. 

(1) Mme Duriez de Verninac, Dans son testament Delacroix lui a 
laissé de nombreux souyenirs. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 81 

18 septembre. — Je m'étais flatté que je pourrais 
repartir le matiu pour Strasbourg. Ma fatigue est ex- 
trême; je reste au lit ou sur mon lit. Je ne sors que 
pour dîner à la taverne flamande de la rue de Pro- 
vence. Je rentre fermer mes malles et je pars à huit 
heures du soir. Je ne puis dormir pendant cette route. 
Bon ménage, orné d'un enfant à la mamelle tenu par 
une Alsacienne en costume et d'un enfant de huit à 
dix ans qui m'a donné des coups de pied pendant 
toute la route. 

Au jour, et avant d'arriver, je suis frappé des mon- 
tagnes boisées avant Saverne et de la terre rouge qui 
abonde en ce pays. 

Strasbourg^ 19 septembre. — J'arrive vers huit 
heures; je vais à pied chez les bons cousins (1). J'ac- 
compagne le long des canaux et de la rivière l'homme 
qui traîne mon bagage; je trouve les bons cousins 
en train de déjeuner. Joie de me voir et moi heu- 
reux de les embrasser; je me sens de la fatigue; 
je dors sur le canapé du salon; le dîner, qui vient 
ensuite et de trop bonne heure, continue le trouble 
des jours précédents. 

Après dîner, le cousin me mène au casino, où il 
m'inscrit; je n'ai pas abusé beaucoup de la faveur qui 
m'était faite; il me fait assister là à une réunion des 
membres du bureau de la Société rhénane des amis 

(i) La famille Lamey, qui habitait Strasbourg, où M. Lamey occupait 
le poste de président de Cour. 

III. 6 



8Î JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

des arts ; séance peu récréative qui heureusement ne 
dure pas longtemps. 

20 septembre. — Au déjeuner que je fais avec les 
cousins et encore trop tôt, arrive Schiller le graveur (1) 
qui m'a connu chez Guérin, quand je commençais à 
n'y plus aller; il a su mon arrivée par un des membres 
d'hier et se met à ma disposition. Nous allons voir chez 
M. Simonis le superbe Gorrège : Vénus désarmant 
l'Amour ; je ne l'estime pas d'abord tout ce qu'il vaut. 

Je regrette bien vivement de n'écrire ceci que trois 
semaines après l'impression que j'en ai reçue : la 
science, la grâce, le balancement des lignes, le charme 
de la couleur, les licences hardies, tout se réunit dans 
ce charmant ouvrage; certains contours durs m'a- 
vaient alarmé ; je remarque ensuite qu'ils sont par- 
faitement motivés par la nécessité de détacher des 
parties d'une manière tranchée. 

Autres beaux tableaux dans le même endroit, mais 
le souvenir se confond : ce sont des flamands, c'est 
tout dire. Belle tête de Van Dyck : homme en armes. 

Nous allons au musée, à la mairie; j'y vois une 
assez bonne copie de mon Dante, faite par Brion (2), 
un jeune homme qui a fait de bons sujets d'Alsace. Je 

(1) Charles^ Auguste Schiller (1804-1859), graveur, élève de Guérin et 
de Gros, visita l' Allemagne et l'Italie, et retourna se fixer à Strasbourg, 
son pays natal, où il se voua à l'enseignement. 

(2) Gustave Brion (1824-1878), peintre, élève de Gabriel Guérin, 
s'est voué spécialement à la peinture des mœurs alsaciennes et rhénanes. 
On lui doit les illustrations de Notre-Dame de Paris et des Misérables 
de Victor Hugo, publiées en 1864. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 83 

vois là des choses assez curieuses : une figure nue 
d'homme, de Heim (1) ; cet homme avait un sentiment 
dans le sentiment des maîtres italiens ; ce tableau est 
très gâté; je vois là son dernier grand tableau, exposé 
il y a deux ans (2), roulé depuis ce temps et laissé 
dans un coin comme on Ta apporté. Voilà comment 
les musées de province traitent les tableaux. 

Je rencontre avec Schùler, qui m'a mené voir 
l'horloge rajeunie de la cathédrale, M. Klotz, l'archi- 
tecte, frère de Mme Petiti : il me fait les honneurs 
de la Maison d'œuvre^ et m'autorise à y dessiner. 

Le soir, avec la bonne cousine, chez Hervé : la joie 
de ce bon et cher homme à me revoir ; il y a de cela 
quarante-cinq à quarante-huit ans. 

21 septembre. — Le lendemain, je suis tout à fait 
indisposé ; je reste couché une partie de la journée ; 
j'ai peine à me dérober aux remèdes de la bonne cou- 
sine. Hervé vient me voir pendant que je suis couché. 
La journée se passe ainsi. 

23 septembre. — J'écris à Mme de Forget une 
lettre qui exprime bien mes ennuis de voyage : 

(1) François-Joseph. Heim (1787-1865), peintre, élève de Vincent, 
obtint le prix de Rome en 1807. Parmi ses œuvres le» plus impor- 
tantes, on peut citer le Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette^ 
qu'on peut voir dans une des chapelles de l'église Saint-Gervais, et 
Charles X distribuant des récompenses aux artistes à la fin de l* Expo- 
sition de 1824, tableau où figure notamment Delacroix et qui se trouve 
aujourd'hui au Louvre. 

(2) La défaite des Cimbres et des Teutons, exposé en 1853. 






i 



84 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

o J'ai été fort longtemps sans vous écrire ; c'est 
que j'ai fait le voyage le plus contrarié, je n'oserais 
pas dire le plus malheureux, puisque j'y ai eu quel- 
ques bons moments en retrouvant des personnes que 
j'aime; mais tout a été en dépit de mes prévisions et 
de mes petites convenances. 

J'ai traversé Paris en revenant du Périgord, pour 
aller à Strasbourg, d'où je vous écris, souffrant, mal 
disposé pour achever ce qui me reste à faire, brisé 
par tous ces soubresauts et ces changements de 
régime et de condition. J'ai trouvé dans le pays 
de mon beau-frère des personnes que je n'avais pas 
vues depuis mon extrême jeunesse. Tout cela est 
attendrissant et attristant ; mais encore il y a des 
émotions délicieuses qui s'y mêlent. Les communi- 
cations dans tous les pays qui ne sont pas traversés 
par les chemins de fer sont intolérables : on est jeté 
dans d'affreuses carrioles, entassé et confondu avec 
toute la famille possible ; c'est à tous ces inconvé- 
nients que je n'ai pas pu résister, et quoiqu'à la 
veille précisément d'aller faire à Baden un tour de 
quelques jours, je n'entrevois qu'avec ennui toute 
espèce de déplacement. 

J'ai plus d'une fois envié votre calme philosophique, 
dans votre jardin, que vous n'êtes pas obhgée d'aller 
chercher à travers des ennuis de toute sorte. Restez-y 
donc et ne bougez pas ; je ne serai ici que jusqu'à 
la fin du mois ; je pars, n'étant rien moins que reposé 
par ma villégiature. Peut-être, comme on a retardé 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 85 

jusqu'au 15 octobre la reprise du jury de peinture, 
irai-je passer quinze jours francs à me refaire tout 
seul, au bord de la mer. 

Je vous conterai mes impressions de Baden, où 
tout le monde ici m'envoie. C'est demain ou après- 
demain que je m'embarque pour cette vallée de 
Tempe. 

Je n'ose vous prier de me répondre, à moins que 
ce ne soit très promptement, comme vous voyez. » 

Je vais, après dîner, avec la cousine, chez Schiller 
que je trouve peignant des paysages ; il devait nous 
mener voir le tombeau du maréchal de Saxe. Ou plu- 
tôt je crois que c'est hier ceci, et aujourd'hui que j'y 
ai été le soir avec la cousine. 

Vu les momies et le tombeau ; j'en parle dans mes 
souvenirs de Baden. 

Un de ces matins, chez Ferdinand Lamey : vu son 
jardin, etc., etc. 

Baden, 25 septembre. — Parti de Strasbourg à huit 
heures; traversé la citadelle; jolie route qui me rap- 
pelle Anvers et la Belgique. Traversé le Rhin, arrivé 
à Baden vers quatre heures. Belles montagnes de loin 
se confondant avec l'horizon : le temps un peu brouillé 
après mon installation au Cerf, A peine arrivé, et 
comme à l'ordinaire, tout me semble triste, et je suis 
certain de m' ennuyer ici. 

Je fais une aquarelle des montagnes, de ma fenêtre. 



86 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Je sors, je rencontre Séchan (1), peu après Mme Ka- 
lergi. Séchan me mène voir ses travaux vraiment 
surprenants par la dextérité employée à tout envoyer 
de Paris, tout fait. Je vois Lanton avec lui qui, habi- 
tant Baden, est enivré de Baden : tout lui semble 
charmant ; les femmes s'offrent à qui mieux mieux ; 
on y déjeune, on y dîne, on y chasse le lendemain. 

Benazet m'invite à cette chasse, et je refuse, malgré 
sa politesse. 

Le soir, après dîner, promenade solitaire, où il 
faut convenir que je m'ennuie un peu malgré Lanton. 
J'entre à la Conversation, où je vois jouer. Je suis tra- 
vaillé tout à coup entre la nécessité de faire des excur- 
sions sur les invitations de Séchan, affaire de con- 
science, et le désir de ne pas bouger, plus conforme 
à ma nature. 

Baden, en arrivant, 25 septembre. — J'ai vu hier, 
à Strasbourg, avec la bonne cousine Lamey, àFégUse 
Saint-Thomas, le tombeau du maréchal de Saxe : c'est 
le meilleur exemple de l'inconvénient que je signale. 
L'exécution des figures est merveilleuse, mais elles 

(1) Cheurles Séchan (1802-1874), peintre décorateur, élève de Cicéri, 
s'est fait une place à part pour le goût qu'il apporta dans l'art déco- 
ratif. Le talent qu'il montra en brossant des décors pour les grands 
théâtres de Paris et de l'étranger le firent distinguer, et en 1849 il fut 
chargé de restaurer la galerie d'Apollon, au Louvre ; plus tard, on lui 
confia les peintures architecturales de Saint^Eustache. En 1852, au 
retour d'un voyage à Constantinople, où il entreprit les décorations inté- 
rieures des palais et des kiosques du Sul.tan, il se rendit à Baden, où il 
exécuta les travaux décoratifs du Casino. Il a publié un volume de Sou- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 8T 

VOUS font presque peur, tant elles sont imitées 
d'après le modèle vivant. Son Hercule, quoique 
de l'école et avec l'inspiration du Puget, n'a pas 
ce souffle et cette hardiesse, j'oserai dire ces défec- 
tuosités partielles qu'on voit partout dans ses ouvra- 
ges ; les proportions de cet Hercule sont très justes ; 
chaque partie offre des plans exacts et un grand 
sentiment de la chair, mais sa pose est insipide; 
c'est un Savoyard affligé, et non le fils d'Alcmène; 
il est là, il pourrait être ailleurs. Cette France 
affligée, qui conjure la Mort avec une expression 
de douleur très juste, est le portrait d'une Pari- 
sienne ; la figure de la Mort, figure idéale par excel- 
lence, est tout simplement un squelette articulé, 
comme il y en a dans tous les ateliers et sur lequel le 
sculpteur a jeté un grand drap, qu'il a copié avec 
soin, en faisant sentir très exactement, sous les plis et 
dans les endroits où on les voit à découvert, les têtes 
d'os, les creux et les saillies. 

Nos pères, tout barbares dans leurs naïves allégo- 
ries, dont le gothique est plein, ont représenté tout 
autrement les figures symboliques. 

Je me rappelle encore cette petite figure de laiMort 
qui sonnait les heures dans la vieille horloge de l'église 
de Strasbourg, que j'ai vue au rebut avec toutes 
celles qui y faisaient leur rôle, le vieillard, le jeune 
homme, etc. ; « c'est un objet terrible, mais non pas 
hideux seulement » . Quand ils font des figures de 
diables ou d'anges, l'imagination y voit ce qu'ils ont 



88 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

voulu faire, à travers les gaucheries et rignorance 
des proportions. 

Je ne parle pas du monument du maréchal de Saxe 
sous le rapport de Funité d'impression et de style , il 
en est entièrement dépourvu, Fesprit ne sait où se 
prendre dans ces figures dispersées, dans ces dra- 
peaux brisés, ces animaux renversés. Et pourtant 
quel sujet pour Fimagination d'un vrai artiste sur son 
seul énoncé ! Ce héros armé qui descend au tombeau 
son bâton de commandement à la main ; cette France, 
qu'il a servie, qui s'élance entre lui et le monstre im- 
pitoyable qui va le saisir ; ces trophées de sa gloire, 
vains ornements pour son tombeau ; ces emblèmes 
des puissances subjuguées, cet aigle, ce lion, ce léo- 
pard expirant ! 

— M. Janmot, qui vient me voir ce matin, médit, 
à propos des bonnes ébauches , qu'Ingres dit : On 
ne finit que sur du fini. 

26 septembre. — Le matin renouvelé entièrement 
encore comme à l'ordinaire. Je sors de bonne heure. 
Je commence par FégUse, monument gothique, res- 
tauré il y a un siècle et demi et dans lequel on a pro- 
digué, suivant la mode du temps, les ornements à la 
Vanloo, comme à celle de Brive, les cannelures et les 
caissons à la grecque du commencement de ce siècle. 
Deux tombeaux magnifiques dans le chœur : celui de 
l'évêque couché et armé avec le squelette sous la 
table qui le supporte, et surtout celui du vieux mar- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 89 

grave armé et debout, collé à la muraille, son bâton 
de commandement à la main, et son casque à terre, 
près de lui, le tout dans un arrangement du temps 
delà Renaissance du plus beau style; j'ai remarqué 
sur mon calepin, ensuite, la différence de ce style avec 
celui d'un autre tombeau, le plus important de tous, 
lequel est dans le style de Vanloo. Malgré la confu- 
sion et le mauvais goût, les plates allégories et le ba- 
riolage, il est encore supérieur à tout ce qui est de 
notre triste, époque, où la froideur, Finsignifiance et 
la mesquinerie ôtent toute espèce d'intérêt. 

Monté, par des marches fortraides, jusqu'au palais 
grand-ducal, que je prends pour une espèce de ferme 
ou couvent ; je monte par une allée exposée au soleil, 
puis je tourne dans les bois de sapins que j'admire ; 
après chaque montée, que je crois toujours être la 
dernière, j'arrive au vieux château. Ruines rafisto- 
lées à Fallemande, pour en faire des perspectives 
d'album ; bouteilles cassées, débris de cuisine au 
milieu de tout cela ; le garde-manger était dans la 
salle des chevaliers. Je remarque les rochers grani- 
tiques comme ceux de la Corrèze ; ils sont plus parti- 
culièrement d'une couleur rougeâtre comme le terrain 
et les pierres de ces pays-ci. 

J'écris à diverses reprises sur mon calepin. J'ad- 
mire en descendant une grande perspective montante 
sous les pins. Je remarque la couleur de charbon du 
fond et des arbres. Je redescends par une grande 
chaleur et pressé par la faim. Au bas des degrés, je 



«0 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

me trompe de route et je conçois de l'inquiétude, en 
sentant ma fatigue et voyant reculer mon déjeuner. 
J'arrive enfin tout poudreux, tout hérissé. Je me 
mets à table. Voilà toutes sortes d'événements qui ne 
peuvent pas m'arriver à Paris et qui font que je ne 
peux pas y déjeuner avec appétit. 

Je dors ensuite presque toute la journée; un autre 
se serait fait un devoir d'aller voir des cascades. 

A six heures chez Mme Kalergi, qui m'avait prié ; 
j'y trouve un prince Wiasiemski et sa femme, le pre- 
mier Kalmouck par la face, la seconde charmante et 
gracieuse Busse qui m'a semblé mieux le lendemain 
en toilette du matin. De plus, une dame russe aussi 
ou berlinoise, sentimentale personne, avec qui j'ai 
fait le lendemain le voyage d'Eberstein avec Mme Ka- 
lergi. Cette dernière me parle beaucoup de Wagner (1); 
elle en raffole comme une sotte, et comme elle raffolait 
de la République. Ce Wagner veut innover; il croit 
être dans la vérité ; il supprime beaucoup des con- 
ventions de la musique, croyant que les conventions 
ne sont pas fondées sur des lois nécessaires. Il est 
démocrate ; il écrit aussi des Uvres sur le bonheur 
de l'humanité (2), lesquels sont absurdes, suivant 
Mme Kalergi elle-même. 

(i) n ne faut pas oublier qu'à cette époque le nom de Richard 
Wagner était complètement inconnu en France. Nous sommes en 1855, 
c'est-à-dire huit années avant la légendaire tentative de Taunhàuser, au 
grand Opéra de Paris. Le nom alors obscur du poète-musicien n'avait pu 
être révélé a Eugène Delacroix que par une étrangère russe ou berli- 
noise. 

(2) Delacroix fait allusion ici aux tentatives politiques et sociales de 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 91 

Je sors d'assez bonne heure ; je vais faire, malgré 
le froid le plus piquant, une longue promenade sous 
Tallée qui va à Lichtenthal, délicieux endroit. Je 
rencontre, en revenant, Winterhalter (1), bon diable, 
mais très ennuyeux. Il veut absolument aller boire de 
la bière, et je le suis. Il me donne l'adresse d'un mar- 
chand à' aie et de porter à Paris, et aussi celle d'un 
marchand de jambon cru de Mayence. 

21 septembre. — Je m'achemine de bonne heure 
et sans la précaution d'un paletot vers le couvent de 
Lichtenthal. Délicieuse et matinale promenade ; dans 
l'église du couvent, la divine surprise, au moment où 
j'allais partir, du chant des reUgieuses ; on ne trouve- 
rait pas pareille chosje en cent ans , dans toute la 
France. Je disais à Mme Kalergi, qui prend fort le 
paiti des Allemands, que chez eux la musique (2) 



R. Wagpier. Celui-ci avait participé au mouvement révolutionnaire de l'Al- 
lemagne qui avait suivi le mouvement de 1848 en France. U avait dû 
quitter son pays et «'exiler en Suisse. De cette époque date la série de 
«es grandes productions poétiques et musicales. Mais bien que désormais 
il ne dût prendre aucune part active à la propagande des idées socialistes, 
il leur demeura toujours très fidèlement et très fermement attaché, au 
point que ses écrits théoriques s'en trouvent souvent influencés. 

(i) François-Xavier Winterhalter (1806-1873), peintre allemand, qui 
pendant tout le règne de Louis-Philippe et pendant les premières années 
du second Empire a joui d'une grande vogue. Il fit les portraits de la 
plupart des membres de la famille royale, reproduits et, popularisés d'ail- 
leurs par la gravure. On connaît aussi le portrait en médaillon de l'im- 
pératrice Eugénie exposé en 1861, celui de la reine Victoria, etc. 

(2) Delacroix note ici une observation que seuls ont pu faire ceux qui 
ont voyagé en Allemagne. Déjà avant d'y être allé, il rapporte dan* son 
journal un fragment de conversation avec A. de Musset, dans lequel il 
observe que les Français ne sont d*instinct ni musiciens ni peintres* Il 



9Î JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

V venait pour ainsi dire en pleine terre; chez nous, c'est 
une production artificielle. 

Grand Christ en bois peint très expressif et effrayant 
pendu de côté et sous les yeux de ces pauvres reli- 
gieuses quand elles sont dans leur tribune. 

Que ces voix pures et timbrées avaient d'expres- 
sion ! Quel chant et quelle simple harmonie ! lia voix, 
cette émanation du tempérament physique plus que 
de l'âme, semblait trahir les désirs comprimés : je 
me le figurais au moins. Je suis revenu enchanté. 

Je passe au petit bazar en plein vent, faire quelques 
achats. Je reviens déjeuner et je m'apprête pour 
aller chez MmeKalergi ; de chez elle chez son prince, 
\ - qui me montre un Auguste Delacroix (1), qu'on lui 
avait vendu pour un Eugène. [J Rowland for an 
Oliver^ c'est le titre d'une pièce anglaise.) 

Promenade par un soleil ardent jusqu'à Eberstein, 
parlant sentiment , politique , arts , etc. Château 
comme toutes ces résidences allemandes : du faux go- 
thique, des omemeiïts de tous les styles, mais tou- 
jours détestablement et gauchement arrangés. La 
gaucherie est la muse qui se tient le plus souvent 

faut avoir visité les villes d'Allemagne, non pas seulement les capi> 
taies, comme Leipzig, Dresde, Berlin, mais même les villes de second ou 
de troisième ordre, pour se rendre compte du rôle que joue la musique 
dans réducation nationale. 

(1) Auguste Delacroix (1812-1868), peintre, qui se consacra presque 
exclusivement à l'aquarelle, et obtint de brillants succès dans ce genre 
alors peu recherché. 

Aucun lien de parenté ne le rattachait à Eugène Delacroix, et celui-ci 
s'irritait de cette similitude de nom, qui pouvait créer une confusion 
dans l'esprit du public. ^ 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 93 

derrière l'épaule de leurs artistes. Une demi-gauche- 
rie est presque toute la grâce de leurs femmes. 

Revenu fatigué, je quitte ces dames et reviens dor- 
mir une heure. Dîner ensuite. 

Nouvelle promenade dans la partie des bosquets 
découverts qui est près de la rivière, et promenade 
toujours aussi charmante sous les chênes de Lichten- 
thal. Musique affreuse exécutée ce soir par les Badois. 
Celle des Autrichiens, le premier jour, était d'une 
meilleure exécution ; mais ils ne jouent, avec tous leurs 
talents, que de la musique à l'usage de la grande 
foule des auditeurs qui sont là. 

28 septembre. — Promenade le matin, en mauvaise 
disposition; c'était la dernière : j'avais encore quel- 
ques petits achats à faire. Je monte par la pente en 
face de mes fenêtres. L'ardeur du soleil m'en chasse 
promptement. Je remarque que j'y suis plus sensible 
de jour en jour : je finirai par sygjpathiser complète- 
ment sous ce rapport, comme sous tant d'autres, avec 
ma pauvre Jenny . Quelques tours, mais sans charmes, 
dans les bosquets à droite de la route qui mène à 
Lichtenthal et dans l'allée allemande. Je fais mes 
paquets et pars à deux heures. 

Voyage rapide ; vue de montagnes ; changements 
de voitures. Arrivé le soir à Strasbourg, avant la nuit. 
Plaisir de me trouver avec les bons Lamey. 

Strasbourg, 29 septembre. — Passé une partie de la 



«4 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

journée à la Maison d'œuvre de la cathédrale, à dessi- 
ner (1). (Je regrette de n'écrire mes impressions qu'ici, 
à Dieppe, dix à douze jours après : j'ai été très frappé 
de ce que j'ai vu là. J'aurais voulu tout dessiner.) 

Le premier jour, j'ai été attiré par les ouvrages du 
quinzième siècle et du commencement de la renais- 
sance des arts ; les statues un peu roides, un peu go- 
thiques de l'époque antérieure ne m'attiraient pas ; je 
leur ai rendu justice le lendemain et le jour suivant, 
car j'y ai dessiné trois jours avec ardeur, au milieu 
des interruptions du froid et de l'incommodité du lieu 
par le défaut de lumière ou la difficulté de me placer. 
Je dessine sous la prétendue statue d'Erwin (2), 
car Erwin est partout ici, comme Rubens est à An- 
vers, comme César partout où il y a une enceinte 
en gazon ressemblant à un camp. La tête, les mains 
superbes, mais les draperies déjà chiffonnées et faites 
de pratique. De même pour la statue en face de 
l'homme en manteau fendu sur l'épaule qui met sa 
main sur les yeux, la tête levée en l'air. Plus naïves, 
les figures de l'homme en robe et en chaperon, age- 
nouillé, du vieux juge assis dans l'antichambre, et 
des figures des soldats malheureusement mutilés et 
couverts d'armures qui sont également dans l'anti- 



(1) Voir Catalogue Robaiit, n" 1399 à 1402 et 1912. 

(2) Erwin de Steinbach (1240-1318), architecte et sculpteur allemand, 
construisit la façade ouest de la cathédrale de Strasbourg et prépara les 
plans de décoration intérieure de la nef. Il mourut laissant son travail 
inachevé; mais son fils Jean acheva son œuvre d'après des dessins qui 
sont encore conservés à Strasbourg. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 95 

chambre, mais qui sont d'une époque antérieure. 
Ce soir, après dîner, mais de jour, promenade dans 
le petit jardin avec la bonne cousine : elle appréhende, 
la pauvre femme, la solitude des dernières années. 

30 septembre. — Retourné, malgré le dimanche, à 
la Maison d' œuvre. Nous avions été auparavant faire 
je ne sais quelle course avec la bonne cousine ; elle 
ne veut s'en aller qu'après m'avoir vu entrer. Je me 
jette sur les figures d'anges des treizième et quator- 
zième siècles : les vierges folles, les bas-reliefs d'une 
proportion encore sauvage, mais pleins de grâce ou 
de force. 

J'ai été frappé de la force du sentiment : la science 
lui est presque toujours fatale ; l'adresse de la main 
seulement, une connaissance plus avancée de Fana- 
tomie ou des proportions livre à l'instant l'artiste à 
une trop grande liberté ; il ne réfléchit plus aussi 
purement l'image, les moyens de rendre avec facilité 
ou en abrégé le séduisant et l'entraînant à la manière. 
Les écoles n'enseignent guère autre chose : quel 
maître peut communiquer son sentiment person- 
nel (1)? On ne peut lui prendre que ses recettes ; la 
pente de l'élève à s'approprier promptement cette 
facilité d'exécution, qui est chez l'homme de talent le 
résultat de l'expérience, dénature la vocation et ne 

(1) Voir sur ce point notre étude, pages 32, 33, 34. C'est là une des 
idées les plus chères à Delacroix et les plus significatives de son esthé- 
tique. 



96 JOURNAL DEUGENE DELACROIX. 

fait, en quelque sorte, qu'enter un arbre sur un arbre 
d'une espèce différente. Il y a de robustes tempéra- 
ments d'artistes qui absorbent tout, qui profitent de 
tout; bien qu'élevés dans des manières que leur 
nature ne leur eût pas inspirées, ils retrouvent leur 
route à travers les préceptes et les exemples con- 
traires, profitent de ce qui est bon, et, quoique mar- 
qués quelquefois d'une certaine empreinte d'école, 
deviennent des Rubens, des Titien, des Raphaël, etc. 

Il faut absolument que, dans un moment quelconque 
de leur carrière, ils arrivent, non pas à mépriser tout 
ce qui n'est pas eux, mais à dépouiller complètement 
ce fanatisme presque toujours aveugle, qui nous 
pousse tous à l'imitation des grands maîtres et à ne 
jurer que par leurs ouvrages. Il faut se dire : cela est 
bon pour Rubens, ceci pour Raphaël, Titien ou 
Michel- Ange. Ce qu'ils ont fait les regarde; rien ne 
m'enchaîne à celui-ci ou à celui-là. 

Il faut apprendre à se savoir gré de ce qu'on a 
trouvé; une poignée d'inspiration naïve est préfé- 
rable à tout. Mohère, dit-on, ferma un jour Plaute et 
Térence; il dit à ses amis : « J'ai assez de ces mo- 
dèles : je regarde à présent en moi et autour de 
moi. '> 

1*' octobre. — Nous allons, le cousin, la cousine et 
moi, voir le bon Schiller; je le remercie de ses gra- 
vures ; nous y allons surtout pour voir le petit por- 
trait qu'il a fait du cousin, pour mettre en tête de ses 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 9t 

œuvres; je les quitte pour aller à la Maison de 
l'œuvre. 

Les naïfs me captivent de plus en plus ; je remarque 
dans des têtes, telles que le vieillard à longue barbe et 
en longue draperie, dans les têtes de deux statues un 
peu colossales d'un abbé et d'un roi, qui sont dans la 
cour, combien ils ont connu le procédé antique. Je 
les dessine à la manière de nos médailles d'après l'an- 
tique, par les plans seulement. Il me semble que 
l'étude de ces modèles d'une époque réputée barbare, 
par moi tout le premier, et remplie pourtant de tout 
ce qui fait remarquer les beaux ouvrages, m'ôte mes 
dernières chaînes, me confirme dans l'opinion que le 
beau est partout, et que chaque homme non seule- 
ment le voit, mais doit abolument le rendre à sa ma- 
nière. 

Où sont ces types grecs, cette régularité dont on 
s'est habitué à faire le type invariable du beau ? Les 
têtes de ces hommes et de ces femmes sont celles 
qu'ils avaient sous les yeux. Dira-t-on que le mouve- 
ment qui nous porte à aimer une femme qui nous 
plaît ne participe nidlement de celui qui «nous fait ad- 
mirer la beauté dans les arts? Si nous sommes faits 
pour trouver dans cette créature qui nous charme le 
genre d'attrait propre à nous captiver, comment 
expliquer que ces mêmes traits, ces mêmes grâces 
particulières pourront nous laisser froids, quand nous 
les trouverons exprimés dans des tableaux ou des sta- 
tues? Dira-t-on que, ne pouvant nous empêcher 
m. 7 



98 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

d* aimer, nous aimons ce que nous rencontrons et qui 
est imparfait, faute de mieux? La conclusion de ceci 
serait que notre passion serait d'autant plus vive que 
notre maîtresse ressemblerait davantage à la Niobé 
ou à la Vénus, mais on en rencontre qui sont ainsi 
faites et qui ne nous forcent nullement à les aimer. 

2 octobre. — Je pars de Strasbourg à midi et demi. 
Séparation tendre, regrets et adieux. 

Je voyage avec une jeune mère très attentive à son 
enfant et qui ne Ta pas laissé une minute : petite 
femme frêle, blond fade, T air intelligent; mais cette 
tendresse était vraiment touchante. 

Je traverse l'Alsace, la Lorraine, la Champagne. 
Rien ne me parle dans tout cela. 

Désappointement, en arrivant, de trouver une 
malle étrangère au lieu de la mienne ; cela renverse 
toute la joie que je me promettais ; j'arrive à une 
heure du matin chez moi, ayant pris dans ma voiture 
une jeune femme et son enfant qui était au chemin de 
fer, sans ressources pour se faire conduire chez elle. 

3 octobre. — J'avais déjà pris mon parti de la perte 
de ma malle; je ne regrettais que mes croquis de 
Strasbourg, mais surtout ce même petit livre dans 
lequel j'écris; je voyais tout cela dans les mains de 
quelque Allemand! La malle revient, et je m'em- 
barque à une heure. 

Je trouve Nieuwerkerke, qui monte dans la même 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 99 

voiture que moi. Il y a là un ménage étrange : la femme 
est Belge, coquette avec Nieuwerkerke ; je prends la 
femme de chambre, qui a les plus beaux traits du 
monde, pour une amie ou une parente; heureuse- 
ment la bévue se fait en moi, et je ne m'expose pas au 
crime impardonnable d'adresser une chose aimable à 
une pauvre créature, belle comme les anges et acca- 
blée du mépris de sa maîtresse, dont le nez retroussé 
et la petite figure commune semblent, au contraire, la 
classer dans l'emploi des soubrettes. 

Après Rouen, où reste mon séducteur, je fais route 
avec l'Anglais et sa femme; je cause et continue la 
connaissance ; je les rencontre le lendemain matin sur 
la plage; ils m'invitent à les venir voir, ce que je leur 
promets et ce que je n'ai pas encore exécuté. 

DieppCy 4 octobre. — Pas un seul moment d'ennui : 
je regarde à ma fenêtre, je me promène dans ma 
chambre. liCS bateaux entrent et sortent; liberté com- 
plète, absence de figures ennemies ou ennuyeuses; 
je retrouve ma vue de l'année dernière ; je ne lis pas 
une ligne. 

Je vais le matin sur la^ plage, et c'est la que je re- 
trouve l'Anglais et sa femme. 

Je me sens encore de mon mauvais régime des 
jours passés; le soir, après dîner, je ne puis sortir; je 
reste sur mon canapé. Je relis avec plaisir mon petit 
livre, écrits et extraits de la correspondance de Vol- 
taire. Il dit que les paresseux sont toujours des 



i 



100 JOURNAL D'EUGENE DELAGHOIX. 

hommes médiocres. Je suis toujours dévoré de la pas- 
sion d'apprendre, non d'apprendre, comme tant de 
sots, des choses inutiles; il y a des gens qui ne seront 
jamais musiciens, qui s'instruisent à fond du contre- 
point; d'autres apprennent l'hébreu ouïe chaldéen et 
s'appUquent à déchiffrer les hiéroglyphes ouïes carac- 
tères cunéiformes du palais de Sémiramis. Le bon 
Villot, qui ne peut rien tirer de son fonds stérile, est 
orné des connaissances les plus variées et les plus 
inutiles ; il a ainsi la satisfaction de se trouver à tout 
instant supérieur à l'homme le plus rare ou le plus 
éminent, qui ne l'est que dans une partie où il excelle. 
Il y a longtemps que j'ai rejeté toute satisfaction pé- 
dante. Quand je sortais du collège, je voulais aussi 
tout savoir; je suivais les cours (1) ; je croyais deve- 
nir philosophe avec Cousin, autre poète qui s'efforçait 
d'être un savant; j'allais expliquer Marc-Aurèle en 
grec avec feu Thurot (2), au Collège de France ; mais 
aujourd'hui, j'en sais trop pour vouloir rien apprendre 
en dehors de mon cercle; je suis insatiable des con- 
naissances qui peuvent me faire grand; je me rap- 
pelle, en m'y conformant par une pente toute natu- 

(1) Cette indication concorde bien avec le passage du livre de Taine, 
Opinions de Graindorge, dans lequel il rapporte une conversation avec 
Delacroix, qui, lui parlant de sa première jeunesse et de son ardeur 
d'apprendre, lui faisait confidence de l'universalité de ses recherches. 
Nous avons tenu à faire de cette idée la pensée maîtresse et le point de 
départ de notre étude sur le grand artiste. 

(2) Jean-François 7'Aurof (1768-1832), philosophe et helléniste, occu- 
pait, en 1812, au Collège de France, la chaire de langue et de philosophie 
grecques. Il devint en 1830 membre de l'Académie des inscriptions, et 
fut emporté deux ans plus tard par le choléra. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 101 

relie, ce que m'écrivait Beyle : « Ne négligez rien de 
ce qui peut vous faire grand. » 

5 octobre. — Dans la journée, je vais voir les falaises 
près des bains et seul. Le soir, à la jetée en compa- 
gnie de Jenny. 

Je passe des heures sans lectures, sans journaux. 
Je passe en revue les dessins que j'ai apportés ; je re- 
garde avec passion et sans fatigue ces photographies 
d'après des hommes nus, ce poème admirable, ce 
corps humain sur lequel j'apprends à Ure et dont la 
vue m'en dit plus que les inventions des écrivassiers. 

6 octobre. — Dans la journée, bonne promenade 
avec Jenny, dans le même lieu qu'hier. Nous avons 
été assez loin sur le sable. J'ai pris, sur les rochers dé- 
couverts par la mer, des coquillages et j'en ai mangé. 
Revenu par la grande rue et acheté un châle. Jetée 
le soir. 

Hier et aujourd'hui, croquis d'après les photogra- 
phies^ d'après Thevelin. 

7 octobre. — Tous ces matins écrit mes lettres à 
Vieillard et à Chabrier pour lui recommander la 
demande de François (1), à Clément de Ris, à Mo- 
reau, etc. Dessiné encore d'après les TheveUn. 

Montés, par le mauvais temps qui nous gagne, à 
la falaise du PoUet. Descendus ensuite sur la plage 

(1) Sans doute François de Verninac, 



iOÎ JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

qui est au-dessous. Le soir, resté à la maison : la som- 
nolence me gagne après dîner. 

Je lis, un de ces jours, dans la Revue, que Charles 
Bonnet (1) se rendit aveugle par son acharnement à 
découvrir le mystère de la génération chez la race 
intéressante des pucerons; il eut, entre autres, une 
séance de trente-quatre jours consécutifs et sans le 
moindre relâche, pendant laquelle il eut l'œil appU- 
que à son microscope, afin de surveiller les accouche- 
ments successifs d'une puceronne androgyne, c'est- 
à-dire mâle et femelle, mari et femme réunis dans le 
même sujet, comme dans certains genres de planteis. 
Est-ce vraiment là un sujet de méditation intéressant à 
un degré suffisant soit le bonheur, soit simplement le 
plaisir de l'humanité? Était-il bien nécessaire qpi'un 
brave philosophe perdît tant de temps et surtout per- 
dît les yeux, si utiles pour tant de choses, afin de 
s'assurer que le péché d'Adam était véniel, pour la 
race puceronne. dans les décrets de la Providence, et 
qu'il pouvait en résulter un nombre infini de généra- 
tions d'affreux animaux? Le philosophe eût fait un 
emploi plus raisonnable de son temps, s'il eût décou- 
vert un moyen de mettre obstacle à une pareille fécon- 
dité en détruisant pucerons et puceronnes. Quel 
chapitre à ajouter à celui qui traiterait de l'inuti- 
lité (2) des savants et surtout des pucerons ! 

(1) Charles Bonnet, philosophe et naturaliste, né à Genève en 1720, 
mort en 1793. 

(2) Nous avons eu déjà l'occasion de marquer dans le cours du 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 103 

8 octobre. — Je finis par m'enrhumer, au milieu de 
ce froid de la chambre où je me sens gagner à la 
longue, et à la fenêtre où je me place souvent le matin 
à moitié vêtu. 

Je sors, un peu languissant par ce rhume commen- 
çant, vers midi ou une heure; je vais à la jetée; la 
mer est toute plate et baisse; cette jetée à daire-voie, 
qui remplace celle en pierre, amortit les vagues et 
ôtera du pittoresque. Une barque à voiles, qui veut 
absolument rentrer malgré la marée descendante, va 
au pied de cette jetée et jette l'ancre pour ne pas être 
entraînée hors de la jetée. J'admire la patience, la 
peine de ces pauvres gens pour se tirer de là; les pas- 
sants, sur la jetée, leur viennent en aide et les re- 
morqpient. 

Je viens reprendre Jenny ; je dessine un peu. Nous 
devions faire des visites à des marchands ; nous n'en 
avons pas le courage ; nous, prenons par le dernier 
bassin et nous montons sur la falaise derrière le châ- 
teau. Je reviens plus enrhumé encore. 



deuxième volume que les observations de cette nature constituaient un 
des points faibles du Journal. On ne saurait d'ailleurs exiger d'un esprit, 
si étendu et si comprébensif fût-il, de ne présenter aucune lacune. Les 
passages comme ceux auxquels nous faisons allusion montrent une fois 
de plus la profonde divergence existant entre la vision de l'artiste et celle 
du savant. Nous n'en pourrions apporter de meilleure preuve que le 
passage dans lequel Cuvier juge la découverte de Charles Bonnet : 
« Neuf générations de vierge en vierge étaient alors une merveille inouïe, 
mais l'admirable patience qu'un si jeune homme avait mise à les con- 
« stater, toutes les précautions, toute la sagacité qu'il lui avait fallu, 
« n'étaient guère moins merveilleuses : elles annonçaient un esprit dont 
• on pouvait tout attendre, n 



iOk JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Petit dîner, agréable comme toujours, quoique plus 
silencieux, au moins de ma part; le soir, je sors avec 
une légère mauvaise humeur; je vais seul me prome- 
ner dans la grande rue; je me couche à neuf heures. 
Je recule toujours de jour en jour ma visite à la Belge 
et à FAnglais que j'ai rencontrés dans le chemin de 
fer; j'ai la bonté de me faire un scrupule de ne point 
aller les voir. 

— Je ne puis exprimer le plaisir que j'ai eu à revoir 
ma Jenny (1). Pauvre chère femme! Je retrouve 
sa petite figure maigre, mais les yeux pétillants du 
bonheur de trouver à qui parler; je reviens à pied 
avec elle, malgré le mauvais temps; je suis pendant 
plusieurs jours, et probablement j'y serai tout le temps 
de mon séjour à Dieppe, sous le charme de cette réu- 
nion au seul être dont le cœur soit à moi sans réserve. 

9 octobre. — Je me lève plus tard; je ne fais point 
ma barbe et je ne sors point; je fais faire du feu; 
j'essaye d'arrêter mon rhume à ses débuts. Je trouve 
charmant d'être venu à Dieppe pour ne pas sortir de 
ma chambre ; heureusement que mon imagination ne 
laisse pas de voyager : je passe de mes gravures à ce 
petit livre. Eh! n'est-ce pas voyager que d'avoir sous 
ses fenêtres le spectacle le plus animé? Je satisfais ici 
ce goût que j'ai toujours eu pour le repos corporel, 

(1) Jenny le Guiliou avait pour son maître l'attachement obstiné et 
jaloux d'un chien fidèle. Lors des derniers moments du peintre, ses amis 
se plaignirent amèrement d'avoir été tenus écartés par elle. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 105 

pour le retirementy si l'on peut parler ainsi; la pluie 
et un jour gris ajoutent à mon plaisir; je me justifie 
ainsi à moi-même mon aversion pour le mouvement. 
J'ai, vers quatre heures, le spectacle d'un bel arc-en- 
ciel, avec cette particularité qui m'étonne et que je 
n'ai pas vu qu'on ait mentionnée : l'arc-en-ciel, par- 
faitement tracé dans le ciel, continuant encore à se 
peindre en avant des maisons qui forment l'enceinte 
du port et des arbres qui bornent la vue sur la petite 
montagne qui est à droite, au-dessus des marais salés 
où se décharge l'Arques en partie ; ainsi, le phénomène 
ne se produit pas à une grande distance, nous le tou- 
chons, pour ainsi dire, du doigt; ces maisons étaient 
à cent pas de moi ; il y a donc une position de vapeur 
qui n'est pas sensible à la vue, assez intense cepen- 
dant pour se colorer des couleurs du prisme ; on peut 
calculer presque le lieu précis où il se dessine; il y 
avait au-dessus un deuxième arc plus faible, comme 
toujours; je n'ai pu le suivre comme l'autre, ailleurs 
que sur le ciel. 

Je suis ravi de la cheminée à l'anglaise ou à la fla- 
mande qui est dans ma chambre; Jenny me donne 
l'idée d'en avoir une pareille à Paris, dans le cas où 
on aurait une maison à soi; une fois allumée, elle va 
toute seule ; ce serait excellent dans mon atelier, dans 
celui de Gros, par exemple, avec un poêle de l'autre 
côté. Il y a économie assurément, profit pour la cha- 
leur, et moins d'incommodités, en ce qu'on a moins à 
s'en occuper. 



106 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

10 octobre. — La mer belle ; le vent d'ouest nous 
donne de belles vagues. Journée passée en partie à la 
jetée et, du reste, je rie sais trop comment. 

Ces beaux loisirs finiraient par amener le terrible 
ennui et avec lui le désir de se renouveler en allant 
retrouver les pinceaux et les toiles auxquelles je pense 
souvent. Il me les faudrait ici. 

Je pense plus que je ne faisais encore Tannée der- 
nière, en voyant à chaque instant ces scènes de mer, 
ces navires, ces hommes si intéressants, qu'on n'a 
pas tiré de tout cela l'intérêt que cela comporte. Le 
vaisseau lui-même ne joue pas un assez grand rôle 
chez les faiseurs de marine : j'en voudrais faire les 
héros de la scène; je les adore; ils me donnent des 
idées de force, de grâce, de pittoresque; plus ils sont 
en désordre, plus je les trouve beaux. Les peintres 
de marine les font tellement quellement : les propor- 
tions observées, la position des agrès une fois conforme 
aux principes de la navigation, il leur semble que leur 
besogne soit faite ; ils font le reste les yeux fermés, et 
comme les architectes indiquent dans un plan leurs 
colonnes et leurs principaux ornements. C'est l'exac- 
titude pour l'imagination , que je demande ; leurs 
cordages sont des lignes tracées à la hâte et de pra^ 
tique : ils sont là pour mémoire et semblent ne pou-^ 
voir servir à rien ; la couleur et la forme doivent con- 
courir à l'effet que je demande ; mon exactitude 
consisterait, au contraire, à n'indiquer fortement que 
les objets principaux, mais dans leur rapport d'action 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. lOT 

nécessaire avec les personnages. Au reste, ce que je 
demande ici au genre de la marine, c'est ce que je 
veux dans tout autre sujet : les accessoires sont trai-^ 
tés avec trop d'indifférence, même chez les plus 
grands maîtres ; si vous mettez du soin aux figures en 
négligeant ce qui les accompagne, vous rappelez 
mon esprit au métier, à l'impatience de la main, ou à 
une certaine dextérité propre à indiquer, seulement 
par des à peu près, ce qui complète la vérité des 
figures, les armes « les étoffes, les fonds, les ter- 
rains... 

11 octobre. — De bonne heure à la jetée. La mer 
est très belle; plusieurs vaisseaux et barques sont 
entrés déjà ; j'en vois plusieurs encore. Je me tiens là 
deux ou trois heures sous la pluie et le vent. 

Le reste de la journée, j'éprouve une fatigue qui 
me tient à la maison dans une paresse complète, mais 
non sans charme. Le temps gris et pluvieux favorise 
cette inclination nonchalante. 

Le soir, après avoir un peu dormi, je vais à la jetée 
reprendre Jenny. La mer. est furieuse ; j'ai peine à 
me tenir; je vois passer devant moi, comme des 
flèches, deux barques de pêche : la première me fait 
frémir; ils ont de la lumière à bord. On pourrait tirer 
parti de ces effets de nuit. 

Se rappeler les grands nuages entassés sur le Fol- 
let et, dans des espaces éclairés, les étoiles groupées 
et brillantes. 



108 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

12 octobre. — Je reçois une lettre de Mme de For- 
get. Elle a voyagé seule dans le Midi et n'a pu me 
répondre à Strasbourg, vu le peu de temps que je lui 
donnais. 

La mer est plus belle que je ne l'ai encore vue, 
les lames très espacées et régulières ; je trouve à la 
jetée John Lemoinne (1), que je ne reconnaissais pas 
d'abord avec son chapeau de voyage sur les yeux 
et sa tenue de touriste maritime. 11 me dit que le 
bombardement d'Odessa va faire autant de tort aux 
Anglais qu'aux Russes, mais que nous les mettons un 
peu en demeure de s'y porter de bonne grâce. 

Je reste longtemps à la jetée, puis longtemps sur 
le port, où je m'assieds tout simplement sur une 
échelle, à regarder des pêcheurs et leurs bateaux. Je 
me reprends d'ardeur pour les étudier : je ne puis me 
détacher de les regarder. 

Dans l'intention de retourner à la jetée et ne vou- 
lant pas rentrer, j'entre au Café suisse qui fait le coin 
de la grande rue et je Us les Débats. Il y avait juste- 
ment un article de John Lemoinne sur les annonces 
dans les journaux anglais. 

Je vais ensuite aux bains m'informer de Guérin(2). 
Il arrive ordinairement le vendredi soir. Jenny était 
venue avec moi. 

Rentré avec elle, après achats divers, et resté à 

(1) John Lemoinne (1814-1892), qui était entré à vingt-six ans à la 
rédaction du Journal des Débats, était un des plus brillants journalistes 
de répoque. 

(2) Le chirurgien Jules Gue'rin. (Voir t. II, p. 427 et note.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 109 

la maison à ne rien faire, à raisonner avec elle et à 
dormir en attendant le dîner. Au demeurant^ bonne 
vie ; le spectacle de ce port est à tout instant une 
distraction agréable. 

Le soir, après avoir dormi encore, à la jetée. Temps 
de chien ; on ne jouit que des mugissements de la 
mer, car on ne voit que de Fécume sur un fond 
obscur. Nous attendons en vain le bateau à vapeur- 
La veille, il avait eu des avaries en entrant et avait 
donné des inquiétudes. Quelle rage pousse ces 
animaux à voyager justement la nuit, par une 
mer furieuse, exposés doublement à manquer le 
port, avec toutes les conséquences de cet accident? Il 
faut être Anglais, et malheureusement nous le deve- 
nons, pour avoir cette méthodique frénésie ; plutôt 
que de perdre une heure, c'est-à-dire de respirer, de 
manger, de vivre à son aise pendant cette heure. Le 
temps perdu pour eux est celui qu'ils donnent à vivre 
tranquilles ou à s'amuser. 

En repassant sur le port, j'examine encore les 
bateaux qui s'élèvent et s'abaissent avec le flot. 

13 octobre. — J'écris à Mme de Forget : 
« J'ai revu aussi avec plaisir le Midi, non pas la 
Provence, ni le Languedoc, mais le Périgord, l'An- 
goumois, pays chers à mon enfance et à ma première 
jeunesse, et qui sont le Midi sous beaucoup de rap- 
ports. J'y ai retrouvé des sensations de cet heureux 
temps et qui m'ont rappelé des êtres aimés et dispa- 



110 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

rus. J'y ai fait une expérience qui m'afflige un peu : 
c'est que ces pays ne me vont plus, au moins sous ua 
rapport essentiel ; la chaleur, le soleil, me fatiguent 
et me sont nuisibles ; j'en ai souffert, et cela à une 
époque de l'année où ces inconvénients sont ordinai- 
rement un peu diminués. La Normandie me va mieux : 
Dieppe en ce moment est adorable; on n'y rencontre 
personne, et la mer y devient de plus en plus intéres- 
sante ; on y est même fort mouillé en ce moment où je 
vous écris, ce qui semble devoir compléter le bonheur 
d'un homme qui a peur du soleil. 

Nous nous raconterons tous nos accidents. Je vous 
ai dit une partie des miens dans la première partie 
de mon voyage. Si l'on veut voyager, il faut absolu- 
ment consentir à souffrir beaucoup d'inconvénients ; 
on a même parfois des accès d'une rage comique 
qu'on se rappelle sans amertume, mais qui vous 
désespèrent dans leur temps. 

Je vais reprendre ma vie de Paris, qui a bien, elle 
aussi, ses inconvénients, quoique j'en aie philosophi- 
quement supprimé un bon nombre à tort ou à raison, 
grâce à un peu plus d'indépendance ou de sauva- 
gerie, qualités ou défauts qui sont devenus ma nature 
même. » 

— Je vais voir Guérin vers une heure. Nous cau- 
sons longuement : il me parle beaucoup de Chopin, 
qu'il a connu; de MmeSand, qu'il voudrait connaître ; 
de Rousseau et de Lamartine, qu'il aime, malgré son 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 111 

histoire de César, dont il me parle, laquelle est faite, 
me dit-il, en vue de rabaisser César, comme il lui est 
arrivé déjà de rabaisser Napoléon, qu'il déteste. 
Guérin attribue à un ridicule ce sentiment d'écrire 
ces diatribes contre des colosses comme Napoléon et 
César, et je crois qu'il a raison. 

Je le quitte pour aller à Saint-Jacques revoir le 
croquis que j'en avais fait l'année dernière ; j'étais 
entré un moment à Saint-Remi, que j'aime toujours; 
j'entendais chanter du dehors : il y avait des chantres 
en chape de cérémonie, le curé, tout le personnel 
occupé à chanter des litanies devant un seul auditeur, 
qui était un garçon de quinze ans. J'ai trouvé la même 
singularité à Saint- Jacques. 

Le soir, paresse pour sortir, et mauvais temps. 

Paris, 14 octobre. — Parti pour Paris à midi. Le 
matin, été à la jetée pendant qu'on faisait les pa- 
quets. J'étais arrivé à Dieppe avec ravissement ; j'en 
pars avec plaisir ; étrange disposition : une fois que 
j'eus arrêté le jour de mon départ, j'eus presque hâte 
de retourner à Paris. J'ai un grand désir de travailler. 
Ce mouvement, cette variété de situation et d'émo- 
tion donne à tous les sentiments plus de vivacité ; on 
résiste mieux, en variant son existence, à l'engour- 
dissement mortel de l'ennui. 

J'étais, de Dieppe à Rouen, avec trois Anglais, 
jeunes tous les trois; et comme je voyageais en pre- 
mière classe, il y avait heu de penser qu'ils étaient 



112 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

aisés. Ils étaient très négligés, un d'eux surtout qui 
l'était jusqu'à la malpropreté et jusqu'à avoir des 
habits déchirés. Je ne m'explique pas ce contraste si 
tranché avec leurs habitudes d'autrefois ; je l'ai re- 
marqué dans le voyage que j'ai fait à Baden, de 
Strasbourg ; un des jours qui ont suivi celui-ci, pen- 
dant que je faisais mon examen des tableaux, je ren- 
contrai lord Elcoë, notre vice-président, dans une 
tenue presque sale ; le bon Cockerell, qui m'a accom- 
pagné jusqu'à la place Louis XV un autre jour, avait 
une cravate de couleur très commune ; ils sont tout 
à fait changés ; nous avons pris beaucoup, au con- 
traire, de leurs manières d'autrefois. 

15 octobre. — Première séance du jury. Levée 
de boucliers de l'Institut contre la pluralité des mé- 
dailles. 

22 octobre, — Aujourd'hui, le cousin Delacroix est 
arrivé ; il est revenu le soir dîner avec Jacob (1) et le 
gendre de la cousine Jacob, M. Lesueur, avoué, éta- 
bli à Rouen ; la présence de ce dernier a nui un peu à 
l'agrément de la soirée : fort bon garçon d'ailleurs, 
mais très bavard, paralysant l'entrain des autres et 
étouffant leurs voix. 

Le cousin revient le lendemain matin pour con- 
naître le résultat des votes du jury général, et me 
quitte peu après. 

(1) Cousin de Delacroix. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. £13 

27 octobre. — Je lis dans un article de Gautier, sur 
Robert Fleury : « Certes, M. Robeit Fleury a droit 
au titre de maître; il a fait des ouvrages excel- 
lents. . . M. Robert Fleury n'a presque jamais regardé 
la nature à air libre, etc. » 

5 noDembre, — J'écris ce matin à Berryer que je 
n'irai décidément pas à Augerville : je suis horrible- 
ment enrhumé ; j'ai pris ce rhume-là dans mes pro- 
menades au jury. 

J'ai été voir ce soir Cerfbeer ; j'avais dîné chez lui 
huit jours auparavant; il m'avait invité très aimable- 
ment à propos des grandes médailles, surtout sur le 
bruit que j'avais un avantage plus marqué que celui 
qui reste en définitive et me place le cinquième sur la 
liste ; je lui ai dit que j'en étais réduit à rendre grâce 
aux dieux que la patrie eût trouvé quatre citoyens 
plus vertueux que moi. 

Horace (1) me conte, ces jours passés, au jury, la 
démarche qu'il avait faite auprès d'Ingres, lequel a 
écrit pour refuser la médaille, outragé profondément 
d'arriver après Vernet, et encore plus, à ce que m'ont 
dit plusieurs personnes, non suspectes en ceci, de 
l'insolence du jury spécial de peinture, qui l'avait 
placé sur la même ligne que moi, dans l'opération 
préparatoire. 

6 novembre. — M. Roche arrivé le matin. Je pense 

(1) Horace Vernet. 

III. 8 



114 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

que sa venue va compromettre mon voyage à Auger- 
ville ; il n'en est rien, il a lui-même des affaires. Je 
pars toujours demain. 

- Il reste à déjeuner avec moi et revient dîner; je 
m'acquitte avec lui de ses déboursés pour les répara- 
tions du tombeau de mon frère, à Bordeaux. 

Augerville^ 7 novembre, — Parti pour Augerville : 
j'arrive à la gare à huit heures et demie au lieu de neuf 
heures et demie, sur Findication que m'avait donnée 
Berryer; je passe cette heure sans m' ennuyer à voir 
arriver les partants. Je sais attendre plus qu'autrefois. 
Je vis très bien avec moi-même ; j'ai pris l'habitude de 
chercher moins qu'autrefois à me distraire par des 
choses étrangères, telles que la lecture, par exemple, 
qui sert ordinairement à rempUr des moments comme 
ceux-là. Même autrefois, je n'ai jamais compris les 
gens qui lisent en voyage. Dans quels moments sont- 
ils avec eux-mêmes? Que font-ils de leur esprit qu'ils 
ne retrouvent jamais? 

Ce voyage que je redoutais, à cause du froid que 
mon rhume me rend plus désagréable, s'est bien 
passé et même gaiement. J'aime assez, quelquefois, ce 
changement d'habitudes. Ne trouvant pas, chez Bru- 
net, près de la gare, de voiture disponible, je me 
suis fait conduire à Fontainebleau, où je me suis 
arrangé avec M. Bernard, rue de France. 

J'ai déjeuné dans un café borgne, vu l'église et me 
suis embarqué joyeusement. Il me fallait autrefois un 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 11* 

motif de joie ou d'occupation intérieure pour n'être 
pas triste; il est vrai que mon bonheur était extrême, 
quand Fimagination avait suffisamment d'aliment; je 
suis actuellement plus tranquille, mais non plus froid. 

Brouillard très intense. 

On ne m'attendait pas : ma venue a fait plaisir. 
Les personnes que je trouve ne sont pas de nature à 
changer ma disposition paisible, mais peu récréée; 
mais j'aime le lieu et le maître du lieu, dont l'esprit 
profond me plaît et m'instruit, particulièrement dans 
la science de la vie, quoiqu'il soit loin de professer 
quoi que ce soit ; son exemple suffit. 

Qu'ai-je fait depuis un mois? Je me suis occupé de 
ce jury ; j'ai vaassez de platitudes et j'ai subi quelques 
entraînements de complaisance pour quelques pauvres 
diables. Se rappeler la grande chaleur de Français 
qui, ayant voté pour lui tout le temps, pour la pre- 
mière médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait 
oublié M. Corot (1), quand il ne se trouvait plus de 
place pour lui ; Dauzats et moi avions, par une sorte 
de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les 
seuls. 

M. de la Ferronnays me dit, à propos du danger 



(i) Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, Corot (1795-1875) 
était encore fort contesté. Delacroix parvenu à la grande célébrité, et 
d'ailleurs admirateur convaincu du talent du paysagiste, songeait sans 
doute avec quelque mélancolie que c'était là l'inévitable sort des origi- 
nalités tranchées. 

Corot avait envoyé à l'Exposition universelle de 1855 cinq tableaux, 
parmi lesquels le Bain de Diane, aujourd'hui au Musée de Bordeaux. 



116 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

des chemins de fer, que les administrateurs lui ont 
dit souvent qu'il valait toujours mieux voyager de 
jour. 

11 novembre. — Vu M. Jouvenet, qui est arrivé le 
soir ; il me dit que la propriété du maréchal Bugeaud, 
qui rendait primitivement 7,000 livres de rente, en 
rendait 45,000 après les améUorations qu'il y avait 
faites. L'impopularité qui s'était attachée à son nom, 
par suite des infamies que les journaux se permet- 
taient sur son compte pendant le règne de Louis-Phi- 
lippe, durait encore après sa mort. Sa veuve ayant 
fait faire un service commémoratif un an ou deux 
après sa mort, le curé avait cru devoir faire élever 
un autel en plein champ, supposant que la foule 
serait trop grande dans l'église ; cette même personne 
que j'ai citée s'y trouvait, elle, vingt-huitième. 

Mes journées s'écoulent tout doucement, sans plai- 
sirs vifs, il est vrai. Il me manque une occupation de 
cœur ou de tête pour m'animer et donner de la sa- 
veur à la vie que je mène ici. Ces diables de repas 
font de vous une machine à digérer; on n'a de temps 
que pour se promener dans les entr' actes; mais adieu 
la pensée ou la plus simple émotion. 

Paris, 14 novembre. — Parti d'Augerville, avec 
Berryer, à neuf heures. Nous revenons ensemble 
jusqu'à Paris, par Étampes ; sa conversation est des 
plu3 intelligentes. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 117 

Quand on est agité dans la vie par mille contra- 
riétés qu'on prend pour des peines, on ne se repré- 
sente pas assez ce que sont les pertes véritables et 
sans remède qui touchent aux sentiments. Il y a pour- 
tant de ces natures de roche qui se consolent plus 
vite de celles-là que des autres. Berryer me contait, 
en revenant, que l'un des progrès des États-Unis 
consiste à faire assurer son père quand il part pour 
un de ces voyages où on est exposé à tout instant à 
être mis en morceaux dans les bateaux ou les chemins 
de fer. Une fois que vous avez la confiance qu'en cas 
de malheur on vous rendra votre père en billets de 
banque, la famille est tranquille; le père peut aller 
dans la lune et y rester, si bon lui semble; je ne 
doute pas que nous n'arrivions à ce degré de perfec- 
tion. 

L'idée de Delamarre (1), proposée à Berger, quand 
il était préfet, d'envoyer les corps de nos parents et 
de nos amis pour fumer et fertiUser les plaines arides 
de la Sologne, était de ce genre. Voilà une manière 
inattendue d'utiUser ses proches, quand, par leur 
mort, ils semblent n'être plus bons à rien. 

15 novembre, — Jour de la cérémonie de la distri- 
bution. [Je vais rejoindre la place de la commission. 
Très bel et imposant aspect. Mercey me fait l'alga- 

(1) Sans doute Théodore- Casimir Delamarre (1796-1870), qui fut 
directeur de la Patrie et s'occupa activemeut des questions économiques 
et industrielles. 



118 JOURNAL D*En6£N£ DELACROIX. 

rade de me donner l'alarme sur ce qui devait se pas- 
ser : tout s'arrange pour le mieux. 

Je reviens à pied, je prends une mauvaise tasse de 
café, dans les Champs-Elysées, qui m'a rendu malade 
tout le lendemain. Je ne suis pas sorti après mon 
dîner; cela réussit toujours mal. 

16 novembre. — Mon cher Guillemardet vient 
m'embrasser. Villot vient pendant qu'il était là; il 
me conte à sa manière ce qui s'est passé à propos 
du rappel de Meissonier à la médaille d'honneur. 
Je ne puis m'empécher de l'arrêter au milieu de 
sa philippique contre ce qu'il appelle d'horribles 
coquins, etc. 

Huet (1) et Yvon viennent me voir. M. Hébert (2), 
Carrier (3) et le brave Tedesco (4). 

Mauvaise disposition. Je vais dîner chez la cousine 
avec Laity et le jeune d'Ideville. Je ne mange rien et 
m'en retourne dans un état passable. M. Laity par- 
tait le soir même. 

(1) Paul Huet (1804-1866), paysagiste, élève de Guérin et de Gros, qui 
peut être classé parmi les meilleurs peintres de l'école romantique, était 
intimement lié avec Delacroix depuis l'hiver de 1822. (Voir Peintres et 
statuaires romantiques , par Ernest Chesneau.) 

(2) Ernest Hébert , peintre, né en 1817, obtint le prix de Rome en 
\ 839 : il devint en 1865 directeur de l'École de Rome, et membre de 
l'Académie des Beaux-Arts en 1874. 

(3) Carrier figure avec Huet comme légataire sur le testament de 
Delacroix. 

(4) Tedesco fut, avec Francis Petit, chargé par Delacroix de classer 
ses dessins et de préparer la vente de ses œuvres. « Je m'en rapporte 
• à MM. Francis Petit et Tedesco, dit-il dans son testament, pour les 
« soins qu'ils mettront à la mise en vente de mes objets d'art. » 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 119 

Rentré de bonne heure, sans faire de promenade. 

18 novembre. — J'écris à Berryer : « A présent 
que je suis sorti des cérémonies, je viens vous redire 
tout le bonheur que j'ai eu à me voir ces quelques 
jours près de vous. Je pense à cette bonté et à cet 
admirable esprit présent à tout et dont le charme 
réuni n'est qu'en vous. » 

20 novembre. — Je vais à Tr avatar e avec un billet 
d'Alberthe; j'y souffre, je m'y ennuie, je m'enrhume 
de nouveau. Rien n'égale la stérilité de cette musique 
qui est toute en tapage et où pas un seul chant ne se 
fait jour. 

24 novembre. — Je néglige bien mes pauvres sou- 
venirs : je suis trop distrait à Paris pour écrire, même 
à bâtons rompus. Depuis quatre ou cinq jours, je 
m'enferme pour en finir, s'il est possible, avec ce 
rhume; ce me sera aussi un bon prétexte à moi-même 
et aux autres de ne pas bouger. 

Mme Pierret est venue dans la journée me demander 
de prendre des billets pour ime loterie que fait ce 
malheureux Fielding. 

25 novembre. — Rien ne peut surmonter les pré- 
jugés régnants : quand on envoyait les élèves à Rome, 
du temps de Lebrun et jusqu'à David, on ne leur 
recommandait que l'étude du Guide; à présent, le 



ItO JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Beau consiste à reproduire le faire des vieilles fres- 
ques, mais ce n'est que la partie académique qu'ils 
vont étudier. Ces deux méthodes qui semblent si 
opposées se rencontrent dans ce point qui sera tou- 
jours le mot d'ordre de toutes les écoles : imiter le 
technique de cette école-ci ou de celle-là. Tirer de 
son imagination des moyens de rendre la nature et 
ses effets, et les rendre suivant son tempérament 
propre : chimères, étude vaine que ne donnent ni le 
prix de Rome, ni l'Institut; copier l'exécution du 
Guide ou celle de Raphaël, suivant la mode. 

2 décembre. — Dîner chez Mme de Vaufreland : 
Berryer, la princesse, etc. 

5 décembre. — Diné chez Mme de Lagrange avec 
Berryer; le soir, charades; j'ai trouvé le temps long. 

7 décembre. — Dîné chez Cerfbeer avec Vieillard, 
Lefèvre (1) et sa femme. Marchand (2), Chabrier, etc. 
Bonne soirée. Beauchesne venu. Poinsot a été très 
causeur; on a parlé du beau dans Corneille, etc. 

Je suis très agité de ces affreux logements. 

11 décembre. — Je viens d'examiner des lithogra- 



(i) Sans doute T^efèvre-Deumier, bibliothécaire des Tuileries. 

(2) Le comte Marchand, qui suivit l'Empereur à Sainte-Hélène et qui 
plus tard accompagna le prince de Joinville pour ramener en France les 
cendres de Napoléon. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. Itl 

phies de Géricault (1) ; je suis frappé de Tabsence 
constante d* unité... Absence dans la composition en 
général, absence dans chaque figure, dans chaque 
cheval. Jamais ses chevaux ne sont modelés en masse. 
Chaque détail s'ajoute aux autres et ne forme qu un 
ensemble décousu. C'est le contraire de ce que je 
remarque dans mon Christ au tombeau du comte de 
Geloës(2), qui est sous mes yeux. Les détails sont, en 
général, médiocres, et échappent en quelque sorte à 
Texamen. En revanche, l'ensemble inspire une émo- 
tion qui m'étonne moi-même. Vous restez sans pou- 
voir vous détacher, et pas un détail ne s'élève pour 
se faire admirer ou distraire l'attention. C'est la per- 
fection de cet art-là, dont l'objet est de faire un effet 
simultané. Si la peinture produisait ses effets à la 
manière de la littérature, qui n'est qu'une suite de ta- 
bleaux successifs, le détail aurait quelque droit à se 
produire en rehef. 

— Je relis ceci en décembre 1856. Cela me rappelle 
que Ghenavard me disait, il y a deux ans, à Dieppe, 
qu'il ne regardait pas Géricault comme un maître, 
parce qu'il n'a pas Yensemble; c'est son critérium à 
lui pour la quaUté de maître. Il la refuse même à 
Meissonier. 

(i) On troave dans ce jugement sur Géricault l'influence manifeste 
d'une conversation que Delacroix eut avec Ghenavard à Dieppe en 1854. 
Il est intéressant de rapprocher ce passage du Journal, écrit en 1855, des 
notes antérieures sur le même sujet, notamment celles de 1854 et surtout 
celles des premières années 1823, 1824. (Voir t. I, p. 47, 60, 61, et t. II, 
p, 454. 

(2) Voir Catalogue Eobaut, n^ 1034 et 1035. 



in JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 

12 décembre. — Dîné chez la princesse avec 
Mme Yiardot. 

14 décembre. — Dîné chez Mme Pierret avec Du- 
rier et Feuillet (1). 

15 décembre. — Dîné chez Chabrier avec le général 
Alexandre, Poinsot, M. Harmand que j'aime beau- 
coup, M. Joly de Fleury et le sculpteur sicilien que 
protège Chabrier. 

Harmand me dit, à propos de la vigne dans la 
Gironde, que les pertes considérables consistent en ce 
que les vieux ceps, qui remontent souvent à cinquante 
ans, ne peuvent résister à la maladie ; ces souches pro- 
duisent à la vérité très peu, mais la quaUté des 
grappes est excellente. Il faudra donc beaucoup d'an- 
nées pour que les nouvelles souches produisent 
d'abord, mais surtout arrivent à approcher de cette 
quaUté. 

16 décembre. — Écrit à Chatrousse (2). 

(1) Feuillet de Conches, 

(2) Emile Chatrousse, sculpteur, né en 1830, élève de Rude et d'Abel 
4le Pujol. En 1855, il exposa la Résignation, une figure de fenune 
accroupie au pied de la croix, qu'on peut voir à Saint-Ëustache. 



1856 



10 janvier. — Aller chez Rossini. — Soirée de 
Ségalas (1). Le même en aura une autre dans quinze 
jours. — Soirée de Mme Viardot. — AUer chez Bis- 
son (2). Tableau ou dessin à lui envoyer. 

Chez Rossini, chez Ségalas ensuite, où le préfet (3) 
m'a montré une bienveillance très inaccoutumée. 
Il s'est prodigué en récits dans lesquels il ne m'a pas 
épargné ceux qui étaient à sa louange : sa fermeté, 
sa bravoure même dans différentes circonstances 
critiques ont été le thème de la conversation dans 
laquelle je n'ai eu qu'à approuver du bonnet. 

Chez Rossini auparavant; je contemple avec plaisir 
cet homme rare : je l'entoure à plaisir d'une certaine 

(1) Pierre-Salomon Ségalas (17^2-1875), chirurgien français, profes- 
seur à la Faculté de médecine, membre du Conseil municipal, et par con- 
séquent collègue de Delacroix. 

(2) Louit^Àuguste Bisson s'associa avec son frère ÀugustC'Rosalie Bis- 
sofiy pour perfectionner et exploiter l'art photographique, auquel il avait 
été initié par Daguerre. Leurs recherches, les importants travaux qu'ils 
eurent à exécuter leur valurent une première médaille à l'Exposition 
de 1855. 

(3) Le baron Haussman, qui avait succédé le 22 juin 1853 à M. Berger» 



124 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

auréole; j'aime à le voir; il n'est plus le Rossini 
moqueur d'autrefois. 

J'y trouve la bonne Alberthe, sa fille et Mareste; 
c'est Boissard qui m'avait conduit. 

11 janvier, — Aller chez Perpignan avant le con- 
seil. — Chez Philippe Rousseau (1), si je peux. — 
Chez Mouilleron. — Je suis resté chez moi. 

1 2 janvier. — (Le dîner du préfet.) Au lieu de dîner 
chez le préfet, j'ai été chez Mme Sand, voir au cirque 
sa pièce de Favilla (2). Excellente donnée que la 
pauvre amie n'a pas fait ressortir. Je crois que malgré 
les belles parties de son talent, elle ne parviendra 
jamais à faire une pièce (3) ; les situations périssent 
entre ses mains : elle ne connaît pas le point intéres- 
sant. Le point intéressant, tout est là ; elle le noie 
dans des détails et émousse continuellement l'impres- 
sion qui devrait résulter de la science des carac- 
tères. Cette situation d'un fou aimable, qui se croit le 
maître d'un château où on le tolère , devait être une 
excellente occasion de comique ou de pathétique^ 
elle ne se doute pas le moins du monde de ce qui lui 
manque. 



(i) Philippe Rousseau (1808-1887), peintre, élève de Gros et de Ber~ 
tin. A l'Exposition de 1855, il avait obtenu une médaille de 2" classe. 

(2) Maître Favilla, drame en trois actes, de George Sand, représenté 
pour la première fois sur le théâtre de l'Odéon le 15 septembre 1855. 

(3) Delacroix s'est étendu à maintes reprises sur l'impuissance draina-* 
tique de George Sand. (Voir t. II, p. 283.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 125 

Cette obstination à poursuivre un talent qui parait 
lui être refusé, à en juger par tant de tentatives infruc- 
tueuses, la classe, bon gré, mal gré, dans un rang 
inférieur. Il est bien rare que les grands talents ne 
soient pas portés d'une manière presque invincible 
vers les objets qui sont de leur domaine : c'est sur- 
tout à ce degré que conduit plus particulièrement 
l'expérience. Les jeunes gens peuvent se tromper 
pendant quelque temps sur leur vocation , mais non 
les talents mûris et exercés dans un genre. 

13 janvier, — Dîner chez Baroche (1). — Mme de 
Vaufreland. — J'ai rempli mon programme. 

A dîner, Mérimée me parlait de Dumas avec la 
plus grande estime : il le préfère à Walter Scott. 
Peut-être en vieillissant se fait-il meilleur?. . . Peut-être 
loue-t-il beaucoup de peur d'avoir des ennemis de sa 
faveur?... 

Je me suis éclipsé le plus tôt que j'ai pu. J'ai été 
chez Mme de Vaufreland; excellentes gens. 

A travers les Champs-Elysées, noyé dans des 
tourbillons élevés par le vent le plus furieux et le plus 
glacial. 

Berryer partait comme j'arrivais. 

\At janvier. — Dîner du deuxième lundi. Trousseau 
nous dit très bien que les médecins sont des artistes. 

(1) Baroche était alors président du Conseil d'État. 



iS6 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Il y a chez eux, comme chez les peintres et les poètes, 
une partie scientifique, mais elle ne fait que les 
médecins et les artistes médiocres. C'est Tinspiration, 
c'est le géûiepropredumétier qui fait le grand homme. 

J'ai été ensuite, après une assez longue prome- 
nade avec Dauzats, chez Delangle un instant, puis 
chez Halévy. Toujours grande foule, beaucoup de 
jeu, véritable maison de Socrate, trop petite pour 
contenir tant d'amis. 

Dans la journée^ Th. Frère (1) qui me dit avoir 
remarqué avec d'autres mes progrès constants dans 
les ouvrages de mon exposition, si bien que le dernier 
lui paraît le plus ferme, le plus^ simple, avec les qua- 
lités de couleur, comme avec l'absence de noir, etc. 

Ib janvier. — Concert Viardot. Magnifique con- 
cert : l'air d'Àrmide. Emst (2), le violon, m'a fait plai- 
sir; Telefsen me dit chez la princesse qu'il a été très 
faible. J'avoue mon impuissance à faire une grande 
différence entre les diverses exécutions, quand elles 
sont arrivées à un certain degré. Comme je lui parlais 
de mon souvenir de Paganini, il me dit que c'était 
sans doute un homme incomparable. Les difficultés 
et les prétendus tours de force que présentent ses 
œuvres sont encore pour la plupart indéchiffrables 

(1) Théodore Frère, peintre de genre, né à Pari» en 1815. Élève de 
Roqueplan, il fit un voyage en Algérie qui influa sur «a carrière d'artiste. 

(2) Henri-William Emst (1814-1865), violoniste des plus distingués, 
qui remporta dans les différentes capitales de l'Europe des triomphes 
éclatants. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 127 

pour les violons les plus habiles : voilà l'inventeur l 
Je pensais à tant d'artistes, qui sont le contraire^ 
dans la peinture, dans l'architecture, dans tout. 

16 janvier. — Jour de Bôilay. Aller chez Bisson et 
chez la princesse. Resté très tard chez la princesse. 

17 janvier. — Chez Mme Viardot : elle a chanté 
de nouveau l'air à!Armide. . . Sauvez-moi de l'amour! 

Berlioz insupportable, se récriant sans cesse sur ce 
qu'il appelle la barbarie et le goût le plus détestable, 
les trilles et autres ornements particuliers dans la mu- 
sique italienne ; il ne leur fait même pas grâce daiïs 
les anciens auteurs, comme Haendel; il se déchaîne 
contre les fioritures du grand air de D. Anna. 

\% janvier, — Voir Guillemardet, avant le conseil. 
— Après le conseil: Guérin, Mesnard (1), Philippe 
Rousseau. — Carte à Baroche, Grosclaude (2). — 
Voir à l'Hôtel de ville pour le surplus du payement 
du salon de la Paix. — Cerfbeer. 

— A l'Hôtel de ville et flânerie complète; j'aime 
beaucoup à rôder ainsi toute une journée dans ce 
vieux Paris. Quinze jours avant, j'avais été dans le 
Marais pour trouver le général C . . . , à la place Royale, 



(i) JacqueS'André Mesnard (1792-1858), magistrat et homme poli- 
tique, qui devint sénateur et vice-président du Sénat en 1852. 

(2) Louis Grosclaude, né à Genève en 1786, peintre de genre, dont 
plusieurs toiles ont été au Musée du Luxembourg. 



ISS JOURNAL D*EUG£NE DELACROIX. 

et j'étais revenu tout le long des boulevards. Aujour- 
d'hui, j'ai été chez Guérin, que je n'ai pas trouvé, et 
je suis entré à Notre-Dame. 

Chez Baroche ; lui écrire. 

Le soir, dormi après diner, malgré toutes sortes de 
projets. 

Je devais, dans la journée, aller chez Mesnard, au 
Sénat. Rencontré Ravaisson (l), à qui j'ai promis 
d'envoyer les deux dessins de Chenavard, place du 
Palais-Bourbon, 6. 

Le matin, j'avais été chez mon cher Guillemardet. 
Il me remet un paquet de mes lettres écrites ancienne- 
ment à Félix; il est facile d'y voir combien l'esprit a 
besoin des années pour se développer dans les vraies 
conditions. Il me dit qu'il y voit déjà le même homme 
que je suis aujourd'hui. Plus de mauvais goût et d'im- 
pertinence que d'esprit, mais il faut que ce soit ainsi. 
Ce désaccord singulier entre la force de l'esprit 
qu'amène l'âge et l'affaiblissement du corps, qui en. 
est aussi la conséquence, me frappe toujours et me 
paraît une contradiction dans les décrets de la nature. 
Faut-il y voir un avertissement que c'est surtout vers 



(1) Jean- Gaspard' Félix Ravaisson-Mollieny philosophe «t archéo- 
logue, né en 1813. Ses travaux sur Aristote l'ayaient fait remarquer de 
M. de Salvandy, qui le choisit comme chef de son cabinet, quand il fut 
ministre de l'instruction publique en 1837. Nommé quelque temps plus 
tard inspecteur général des bibliothèques publiques, puis en 1853 inspec- 
teur général de l'enseignement supérieur, il devint, en 1862, conservateur 
du Musée du Louvre. Il appartient depuis 1839 à l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, et depuis 1881 à l'Académie des sciences morales 
et politiques. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. «iJ9 

les choses de l'esprit qu'il faut.se tourner, quand le 
corps et les sens nous font défaut? Il est du moins 
incontestable que c'est une compensation ; mais com- 
bien il faut veiller sur soi pour ne pas lâcher quelque- 
fois la bride à ces recnidescences mensongères, qui 
nous font croire que nous pouvons être jeunes ou 
faire côtame si nous l'étions! Tel est le piège où tout 
va s'al^îmer. 

19 janvier. — Dîné chez Doucet(l). Je suis revenu 
avec Dumas, qui m'a parlé de ses amours avec une 
vierge veuve d'un premier mari et avec un second en 
exercice. 

Pendant qu'on jouait au baccarat chez Doucet, 
Augier, que j'aime beaucoup, meparlait.de la dignité 
qu'il y a pour un artiste à ne pas chercher à gagner 
trop d'argent, et par conséquent la nécessité de ne 
pas le dépenser en objets de pure vanité. Il trouve 
qu'un artiste peut vivre dans un intérieur simple. 
Mme Doucet me disait qu'un dîner qui coûtait à des 
personnes dans une position modeste 3 ou 400 francs 
les privait d'avoir souvent, pour cinquante francs, trois 
ou quatre amis, avec la fortune du pot. Du reste, 
elle habite dans un petit entresol très bas de la rue du 
Bac, mais décoré avec tout le luxe et l'éclat modernes : 
dorures, damas, meubles inutiles, rien n'y manque. 



(i) Camille Doucet, auteur dramatique, membre et secrétaire perpé- 
tuel de l'Académie française, né en 1812. Il était à cette époque (1856) 
chef de la division des théâtres au ministère d'État. 

III. 9 



130 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

"20 janvier. — Le soir, chez Fortoul (1). Je trouve 
Barbier et sa femme, Ravaisson, etc. 

21 janvier. — Delangle, de Royer (2), Perrier (3), 
la princesse Camerata. — Répondu à Panseron(4). 
— Le clair de la robe verte de Thomme de la Clo- 
rinde : zinc vert, orange, zinc jaune. 

— Chez la princesse Camerata le soir : elle ne me 
dit pas un mot, suivant son habitude; V... médit que 
c'est par timidité. Nous allons ensuite chez Perrier. 
J'y trouve Mme de Pontécoulant. Mme Rodrigues me 
dit qu'on fait de la musique chez elle tous les mardis. 

22 janvier. — Dîner chez Mme Herbelin (5). — 
Envoyé à M. Ravaisson les deux têtes du Corrège, de 
Chenavard. 

23 janvier. — Quelle bévue! Je vais au bal du 
préfet qui est la semaine prochaine. Je suis revenu à 

(1) Fortoul, alors ministre de l'instruction publique, mourut cette 
même année 1856 à Ems, enlevé par une attaque d'apoplexie. 

(2) Paul-Henri-Ernest de Royer (1808-1877), était alors procureur 
général à la Cour de cassation depuis 1853. 11 avait remplacé M. Delan- 
gle. Il fut plus tard ministre de la justice et président de la Cour des 
comptes. 

(3) CAar/cfT^errter (1835-1860), littérateur. Il a écrit dans V Artiste 
et dans la Revue contemporaine des articles critiques, notamment sur 
l'Exposition universelle de 1855. Plus tard, il fut attaché à l'ambassade 
de Rome, où il put se livrer à ses goûts d'artiste et poursuivre ses 
études d'esthétique. Il revint en France pour y mourir en 1860. 

(4) Panseron (1795-1859), compositeur. (Voir t. II, p. 311.) 

(5) Madame Herbelin avait obtenu une médaille de 1"^ classe à 
l'Exposition de 1855. (Voir t. II, p. 89.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 131 

pied le long de la rivière. Rencontré Mouilleron, qui 
m'a promis de m'avoir quelques épreuves de la Mar^ 
guérite auprès de V autel (1). Le lui rappeler. 

27 janvier, — Écrire à M. Lebouc (2) pour les 
billets de concert promis à M. Riesener. 

^% janvier. — Dîné chez Mme Viardot avec Berlioz. 

^^ janvier. — Mme Mohl (3) demande à voir mon' 
atelier. 

^0 janvier. — Concert chez Mme Viardot : Fair 
à'Iphigénie. La bonne Sand devant moi, la prin- 
cesse la place à côté; son mari y était. Berryer, 
Mme de Lagrange. Je n'ai pas eu toutefois par la 
musique le plaisir d'il y a quinze jours. 

— Le bon Bouvière (4) venu dans la journée. Je 
lui ai prêté le tableau du Grec à cheval. 

(i) Il s'agit sans doute ici de la lithographie originale de Delacroix, 
(Voir Catalogue Rohaut^ n"» 247.) 

(2) Charles Lebouc (1823-1893), violoncelliste distingué, qui épousa 
une des filles d'Adolphe Nourrit. 

(3) Le salon de madame Mohl était alors un des centres littéraires les 
plus fréquentés de Paris. Anglaise d'origine, Mary Clarke était devenue 
l'amie de Mme Récamier et de Chateaubriand. Elle épousa plus tard 
Jules Mohl, le savant orientaliste, qui devint membre de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres. Pendant trente ans elle sut grouper autour 
d'elle par le charme de son esprit les hommes les plus distingués de son 
époque. (Voir Un salon à Paris^ Mme Mohl et ses intimes, par K, 
O'Méara.) 

(4) Philibert Aouvière (1809-1865), peintre et acteur. Il avait débuté 
dans l'atelier de Gros, oii il avait sans doute connu Delacroix. Plus tard, 
il s'est presque exclusivement consacré au théâtre. 



132 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

V^ février, — Dîner chez Benoît Champy (1). 
5 février, — Chute de ma pauvre Jenny. 

S février. — Au conseil, il est question de Saint- 
Denis du Saint-Sacrement. 

Je visite Saint-Roch, Saint-Eustache et Saint-De- 
nis avec Merruau (2) et Pastoret (3). 

Je reviens à pied du Marais. 

En rentrant du conseil, je reçois une lettre déchi- 
rante du pauvre Lamey , qui m'annonce la mort de ma 
chère cousine. 

10 février. — Dîner chez Mme Herbelin avec Rosa 
Bonheur. 

21 février. — Sur les chefs-d'œuvre. Sans le chef- 
d'œuvre, il n'y a pas de grand artiste : tous ceux qui 
n'en ont fait qu'un dans leur vie ne sont pourtant 
pas grands pour cela. Ceux de cette espèce sont ordi- 
nairement le produit de la jeunesse : une certaine 
force précoce, une certaine chaleur qui est dans le 
sang autant que dans l'esprit, ont jeté quelquefois un 

(1) Benoît Champy (1805-1872), magistrat et homme politique. Avo- 
cat, puis député, il devint en 1856 président du tribunal de la Seine. 

(2) Charles Merruau (1807-1882), professeur, puis rédacteur en chef 
du Constitutionnel; il fut nommé en 1850 secrétaire général de la Pré- 
fecture de la Seine. 

(3) Le marquis de Pastoret, sénateur, faisait partie depuis 1855 de ia 
commission municipale. 



JOURNAL D*EU6ENE DELACROIX. 183 

éclat singulier; mais pour être classé, il faut confir- 
mer la confiance que les premiers ouvrages ont donnée 
du talent par ceux que Tâge mûr, l'âge de la vraie 
force, vient ajouter et ajoute presque toujours, quand 
le talent est d'une force réelle. 

Des hommes très brillants n'ont jamais fait de 
chefs-d'œuvre; ils ont presque toujours fait des 
ouvrages qui ont passé pour des chefs-d'œuvre au 
moment de leur apparition , à raison de la mode, de 
Tà-propos, tandis que de véritables chefs-d'œuvre de 
finesse ou de profondeur passaient inaperçus dans 
la foule , ou amèrement critiqués , à cause de leur 
étrangeté apparente et de leur éloignement des idées 
du moment, pour reparaître plus tard à la vérité 
dans tout leur jour et être estimés à leur valeur, 
quand on a oubUé les formes de convention (1) qui 
ont donné la vogue aux ouvrages éphémères très 
vantés d'abord; il est rare que cette justice ne soit 
pas rendue tôt ou tard aux grandes productions de 
l'esprit humain dans tous les genres; ce serait, avec 
les persécutions dont la vertu est presque toujours 
l'objet, un argument de plus en faveur de l'immorta- 
lité de l'âme. Il faut espérer que de si grands hommes, 
méprisés ou persécutés de leur vivant, trouveront 
une récompense qui les a fuis dans le terrestre séjour, 
quand ils seront parvenus dans une sphère où ils 

(1) Voir au début du deuxième yolume le développement d'une idée 
nmilaire à propos de la musique. C'est ce qu'il appelait d'une formule 
générale la rhétorique. 



134 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

jouiront d'un bonheur dont nous n'avons pas lidée, 
mais auquel se mêlerait celui de voir, d*en haut, la 
justice que leur garde la postérité. 

2o février. — Feuilleton admirable de Gautier (1) 
sur la mort de Heine, dans le Moniteur de ce jour. 

Je lui écris : « Mon cher Gautier, votre oraison 
funèbre de Heine est un vrai chef-d'œuvre dont je ne 
puis m'empêcher de vous complimenter. Son impres- 
sion me suit toujours, et il ira rejoindre ma collection 
(ïexcerptœ célèbres. Eh quoi ! votre art, qui a tant de 
ressources que le nôtre n'a pas, est-il donc cepen- 
dant, dans de certaines conditions, plus éphémère 
que la fragile peinture? Que deviendront quatre pages 
charmantes écrites dans un feuilleton entre le cata- 
logue des actions vertueuses des quatre-vingt-six 
départements et le narré d'un vaudeville d' avant- 
hier? Pourquoi n'a-t-on pas averti quelques hommes 
zélés pour les vrais et grands talents? Je ne savais 
pas même la mort de ce pauvre Heine : j'aurais voulu 
sentir devant cette bière qui emportait tant de feu 
et d'esprit ce que vous avez si bien ^enti. Je vous 
envoie ce petit hommage , moins pour les obUgations 
que je vous ai d'ailleurs, que pour le plaisir triste et 
doux que j'ai eu à vous hre. Mille amitiés sincères. » 

(i) Ce feuilleton de Th. Gautier sur H. Heine n'est autre que la très 
belle et très éloquente étude qui fut insérée dans la traduction des 
œuvres de H. Heine, et dans laquelle le critique avait fait mieux que 
dépasser la manière un peu étroite que lui reproche trop souvent Delà- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. i3S 

— J'ai été chez Delangle, qui a été aimable pour 
moi. J'y ai vu Béranger (1): nous nous sommes rap- 
pelé notre connaissance dans la triste circonstance 
de la mort du cher Wilson. 

J'ai été ensuite chez Thayer : il demeure dans un 
vaste terrain planté, occupé par plusieurs maisons. 
Moreau, qui était là, venait d'entrer dans un bal, 
chez des personnes inconnues , croyant se trouver 
chez ledit Thayer : luxe à la mode, ameublements, 
dorures, valetaille, etc. Les petits fuient les grands; 
il y a un buffet, comme aux Tuileries, où des hommes 
en habit noir vous servent le thé, les glaces, etc. 

6 mars. — Dîner chez Bertin. Fait le croquis pour 
le prince Demidoff, et aussi pour Benoît Fould (2). 

9 mars, — Chez Lefuel avec Cavelier(3). Causé 
chez lui des travaux du Louvre. 

(1) Béranger mourut l'année suivante. 

(2) C'est sans doute l'esquisse à' Ovide chez les Scythes, un des meil- 
leurs tableaux du maître, et qui fut exposé en 1859. 

M. Moreau ayant demandé un tableau à Delacroix pour M. Benoît 
Fould, Delacroix lui écrit le 11 mars 1856 : « Je m'étais occupé tout de 
« suite de chercher des sujets pour répondre au désir que vous m'avez si 
« aimablement exprimé de la part de M. B. Fould. Après avoir hésité 
« quelque temps, je me suis rappelé une esquisse que j'ai traitée, il y a 
« un an environ, dans le projet d'en faire un tableau. Je crois le sujet 
« assez favorable, avec figures, animaux, paysages, etc. C'est Ovide exilé 
« chez les Scythes, auquel les naïfs habitants apportent des fruits, du 
«laitage, etc. » {Corresp., t. II, p. 140 et 141, et Catalogue Robaut^ 
n» 1376.) 

(3) Jules Cavelier (1814-1894), statuaire, élève de David d'Angers, 
auteur d'un grand nombre d'oeuvres fort importantes et membre de 
l'Académie des Beaux-Arts depuis 1865. 



136 JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 

15 mars. — Journée passée à l'Hôtel de ville jus- 
qu'à une heure du matin, en attendant les couches 
de rimpératrice (1). 

16 mars. — Andrieu commence à travailler à 
l'église (2). 

20 mars. — Boulangé (3) est venu pour la première 
fois à l'église. J'y ai été le matin. Désappointement. 
Je me suis entêté l'année dernière en travaillant trop 
longtemps. J'en ai trop fait sur de mauvaises don- 
nées. 

Le soir, chez Bixio et chez Bertin. 

27 mars, — Emporter à la campagne les tableaux 
pour Beugniet, l'esquisse pour Dutilleux (4), ï Arabe 
descendu de cheval (5), le Petit Combat, aquarelle 
faite à Dieppe. 

Emporter Edgar Poe, le Petit Christ {6)^ de Roche, 



(i) Le Prince impérial naquit le 16 mars 1856. 

(2) Saint-Sulpice. 

(3) Louis Boulangéy peintre, élève de Delacroix, qui lui écrit le 
13 mars 1856 : « Vous me rendriez bien service, s'il vous était possible 
de vous mettre à mon travail de Saint-Sulpice. Ce ne serait pas pour les 
ornements, mais pour les fonds des deux tableaux pour lesquels vous avez 
promis de m'aider... Je ne puis continuer mes figures, sans que ces par- 
ties soient très avancées. » (Corresp., t. II, p. 140 et 141.) 

(4) Saint Michel terrassant le dragon, que Dutilleux avait demandé 
pour M. Le Gentil, d'Arras. (Voir Catalogue Robaut, n** 1287.) 

(5) Voir Catalogue Bobaut, n* 1175. 

(6) Voir Catalogue Bobaut, n» 1289 






JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 137 

la Pieta (1) de Téglise, les Convulsionnaires (2), 
YOvide (3)^ le Chiron, pourMoreau. 

Finir avant de partir les Lions, de Détriment, la 
Barque (4), de Momy, le Cavalier grec (5), pour 
Tedesco, le tableau pour Haro^ YHamIet. 

Reporter le Roméo (6) à Mme Delessert. 

2 avril. — Donné à Haro : 

L'étude sur carton d'après les arbres sur le lac de 
Valmont; vieux carton-mal équarri pour le maroufler; 

L'étude sur toile pour rentoiler, faite à Champro- 
say, de la fontaine de Bayvet, effet de soleil couchant. 

Le Christ portant sa croix (7), sur carton, à par- 
queter. 

Lui redemander V Arabe assis et les études de 
Chats (8) au bitume. 

6 avril. — Je lis avec beaucoup d'intérêt depuis 
quelques jours la traduction d'Edgar Poe (9), de 

(1) Réduction de la peinture murale de l'église du Saint-Sacrement. 
(Voir Catalogue Robaut, n* 769.) 

(2) Voir Catalogue Robaut, n» 1316. 

(3) Sans doute le tableau à' Ovide chez les Scythes , commandé par 
M. Moreau pour M. Fould. 

(4) Voir Catalogue Robaut, n" 1218 et 1219. 

(5) Ce tableau ne fut terminé qu'en 1859. (Voir Catalogue Robaut, 
n* 1389.) 

(6) Ce tableau avait dû subir une restauration. (Voir Catalogue Ro- 
haut, n* 939.) 

(7) Voir Catalogue Robauty n** 1313, comme dispQstion. 

(8) Voir Catalogue Robaut, n» 785. 

(9) Raudelaire envoyait à Delacroix tout ce qu'il produisait : salons, 
études littéraires, traductions, poésies, et l'on trouve dans la correspon- 



138 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Baudelaire. Il y a dans ces conceptioDs vraiment 
extraordinaires, c'est-à-dire extra -hum aines, un 
attrait de fantastique qui est attribué à quelques 
natures du Nord ou de je ne sais où, mais qui est 
refusé, à coup sûr, à nos natures françaises. Ces 
g[ens-là ne se plaisent que dans ce qui est hors ou 
extra-nature : nous ne pouvons, nous autres, perdre 
à ce point Féquilibre, et la raison doit être de tous 
nos écarts. Je conçois à la rigueur une débauche du 
genre de celle-là , mais tous ces contes sont sur le 
même ton. Je suis sûr qu'il n'y a pas un Allemand 
qui ne se trouve là comme chez lui. Bien qu'il y ait 
un talent des plus remarquables dans ces concep- 
tions, je crois qu'il est d'un ordre inférieur à celui qui 
consiste à peindre le vrai. J'accorde que la lecture de 
Gil Blas ou de TArioste ne donne pas des sensations 
de cet ordre, et quand ce ne serait que comme moyen 
de varier nos jouissances, ce genre a son mérite et 
tient l'imagination en éveil ; mais on n'en peut pren- 
dre à de fortes doses, et cette continuité dans l'horri- 
ble ou l'impossible rendu probable est pour nous un 
travers d'esprit. Il ne faut pas croire que ces auteurs- 
là aient plus d'imagination que ceux qui se contentent 
de décrire les choses comme elles sont, et il est certai- 
nement plus facile d'inventer par ce moyen des situa- 

dance du peintre plusieurs lettres de remerciement prouvant que celui- 
ci avait compris et goûté la manière du poète : « Je vous dois beaucoup 
« de remerciements pour les Fleurs du mal, lui écrit^l en 1858; je vous 
« en ai déjà parlé en l'air, mais cela mérite tout autre chose.» {Corresp,, 
t. II, p. 178.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 139 

tiens frappantes , que par la route battue des esprits 
intelligents de tous les siècles. 

8 avril. — Dîner chez la princesse, qui va partir. 

9 avril. — Chez Mme d'Haussonville (1). 

J'ai songé hier dans une course à Saint-Sulpice à 
faire quelque chose sur la marche nécessaire que 
suivent tous les arts, qui vont toujours se raffinant de 
plus en plus ; l'origine de cette idée vient de l'im- 
pression que m'ont faite hier chez la princesse 
les morceaux de Mozart que Gounod a passés en 
revue : mon impression a été confirmée ce soir chez 
Mme d'Haussonville, en entendant l'air des Nozze 
chanté par Mme Viardot. Bertin me disait de cette 
musique qu'elle est trop pleine de délicatesse et 
d'une expression portée aux dernières limites pour 
aller au pubhc. Ce n'est pas cela qu'il faut dire : dans 
les époques comme les nôtres , le public arrive à cet 
amour du détail avec les ouvrages qui l'ont mis en 
goût de raffiner sur tout. Ce n'est pas, au contraire, 
dans notre temps, pour le public qu'il faut peindre à 
grands traits : ce serait bien plutôt pour les esprits 
infiniment rares qui s'élèvent au-dessus des intelli- 
gences communes, qui se nourrissent encore des 
beautés des grandes époques, en un mot qui aiment 
le beau, c'est-à-dire la simpUcité. 

(i) Madame d* Haussonville était fille du duc de Broglie. Son mari, le 
comte d'Haussonville, succéda en 1S69 à M. Viennet à l'Académie fran- 
çaise. 



140 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Il faut donc des tableaux à grands traits ; dans les 
âges primitifs, les ouvrages des arts sont ainsi : le 
fond de mon idée était la nécessité d'être de son temps. 
Voltaire, dans le Huron, lui fait dire : Les tragédies des 
Grecs sont bonnes pour des GrecSy et il a raison; de là 
le ridicule de tenter de remonter le courant et de 
faire de Tarchaïsme. Racine parait raffiné déjà en 
comparaison de Corneille ; mais combien on a raffiné 
depuis Racine! Walter Scott, Rousseau d*abord, 
sont allés creuser ces sentiments d'impressions vagues 
et de mélancolie, que les anciens ont à peine soup- 
çonnées ; nos modernes ne peignent plus seulement les 
sentiments; ils décrivent l'extérieur, ils analysent tout. 

Dans la musique, le perfectionnement des instru- 
ments ou l'invention d'instruments nouveaux donne 
la tentation d'aller plus avant dans certaines imita- 
tions. On en viendra à imiter matériellement le bruit 
du vent, de la mer, d'une cascade. Mme Ristori, l'an- 
née dernière, dans la Pia (1), rendait d'une manière 
très vraie, mais très repoussante, l'agonie du person- 
nage. Ces objets, dont Boileau dit qu'il faut les offrir 
à V oreille et les éloigner des yeux y sont maintenant 
du domaine des arts; il faut nécessairement perfection- 
ner au théâtre les décorations et les costumes. Il est 
même évident que ce n'est pas tout à fait de mauvais 
goût. Il faut raffiner sur tout, il faut contenter tous 
les sens : on en viendra à exécuter des symphonies, 

(i) Pia dei Tolomeï, drame en cinq actes et en vers de Carlo Ma' 
rencôy joué avec un grand euccèe en 1855, à Paris, par Mme Ristori. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 141- 

en même temps qu'on offrira aux yeux de beaux 
tableaux pour en compléter Timpression (1). 

On dit que Zeuxis ou un autre célèbre peintre dans 
Tantiquité avait exposé un tableau représentant un 
guerrier ou les horreurs de la guerre : il faisait jouer 
de la trompette derrière le tableau pour exalter encore 
davantage les bons spectateurs. On ne pourra plus 
faire une bataille sans brûler un peu de poudre aux 
environs, pour exciter complètement l'émotion ou 
mieux pour la réveiller. 

Pour être plus près de la vérité, il y a déjà une 
vingtaine d'années, on avait été, sur la scène de l'O- 
péra, jusqu'à faire tes décorations réelles comme dans 
l'opéra de la Juive (2) et dans celui de Gustave (3). 
Dans le premier, on voyait de vraies statues sur la 
scène et autres accessoires qu'on imite ordinairement 
parla peinture; dans Gustave , il y avait de vrais 
rochers, imités à la vérité, mais par des blocs saillants. 
Ainsi, par l'amour de l'illusion, on arrivait à la sup- 
primer tout à fait. On conçoit que des colonnes ou 
des statues placées sur la scène dans la condition où 
on voit ordinairement les décorations et éclairées par 
des lumières venant de tous côtés perdent toute espèce 

(1) Cette prédiction devait se réaliser trente années plus tard par les 
soins d'un peintre étranger expert en toutes réclames, et trop connu pour 
qu'il soit besoin de rappeler son nom. 

(2) Cet opéra d'Halévy et de Scribe fui représenté le 23 février 1835. 

(3) Gustave III y ou le Bal masqué^ opéra en cinq actes, d'Auber, paroles 
de Scribe, représenté à l'Académie royale de musique le 27 février 1833. 
Au troisième acte, la scène se passait aux environs de Stockholm, dans 
un site sauvage, la nuit, au milieu de roches de formes sinistres. 



142 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

d'effet; c'est à cette époque qu'on introduisit sur la 
scène de vraies armures, etc. ; on revenait ainsi à 
l'enfance de l'art à force de perfectionnements. 
Les enfants, dans leurs jeux, quand ils imitent la 
représentation d'une pièce, se servent, pour faire 
des arbres, de vraies branches d'arbres; on devait 
faire ainsi aux époques où on a inventé le théâtre. 
On nous dit que les pièces de Shakespeare ont été 
en général représentées dans des espèces de granges, 
et on n'y faisait pas tant de façon. Les change- 
ments perpétuels de décoration qui, pour le dire 
en passant, semblent le fait d'un art déjà perverti 
plutôt qu'avancé, étaient exprimas par un écriteau : 
Ceci est une forêt; ceci est une prison, etc. Dans ce 
cadre de convention, l'imagination du spectateur 
voyait s'agiter des personnages animés de passions 
prises sur la nature, et cela suffisait. L'indigence de 
l'invention s'appuie volontiers sur ces prétendues 
innovations. La description qui foisonne dans les 
romans modernes est un signe de stérilité : il est 
incontestablement plus facile de décrire l'extérieur 
des choses que de suivre délicatement le développe- 
ment des caractères et la peinture du cœur. 

14 avril. — Livré depuis le mois de novembre : 
répétitions : 

Grec à cheval 1,200 fr. 

Cavalier grec et turc (Tedesco) (1). 1,600 >» 

(1) Voir Catalogue Hobaut, n" 1293, 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 143 

ClorindeÇl). 2,000 fr. 

Les Irions en petit (2) 2,000 » 

Petit Marocain à cheval (Barye) . . 300 » 

Hamlet et Polonius (3) 1,000 » 

Vendu il y a un mois le Marino Fa- 

liero{A) 12,000 « 

Il me reste à faire : 

i: Ovide, de M. Fould(5) 6,000 » 

Le tableau de M. Demidoff 3,000 » 

U Empereur du Maroc (6) 2,500 » 

VHerminie (7). .......... 2,000 » 

Beugniet en veut un petit; Detrimont aussi. 

16 avril. — Il faut retourner chez Mme d'Haus- 
son ville. 

Du besoin de raffinement dans les temps de déca- J 
dence (même sujet qu'au 9 avril précédent). Les 
plus grands esprits ne peuvent s'y soustraire : on 
croit trouver un genre nouveau en mettant des détails 

(1) Voir Catalogue Robaut, n« 1290. 

(2) Voir Catalogue Robaut, n« 1308. 

(3) Répétition et variante du tableau de Delacroix de 1843. (Voir Cata- 
logue Robaut, n* 943.) 

(4) II est curieux de constater que ce tableau, exposé en 1827, ne 
trouva acquéreur qu'en 1856, c'est-à-dire près de trente ans après sa pre- 
mière apparition. (Voir Catalogue Robaut, n® 160.) 

(5) Ovide chez les Scythes. Ce tableau, qui a figuré à la deuxième 
exposition des Cent chefs-d'œuvre, en 1892, appartient aujourd'hui à 
M. de Sourdeval. (Voir Catalogue Robaut, d? 1376.) 

(6) Voir Catalogue Robaut, n« 1441, 

(7) Voir Catalogue Robaut, n^ 1384 et supplément. 



144 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

là OÙ les anciens n'en mettaient pas. Les Anglais, les 
Germaniques nous ont toujours poussés dans cette 
route. Shakespeare est très raffiné. En peignant 
avec une grande profondeur de sentiment que les 
anciens négligeaient ou ne connaissaient même pas, 
il découvrit tout un petit monde de sentiments qui 
sont chez tous les hommes de tous les temps à Fétat 
confus et qui ne semblent pas destinés à arriver à la 
lumière, ou à être analysés, avant qu'un génie parti- 
culièrement doué ait porté le flambeau dans les 
coins secrets de notre âme. Il semble qu'il faut à 
l'écrivain une érudition prodigieuse; mais on sait 
combien il est facile de prendre le change à ce sujet, 
et ce qu'il y a de réel sous cette apparence de science 
universelle. 

22 avril. — Rossini est venu dans la journée. 

23 avril. — Chez Rossini, à neuf heures et demie. 
Musique. Vivier (l), Botte^ini (2), et une dame qui a 
joué des morceaux de Rameau pour piano. 

2 mai. — Se rappeler l'histoire de la Toison d'or, 
réelle, c'est-à-dire la manière actuelle encore de 
recueillir l'or dans le Pactole, et les lieux où s'est 
passée la fable de Jason : peaux de mouton noir atta- 

(1) Eugène Vivier y qui s'est placé au premier rang del cornistes de 
son époque. 

(â) Giovanni Bottesini, contrebassiste italien, qui n'eut pas de rival 
comme virtuose. Il était en 1856 chef d'orchestre au Théâtre-Italien. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 145 

chées à des perches et tramées dans le lit du fleuve 
qui est très profond. 

6 mai. — Travaillé le matin au Christ de M. Roche, 
A trois heures et demie à Saint-Sulpice. Nous dessi- 
nons les cartons du plafond. 

Je reviens dîner; je dors toute la soirée malgré mon 
projet d'aller voir •Autran(l), et je me couche à 
minuit, à peu près. 

J'ai lu le soir à Jenny plusieurs scènes d'Jthalie. 

8 mai, — Dîner chez Mme de Forget. Je mourrai 
de tous ces dîners (2). 

— Charmant ton demi-teinte de fond de terrain, 
roches, etc. Dans le rocher, derrière l'Ariane, le ton 
de terre (Vombre naturelle et blanc avec laque jaune. 

— Le ton local chaud pour la chair à côté de laque 
et vermillon : jaune de zinc, vert de zinc, cadmium^ 
un peu de terre d'ombre, vermillon: — Vert dans le 
même genre : chrome clair , ocre jaune , vert éme- 
raude. — Le chrome clair fait mieux que tout cela, 
mais il est dangereux alors, il faut supprimer les zincs, 

— Cette nuance en mêlant avec ce ton de laque et 
blanc. 

(1) Joseph Autran (1813-1877), poète, qui succéda à Ponsard à l'Aca- 
démie française. 

(2) Delacroix écrivait, un an plus tard : « Quelque retiré qu'on vive à 
Paris, il est impossible de se soustraire à cette inquiétude perpétuelle 
dans laquelle on vit, et qui agit indubitablement sur les ouvrages de l'es- 
prit. 1. {Corresp.y t. II, p. 108.) 

m. 10 



yC 



V 



146 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

— Bleu de Prusse, ocre de ru, vert neutre qui 
entre bien dans la chair. 

— Laque jaune, ocre jaune, vermillon, 

— Terre de Sienne naturelle. Cassel. 

— Ces tons verdâtres sont une excellente localité 
avec un ton de rouge Van Dyck ou indien et blanc 
rompu avec un gris mélangé et rompu lui-même. 

— Terre d'ombre, blanc cobalt. Joli gris. 

— Ce ton, avec vermillon laque, donne un ton de 
demi-teinte charmant pour chair fraîche. 

— Avec terre d'Italie vermillon localité plus 
chaude. 

9 mai. — Chez Benoit. Dans la journée à Saint- 
Suipice, chez Wyld (1), chez Alberthe. 

10 mai. — Peinture esquisse pour l'ami de Dutil- 
leux. 

Dessin à Wey. 

11 mai. — Demandera Haro cartons pour mettre 
derrière tableau. Chez le baron Michel (2) à trois 
heures. Il me dit que les remèdes de ses amis les 
médecins n'avaient fait qu'empirer sa maladie, un 



(1) William Wyld (1806-1889), peintre anglais, élève de Louis 
Francia, fut, avec Bonington, un des propagateurs de l'aquarelle en 
France. En 1883, il accompagna Horace Vernet de Rome à Alger. 

(2) Le 6aron ilftcAe/ (1786-1856), médecin militaire, qui prit part à 
toutes les campagnes de l'Empire et devint médecin en chef de l'hôpital 
du Gro8-Caillou et des Invalides. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 147 

catarrhe à la vessie survenu sans cause apparente. 
L'hygiène seule Ta guéri radicalement. Il ne hoit pas 
de vin. 

12 mai, — Ricourt venu. 

Vous trouvez que vous n'êtes jamais assez savant. 
— Le dessin d'Ingres. — La bouteille d'huile grasse et 
d'huile blanche de Decamps. — Pas une touche 
fausse dans les hommes de sentiment. — Étudier sans 
relâche avant; une fois en scène, faites des fautes, 
s'il le faut, mais exécutez librement. 

15 mai. — Chez Mme de Forget un instant le soir. 

Champrosay, 17 mai. — Parti pour Champrosay 
à onze heures un quart par le chemin de Lyon. Pluie 
battante à Villeneuve-Saint-Georges, comme déjà l'an 
dernier et presque tous les ans. 

18 mai. — Journée d'inertie. On doit coller du 
papier demain. 

Je dors toute la journée sans me décider à sortir. Je 
lis Y Essai sur les mqeurs, de Voltaire, et j'en suis ravi. 

19 mai. — Je compose toute la matinée pendant 
qu'on colle le papier. 

20 mai, — Sur l'âme après la mort. Je trouve ceci 
dans un article sur la Religion actuelle^ de M. Jules 



148 JOURNAL D*£UGENE DELACROIX. 

Simon, dans la Presse : a Pour quiconque ne soumet 
pas sa raison, etc., nous pouvons faire beaucoup 
(le conjectures à notre avantage et avoir de belles 
espérances, mais non point aucune assurance. » 
Je commence à travailler. 

22 mai. — Mme Villot venue à Ghamprosay avec 
la petite Stella. Elles ont dîné avec moi et sont 
reparties le soir. 

26 mai. — Acheter la Presse de dimanche 25 mai, 
article de Saint-Victor (1) sur le Cid. Aller voir 
Mme Lamey, 

(1) A cette époque déjà Paul de Saint-Victor écrivait dans la Presse 
cette série de feuilletons dramatiques, qa'il devait continuer plus tard 
au Moniteur universel, et dans lesquels, sous prétexte de faire le 
compte rendu des pièces nouvelles, il exécutait d'admirables varia- 
tions littéraires sur les grandes œuvres classiques. On se rappelle la 
série de ses études sur le drame grec, qui furent réunies plus tard sous 
le titre des Deux Masques, A propos de cet article sur le Cid qu*on 
trouvera dans la Presse du 25 mai 1856, et dont M. Burty a cité un 
fragment dans la Correspondance de Delacroix, voici ce que Delacroix 
écrivait à Paul de Saint-Victor : « Je trouve ce matin dans la Presse 
« votre article sur le Cid, et je ne puis m'empêcher de vous en faire com- 
M pliment du fond de ma retraite momentanée. Quel dommage que vous 
« dépensiez votre verve et votre esprit dans des feuilles qui se dispersent 
u si vite! c*est au point que revenant demain ou après-demain à Paris, 
ft je ne sais si je pourrai trouver h. acheter le numéro paru depuis deux 
u jours. » Puis ensuite, discutant avec le critique une des idées qu'il a 
émises, il termine en disant : « Ma lettre n'est à autre fin que de vous 
« parler de mon émotion. C'est une pente que je suis quelquefois et a 
tt coup sûr. J'écris cette lettre avec plus de plaisir que presque toutes les 
« autres. » (Corresp., tome II, p. 144, 145.) Il ne faut pas oublier 
d'ailleurs que Paul de Saint-Victor avait été l'un de ses enthou- 
siastes partisans, et qu'il avait écrit, notamment après la décoration du 
Palais-Bourbon, une série d'articles qui comptent parmi les plus remar- 
quables commentaires de l'œuvre du maître peintre. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 149 

J'ai travaillé beaucoup à Champrosay. J'ai ébau- 
ché sur la toile, où j'avais commencé il y a beaucoup 
d'années, le Fils qui porte le corps de son père sur le 
champ de bataille et que j'avais abandonné tout à 
fait; j'y ai ébauché le Templier emportant Rebecca 
du château de Frondeley pendant le sac et l'incendie 
de ce repaire (1). 

J'ai ébauché également les Chevaux qui se battent 
dans rëcurie(2), et un petit sujet : Cheval en liberté 
que son maître s'apprête à seller et qui joue avec 
un chien (3). 

Avancé les esquisses de M. Hartman, VUgolin^ la 
Pie ta, etc. 

J'ai reçu ce matin la lettre de Bouchereau, qui 
m'annonce qu'il va venir. 

Je suis parti par le dernier convoi le soir. 

PariSy 27 mai. — Bouchereau est venu justement 
me réveiller au miUeu de la journée; j'ai été heureux 
de le revoir. Il dîne avec moi jeudi. 

29 mai. — Dîné chez moi avec Bouchereau. 

30 mai, — « Quant à la beauté de la figure, 

aucune femme ne l'a jamais égalée... Cependant ses 
traits n'étaient pas jetés dans ce moule réguUer qu'on 
nous a faussement enseigné à révérer dans les ouvrages 

(1) Voir Catalogue Robaut, n» 1383. 

(2) Voir Catalogue Bobaut, n« 1409. 
(3J Voir Catalogue Robaut, n« 1317. 



150 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

classiques du paganisme : « // ny a pas de beauté 
exquise, dit lord Venilam, parlant avec justesse de 
tous les genres de beauté, sans une certaine étrangeté 
dans les proportions. » (Edgar Poe.) 

J'ai été dans la journée inviter F. Leroy à venir 
dîner lundi avec Bouchereau : j'ai eu grand plaisir, à 
le revoir. 

En rentrant, continué ma lecture d'Edgar Poë; 
cette lecture réveille en moi ce sens du mystérieux 
qui me préoccupait davantage autrefois dans ma 
peinture, et qui a été, je crois, détourné par mes 
travaux sur place, sujets allégoriques, etc., etc. Bau- 
delaire dit dans sa préface que je rappelle en peinture 
ce sentiment d'idéal si singulier et se plaisant dans 
le terrible (1). Il a raison; mais l'espèce de décousu 
et l'incompréhensible qui se mêle à ses conceptions 

(i) Voici quel est le passage de Baudelaire qui vient justement à 
l'appui de la précédente note : « Au sein de cette littérature où l'air est 
« raréfié, l'esprit peut éprouver cette vaste angoisse, cette peur prompte 
H aux larmes, et ce malaise au cœur, qui habitent les lieux immenses et 
M singuliers. Mais l'admiration est la plus forte, et d'ailleurs Vart est si 
« grand! Les fonds et les accessoires y sont appropriés aux sentiments 
« des personnages. Solitude de la nature et agitation des villes, tout y 
« est décrit nerveusement et fantastiquement. Comme notre Eugène 
« Delacroix, qui a élevé son art à la hauteur de la grande poésie, Edg. 
M Poë aime à agiter ses figures sur des fonds violâtres et verdâtres, où se 
« révèlent la phosphorescence de la pourriture et la senteur de l'orage. » 
(Préface des Histoires extraordinaires.) 

C'était là une idée chère à Baudelaire, dont le goût inné pour le 
mystérieux et le bizarre s'était accru encore à la suite de sa longue fré- 
quentation avec l'œuvre du poète américain. Il suffit de lire les savou- 
reuses et pénétrantes études qui précèdent les premières et les nouvelles 
Histoires extraordinaires, pour se rendre compte de l'intoxication puis- 
sante qu'il avait subie. Dans sa préface des Fleurs du mal, Th. Gautier 
commente très finement cet état d'esprit. 



•JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 151 

ne va pas à mon esprit. Sa métaphysique et ses 
recherches sur l'âme, la vie future, sont des plus 
singulières et donnent beaucoup à penser. Son Van 
Kirck parlant de Tâme, pendant le sommeil magnéti- 
que, est un morceau bizarre et profond qui fait rêver. 
Il y a de la monotonie dans la fable de toutes ses 
histoires ; ce n'est, à vrai dire, que cette lueur fantas- 
magorique dont il éclaire ces figures confuses , mais 
effrayantes, qui fait le charme de ce singulier et très 
original poète et philosophe. 

6 juin, — J'ai été hier, en sortant de l'Hôtel de 
viUe, voir la fameuse Exposition agricole. Toutes les 
têtes sont tournées; on est dans l'admiration de 
toutes ces belles imaginations : machines à exploiter 
la terre, bêtes de tous les pays amenées à un concours 
fraternel de tous les peuples ; pas un petit bourgeois 
qui, sortant de là, ne se sache un gré infini d'être né 
dans un siècle si précieux. 

J'ai éprouvé pour mon compte la plus grande 
tristesse au milieu de ce rendez-vous bizarre : ces 
pauvres animaux ne savent ce que leur veut cette 
foule stupide ; ils ne reconnaissent pas ces gardiens 
de hasard qu'on leur a donnés ; quant aux paysans 
qui ont accompagné leurs bêtes chéries, ils sont cou- 
chés près de leurs élèves, lançant sur les promeneurs 
désœuvrés des regards inquiets, attentifs à prévenir 
les insultes ou les agaceries impertinentes qui ne leur 
sont pas ménagées. 



152 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Le plus simple bon sens eût suffi pour convaincre 
de Tinutilité de cette réunion, avant qu'on l'ait 
e£fectuée. La vue même de ces animaux si divers de 
forme et de propriétés suffira-t-elle pour convaincre 
de la folie qu'il y aurait à les transplanter, à les isoler 
des conditions dans lesquelles ils se sont développés et 
de l'influence du climat natal? La nature a voulu 
qu'une vache fût petite en Bretagne et grande en 
Ecosse. Était-il bien nécessaire d'assembler de si loin 
et dans un même lieu ces naïfs?... 

En entrant dans cette exposition de machines desti- 
,nées à labourer, à ensemencer, à moissonner, je me 
suis cru dans un arsenal et au milieu de machines de 
guerre; je me figure ainsi ces balistes, ces catapultes, 
instruments grossiers et hérissés de pointes de fer, ces 
chars armés de faux et de lames acérées; ce sont là 
les engins de Mars et non de la blonde Cérès. 

La complication de ces instruments effroyables 
contraste singulièrement avec l'innocence de la desti- 
nation; quoi ! cette effroyable machine armée de crocs 
et de pointes, hérissée de lames tranchantes, est desti- 
née à donner à l'homme son pain de tous les jours! 
La charrue, que je m'étonne de ne pas voir placée 
parmi les constellations, comme la lyre et le chariot, 
ne sera plus qu'un instrument tombé dans le mépris ! 
Le cheval aussi a fait son temps. 

Ces petites machines à vapeur, avec leurs pistons, 
leur balancier, leur gueule enflammée, sont les che- 
vaux de la future société. L'affreux et lugubre tin- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 153 

tamarre de ses roues... Don Quichotte eût mis sa 
lance en arrêt! 

Laissez à la Hongrie les bœufs affligés de cornes, 
dont ils ne savent que faire !... A quoi bon dans nos 
plaines ces vaches descendues des Alpes de la Suisse? 
ces bœufs avec cornes ou sans cornes, de cUmats 
et de constitutions divers, qui réclament une nom'ri- 
ture particuUère et des soins?. . . 

Quant à ces légumes poussés à une humidité et 
ime chaleur factices, laissez-les aux curieux d'Argen- 
teuil pour les moules en carton, comme Fidéal de 
l'asperge et du navet, plus propre à étonner la vue 
qu'à réjouir l'appétit : tous ces petits parterres, 
venus là pour la circonstance, semblables à ces forêts 
que les enfants improvisent dans leurs jeux en plan- 
tant des branches en terre. 

Pauvres peuples abusés, vous ne trouvez pas le 
bonheur dans l'absence du travail! Voyez ces oisifs 
condamnés à traîner le fardeau de leurs journées et 
qui ne savent que faire de ce temps que les machines 
leur abrègent encore. Voyager était autrefois une 
distraction pour eux ; se tirer de la torpeur de chaque 
jour, voir d'autres chmats, d'autres mœurs, donnait 
le change à cet ennemi qui leur pèse et les poursuit. 
A présent, ils sont transportés avec une rapidité qui 
ne laisse rien voir; ils comptent les étapes par les 
stations de chemin de fer qui se ressemblent toutes; 
quand ils ont parcouru toute l'Europe, il semble 
qu'ils ne sont pas sortis de ces gares insipides qui 



15* JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

paraissent les suivre partout comme leur oisiveté et 
leur incapacité de jouir. Les costumes, les usages 
variés, qu'ils allaient chercher au bout du monde, ils 
ne tarderont pas à les trouver semblables partout. 

Déjà rOttoman qui se promenait en robe et en 
pantoufles sous un ciel toujours riant, s'est empri- 
sonné dans les ignobles habits de la prétendue civili- 
sation : ils ont des vêtements serrés, comme dans les 
pays où Tair libre est un ennemi dont il faut se garan- 
tir; ils ont adopté ces couleurs monotones qui sont 
celles des peuples du Nord, qui vivent dans la boue 
et dans les frimas. Au lieu du spectacle du Bosphore 
riant sous le soleil et qu'ils contemplaient tranquille- 
ment, ils s'enferment dans de petites salles de spec- 
tacle pour y voir des vaudevilles français ; vous retrou- 
vez ces vaudevilles, ces journaux, tout ce bruit pour 
rien^ dans toutes les parties du monde, comme l'éter- 
nelle gare, avec ses cyclopes et ses sifflements sau- 
vages. 

On ne fera pas trois lieues sans cet accompagne- 
ment barbare : les champs, les montagnes en seront 
sillonnés : on se rencontrera comme se rencontrent 
les oiseaux, dans les plaines de l'air... Voir n'est plus 
rien : il faut arriver pour repartir! On ira de la 
Bourse de Paris à celle de Saint-Pétersbourg; les 
affaires réclameront tout le monde, quand il n'y aura 
plus de moissons à recueillir au moyen des bras, des 
champs à surveiller et à améliorer par des soins intel- 
ligents. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 155 

Cette soif d'acquérir des richesses, qui donneront si 
peu de jouissance, aura fait de ce monde un monde 
de courtiers. On dit que c'est une fièvre qui est aussi 
nécessaire à la vie des sociétés, que la vraie fièvre 
Test au corps humain dans certaines maladies et au 
dire des médecins. 

Quelle est donc cette maladie nouvelle que n'ont 
point connue tant de sociétés éclipsées aujourd'hui et 
qui ont pourtant étonné le monde par les grandes et 
véritablement utiles entreprises, par des conquêtes 
dans le domaine des grandes idées, par de vraies 
richesses employées à augmenter la splendeur des 
États et à relever à leurs yeux les sujets de ces États? 
Que n'emploie-t-on cette activité impitoyable à creu- 
ser de vastes canaux pour l'écoulement de ces inon- 
dations fatales qui nous consternent, ou pour élever 
des digues capables de les contenir ! C'est ce qu'a fait 
l'Egypte, qui a discipliné les eaux du Nil et opposé les 
Pyramides à l'envahissement des sables du désert; 
c'est ce qu'ont fait les Romains, qui ont couvert le 
monde ancien de leurs routes, de leurs ponts et aussi 
de leurs arcs de triomphe. 

Qui élèvera une digue aux mauvais penchants? 
Quelle main fera rentrer dans leur lit le débordement 
des passions viles? Où est le peuple qui élèvera une 
digue contre la cupidité, contre la basse envie, contre 
la calomnie, qui flétrit les honnêtes gens dans le 
silence ou dans l'impuissance des lois? Quand cette 
autre machine, la presse impitoyable, sera-t-elle 



156 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

disciplinée? Quand est-ce que l'honneur, la réputation 
de rhomme intègre ou de Thomme éminent, et par 
conséquent envié, ne sera plus en butte aux calom- 
nies empoisonnées du premier inconnu ? 

(Coudre tout cela aux réflexions du mois de 
mai 1853 (1), à propos de celles de Girardin sur la 
France labourée à la mécanique. ) 

8 juin. — Dîner chez la princesse, qui part après- 
demain et qui m'a fait demander mon jour pour 
Grzymala. 

9 juin. — Dîner du lundi. Chez Autran, le soir. 

10 juin. — MM. Pelouze et Marguerite doivent 
venir. 

Dîné chez Marguerite. Revu le petit Christ^ qui 
m'a fait plaisir. Ce qui m'a frappé davantage, c'est 
la Vierge évanouicy du fond. U y a décidément, 
parmi les grands, des génies fougueux, indisciplinés, 
quand ils croient être corrects, n'obéissant qu'à 
l'instinct qui sans doute se trompe quelquefois : 
ainsi Michel- Ange, Shakespeare, Puget, voilà des 
gens qui ne conduisent pas leur génie, mais qui en 
sont conduits ; Corneille est un des plus saillants : il 
tombe dans des abominations, en descendant du ciel. 
Mais ces hommes-là, en revanche, sont les initiateurs 

(1) Voir t. II, p. 198. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 157 

et les pasteurs du troupeau. Ce sont les monuments 
sou/ent informes, mais qui sont éternels et qui domi- 
nent dans les déserts , comme au milieu des civilisa- 
tions les plus raffinées, dont elles demeurent le point 
de départ et en même temps la critique, par les carac- 
tères éternels de leurs belles parties. 

Il y a également incontestablement des génies 
divins qui obéissent à leur naturel, mais qui lui com- 
mandent aussi : les Virgile, les Racine, ne tombent 
jamais dans les énormités. Us sont entrés dans une 
route qui avait été ouyerte par des géants; ils ont 
laissé derrière eux les blocs informes, les essais trop 
audacieux, et s'emparent des cœurs d'un empire 
moins contesté. 

Quand les hommes de la première espèce veulent 
se réformer, agir méthodiquement, ils tombent dans 
la froideur et sont au-dessous ou plutôt à côté d'eux- 
mêmes : ceux de la seconde classe tiennent en bride 
leur ima^nation, ils se réforment ou se dirigent à 
leur gré, sans tomber dans des contradictions ou des 
erreurs choquantes. (Voir mes notes du 16 no- 
vembre 1857.) 

ll^uin. — Teinte locale de l'enfant grand de la /• 
seconde Médée (1) : brun^ rouge et blanc. Cesser d'être 

(1) Delacroix avait exécuté une première fois en 1838 une compogi- 
tion àt Médée furieuse, au sujet de laquelle Th. Gautier avait écrit qu'elle 
^t « peinte avec une fougue, un emportement et un éclat de couleur 
* que Rubensne désavouerait pas» . Nous trouvons au Catalogue Robaut 
(n* 1435) une antre Médée furieuse^ indiquée comme variante du tableau 



158 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

cra par ces tons de Tombre chaudsy légèrement oran- 
gés et, dans les chairs, rompus de vert y de rose y de 
jaune et blanc. 

Les clairs de la Médée, de sa joue, de sa gorge, du 
torse, etc., basés sur le ton de terre d'ombre blanc 
et laque jaune avec blanc et laque. Le cadmium 
avec des tons rompus domine dans la localité ; peu 
de tons rouges; cependant un peu de tons de brun 
rouge blanc avec laque jaune et terre d'ombre et blanc 
(cette dernière combinaison excellente pour beau- 
coup de localités un peu brunes). 

Pour le ton vert rose chaud de la joue dans une 
femme fraîche et brune, le cadmium et blanc, jaune 
zinc clair et vert émeraude, blanc et laque ou ver- 
millon et blanc, suivant l'effet; le blanc et vert éme- 
raude, qui est un vert froid, s'y marie bien. 

En substituant l'ocre de ru et blanc au cadmium, 
on a des localités de sujets plus bruns : le vermillon 
et blanc y convient avec le zinc jaune et vert, de 
même. 

Un mélange de tous ces tons fait une excellente 
localité de chair. 

de 1838. 11 ajoute cette intéressante anecdote : « Delacroix avait fixé à 
« huit mille francs le prix de cette toile avant de l'avoir achevée. Sur- 
« pris des difficultés d'exécution, il crut pouvoir demander à M. Emile 
« Péreire (l'acheteur) de l'indemniser des efforts inattendus qu'il avait 
« dû faire. M. Péreire s'empressa de modifier les conditions primitives. 
M Mais Delacroix, pris de scrupule, retira ses nouvelles prétentions. 
« M. Péreire les maintint quand même, et porta ainsi à dix mille francs 
« le prix du tableau, qui fut cédé plus tard pour trente mille à M. Lau- 
« rent Richard, et atteignit le chiffre de cinquante-neuf mille francs à la 
« vente faite par cet amateur. « 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 159 

14 juin. — Je dîne à côté d'Auber, à l'Hôtel de 
ville. Il me dit que, malgré une vie heureuse, il ne 
voudrait pas recommencer à vivre, à cause de ces 
mille amertumes dont la vie est semée. Ceci est d'au- 
tant plus remarquable qu'Auber est un voluptueux 
complet : à l'âge où il est, il jouit encore de la com- 
pagnie d'une femme. 

Le souverain bien serait la tranquillité ; pourquoi 
donc ne pas commencer de bonne heure à mettre 
cette tranquillité au-dessus de tout? Si l'homme est 
destiné à trouver un jour que le calme est au- 
dessus de tout, pourquoi ne pas se mettre à une 
vie qui donne ce calme anticipé, mêlé toutefois 
à quelques-unes des douceurs qui ne sont pas les 
affi^eux bouleversements que causent les passions? 
Mais qu'il faut veiller sur soi pour s'en garantir, 
quand elles sont devenues si redoutables ! 

21 juin. — Dîner des maires. Je cause longuement' 
avec J . . . d'une grande affaire. 

24 juin. — Chez Thiers le soir. Je lui ai fait com- 
pliment de son conseil. 

Delaroche y était : il fait le léger, le narquois. 

25 juin. — Prêté à Andrieu vingt-trois gravures 
des Admirandœ romance antiquitates, etc. 

Demi-teinte foncée ou claire pour la chair, se 
mêlant soit au cadmium, soit au vermillon, soit à la 



V 



160 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

laque : Terre d'Italie naturelle, noir, laque jaune, 
vert de zinc ou emeraude, blanc. Ce ton étant préparé 
foncé, si on le rend clair avec plus de blanc ^ forme 
un clair neutre verdàtre, qui s'unit à tout. 

2Sjuin. — Parti à Champrosay à cinq heures. Je 
trouve en route Bec : chaleur du diable. 

Chevalier (1) au chemin de fer, qui veut absolu- 
ment que j'aille déjeuner ou diner avec lui. Jour pris 
pour lundi. 

29 juin. — Écrire à Guillemardet. Parler à Haro 
pour Leroux (2) de Passy . 

Je trouve dans un article de Pelletan dans la Presse 
sur le fameux progrès, cette citation extraite des der- 
niers ouvrages du grand homme d'État, à qui nous 
avons dû de faire tant d'expériences dans le sens du 
progrès indéfini, laquelle excite la profonde tristesse 
de son élève, qui ne lui répond que le sanglot à la 
bouche ; 

tt Le progrès indéfini et continu est une chimère 
partout démontrée par l'histoire et par la nature; 
mais le perfectionnement, etc. L'humanité monte et 
descend sans cesse sur sa route, mais elle ne descend 
ni ne remonte indéfiniment. » 

(1) Michel Chevalier (1806-1879). Le célèbre économiste avait fait 
partie de la commission de l'Exposition universelle de 1855, et avait sans 
doute noué des relations amicales avec Delacroix. 

(2) Sans doute Jean-Marie Leroux (1788-1865), graveur et dessina- 
teur, élève de David. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 161 

— Je dîne aujourd'hui avec Villot et sa femme. 
Nous parlons peinture toute la soirée : cela me met 
en bonne disposition. 

— J'ai été mécontent hier, en arrivant, de ce que 
j'avais laissé ici YHerminie, le Boisguilbert enlevant 
Rebecca (1), les esquisses pour Hartmann, etc. 

30 juin. — Michel Chevalier vient me chercher 
à trois heures : fin de journée que je redoutais et qui 
se passe assez bien. Je fais connaissance avec toute sa 
parenté. J'emporte un épi de blé d'Egypte. Je reviens 
à pied le soir et assez fatigué. J'espérais trouver ma 
pauvre Jenny en route. 

V^ juillet. — Je vais le soir chez Parchappe, Peu 
de mouvement dans les idées. J'avais été prendre 
Mme Villot pour y aller tous deux, et nous avions 
tourné dans son jardin. Elle est émerveillée de Dumas 
fils. 

2 juillet. — Chez Rodrigues le soir. Je ne trouve 

(1) Li'Herminîe et V Enlèvement de Rebecca devaient figurer plu8 tard 
à l'Exposition de 1859, cette Exposition qui fut pour Delacroix, suivant 
l'expression de Burty, un véritable Waterloo. Dans le commentaire du 
Catalogue Robaut (n** 1383)^ E. Chesneau dit à propos de VEnlèvement 
de Rebecca : « On a peine à se défendre d'un mouvement d'irritation, quand 

■ on a été témoin comme nous de l'attitude du public dans les galeries 
« du Salon de 1859, devant les huit tableaux, plus admirables les uns 

■ que les autres, que le maître y avait envoyés. On s'attroupait devant 
« VEnlèvement, devant Ovide, devant les Bords du 5e6ou, devant l'i/er- 
« minie, et l'on riait, et l'on faisait échange de quolibets. Je n'ai pas 
* souvenir, dans ma vie de critique déjà si longue, d'un si honteux 
« scandale. » 

III. \ 1 



iêt JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

<pe sa mère et les jeunes gens. Il arrive au moment 
oàje pars. 

3 juillet. — Mme Villot vient chez moi avec Dumas, 
cpi passe la journée chez elle. J'y; dine avec Dauzats, 
Mme Herbelin, Bixio, Villemot, Mme .Barbier qui 
arrive après une odyssée variée, qui Ta fait venir à 
Juvisy dans une charrette de boucher. 

Je crois que c'est ce jour que je reçois mes letti'es 
de Paris. Le cousin arrive la semaine prochaine, et je 
pwrs lundi. 

4 juillet. — Je passe la journée à la maison. Je 
remonte dans ce seul jour le tableau de YHermi^ 
nie(l), à ma grande satisfaction. La veille, l'avait été 
cehii d'Ugolin (2), qui en avait bon besoin. 

Après le diner je m'endors et me suis couché sans 
sortir. 

5 juillet. — Travaillé à V Arabe qui va seller son che- 
val (3). Promenade vers deux heures, en courant après 
Jenity que je ne trouve pas. Je vais jusqu'à près de 
Soisy;je remonte vers le Chêne-Prieur, mais ne vais 
pas jusque-là : pris par l'allée aux Fougères jusque 
chez Bayvet. Tourné dans son allée, toujours occupé 
de ma recherche; puis pris l'allée de Draveil dans le 

(1) Voir Catalogue Robaut, n» 1384. 

(2) Voir Catalogue Robaut, n" 1063-1065. 

(3) Voir Catalogue Robaut, n« 1317. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 163 

sens des murs des divers parcs, remonté au Ghêne- 
d'Antain par le chemin que nous prenions autrefois 
en venant de Fenclos de Gandas. Je me suis assis en 
face de ce géant, qui est maintenant entouré de 
coupes abattues : je m'y suis presque endormi un 
instant et suis revenu par Tallée tournante de Main- 
ville à Champrosay. 

En rentrant, retourné un peu à mon ébauche avec 
succès (la tête du cheval) et fait un somme jusqu'à 
cinq heures. 

Chez Barbier ensuite. Dîner et soirée fort gais. 
Mme Franchetti y est venue et a contribué à rendre 
la réunion aimable. Mme Barbier n'est pas aussi 
enchantée que Mme Villot de l'esprit de Dumas 
fils(l); Barbier dit avec raison que rien n'est plus 
fatigant que ce jeu d'esprit perpétuel et de mots à 
propos de tout. 

S juillet. — Commencé le Paysage de Tanger au 
bord de la mer (2), la Fontaine mauresque (3), 
\ Embarquement y la Procession à Tanger pour porter 
les cadeauXy le Bazar de Mequinez dans le petit Uvre 
de croquis (4). 

Le bon cousin (5) arrive le soir à onze heures et 

(1) Il est certain que Delacroix préférait encore le père au fiU, qui 
n'ayait alors que trente et un ans. 

(2) Voir Catalogue Aobaut, n« 1348. 

(3) Voir Catalogue Robaut, n*» 1442. 

(4) Le petit livre de croquis dont il est question ici est celui qui a été 
reproduit dans ce Journal, t. I, p. 145. (Voyage au Maroc.) 

(5) Le cousin Lamey, 



i04 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

demie, JeFinstalle et le trouve heureux de notre com- 
binaison. 

9 juillet. — Parler à Haro de la lithographie de 
Leroux (1), d'après le tableau que je lui ai donné (2). 

10 juillet, — Guillemardet dîne avec nous et le 
neveu de Lamey. 

11 juillet. — Je vais au conseil et voir Buloz, pour 
l'ouvrage de Lamey. 

12 juillet. — Où est la petite vue sur toile peinte à 
l'huile d'après nature?... Je crois que je l'ai donnée 
à rentoiler. 

Nous allons voir les Femmes savantes et Jmphi- 
tryon, le cousin et moi (3). 

IS juillet. — Guillemardet vient dîner. 



(1) Eugène Leroux (1811-1863), lithographe, qui a reproduit plu- 
sieurs tableaux d'après Delacroix et surtout d'après Decamps. 

{Zy Saint Sébastien. (Voir Catalogue Robaut, n® 1381.) Delacroix 
avait gardé une sincère reconnaissance envers M. Haro, qui, en 1855, 
avait vaincu ses résistances et l'avait décidé à exposer. C'est M. Haro qui 
avait installé la salle où Delacroix réunit trente-cinq de ses œuvres choi- 
sies, qui furent si remarquées. 

(3) Eugène Delacroix, qui avait depuis longtemps ses entrées à la 
Comédie-Française, put applaudir ce soir-là MM. Provost, Geffroy, 
Régnier, Got, Mmes Nathalie, Bonval et Thénard dans la première 
pièce, où Mlle Édile Riquer continuait ses débuts par le rôle d'Hen- 
riette, et MM. Samson, Régnier, Beauvallet, Geffroy et Mlle Judith. 
dans Amphitryon. L'administrateur général était alors M. Empis. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 165 

22 juillet, — Départ du bon cousin ; je l'accom- 
pagne par un beau soleil du matin, mourant d'envie 
de m'embarquer avec lui. Il est triste de me quitter. 

24 juillet. — Travaillé à la Médée (1). 
Je ne sors pas depuis le départ du cousin. Je défends 
ma porte et m'enterre dans ma solitude. 

28 juillet. — Repris le travail de l'église avec 
Andrieu. Il avait travaillé jusqu'au 17 pour compléter 
le mois, lorsque j'étais parti pour Champrosay vers 
le 2 ou 3. 

7 août. — Je ne vais pas à Saint-Sulpice, devant 
aller au Val (2) pour la première fois. J'y trouve 
Ghaix (3) et Jalabert (4), avec lesquels je reviens le 
soir. J'avais promis un peu à regret à Mme Fould de 
revenir samedi. 

8 août. — Les plus beaux ouvrages des arts sont 
ceux qui expriment la pure fantaisie de l'artiste : de 
là l'infériorité de l'École française en sculpture et en 
peinture, qui fait toujours passer l'étude du modèle 

(1) Voir Catalogue Robaut, n» 1403. 

(2) Le Val Notre-Dame, ancienne abbaye, propriété de la famille 
Fould, située près d'Argenteuil. 

f3) Chaix-<V Est- Ange (1800-1876), avocat, ancien bâtonnier de Tordre, 
qui devint procureur général en 1857, puis sénateur, vice-président du 
conseil d'État. Grand amateur d'art, il réunit dans ses galeries un certain 
nombre d'oeuvres du plus haut mérite. 

(4) Jalabert, peintre, né en 1819, élève de Paul Delaroche. 



100 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

avant l'expression du sentiment qui domine le peintre 
ou le sculpteur. Les Français, à toutes les époques, 
sont toujours retombés avec des styles ou des engoue- 
ments d'école suffisants dans cette route, qui se croit 
la seule vraie et qui est la plus fausse de toutes. Leur 
amour de la raison en tout leur a fait... (1). 

9 août. — Après la matinée et travail à l'église, 
parti à cinq heures pour Saint-Germain pour aller au 
Val. Fait route avec M. de Romilly et sa machine de 
physique. Mme Fould était en avant avec Pastré. 
Remonté dans ma chambre vers dix heures, ce qui est 
l'habitude de la maison. Je ne me suis couché qu'à 
minuit ; je me suis promené dans ma chambre et le 
petit salon, admirant, mais sans envier le luxe du 
lieu. 

10 août. — Je passe la journée au Val. Je cause 
dans la bibliothèque avec Fould (2). Mme Fould me 
parle de sa maladie. 

Promenade avec elle et Romilly dans la forêt et en 
voiture. Il fait toujours une chaleur affreuse depuis 
plus de quinze jours. 

Lagnier vient dîner, il est inconsolable de vieillir. 
Le jeune Achille Fould (3) vient aussi et s'en retourne 
avec nous. 

(i) La suite manque dans le manuscrit. 

(2) M. Fould fut nommé, en 1857, membre de T Académie des Beaux- 
Arts. 

(3) Achille Fould, aujourd'hui député des Hautes-Pyrénées. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. IdX 

15 août. — J'attendais Louis Fould, qui n'est pas 
venu. J'ai travaillé au Bord de mer de Tanger, ne 
pouvant aller à l'église. Je me suis dispensé du Te 
Deum et du banquet municipal d'hier jeudi. 

Dîné avec Schwiter, rue Montorgueil; le pauvre 
garçon est tout plein de ses illustres connaissances : 
il pourra éprouver des déceptions de ce côté. Je 
l'aime beaucoup. 

18 août. — J'ai promis à Robert, de Sèvres, un 
tableau pour un de ses amis, pour le mois de janvier 
environ. 

25 août, — J'ai reçu la lettre où on me demande 
lettres et souvenirs... J'ai éprouvé de la tristesse de 
cet adieu anticipé. 

26 août. — Repris aujourd'hui le tableau de Jacob, 
à Saint-Sulpice (1). J'ai beaucoup fait dans la jour- 

(1) Les compositions de Saint-Sulpice étaient en train depuis six 
années ; car le 22 janvier iS50, Delacroix écrivait déjà à A>n praticien 
M. Lassalle-Bordes : «J'ai remis de jour en jour à répondre à votre 
« bonne lettre, dont je vous remercie bien, parce que j'étais précisément 
« en travail de me décider sur le sujet de mes peintures à Saint-Sulpice : 
« oui, mon cher ami, j'en suis encore là; cependant je suis à peu près 

■ fixé, comme vous allez voir. Voici d'abord ce qui m'est arrivé. La 
" chapelle éuit celle des fonts baptismaux, les sujets allaient d'eux- 

■ mêmes : baptême, péché originel, expiation. Je fais agréer mes sujeU 
« par le curé, et je compose mes tableaux. Au bout de trois mois, je 

■ reçois une lettre à la campagne, qui m'apprend que la chapelle des 

■ fonts baptismaux se trouve sous le porche de l'église, au lieu d'être 

■ dans celle que je devais peindre... La juste colère que j'en ai ressentie 

■ m'a cassé bras et jambes : j'avais beau faire, je ne pouvais m'occuper 



y^ 



i08 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

née : remonté le groupe entier, etc. L'ébauche était 
très bonne. 

27 août. — Je mène la vie d'un cénobite, et tous 
mes jours se ressemblent (1). Je travaille tous les 
jours à Saint-Sulpice, sauf les dimanches, et ne vois 
personne. 

7 septembre. — Je vois de ma fenêtre un parque- 
teur qui travaille nu, jusqu'à la ceinture, dans la 
galerie; je remarque, en comparant sa couleur à celle 
de la muraille extérieure, combien les demi-teintes 
de la chair sont colorées, en comparaison des matières 
inertes. J'ai observé la même chose avant-hier sur la 
place Saint-Sulpice, où un polisson était monté sur 
les statues de la fontaine au soleil : l'orangé mat dans 
les clairs, les violets les plus vifs pour le passage de 
l'ombre et des reflets dorés dans les ombres qui s'op- 
posaient au sol. L'orangé et le violet dominaient 
alternativement ou se mêlaient. Le ton doré tenait 
du vert. La chair n'a sa vraie couleur qu'en plein air 

« que de cela. Enfin, comme il faut que tout finisse, je crois que nous 
u consacrerons définitivement la chapelle aux Saints Anges. J'hésite 
« encore entre plusieurs, quoique je les aie à peu près tous composés. 
« Le plafond sera VAnge Michel terrassant le démon. » [Corresp.^ t. II, 
p. 34.) 

(i) Dans une lettre du -24 août 1857, adressée à Constant Dùtilleux, il 
parle de « son rude travail de Saint-Sulpice qu'il poursuivra encore tout 
le mois suivant » . Il ajoute : <« Ce travail, tant retardé et interrompu sans 
cesse, aurait pu être achevé dans cette campagne ; mais la clarté douteuse 
de la fin de l'automne me forcera à lâcher prise, mais avec la résolution 
d'achever au printemps. » (Corresp.y t. II, p. 147.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 169 

et surtout au soleil; qu'un homme mette la tête à la 
fenêtre, il est tout autre que dans l'intérieur ; de là 
la sottise des études d'atelier, qui s'appliquent à 
rendre cette couleur fausse. 

J'ai vu ce matin le chanteur à la fenêtre, en face 
de la maison, c'est ce qui m'a fait écrire ceci. 

Je renvoie à Passy ce qui m'avait été demandé. . . 

J'écris aussi au cousin à propos de la lettre de 
Saint-René Taillandier. 

25 septembre. — Dernier jour de mon travail à 
Saint-Sulpice. 

Je travaille comme les deux jours précédents aux 
Enfants (1). 

29 septembre, — Je rencontre ce soir dans ma pro- 
menade Godde (2) , qui me dit avoir vu dans des 
lettres de Latour (3) qu'il était l'homme le plus inha- 
bile de la main, et qu'il s'était donné son adresse à 
force de travail. Il m'en cite encore un autre. 

Jnte, 1" octobre. — Parti à sept heures pour 
Ante. Désappointement au chemin de fer. Le convoi 
n'arrête pas à Châlons. M. Blaize, des Vosges, que 

(i) Quatre, fresques en grisaille (écoinçons du plafond) pour la cha- 
pelle des Saints- Anges y à Saint-Sulpice. (Voir Catalogue Bobaut, n*^ 1342 
à 1345 j 

(2) Etienne- Hippolyte Godde (1781-1869), architecte en chef de la 
▼ille de Paris, qui s'occupa tout particulièrement de la restauration des 
édifices religieux et de l'agrandissement de l'Hôtel de ville. 

(3) Maurice Quentin de Latour, le fameux pastelliste du XVIIP siècle 



170 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

je rencontre à propos, me fait partir. A Ghâlons vers 
dix heures et demie. 

Promenades dans la ville : la cathédrale, pierres 
tumulaires ; Notre-Dame, passage du roman au 
gothique. 

J'attends jusqu'à deux heures passées pour partir. 
J'éprouve au commencement de la route de Sainte- 
Menehould combien le voyage en voiture favorise la 
rêverie, au contraire du chemin de fer. Bientôt l'in- 
sipidité de la route crayeuse et monotone l'emporte. 

Arrivé à Sainte-Menehould à six heures environ. 
Je trouve le cousin qui m'amène à Ante, où nous 
dînons gaiement. 

2 octobre. — Pluie affreuse jusqu'à près de deux 
heures; ma ressource est la promenade dans le jardin 
des fleurs. 

Le soir, dans les pierres du haut, le chien fait lever 
un lapin. 

3 octobre. — C'est ce jour que nous allons à la 
pêche. Pendant ce temps, le cousin Delacroix reste à 
chasser. 

Quand nous revenons du moulin, le bon juge de 
paix nous rejoint. — Joyeux dîner ensuite. 

5 octobre. — Le matin, dessiné des moutons : nous 
montons avec le troupeau. Sensation de plaisir venant 
du beau temps. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 171 

En rentrant, lu les traductions de Dante et autres. 
Je remarquais combien notre langue pratique se plie^ 
difficilement à la traduction des poètes tout à fait 
naïfs comme Dante. La nécessité de la rime ou de 
sauver la vulgarité d'un mot force à des circonlo- 
cutions qui énervent le sens, et cependant nous lisions 
la veille des fables de La Fontaine, aussi naïf, plus 
orné, qui dit tout sans ornements parasites et sans 
périphrases. 

11 ne faut dire que ce qui est à dire : voilà la qua- 
lité qu'il faut réunir à l'élégance. Les Deschamps (1) 
et autres modernes, qui ont senti, comme je le fais, 
combien est fade cette poésie, qui a des formules 
toutes prêtes et qui est celle du dix-huitième siècle, 
ont des passages où le sentiment de l'original se 
retrouve : mais tout cela est aussi barbare que le 
serait une langue étrangère; en un mot, ce n'est pas 
traduit en français, et l'élégance est absente. Dans 
Horace, que nous lisions ensuite, même élégance, 
mais aussi même force : il n'y a pas de vrai poète 
sans cela. 

— Le soir à table : nous dînons tard. Une nuée de 
cousins est arrivée à la grande et légitime humeur du 
cousin. Nous achevions en paix de dîner; il a fallu 
réchauffer les plats, se serrer et assister, l'arme au 
bras, et sans lâcher pied, à l'assaut que la troupe a 
livré à la victuaiUe. 

(1) Emile Deschamps et son frère Antony ont traduit en vers vingt 
chants de la Divine Comédie, 



ITÎ JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

J'ai été me promener à la clarté des étoiles qui 
brillaient admirablement. 



6 octobre. — Je m'échappe le matin, et pendant ce 
temps les nouveaux arrivés se mettent à table pour 
déjeuner. 

J'avais été sur la hauteur revoir la vue de la mai- 
son du cousin. 

Conversation, promenade sous les noisetiers et dîné 
à une heure; reste de la journée assez insipide, à 
cause du dîner de bonne heure. J'avais dessiné le 
matin une vue très étendue, vers la droite , marquée 
au 6 octobre dans l'album. C'est ce qui m'avait mis en 
retard. 

Après déjeuner, esquivé la première partie de la 
promenade et acheminé par le jardin, à moitié che- 
min du même endroit. 

Le matin et dans ce moment, éprouvé les plus- 
douces sensations à la vue de cette nature. 

Le soir, nous nous réfugions dans la salle de 
billard, éclairée avec des bougies placées de çà et de 
là; le bischoff et la partie nous conduisent jusqu'à 
onze heures. 

7 octobre. — Je sors encore le matin par le jar- 
din dans les coteaux et le petit bois. Dessiné les 
soleils. 

8 octobre. — Nous partons à sept heures pour 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 173 

Givry(l). Beau soleil; je fais un dernier croquis du 
terrain qui monte, de la fenêtre au nord. 

Vu La Neuville-au-Bois, pays de La Valette. Vu, 
j'allais dire revu, Givry ! 

Ce lieu, que je ne connaissais que par les récits de 
tous ceux que j.'ai aimés, a réveillé leur souvenir avec 
une douce émotion. J'ai vu la maison paternelle (2) 
comme elle est, mais, à ce que je suppose, sans beau- 
coup de changement; la pierre de ma grand'mère 
est encore à l'angle du cimetière, que Ton va expro- 
prier, comme on fait de tout. Cette cendre n'aura qu'à 
déménager, comme les marchands qu'on envoie tenir 
boutique ailleurs. 

Je vois, en arrivant, un vieux Delacroix, en blouse, 
ancien officier qui, à mon nom, me presse à plusieurs 
reprises les mains, presque les larmes aux yeux. 

Je suis dans une mauvaise disposition de santé, et 
j'assiste au déjeuner du bon juge de paix sans presque 
toucher à rien. 

L'étang de Givry, etc. ; — la halle, etc. 

Nous repartons vers dix heures et demie avec le 
juge de paix; nous traversons une partie de forêt. 

Vu Le Chatelher, origine des Berryer : c'est là 
qu'étaient les Vauréal. On me conte leur histoire. 

Arrivé à Revigny et parti vers deux heures, seul 
une grande partie de la route. J'ai beaucoup joui de 
ce voyage par le beau temps. 

(1) Givry en Argonne. 

(2) Le père de Delacroix était né à Givry, le 15 avril 1741 . 



m JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Je couche pour la première fois dans mon appar- 
tement du premier. 

Paris, 9 octobre. — Fait de souvenir deux vues à 
rhuile de chez le cousin. J'apprends le soir, par Bois- 
sard, la mort de ce pauvre Ghassériau. 

10 octobre. — Convoi du pauvre Ghassériau (1). J'y 
trouve Dauzats, Diaz et le jeune Moreau (2) le peintre. 
Il me plaît assez. Je rentre de Téghsc avec Emile 
Lassalle (3). 

Augerville, 11 octobre, — Parti à sept heures pour 
Fontainebleau et arrivé à Augerville vers une heure 
par un beau temps : première partie du voyage 
agréable à traverser la forêt. 

Je trouve à Augerville Batta, Cadillan, Richomme 
et la bru de Berryer : il va demain et après-demain 
à Paris. 

12 octobre. — Il faut le complément du souvenir 



(1) Théodore Ghassériau (1819-1856) avait été un des admirateurs 
et un des imitateurs de Delacroix, bien qu'avec le temps il fût arrivé 
à dégager sa personnalité. « Il avait pour amis, écrit Gh. Blanc, la plu- 
« part des écrivains romantiques, tels que M. Th. Gautier, qui lui 
« soufflaient l'audace, lui conseillaient la fièvre , lui recommandaient 
« Rubens, Véronèse, Delacroix et le soleil. » 

(2) Il s'agit ici de M. Gustave Moreau, aujourd'hui membre de l'Aca- 
démie des Beaux-Arts. 

(3) Emile Lassalle, né en 1813, mort en 1871, lithographe, a repro- 
duit notamment le Dante et Virgile et la Médée de Delacroix. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 1T5 

pour que la jouissance soit parfaite, et malheureuse- 
ment on ne peut à la fois jouir et se souvenir de la 
jouissance. C'est Fidéal ajouté au réel. La mémoire 
dégage le moment délicieux ou fait Tillusion néces- 
saire. 

13 octobre. — En présence de ce bois, le cri d'une 
grive éveille en moi le souvenir de moments ana- 
logues et dont le souvenir me plaît plus que le 
moment présent. 

Le contentement de soi est le plus grand des conten- 
tements, et, dans un sens qui n'est pas si détourné 
qu'il peut le paraître, on veut être content de l'opi- 
nion que les autres ont de vous. Seulement les uns 
puisent ce sentiment dans la vertu, les autres dans les 
avantages extérieurs qui attirent les yeux de l'envie. 

J'admire cette multitude de petites toiles d'arai- 
gnée que le brouillard du matin fait découvrir à 
l'œil en les chargeant d'humidité. Quelle quantité de 
mouches ou d'insectes doivent se prendre dans ces 
filets pour nourrir les tissandières, et quelle multi- 
tude de ces dernières offertes à l'appétit des oi- 
seaux, etc.! 

15 octobre. — Je rencontre une limace exactement 
mouchetée comme une panthère : anneaux larges sur 
le dos et sur les flancs, devenant des taches et des 
points à la tête, près du ventre qui est clair comme 
dans les quadrupèdes. 



1T6 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

17 octobre. — Je lis dans la Grèce (1), d' About : « On 
peut dire que le peuple grec n'a aucun penchant pour 
aucune sorte de débauche, et qu'il use de tous les 
plaisirs avec une égale sobriété. Il est sans passion, 
et je crois que de tout temps il a été de même, caries 
habitudes monstrueuses dont l'histoire l'accuse, etc. » 

Il prétend aussi qu'il n'est pas né pour l'agricul- 
ture, et je crains qu'il n'ait raison. « L'agriculture 
réclame plus de patience, plus de persévérance, plus 
d'esprit de suite, que les Hellènes n'en ont jamais 
eu, etc. » 

18 octobre. — Promenade, avant dîner, avec 
Richomme et Batta, dans le petit chemin boisé, au 
bas des rochers que j'ai dessinés, il y a deux ans, et 
revenu par le moulin Baudon. Charmants paysages 
et effets de soir. 

19 octobre. — Promenade avec Berryer et CadiUan 
dans la campagne; plaine du haut. Vu les murs 
extérieurs du parc. 

Cette campagne, toute plate et sans routes sablées, 
m'a fait un effet charmant. Le bon CadiUan éprou- 
vait la même chose : il semblait que nous respirions 
plus librement. 

Berryer me contait le soir que Pariset (2) lui disait 

(1) La Grèce contemporaine, qui venait de paraître. 

(2) Etienne Pariset (1770-1847), médecin, connu surtout par ses 
recherches sur les maladies épidémiques. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 177 

que chaque découverte un peu importante qu'il sem- 
blait que l'on fit en médecine, ne faisait que lui expli- 
quer ou même lui faire comprendre un trait d'Hip- 
pocrate encore obscur. 

Totis les soirs, pendant que ces messieurs font leur 
partie interminable de billard, je me promène devant 
le château. J'ai eu au commencement de la semaine 
des clairs de lune délicieux. Nous avons eu une éclipse 
presque totale qui a donné à la lune cette couleur 
sanglante qu'on voit racontée dans les poètes et que 
Berryer me disait ne pas connaître : il en est de cela 
comme de Pariset avec Hippocrate. Les grands 
hommes voient ce que le vulgaire ne voit point : c'est 
pour cela qu'ils sont des grands hommes; ce qu'ils 
ont découvert et souvent crié sur les toits, est négligé 
ou incompris de ceux à qui ils s'adressent. Le temps, 
mais plus souvent un autre homme de leur trempe, 
retrouve le phénomène et le montre à la foule à la fin. 

Je voudrais me rappeler si Virgile, dans la descrip- 
tion de la tempête, fait tourner le ciel sur la 
tête de ses matelots , comme je l'ai vu en allant à 
Tanger, dans ce coup de vent où le ciel, pendant la 
nuit, était sans nuages et où il semblait, à cause des 
mouvements du navire, que la lune et les étoiles 
fassent dans un continuel et immense mouvement. 

Champrosay, 21 octobre. — Parti d'Augerville avec 
Berryer et Gadillan. Temps magnifique. 
J'éprouve toujours cet appétit de la nature, cette 
m. 12 



178 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

fraîcheur d'impression qui n'est ordinaire que dans 
la jeunesse. Je crois que la plupart des hommes ne 
les connaissent pas. Ils disent : Voilà du beau temps, 
voilà de grands arbres; mais tout cela ne les pénètre 
pas d'un contentement particulier, ravissant, qui est 
une poésie en action. 

D'Étampes à Juvisy, je voyage avec eux; il se 
trouve dans le même wagon cette personne si belle, 
d'une beauté étrange et faite pour la peinture. Elle 
frappe même mes voisins, dont l'un, grand esprit sous 
bien des rapports, est Français sous le rapport des 
sentiments que j'exprimais là-haut. J'ai fait le lende- 
main des croquis de souvenir, de cette hèUe créature. 

Arrivé à Champrosay vers deux heures, Jenny 
n'avait pas reçu la lettre par laquelle je la prévenais 
de mon arrivée. 

Le général (1) vient m'inviter pour dîner le lende- 
main avec Pélissier (2). Je refuse aujourd'hui l'invita- 
tion de Mme Barbier. 

Le dîner que je fais et la sottise de me coucher 
presque aussitôt après m'ont rendu malade deux 
jours. 

22 octobre. — Mal disposé et souffrant toute la 
journée, je me traîne chez Parchapp'e et j'assiste à 
son dîner auquel manquait Péhssier, ne touchant 
qu'à un peu de rôti, etc. 

(i) Le général Parchappe. 

(î) Le maréchal Pélissier, duc de Malakoff* 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 179 

23 octobre. — Toute la journée du malaise; je tra- 
vaille pourtant à V Arabe qui porte la selle à son 
cheval (1). 

Vers trois heures , promenade dans la forêt avec 
ma pauvre Jenny, qui est tout heureuse. 

En rentrant, pris de mal de tête violent et d'in- 
disposition. Je me couche sans dîner. 

Mérimée dînait chez Barbier. Je n'ai pu y aller, 
quoique je voulusse le consulter sur l'étiquette des 
réceptions de Fontainebleau. 

24 octobre. — Meilleure disposition. Je déjeune un 
peu. Petite promenade en pantoufles vers la fontaine 
de Bayvet, et petit dîner qui me réussit. 

1*' novembre. — Café à la mode d'Athènes d'après 
le livre d'About : w On grille le grain sans le brûler; 
on le réduit en poudre impalpable, soit dans un mor- 
tier, soit dans un moulin très serré. On met l'eau 
sur le feu jusqu'à ce qu'elle soit en ébuUition; on la 
retire pour y jeter une cuillerée de café et une cuille- 
rée de sucre en poudre par chaque tasse que l'on veut 
faire, etc. Ainsi préparé, le café peut se prendre 
sans inconvénient dix fois par jour : on ne boirait pas 
impunément tous les jours cinq tasses de café fran- 
çais. C'est que le café des Turcs et des Grecs est un 
tonique rfe/aje, et le nôtre est un tonique concentré. » 

— Ce matin, Haro est venu me voir à Champrosay : 

(1) Voir Catalogue Robaut, n« 131T. 



180 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

je l'ai revu avec plaisir. Il a déjeuné avec moi, et nous 
avons beaucoup causé. 

— Dîné chez Barbier. Rodakowski m'apprend le 
retour delà princesse. 

— Dans la journée, longue promenade dans la forêt 
avec Jenny. Revu nos anciennes promenades. Vu 
Mainville : ce qui était alors de petits taillis sont des 
bois épais. Le beau temps vraiment étonnant qui 
éclaire tout cela depuis très longtemps ajoute un 
agrément infini. 

3 novembre. — Revenu de Champrosay. Trouvé à 
l'embarcadère M. Talabot(l), revenu avec sa femme 
et Rodakowski chez Mérimée. Passé chez Dela- 
roche avant de rentrer. 

4 novembre, — Recommandé le neveu de Mont- 
fort (2) pour une demi-bourse vacante à Chaptal. 

6 novembre, — Enterrement du pauvre Delaro- 
che (3). Je suis resté une heure à la porte de l'église 
par une gelée intense, et j'ai dû enfin me sauver avant 
la fin, tant le froid m'avait pénétré. 

(1) Paulin Talabot (1799-1885), ingénieur, directeur général des che- 
mins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, député sous l'Empire. 

(2) Antoine-Alphonse Montforl^ peintre, élève de Gros et d'Horace 
Vemet, né à Paris en 1802, contemporain et sans doute ami de Dela- 
croix. Il a passé sa vie à peindre des sujets de Syrie, d'Arabie, de Pales- 
tine, etc. 

(3) Paul Delaroche, dont la tante était altérée depuis quelque tempSf 
mourut presque subitement le 4 novembre 1856. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 181 

Le matin, enterrement aussi triste : celui de Tattet; 
j'ai revu ce salon où nous avons passé des moments 
gais et agréables chez la bonne Marlière. 

Dumas fils et Penguilly (1) me parlaient des effets 
delà digestion dans plusieurs cas : un nommé Rongé, 
athlète de son métier, ne mangeait rien avant de 
lutter : il avait alors toute sa force. Penguilly nous 
disait que l'étape du matin était excellente et se faisait 
gaiement, quand les soldats sont en marche. Le 
matin, ils partent à jeun. Après le déjeuner, elle se 
fait péniblement. 

10 novembre. — Dîner du lundi. Panseron nous dit 
qu'après un travail de onze mois très assidu, il deman- 
dait à Auber un congé (2) , se fondant sur "cette assi- 
duité pendant tout ce temps. Auber lui dit : « Mon- 
sieur, quand on a beaucoup travaillé pendant onze 
mois, il faut encore travailler pendant le douzième 
pour ne pas se rouiller et se tenir en haleine. » 

Le soir, vu About (3) chez Mme Gavé. 

15 novembre, — Dîné chez Perrier avec Hàlévy, 
Auber, Clapisson (4) très aimable et très prévenant. 

(1) Penguilly VHaridon, (Voir t. I, p. 271.) 

(2) Panseron (1795-1859) était professeur de chant au Conservatoire, 
dont Auber était alors le directeur. 

(3) Edmond About (1828-1885) était encore au début de sa carrière. 
Indépendamment de la Grèce contemporaine et du Rot des montagnes 
(1856), il avait publié en 1855 un Voyage à travers l'Exposition des 
Beaux-ilrt^ (peinture et sculpture). 

(4) Louis Clapisson (1808-1866), compositeur^ auteur de nombreux 
opéras-comiques. 



182 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

20 novembre. — Au Barbier, avec le billet d'Alber- 
the, et plaisir bien plus vif que je ne m'y attendais. 

21 novembre. — Je vais chez Rossini, j'y trouve 
Danton (1) et Thierry (2). — Le matin au conseil. 
Dans la journée chez Ghabrier qui est malade, Saint- 
René Taillandier, Berryer que je ne trouve pas. 

22 novembre. — Thierry vient me trouver à table 
pour parler de l'Institut (3). 

23 novembre. — Je vais à Saint- Germain diner 
chez la bonne Alberthe; j'y trouve Saint-Germain. Il 
faudra l'avoir avec elle et Mareste. Je trouve Hédouin 
en venant. 

24 novembre. — Je pourrais mettre au Salon : 
le Petit paysage avec Grecs (4), le Christ (5) de Troyon, 
le Paysage que j'ai donné à Piron et YOvide de 
M.Fould(6). 

(i) Joseph' Arsène Danton (1814-1866), littérateur, alors membre du 
Conseil supérieur de l'Instruction publique. 

(2) Edouard Thierry était à cette époque chargé du feuilleton littéraire 
au Moniteur universel, 

(â) \\ s'agissait du fauteuil devenu vacant par suite de la mort de 
Paul Delaroche. Delacroix fut élu membre de l'Académie des Beaux- 
Arts le 11 janvier suivant (1857). 

(4) Voir Catalogue Robaut, n» 1389, 

(5) C'est le tableau du Christ sur le lac de Génézareth. « Ce tableau, dit 
tt le Catalogue Bobaut{n? 1214), est le premier de la série. Il figure à Tex- 
« position Durand-Ruel en 1878. C'est celui que le peintre Troyon avait 
« acheté à la montre du marchand Beugniet, et que Mme Troyon mère 
« donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M. Frémyn. • 

(6) Voir Catalogue Rohaut^ n» 1376. 



Fac-similé d'une lettre 
tEugène Delacroix à Ingres, 



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JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 183 

Je vais à Touverture du conseil général. 

De là, je retourne chez moi attendre Bornot qui 
vient me prendre à trois heures pour le mariage de 
ses filles (1). 

Le soir, en me promenant, je me figure que je 
pourrai reprendre les articles sur le Beau; il y a 
plusieurs divisions à faire 

25 novembre. — Mariage des filles de Bornot : à 
diner, près de M. Barthe (2), il me recommande à la 
Bibliothèque un très beau manuscrit des heures 
d'Anne de Bretagne. 

P' décembre. — Boulangé, venu le matin, me donne 
la manière de fixer la détrempe pour repeindre à 
rhuile, ayant le ton frais de dessous : 

Peindre la détrempe avec de la coDe coupée : 
6 parties d'eau, une partie de colle. Passer ensuite 
de Tamidon bien passé et bien battu; passer lentement 
avec une brosse large. Pour peindre à la détrempe 
une toile à l'huile et par conséquent pour retoucher 
un tableau à l'huile, mêler à la détrempe de la bière 
qu'on rend plus forte en la faisant recuire. 

Le vernis Sœhnée bon pour vernir la détrempe. 

• 
7 décembre. — Se rappeler le magnifique sujet 

(1) Voir, sur la famille Bornot, t. I, p. 403, en note. 

(2) Félix Barthe (1795-1863), magistrat, qui fut ministre de l'instruc- 
tion publique et de la justice sous la monarchie de Juillet et sénateur 
tons rjSmpire 



18* JOURNAL D'EUGENE DELACROIX, 

mentionné ailleurs, de Noé sacrifiant, avec sa famille, 
après le déluge ; ... les animaux se répandent sur la 
terre;... les oiseaux dans les airs, les monstres con- 
damnés par la sagesse divine gisant à moitié enfouis 
dans la vase. Les branches des arbres distillent encore 
les eaux et se redressent vers le ciel. 

Ce jour, posé une heure et demie chez Mme Herbe- 
lin (1) : Mme Villot y était. Je vais, en sortant de là, 
voir M. Mesnard, au Luxembourg. M. Mesnard me 
dit qu'il croit que le travail que Tceil et le cerveau 
font sur la couleur, contribue beaucoup à la fatigue 
que cause la peinture : le fait est qu'il me faut une 
disposition de santé complètement bonne pour ti^a- 
vailler à la peinture. Pour écrire, ce n'est pas aussi 
nécessaire : les idées peuvent me venir, quand je suis 
souffrant et que je tiens la plume. A mon chevalet 
et le pinceau à la main, ce n'est pas de même. 

8 décembre. — Dîné à l'Hôtel de ville pour la clô- 
ture du conseil général. Revenu, bien malgré moi, 
avec B..., qui ne veut pas me lâcher, etc. 

9 décembre. — Mauvaise disposition et pourtant 
quelque bon travail sur le Saint Jean-Baptiste (2) 
que je destine à Robert, de Sèvres,; 

(1) Mme Herbelin fit en effet le portrait de Delacroix. C'était une mi- 
niature sur ivoire qui figura au Salon de 1857. (V. Cat, Robaut, p. liv, n^SS.) 

(2) Voir Catalogue Robaut, n" 858 et 904. L'œuvre est ainsi décrite : 
« La scène s'encadre dans l'architecture sévère d'une prison, percée au 
■ fond d'un soupirail cintré, garni de barreaux, oii apparaissent des 
« têtes de curieux, w 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 185 

Je fais une longue promenade de quatre à six heures : 
Paris me paraît charmant. De la place Louis XV je 
traverse les Tuileries pour rentrer par la rue de la 
Paix; ce beau jardin est tout à fait abandonné : que 
de souvenirs il me rappelle de ma jeunesse ! 

Le soir, chez Thiers, il n'y avait que Roger (1). Je 
vois le portrait de Delaroche, faible ouvrage, sans 
caractère et sans exécution. On peut dire des choses 
fermes, raisonnables, intéressantes même, et l'on n'a 
pas fait cependant de la littérature ;... en peinture 
de même. Ce portrait flamand, en pied, d'un homme 
en noir, qu'il me montre, est admirable et plaira tou- 
jours, et cela par Y exécution, 

12 décembre. — Dîné chez Mme d'Annibeau : 
Gisors, Halévy, Perrier, Frémy (2), etc., etc. 

Le soir, à T Opéra-Comique, voir Y Avocat Pathe- 
lin {3). 

Causé avec Rouland, qui est très bon et très 
simple (4). 

(1) San» doute le comte Roger du Nord (1802-1881^ ancien député 
sous la monarchie de Juillet, et grand ami de M. Thiers. 

(2) Louis Frémy (1807-1891), administrateur et homme politique, 
ancien conseiller d'État, alors gouverneur du Crédit foncier. 

(3) Maître Pathelin, opéra-comique, dont la musique est de François 
Bazin et les paroles de de Leuven et Ferdinand Lenglé. Les auteurs 
ont résumé en un acte les principaux épisodes de la vieille Farce de 
maistre Pathelin. Cette œuvre fut représentée le 12 décembre 1856 à 
rOpéra-Comique . 

(4) Gustave Rouland (1806-1878), magistrat et homme politique, 
occupait alors le poste de procureur général près la Cour d'appel de 
Paris. Il devint, en 1859, ministre de l'instruction publique, puis, 
en 1864, gouverneur de la Banque de France. 



186 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Mozart écrit quelque part, dans une lettre, à pro- 
pos de ce principe que la musique peut exprimer 
toutes les passions, toutes les douleurs, toutes les 
souffrances : « Néanmoins, dit-il, les passions, vio- 
lentes ou non, ne doivent jamais être exprimées jus- 
qu'au dégoût, et la musique, même dans les situa- 
tions les plus horribles, ne doit pas affecter ioreille, 
mais la flatter et la charmer, et par conséquent 
rester toujours musique. » 

U décembre. — Chez Billault (1). Vu là Mlle Gé- 
rard, peintre, élève de Delaroche, qui m'a fait de son 
maître un triste portrait, qui confirme bien F opi- 
nion que j'en ai toujours eue. Les Bornot y étaient. 
Vielliard venu dans la journée. 

16 décembre, — ChezFrémy : Gisors, Halévy, les 
mêmes personnes à peu près que chez d'Ânnibeau; 
Boulatignier (2) y était. 

Je m'enrhume dans la journée de la manière la 
plus sotte. 

Je me suis fait rouler dans une grande voiture chez 
Mme de Forget, pour voir son plafond (3), chez An- 

(1) Billault (1805-1863), homme politique et jurisconsulte, était à 
cette époque ministre de l'Intérieur. 

(2) Joseph Boulatignier^ né en 1805, homme politique et administra- 
teur, conseiller d'État, était membre de la commission municipale de 
Paris. 

(3) Ce plafond, un ciel léger avec petits nuages, était exécuté dans la 
chambre à coucher de Mme la baronne de Forget par Boulangé, élève de 
Delacroix. (Voir Corresp,, t. II, p. 148 et 149.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 187 

drieu, puis chez Galimard (1), qui m'a surpris et 
causé du dégoût, par la quantité de petites machines 
qu'on fait jouer, pour faire manquer mon élection. 

22 décembre. — François I" et Mlle de Saint-- 
Fallier. 

— Roméo et Juliette : la Scène des musiciens, du 
père et de la fille sur le lit, qu'on croit morte. 

— Samson et Datila. 

— Les hommes et Noé sacrifiant après le déluge. 

29 décembre. — Voltaire invité, dans une réunion 
d'amis, à raconter une histoire de voleur, dit : 
«Messieurs, il était une fois un fermier général... 
Ma foi, j'ai oublié le reste. » 

Il avait un fonds de philosophie et de détache- 
ment, et ce n'est pas de cela qu'il faudrait le blâmer. 

31 décembre. — L'article sur Charlet (2). Il y a des 
talents qui viennent au monde tout prêts et armés 
de toutes pièces... Il a dû avoir dès le commencement 
cette espèce de plaisir que les hommes les plus expé- 
rimentés trouvent dans le travail, à savoir une sorte 

(1) Galimard (1813-1880), peintre, qui sous divers pseudonymes a 
écrit des comptes rendus de Salons dans la Patrie, V Artiste et la Revue 
des Beaux-Arts. 

(2) Sous ce titre : Charlet, sa vie, ses lettres, le colonel de La 
Combe fit paraître en 1856 un livre qui est un pieux monument élevé 
à la mémoire de Charlet. C'est sans doute la lecture de ce livre qui a 
inspiré à Delacroix les réflexions qu'il consigne ici* 

Plus tard, en 1862, Delacroix consacrera à Charlet et à son œuvre un 
très important article dans la Revue des Deux Mondes 



188 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

de maîtrise, d'assurance de la main, concordant avec 
la netteté de la conception. Bonington a eu cela 
aussi : cette main était si habile qu'elle devançait la 
pensée; ses remaniements ne venaient que de cette 
facilité si grande, que tout ce qu'il posait sur la toile 
était charmant ; seulement chacun de ces détails ne 
se coordonnant pas souvent, des tâtonnements pour 
retrouver l'ensemble lui faisaient quelquefois aban- 
donner ses ouvrages commencés. Il faut remarquer 
aussi que, dans cette espèce d'improvisation, il entrait 
un terme de plus que dans celle de Charlet, à savoir 
la couleur. 



1857 



l" janvier (1). — Poussin définit le beau (2) la délec- 
talion. Après avoir examiné toutes les pédantesques 
définitions modernes, telles que la splendeur du vrai 
ou que le beau est la régularité, qu'il est ce qui res- 
semble le plus à Raphaël ou à Tantique, et autres 
sottises, j'avais trouvé en moi sans beaucoup de peine 
la définition que je trouve dans Voltaire, article Aris- 
tote, Poétique, dix Dictionnaire philosophique, qaanà 
il cite la sotte réflexion de Pascal, qui dit qu'on ne dit 
pas beauté géométrique ou beauté médicinale, et qu'on 
dit à tort beauté poétique, parce qu'on connaît l'objet 
de la géométrie et de la médecine, mais qu'on ne sait 
pas ce que c'est que le modèle naturel qu'il faut imiter 
pour trouver cet agrément qui est l'objet de la poésie. 
A cela Voltaire répond : « On sent assez combien ce 
morceau de Pascal est pitoyable. On sait bien qu'il 

(i) Nous donnons ci-contre le fac-similé d'une lettre adressée à cette 
date par Delacroix à Ingres, à propos de sa candidature à l'Académie 
des Beaux-Arts et dont nous devons la communication à l'obligeance de 
M. Ghéramy. 

(2) Sur la question du Beau et la conception de Delacroix touchant ce 
point, yoir notre Étude, à la page xxviii, ainsi que l'appréciation dp 
M. Paul Mantz que nous avons rapportée dans l'annotation. 



i 



190 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

n'y a rien de beau dans une médecine, ni dans les 
propriétés d'un triangle, et que nous n'appelons beau 
que ce qui cause à notre âme et à nos sens du plaisir 
et de l'admiration. » 

Sur le Titien (1). — On fait l'éloge d'un contem- 
porain dont la place n'est pas marquée encore; ce 
sont même souvent les moins dignes d'être loués qui 
sont l'objet des éloges. Mais l'éloge du Titien!... 
On me dira que je rappelle ce jurisconsulte dévot 
qui avait fait le Mémoire en faveur de Dieu 

Il se passe de mes éloges (2)... sa grande ombre... 

Il semble effectivement que ces hommes du seizième 
siècle ont laissé peu de chose à faire : ils ont par- 
couru le chemin les premiers et semblent avoir tou- 



(1) Tout ce passage sur le Titien a une très grande importance pour 
quiconque veut suivre, en l'approfondissant, le développement esthétique 
de Delacroix. Il présente un double intérêt, tantaupoint de vue du juge- 
ment en lui-même, qui précise le dernier état de son opinion sur le 
maître vénitien, qu'au point de vue du contraste de cette opinion avec 
celles qu'il avait précédemment émises. Il n*est point d'artiste en effet 
sur le compte duquel il ait autant varié que Titien. On se rappelle cer- 
tains passages, notamment une page sur V Ensevelissement, a. laquelle 
nous n'avons voulu croire qu'après l'avoir collationnée minutieusement 
sur les manuscrits originaux. Tout ce début de l'année 1857 est donc une 
véritable réparation à la mémoire du grand Vénitien. 

(2) La disposition de ce passage, la concision avec laquelle les idées 
sont jetées, sans souci de forme définitive ni de phrases terminées, 
marque suffisamment l'intention qu'avait Delacroix de revenir sur ce 
sujet et de le traiter avec les développements qu*il comporte. Il indique à 
la hâte, se réservant d'y insister, les principaux points de vue auxquels 
on pouvait les reprendre. Il n'est pas jusqu'à cet essai de Dictionnaire 
des Beaux- Arts auquel nous allons arriver et qui constitue l'intérêt capi- 
taL de cette publication, qui ne nous apparaisse comme un canevas, 
comme une brève esquisse destinée à se transformer en études suivies. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX* 191 

ché la borne dans tous les genres ; et pourtant dans 
le chemin de ces gens, on a vu des talents montrant 
quelque nouveauté. Ces talents, venus dans des 
époques de moins en moins favorables aux grandes 
tentatives, à la hardiesse, à la nouveauté, à la naïveté, 
ont rencontré des bonnes fortunes, si l'on veut, qui 
n ont pas laissé de plaire à leur siècle moins favo- 
risé, mais avide également de jouissances. 

Dans cette heptarchie ou gouvernement de sept, 
le sceptre, le gouvernement se partage avec une cer- 
taine égalité, sauf le seul Titien qui, bien que faisant 
partie, etc., ne ferait qu'une manière de vice-roi 
dans ce gouvernement du beau domaine de la pein- 
ture. On peut le regarder comme le créateur du 
paysage. Il y a introduit cette largeur qu'il a mise 
dans le rendu des figures et des draperies. 

On est confondu de la force, de la fécondité, de cette 
universalité (1) de ces hommes du seizième siècle. Nos 
petits tableaux misérables faits pour nos misérables 
habitations, ... La disparition de ces Mécènes dont les 
palais étaient pendant une suite de générations l'asile 



(1) Personne mieux que Taine n'a compris l'universalité de génie de 
cet hommes du seizième siècle. Dans son Voyage en Italie, et à propos 
des mêmes Vénitiens qu'il avait, lui le premier de tous les critiques fran- 
çais, su percer à jour, il écrit : « Partout les grands artistes sont les héros 
■et les interprètes de leur peuple, Jordaëns, Crayer, Rubens en Flandre, 
« Titien, Tintoret, Véronèse à Venise. Leur instinct et leur intuition les 
«font naturalistes, psychologues, historiens, philosophes : ils repoussent 
« l'idée qui constitue leur race et leur âge, et la sympathie universelle et 
■ involontaire qui fait leur génie rassemble et organise en leur esprit, 

• avec les proportions véritables, les éléments infinis et entre-croisés du 

• monde où ils sont compris. » 



19« JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

des beaux ouvrages, qui étaient dans les familles 
comme des titres de noblesse... Ces corporations de 
marchands commandaient des travaux qui effraye- 
raient les souverains de nos jours et des artistes de 
taille à accomplir toutes les tâches... Déjà moins 
de cent ans après, le Poussin ne fait que de petits 
tableaux. 

U faut renoncer à imaginer même ce que devaient 
être des Titien dans leur nouveauté et leur fraî- 
cheur (1). Nous voyons ces admirables ouvrages 
après trois cents ans de vernis, d'accidents, de répa- 
rations pires que leurs malheurs... 

4 janvier. — Les Cyclopes préparant l'apparte- 
ment de Psyché. (Contrastes, Vénus ou Psyché est 
là, etc.) 

On ne peut nier que dans le Raphaël Télégance ne 
l'emporte sur le naturel, et que cette élégance ne 
dégénère souvent en manière. Je sais bien qu'U y a 
le charme, le je ne sais quoi. (C'est comme dans 
Rossini : Expression, mais surtout élégance.) 

Si l*on vivait cent vingt ans y on préférerait 
Titien à tout. Ce n'est pas l'homme des jeunes gens. 



(1) Se rappeler que dans un autre passage du Journal, directement 
opposé à l'opinion de ceux qui considèrent comme un bienfait la patine 
du temps, Delacroix déclare que les maîtres ne reconnaîtraient point 
leurs chefs-d'œuvre dans les croûtes enfumées que nous voyons aujour- 
d'hui. Ceci s'accorde parfaitement d'ailleurs avec les doléances qu'il 
répétait souvent, au dire de ceux qui l'ont connu, sur \di fragilité de h 
peinture. 



J 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 193 

Il est le moins maniéré et par conséquent le plus 
varié des peintres. Les talents maniérés n'ont qu'une 
pente, qu'ime habitude; ils suivent l'impulsion de 
la main bien plus qu'ils ne la dirigent. Le talent 
le moins maniéré doit être le plus varié : il obéit 
à chaque instant à une émotion vraie, il faut qu'il 
rende cette émotion; la parure, une vaine montre de 
sa facilité ou de son adresse ne l'occupent point ; il 
méprise au contraire tout ce qui ne le conduit pas à 
une plus vive expression de sa pensée : c'est celui qui 
dissimule le plus l'exécution ou qui a l'air d'y prendre 
le moins garde. 

Sur le Titien, Raphaël et Corrège, voir Mengs (1)... 
11 y a un travail à faire là-dessus. 

Il y a des gens qui ont naturellement du goût, mais 
chez ceux-là même il s'augmente avec l'âge fet s'épure. 
Le jeune homme est pour le bizarre, pour le forcé, 
pour l'ampoulé. N'aUez pas appeler /roiV/ewr ce que 
j'appelle goût. Ce goût que j'entends est une lucidité 
de l'esprit qui sépare à l'instant ce qui est digne 
d'admiration de ce qui n'est que faux brillant. En un 
mot, c'est la maturité de l'esprit. 

Chez Titien commence cette largeur défaire qui ^^v 
tranche avec la sécheresse de ses devanciers et qui 
est la perfection de la peinture. Les peintres qui 

(1) Raphaël Mengs (1728-1779), peintre allemand, auteur d'un grand 
nombre d'œuvres importantes en Italie et en Espagne. \\ a laissé plu- 
sieurs écrits sur les arts, recueillis et publiés en 1780 à Parme, sous 
le titre d'0;7ere di Antonio Baf facile Mengs , et qui ont été depuis traduits 
en français. 

m. 13 



194 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

recherchent cette sécheresse primitive toute naturelle 
dans des écoles qui s'essayent et qui sortent de sour- 
ie ces presque barbares, sont comme des hommes faits 
qui, pour se donner un air naïf, imiteraient le parler 
et les gestes de l'enfance. Cette largeur du Titien, 
qui est la fin de la peinture, est aussi éloignée de 
la sécheresse des premiers peintres que de Tabus 
monstrueux de la touche et de la manière lâche des 
peintres de la décadence del'art. L'antique est ainsi. 
J'ai sous les yeux maintenant les expressions de 
l'admiration de quelques-uns de ses contemporains. 
Leurs éloges ont quelque chose d'incroyable : que 
devaient être en effet ces prodigieux ouvrages dans 
lesquels aucune partie ne portait de traces de négli- 
gence, mais dans lesquels, au contraire, la finesse de 
la touche, le fondu, la vérité et l'éclat incroyable des 
teintes étaient dans toute leur fraîcheur, et auxquelles 
le temps ni les accidents inévitables n'avaient encore 
rien enlevé ! Arétin (1), dans un dialogue instructif 
sur les peintures de ce temps, après avoir détaillé 



(1) Dans son éloge de 'Venise^ VÂrétin écrit : « Jamais, depuis que 
tt Dieu l'a fait, ce ciel n'a été embelli d'une si charmante peinture d'om-> 
« bres et de lumières. L'air était tel que le voudraient faire ceux qui 
« portent envie à Titien, parce qu'ils ne peuvent être Titien... Oh! les 
« beaux coups de pinceau qui, de ce côté, coloraient l'air et le faisaient 
u reculer derrière les palais, comme le pratique Titien dans ses paysages ! 
tt En certaines parties apparaissait un vert azuré, en d'autres un azur 
. « verdi, véritablement mélangés par la capricieuse invention de la nature, 
M maîtresse des maîtres. C'est elle ici qui, avec des teintes claires ou 
« obscures, noyait ou modelait des formes selon son idée. Et moi qui sait 
« comme votre pinceau est l'âme de votre âme, je m*écriai trois ou quatre 
• fois : Titien, où êtes-vous? j» 



JOURNAL D^EUGENE DELACROIX. 195 

avec admiration quantité de ses ouvrages, s'arrête en 
disant : « Mais je me retiens et passe doucement sur 
ses louanges, parce que je suis son compère et parce 
qu'il faudrait être absolument aveugle pour ne pas 
voir le soleil. » 

Il dit après et je pourrais le mettre avant : « Notre 
Titien est donc divin et sans égal dans la peinture, etc.» 
Il ajoute : « Concluons que, quoique jusqu'ici il y ait 
eu plusieurs excellents peintres, ces trois méritent 
et tiennent le premier rang : Michel- Ange, Raphaël 
et Titien. » 

... Je sais bien que cette qualité de coloriste est plus 
fâcheuse que recommandable auprès des écoles mo- 
dernes qui prennent la recherche seule du dessin pour 
une quaUté et qui lui sacrifient tout le reste. Il semble 
que le coloriste n'est préoccupé que des parties bas- 
ses (1) et en quelque sorte terrestres de la peinture, 
qu'un beau dessin est bien plus beau quand il est ac- 

(1) Sur cette éternelle question du dessin et de la couleur, à propos de 
cette division entre dessinateurs et coloristes qui durera sans doute tant 
qu*il y aura des dessinateurs et des peintres, Baudelaire écrivait dans 
son Salon de 1846, se faisant l'interprète de la pensée du maître qu'il 
avait défendu toute sa vie : « On peut être à la fois coloriste et dessina- 
« teur, mais dans un certain sens. De même qu'un dessinateur peut être 
« coloriste par les grandes masses, de même un coloriste peut être dessi- 
« nateor, par une logique complète de l'ensemble des lignes; mais l'une 
« de ces qualités absorbe toujours le détail de Tautre. Les coloristes des- 
« sinent comme la nature : leurs figures sont naturellement délimitées 
• par la lutte barmonieuse des masses colorées. » Dans tous le« passages 
de ses œuvres critiques où il traite ces intéressantes questions de tecbni- 
que picturale, on retrouve, commentées et renouvelées par son talent de 
vision originale et personnelle, les idées du maître qu'il cbérissait, si 
bien qaeVÀrt romantique et les Curiosités esthétiques donnent comme un 
avant-goût des plus curieux passages de cette année 1857. 



196 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

compagaé d'une couleur maussade, et que la couleur 
n'est propre qu'à distraire l'attention qui doit se por- 
ter vers des qualités plus sublimes, qui se passent aisé- 
ment de son prestige. C'est ce qu'on pourrait appeler 
le côté abstrait de la peinture, le contour étant l'objet 
essentiel; ce qui met en. seconde ligne, indépendam- 
ment de la couleur, d'autres nécessités de la peinture 
telles que l'expression, la juste distribution de l'efifet 
et la composition elle-même. 

L'école qui imite avec la peinture à l'huile les 
anciennes fresques commet une étrange méprise. Ce 
que ce genre a d'ingrat, sous le rapport de la cou- 
leur et des difficultés matérielles qu'il impose à un 
talent timide, demande chez le peintre une légèreté, 
une sûreté, etc.. La peinture à l'huile porte au 
contraire à une perfection dans le rendu qui est le 
contraire de cette peinture à grands traits ; mais 
il faut que tout y concorde, la magie des fonds, etc.. 

C'est une espèce de dessin plus propre à s'allier 
aux grandes hgnes de l'architecture dans des déco- 
rations qu'à exprimer les finesses et le précieux des 
objets. Aussi le Titien, chez lequel le rendu est si 
prodigieux, malgré l'entente large des détails, a-t-il 
peu cultivé la fresque. Paul Véronèse lui-même, 
qui y semble plus propre par une largeur plus 
grande encore et par la nature des scènes qu'il aimait 
à représenter, en a fait un très petit nombre (1). 

(i) Ici encore, et à propos de la. fresque^ nous ne pouvons que répéter 
ce que nous avons déjà dit dans notre étude, à savoir qu'il manqua tour 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. i9T 

D faut dire aussi qu'à l'époque où la fresque fleurit 
de préférence, c'est-à-dire dans les premiers temps de 
la renaissance de l'art, la peinture n'était pas encore 
maîtresse de tous les moyens dont elle a disposé 
depuis. A partir des prodiges d'illusion dans la cou- 
leur et dans l'effet dont la peinture à l'huile a donné 
le secret, la fresque a été peu cultivée et presque 
entièrement abandonnée. 

Je ne disconviens pas que le grand style, le style 
épique dans la peinture, si l'on peut ainsi parler, n'ait 
vu en même temps décroître son règne; mais des 
génies tels que les Michel-Ange et les Raphaël sont 
rares. Ce moyen de la fresque qu'ils avaient illustré 
et dont ils avaient fait l'emploi aux plus subhmes con- 
ceptions, devait périr dans des mains moins hardies. 
Le génie d'ailleurs sait employer avec un égal succès 
les moyens les plus divers. La peinture à l'huile sous 
le pinceau de Bubens a égalé, pour le feu et la largeur, 
l'ampleur des fresques les plus célèbres, quoique avec 
des moyens différents ; et pour ne pas sortir de cette 
école vénitienne dont Titien est le flambeau, les 
grands tableaux de ce maître admirable, ceux de 



jours à Delacroix de n'avoir pas vu les maîtres vénitiens chez eux. Nous 
nous figurons aisément ce qu'eût été son enthousiasme s'il avait vu au 
Musée de Vérone l'admirable fresque de Paul Véronèse symbolisant la 
musique. Il avait d'ailleurs lui-même parfaitement conscience des lacunes 
de ses connaissances en ce qui touche les maîtres italiens, puisqu'il écri" 
vait à Burty, avec une modestie vraiment admirable chez un homme de 
génie : « Qu'il ne voudrait rien publier avant d'avoir vu les maîtres ita- 

« liens sur place, et que l'état de sa santé lui interdisait l'espérance d'un 

« tel voyage. » (Corresp., t. II, p. 179.) 



ifS JOrniTAL D'EUGENE DELACROIX. 

Véronèse et mtoie da Tintoret (1) sont des exemples 
de la Terve unie à la puissance, aussi bien que dans 
les fresques les plus célèbres : ils montrent seulement 
une antre face delà pdnture. Le perfectionnement des 
moyens matérids, en perdant peut-être du côté de 
la MBplicité de Fimpression, découvre des sources 
d'effets de variété et de ricbesse, etc.. 

Ces changements sont ceux qu'amènent nécessai- 
rement le temps et des inventions nouvelles : il est 
puéril de vouloir remonter le courant des âges et 
d'aller chercher dans des maîtres primitifs. Ils sem- 
blent croire que Findigence du moyen est sobriété 
magistrale, etc... 

La fresque dans nos climats est sujette à plus d'ac- 
cideûts. Encore dans le Midi est-il bien difficile de 
la maintenir. Elle pâlit, elle se détache du mur. 

La plupart des hvres sur les arts sont faits par des 
gens qui ne sont pas artistes (2) : de là tant de 
fausses notions et de jugements portés au hasard du 
caprice et de la prévention. Je crois fermement que 
tout homme qui a reçu une éducation libérale peut 
parler pertinemment d'un livre, mais non pas d'un 
ouvrage de peinture ou de sculpture. 

Dimanche 11 janvier. — EssAis d'un Dictionnaire 

(1) Voir notre Étude, p. xlix et l. 

(â) Delacroix ne voulait pas seulement indiquer par là les gens qui 
n*ont point de compétence technique dans chaque art individuel, mais 
surtout ceux qui n'ont pas le sentiment profond et vivace de la Beauté, 
c'est-à-dire ce qui ne saurait s'acquérir. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 199 

DES Beaux-Arts. Extrait d'un Dictionnaire philoso- 
phique DES Beaux-Arts (1). 

"^ Fresque (2). On fait un grand mérite aux maîtres 
qui ont excellé dans la fresque de la hai'diesse qui 
leur a fait exécuter au premier coup ; mais presque 
toutes sont retouchées à la détrempe. 
Faire {le faire), 

> Français. Le style français dans la mauvaise accep 
tion. Voir mes notes du 23 mars 1855 (3). 

> Sculpture française. Exécution. Voir mes notes 
du 6 octobre 1849 et du 25 septembre 1855 (4). 

(i) Sur un Projet de Dictionnaire des Beaux-Arts : « Ce petit recueil 

■ ett Touvrage d'une seule personne qui a passé toute sa vie à s'occuper 

■ de peinture. Il ne peut donc prétendre qu'à donner sur cliaque objet 

• le peu de lumières qu'il a pu acquérir, et encore ne donnera-t-il que 
« des informations toutes personnelles. L'idée de faire un livre l'a 
« effrayé. Il faut un grand talent de composition pour ne mettre dans 

> un livre que ce qu'il faut et pour y mettre tout ce qu'il faut... Il lui a 

■ semblé qu'un dictionnaire n'était pas un livre, même quand il était 

■ tout entier de la même main. Chaque article séparé ressort mieux et 

■ laisse plus de trace dans l'esprit. Il semble qu'il faille, dans un traité 

■ en^ règle, que le lecteur fasse lui-même, s'il veut tirer quelque profit 

■ de sa lecture, la besogne que l'auteur, etc.. Point de transitions néces- 

■ saires. » (Scgèse Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 433.) 

(2) A rapprocher ce fragment détaché d'un album : Il faut attri- 

■ buer à la fresque le grand style des écoles italiennes. Le peintre rem- 

■ place par l'idéal l'absence des détails. Il lui faut savoir beaucoup et 

• oser encore plus. La fresque seule pouvait amener à l'exagération des 

> Primatice et des Parmesan, dans une époque oiî la peinture sortant 

> de ses langes devait encore être timide. Je crois, au reste, qu'à moins 

■ d'une organisation très rare et bien variée , il est presque impos- 

■ sible de réussir également dans l'un et l'autre genre. Je ne peux me 
« figurer ce qu'eussent été les fresques de Rubens ; et les tableaux à l'huile 

■ de Raphaël se ressentent de cette hésitation qu'il a dû éprouver à y 

■ introduire des détails que la fresque ne comporte pas, qu'elle bannit 
« même. » (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 413.) 

(3) Voir t. III, p. 15. 

(4) Voir t. I, p. 388, et t. III, p. 86 et suiv. 



200 JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 

> Modèle, Le modèle qui pose. Emploi du modèle (1). 

Effet. Clair-obscur. 

Composition, 

Accessoires (2). Détails, Draperies, Palette. 

Peinture à l'huile. 

Grâce, Contour, Doit venir le dernier, au contraire 
de la coutume. Il n'y a qu'un homme très exercé qui 
puisse le faire juste. 

Pinceau, Beau pinceau. Reynolds disait qu'un 
peintre devait dessiner avec le pinceau. 

Couleurs, Coloris; son importance. Voir mes notes 
du 3 janvier 1852 (3). 

Couleurs (matérielles) employées dans la peinture. 

Dessin, par les milieux ou par le contour. 
^Beau, Définition de Poussin et de Voltaire. Voir 
mes notes du 1" octobre 1855 (4). Voir ce que dit 
Voltaire de Pascal (5). 

Simplicité. Exemple de simplicité, dernier terme 
de l'art, l'Antique, etc. 

Antique, Parthénon (marbres du Parthénon); Phi- 



(1) C'est une théorie chère à Delacroix. (Voir t. II, p. 238 et 246.) 

(2) « Entre autres choses, ce qui fait le grand peintre, c'est la com- 
M binaison hardie d'accessoires qui augmente l'impression. Ces naages 
« qui volent dans le même sens que le cavalier emporté par son cheval, 
« les plis de son manteau qui l'enveloppent ou flottent autour des flancs 
« de sa monture. Cette association puissante... car qu'est-ce que com- 
« poser? c'est associer avec puissance... » (Eugène Delacroix, sa vie et 
ses œuvres f p. 421.) 

(3) Ces notes étaient sans doute inscrites sur un carnet qui n'a pa> 
été retrouvé. 

(4) Voir t. III, p. 97. 

(5) Voir t. III, p. 189, 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. ÎOI 

dias; engouement moderne pour ce style, au détri- 
ment des autres époques. 

Académies. Ce qu'en dit Voltaire : qu elles n'ont 
point fait les grands hommes. 

Ombres, Il n'y a pas d'ombres proprement dites : 
il n'y a que des reflets. Importance de la délimitation 
des ombres. Sont toujours trop fortes. Voir mes 
notes du 10 juin 1847 (1). Plus le sujet est jeune, plus 
les ombres sont légères. 

Demi" teintes. La détrempe les. donne plus facile- 
ment. 

Localité. (Importance de la localité.) 

Perspective ou dessin. 

Sculpture. Sculpture moderne, sculpture française. 
Sa difiBculté après les anciens. 

Manière (2). 

Maître. Celui qui enseigne. 

Maître. Qui a la maestria. 

(1) Voir t. I, p. 321 et 322. 

(2) Sar une feuille volante, avec ce titre : Les manières, Delacroix 
écriyait : « Les lois de la raison et du bon goût sont éternelles, et les 
«gens de génie n'ont pas besoin qu'on les leur apprenne. Mais rien ne 
« leur est plus mortel que les prétendues règles, manières j conventions 
« qu'ils trouvent établies dans les écoles, la séduction même que peu- 
« vent exercer sur eux des méthodes d'exécution qui ne sont pas con- 
« formes à leur manière de sentir et de rendre la nature. — On les 
« condamne toujours au nom de ces manières en vogue, et non pas au 
« nom de la raison et de la convenance. Ainsi Gros, par respect pour la 
« manière de David, etc. On en voit l'influence sur Rubens lui-même : 
« la vue des Carrache... Nul doute que la manière qui est sortie de leurs 
« écoles, manière réduite tellement en principe qu'elle est devenue pen- 
« dant deux cents ans et qu'elle est encore la règle de l'exécution enpein- 
« ture, n'ait porté un'^coup mortel à l'originalité de bien des peintres. » 
(Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres^ p. 422.) 



tOS JOURNAL D*En6£NE DELACROIX. 

Goût. S^applique à tous les arts. 

Flamands, Hollandais, 

Albert Durer y Titien, Raphaël, etc. 

Panneaux. Peinture sur panneaux. 

École de David. 

Ecoles italienne, flamande, allemande, espagnole, 
française; leur comparaison. 

Expression. 

Cartons, Études préparatoires pour rexécution. 

Esquisses. 

Copie. 

Méthode. Y en a-t-il pour dessiner, peindre, etc.? 

Tradition. A suivre jusqu'à David. 

Maîtres. Respect exagéré pour ceux à qui on donne 
ce nom. Voir mes notes du 30 octobre 1845, à Stras- 
bourg (1). 

Elèves. Différence des mœurs anciennes et modernes 
dans les élèves. 

> Technique. Se démontre la palette à la main. Le 
peu de lumières qu'on trouve dans les livres à ce sujet. 

Adoration du faux technique dans les mauvaises 
écoles. Importance du véritable pour la perfection 
des ouvrages. C'est dans les plus grands maîtres qu'il 
est le plus parfait du monde : Rubens , Titien , Véro- 
nèse, les Hollandais; leur soin particulier; couleurs 
broyées, préparations, dessiccation des différentes 
couches. (Voir Panneaux.) Cette tradition tout à 

(1) Les carnets de 1845 n*ont pas été retrouvés. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. Î03 

fait perdue chez les modernes. Mauvais produits, 
négligence dans les préparations, toiles, pinceaux, 
huiles détestables. Citer des passages d'Oudry. 

David a introduit cette négligence en affectant de 
mépriser les moyens matériels. 
? Vernis, Leurs funestes effets ; leur emploi dans les 
anciennes peintures très judicieux. 

Il faudrait que les vernis fussent une espèce de cui- 
rasse pour le tableau, en même temps qu'un moyen 
de le faire ressortir. 

Boucher et Vanloo, Leur école : la manière et 
l'abandon de toute recherche et de tout naturel. Pro- 
cédés d'exécution remarquables. Restes de la tra- 
dition. 

fVatteau, Très méprisé sous David et remis en 
honneur. Exécution admirable. Sa fantaisie ne tient 
pas en opposition aux Flamands. Il n'est plus que 
théâtral à côté des Van Ostade, des Van de Velde, etc. 
Il a la liaison du tableau. 

\^ janvier. — J'écris à Dutilleux à propos de mon 
élection,,, (1). 



(i) « Cher Monsieur et ami... Il n'y a pas de félicitations qui puissent 
« me flatter plus que les vôtres. La chose a été faite assez franchement, 
« et cela ajoute à la réussite aux yeux du public. Vous dites justement 
tt que ce succès, il y a vingt ans, m'aurait causé un tout autre plaisir : 

■ j'avais la chance, dans ce cas, de me voir plus utile que je ne puis l'être 
« maintenant dans une situation de ce genre. J'aurais eu le temps de devenir 
« professeur à l'Ecole : c'est la que j'eusse pu exercer quelque influence. 
Il Quoi qu*il en soit, je ne partage pas l'opinion de quelques personnes, 

■ amies ou autres, qui m'ont fait entendre plus d'une fois que je ferais 



> 



Î04 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Mme Barbier m'envoie ces vers de Dagnan (1) sur 
mon entrée à rAcadémie : 

En nommant Delacroix membre de l'Institut, 

L'Académie enfin a payé son tribut 

Au brillant chef d'école, au maître de génie 

Que longtemps elle méconnut, 
Bien qu'Apelle et Zeuxis l'eussent dès son début 

Fait entrer dans leur compagnie, 

Dont le goût, l'esprit et le but 

Sont du grec pour l'Académie. 

— Les longueurs d'un livre (2) sont un défaut capi- 
tal. Walter Scott, tous les modernes, etc. Que diriez- 
vous d'un tableau qui aurait plus de champ et plus 
de personnages qu'il n'en faut? 

Voltaire dit dans la préface du Temple du goût : 
a Je trouve tous les livres trop longs. » 

— Essai du Dictionnaire des Beaux- Arts : 
Daguerréotype. 

Photographie. 

Illusion, trompe-l'œil. Ce terme, qui ne s'applique 
ordinairement qu'à la peinture, pourrait s'appliquer 
également à certaine littérature. 

« mieux de m'abstenir. Il y a plus de fatuité .que de véritable estime 
« de soi-même à rester dans sa tente : au reste, je ne manque point ici 
« à mes antécédents, puisqu'une fois mon parti pris, je n'ai pas cessé 
« de me présenter. » (Corresp., t. II, p. 157, 158.) 
(1) Isidore Daqnan. Voir t. II, p. 314. 
^ (2) Delacroix écrivait autre part : « La peinture est un art modeste, il 

« faut aller à lui et l'on y va sans peine ; un coup d'œil suffit. Le livre 
« n'est point cela : il faut l'acheter d'abord, il faut le lire ensuite page 
« par page, entendez-vous bien, messieurs? et bien souvent suer pour le 
« comprendre. » 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 205 

) Raccourcis, Il y en a toujours, même dans une 
figure toute droite, les bras pendants. L'art des rac- 
courcis ou de la perspective et le dessin sont tout un. 
Des écoles les ont évités, croyant vraiment n'en pas 
présenter parce qu'ils n'en avaient pas de violents. 
Dans une tête de profil, l'œil, le front, etc., sont en 
raccourci; ainsi du reste. 

^ Cadre y bordure. Ils peuvent influer en bien ou en 
mal sur l'effet du tableau. L'or prodigué de nos 
jours. — Leur forme par rapport au caractère du 
tableau. 

> Lumière y point lumineux on luisant. Pourquoi le 
ton vrai de l'objet se trouve-t-il toujours à côté du 
point lumineux? C'est que ce point ne se prononce 
que sur les parties frappées en plein par le jour, qui 
ne fuient point sous le jour. Dans une partie arron- 
die, il n'en est pas ainsi; tout fuit sous le jour. 

> Vague (le). Il y a quelque chose d'Obermann sur 

le vague dans mes petits livres bleus. — L'église >X 
Saint-Jacques à Dieppe, le soir. — La peinture est 
plusTague (1) que la poésie, malgré sa forme arrêtée 
pour nos yeux. C'est un de ses plus grands charmes. 

(1) « J'éprouve, et sans doute tous les gens sensibles éprouvent qu'en 
«présence d'un beau tableau, on se sent le besoin d'aller loin de lui 
«penser à l'impression qu'il a fait naître. Il se fait alors le travail inverse 
« du littérateur : je le repasse, détail par détail, dans ma mémoire, et si 
■ j'en fais par écrit la description, je pourrais employer vingt pages à la 
« description de ce que j'aurais pourtant embrassé tout entier en quel- 
« ques instants. Le poème ne serait-il pas, par contre, un tableau dont 
«on me montre chaque partie, l'une après l'autre? Que ce soit un voile 
« qu'il soulève successivement. » (Eugâne Delacroix, sa vie et ses 
œuvres, p. 418, 419.) 



206 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

> Liaison, Cet air, ces reflets qui torment un tout 
des objets les plus disparates de couleur. 

> Ebauche. Sur la carrière qu'elle laisse à l'imagina- 
tion. — Les édifices ébauchés, etc. Voir mes notes du 
23 mai 1855 (1). — David est tout matériel par un 
autre côté. Son respect pour le modèle et le manne- 
quin, etc. — Se retrouve toujours chez les Vanloo. 

Décoration théâtrale. 

Décoration des monuments. Voir mes notes du 
10juiUetl847 (2). 
Inspiration, 

> Talent, Le talent ou génie : on peut avoir du 
talent sans génie. A propos du talent, voir ce que j'en 
dis dans un des petits livres bleus. Voir aussi sur le 
petit monde que l'homme porte en lui. Voir mes 
notes du 11 septembre 1855 (3). 

> Reflets, Tout reflet participe du vert; tout bord de 
l'ombre, du violet. 

> Critique{A), De l'insuffisance de la plupart des cri- 
tiques. De son peu d'utilité. La critique suit les pro- 
ductions de l'esprit comme l'ombre suit le corps. — 



(1) Non retrouvées. 

(2) Non retrouvées. 

(3) Voir t. III, p. 72 et 73. 

(4) Se rappeler ce que Delacroix a écrit sur Théophile Gautier. Son 
opinion a d'ailleurs varié à cet égard ; pour s'en convaincre, on peut lire 
certains billets adressés à Thoré, Baudelaire, Th. Silvestre, P. de Saint- 
Victor, Sainte-Beuve. Il est vrai d'ajouter que certains d'entre eux 
n'étaient pas seulement des critiques^ mais bien des créateurs. Par crt- 
tique, Delacroix entend exclusivement celui qui fait profession de juger 
autrui. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. Î07 

Il faut lire dans Y Encyclopédie les articles en rapport 
avec ceux-ci. 

Proportion. Le Parthénon parfait; la Madeleine 
mauvaise. Grétry disait qu'on s'appropriait un air en 
lui donnant un mouvement plus convenable à la 
situation ; de même on change le caractère d'un monu- 
ment, etc. Une proportion trop parfaite nuit à l'impres- 
sion du Sublime. Voir mes notes du 9 mai 1853 (1). 

Architecte, Voir mes notes du 14 juin 1850 (2). 
> Fonds (3). L'art de faire les fonds. 

Art théâtral. Voir mes notes du 25 mars 1855 sur 
Shakespeare (4). 

Ciels, 

Air, Perspective aérienne, air ambiant. 

Costume, Exactitude du costume. 

Style, Sur l'art d'écrire. Les grands hommes 
écrivent bien. Voir mes notes du 1" mai et du 24 mai 
1853 (5). 

Idéal, 

Préface d'un petit Dictionnaire des Beaux- Arts, 
Voir mes notes du 31 octobre 1 852 (6) . Chaque homme 
de talent ne peut embrasser l'art entier; il ne peut 

(i) Voir t. II, p. 186 et 187. 

(2) Non retrouvées. 

(3) Cette simple indication se réfère à un développement du Journal 
dans lequel le maître critique l'obscurité habituelle des fonds, dans les 
portraits des anciens peintres. (Voir t. II, p. 136.) 

(4) Voir t. III, p. 15 et suiv. 

(5) Non retrouvées. 

(6) Sans doute des notes écrites au crayon sur des feuilles volantes et 
qu'on retrouvera dans Eugène Delacroix, sa vie et ses oeuvres, p. 430 et 



Î08 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

que noter ce qu'il sait. Rien de trop absolu; le mot 
du Poussin sur Raphaël. 

^Ébauché, La meilleure est celle qui tranquillise le 
plus le peintre sur l'issue du tableau. 

Distance. Pour éloigner les objets, on les fait ordi- 
nairement plus gris : c'est la touche. Teintes plates 
aussi. 

Paysage, 
^ Chevaly animaux. Il n'y faut pas apporter la per- 
fection de dessin des naturalistes, surtout dans la 
grande peinture et la grande sculpture. Géricault 
trop savant ; Rubens et Gros supérieurs ; Barye mes- 
quin dans ses lions. L'Antique est le modèle en cela 
comme dans le reste. 

/ Luisant. (Renvoi.) Plus un objet est poli ou luisant, 
moins on en voit la couleur propre : en effet, il devient 
un miroir qui réfléchit les couleurs environnantes (1). 

> Natures jeunes , J'ai dit quelque part qu'elles avaient 
des ombres plus claires. Je retrouve dans mes notes 
du 9 octobre 1852 (2) ce que je disais à Andrieu qui 
peignait la Vénus de l'Hôtel de ville. Elles ont quel- 
que chose de tremblé, de vague qui ressemble à la 
vapeur qui s'élève de terre dans un beau jour d'été. 
Rubens, dont la manière est très formelle, vieillit 
ses femmes et ses enfants. 

/ Gris et couleurs terreuses. L'ennemi de toute pein- 
ture est le gris. La peinture paraîtra presque toujours 

(1) Voir t. III, p. 205. 

(2) Voir t. II, p. 124. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 209 

plus grise qu'elle n'est par sa position oblique sous le 
jour : bannir toutes les couleurs terreuses. Voir mes 
notes du 15 septembre 1852 sur un feuillet déta- 
ché (1). 

Proportions, Dans les arts, tels que la littérature 
ou la musique , il est essentiel d'établir une grande 
proportion dans les parties qui composent l'ouvrage. 
Les morceaux de Beethoven trop longs ; il fatigue en 
occupant trop longtemps de la même idée. Voir 
mes notes du 10 mars 1849 (2). 

y Albert Durer, Le vrai peintre est celui qui connaît 
toute la nature (3) . Les figures humaines, les animaux, 
le paysage traités avec la même perfection. Voir 
mes notes du 10 mars 1849 (4). Rubens est de cette 
famille. 

> Accessoires, Voir mes notes du 10 octobre 1855 (5). 
Si vous traitez négUgemment les accessoires, vous me 
rappelez un métier à l'impatience de la main, etc. 

Art dramatique. L'exemple de Shakespeare nous 
fait croire à tort que le comique et le tragique peuvent 



(1) Voir t. II, p. 136. 

(2) Voir t. I, p. 355. 

(3) A propos de cette universalité dont Eugène Delacroix faisait le 
critérium du génie, Baudelaire écrivait : « Eugène Delacroix était, en 
■ même temps qu'un peintre épris de son métier, un homme d'éducation 
« générale, au contraire des autres artistes modernes qui ne sont guère 
« que d'illustres ou d'obscurs rapins^ de tristes spécialistes, vieux ou 
« jeunes, les uns sachant fabriquer des figures académiques, les autres 

• des fruits, les autres des bestiaux. Eugène Delacroix aimait tout, savait 

• tout peindre et savait goûter tous les genres de talent. » 

(4) Voir t. I, p. 353. 

(5) Voir t. III, p. 106 et 107. 

m. 14 



210 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

se mêler dans un ouvrage. Shakespeare a un art à 
lui. Voir mes notes du 25 mars 1855 (1). 

Dans beaucoup de romans modernes français, le 
comique mêlé au tragique de certaines parties est 
insupportable. {Mêmes notes,) 

Ce que dit lord Byron de Shakespeare, qu'il n'y a 
qu'un goût allemand ou anglais qui puisse s'y plaire. 
Voir mes notes du 13 juillet 1850 (2). — Ce qu'il a dit 
encore de Shakespeare. Voir mes notes du 19 juin 
1850 (3). 

7 Liaison. Art de lier les parties de tableaux par 
l'effet, la couleur, la ligne, les reflets, etc. 
.^Lignes. Lignes de la composition. Les lier, les con- 
traster, éviter l'apprêt cependant. 

Fini (le). En quoi consiste celui d'un tableau. 
> Touche. Beaucoup de maîtres ont évité de la faire 
sentir, pensant sans doute se rapprocher de la nature, 
qui effectivement n'en présente pas. La touche est un 
moyen comme un autre de contribuer à rendre la 
pensée dans la peinture. Sans doute une peinture peut 
être très belle sans montrer la touche, mais il est 
puéril de penser qu'on se rapproche de l'effet de la 
nature en ceci : autant vaudrait-il faire sur son tableau 
de véritables reliefs colorés, sous prétexte que les 
corps sont saillants! 

Il y a dans tous les arts des moyens d'exécution 

(1) Voir t. III, p. 15 et suiv. 

(2) Non retrouvées. 

(3) Non retrouvées. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. îil 

adoptés et convenus, et on n'est qu'un connaisseur 
imparfait quand on ne sait pas lire dans ces indica- 
tions de la pensée; la preuve, c'est que le vulgaire 
préfère, à tous les autres, les tableaux les plus 
lisses et les moins touchés, et les préfère à cause de 
cela. Tout dépend au reste, dans l'ouvrage d'un 
véritable maître, de la distance commandée pour 
regarder son tableau. A une certaine distance la 
touche se fond dans l'ensemble, mais elle donne à la 
peinture un accent que le fondu des teintes ne peut 
produire. En regardant, par contre, de très près 
l'ouvrage le plus fini, on découvrira encore des traces 
de touches et d'accents, etc.. Il résulterait de là 
qu'une esquisse bien touchée ne peut faire autant de 
plaisir qu'un tableau bien fini , je devrais dire non 
touché, car il est bon nombre de tableaux dont la 
touche est complètement absente , mais qui sont loin 
d'être finis. (Voyez le mot Fini,) 

La touche, employée comme il convient, sert à pro- 
noncer plus convenablement les différents plans des 
objets. Fortement accusée, elle les fait venir en avant; 
le contraire les recule. Dans les petits tableaux même, 
la touche ne déplait point. On peut préférer un 
Téniers à un Mieris ou à un Van der Meer. 

Que dira-t-on des maîtres qui prononcent sèche- 
ment les contours tout en s'absteûant de la touche? Il 
n'y a pas plus de contours qu'il n'y a de touches dans 
la nature. Il faut toujours en revenir à des moyens 
convenus dans chaque art, qui sont le langage de cet 



212 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

art. Qu'est-ce qu'un dessin au blanc et au noir, si ce 
n'est une convention à laquelle le spectateur est habi- 
tué et qui n'empêche pas son imagination de voir dans 
cette traduction de la nature un équivalent complet? 

Il en est de même de la gravure. Il ne faut pas un 
œil bien clairvoyant pour apercevoir cette multitude 
de tailles dont le croisement amène l'effet que le 
graveur veut produire. Ce sont des touches plus ou 
moins ingénieuses dans leur disposition qui, tantôt 
espacées pour laisser jouer le papier et donner plus 
de transparence au travail, tantôt rapprochées les 
unes des autres pour assourdir la teinte et lui donner 
l'apparence de la continuité, rendent par des moyens 
de convention, mais que le sentiment a découverts et 
consacrés et sans employer la magie de la couleur, 
non pas pour le sens purement physique de la vue, 
mais pour les yeux de l'esprit ou de l'âme, toutes les 
richesses de la nature : la peau éclatante de fraîcheur 
de la jeune fille, les rides du vieillard, le moelleux 
des étoffes, la transparence des eaux, le lointain des 
ciels et des montagnes . 

Si l'on se prévaut de l'absence de touche de cer- 
tains tableaux de grands maîtres, il ne faut pas 
oubher que le temps amortit la touche. Beaucoup 
de ces peintres qui évitent la touche avec le plus 
grand soin, sous prétexte qu'elle n'est pas dans la 
nature, exagèrent le contour, qui ne s'y trouve pas 
davantage. Us pensent ainsi introduire une précision 
qui n'est réeUe que pour les sens peu exercés des 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 213 

demi-connaisseurs. Ils se dispensent même d'expri- 
mer convenablement les reliefs, grâce à ce moyen 
grossier ennemi de toute illusion ; car ce contour pro- 
noncé également et outre mesure annule la saillie en 
faisant venir en avant les parties qui dans tout objet 
sont toujours les plus éloignées de l'œil, c'est-à-dire 
les contours. (Voyez Contour ou Raccourcis.) 

L'admiration exagérée des vieilles fresques a con- 
tribué à entretenir chez beaucoup d'artistes cette pro- 
pension à outrer les contours. Dans ce genre de pein- 
ture, la nécessité où est le peintre de tracer avec 
certitude ses contours (voyez Fresque) est une néces- 
sité commandée par l'exécution matérielle; d'ailleurs, 
dans ce genre comme dans la peinture sur verre , où 
les moyens sont plus conventionnels que ceux de la 
peinture à l'huile, il faut peindre à grands traits ; le 
peintre ne cherche pas tant à séduire par l'effet de 
la couleur que par la grande disposition des lignes et 
leur accord avec celles de l'architecture. 

La sculpture a sa convention comme la peinture et 
la gravure. On n'est point choqué de la froideur qui 
semblerait devoir résulter de la couleur uniforme des 
matières qu'elle emploie, que ce soit le marbre, le 
bois, la pierre , l'ivoire , etc. Le défaut de coloration 
des yeux, des cheveux, n'est pas un obstacle au genre 
d'expression que comporte cet art. L'isolement des 
figures de ronde bosse, sans rapport avec un fond 
quelconque, la convention bien autrement forte des 
bas-reUefs n'y nuisent pas davantage. 



214 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

La sculpture elle-même comporte la touche; l'exa- 
gération de certains creux ou leur disposition ajoute 
à l'efifet, comme, par exemple, ces trous percés au 
vilebrequin dans certaines parties des cheveux ou des 
accessoires qui, au lieu d'une ligne creusée d'une ma- 
nière continue, adoucissent à distance ce qu'elle avait 
de trop dur et ajoutent à la souplesse, donnent l'idée 
de la légèreté, surtout dans les cheveux, dont les ondu- 
lations ne se suivent pas d'une manière trop formelle. 

Dans la manière dont les ornements sont touchés 
dans l'architecture, on retrouve ce degré de légèreté 
et d'illusion que peut produire la touche. Dans la 
manière des modernes, ces ornements sont creusés 
uniformément, de façon que, vus de près, ils soient 
d'une correction irréprochable : à la distance néces- 
saire, ce n'est plus que froideur et même absence 
complète d'effet. Dans l'Antique, au contraire, on est 
étonné de la hardiesse et en même temps de T à-propos 
de ces artifices savants, de ces touches véritables qui 
outrent la forme dans le sens de l'effet ou adoucissent 
la crudité de certains contours pour lier ensemble les 
différentes parties. 

^Ecoles. Ce qu'elles se proposent avant tout : imita- 
tion d'un certain technique régnant. Voir mes notes 
du 25 novembre 1855 (1). 

' Décadence (2) , Les arts, depuis le seizième siècle, 

(1) Voir t. III, p. 119 et 120. 

(2) Delacroix aimait à dire^ lorsqu'on lui parlait d'un prétendu progrès 
des Arts : « Oii sont donc vos Phidias? Où sont vos Raphaël? » 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 215 

point de la perfection, ne sont qu'une perpétuelle 
décadence. Le changement opéré dans les esprits et 
les mœurs en est plus cause que la rareté des grands 
artistes; car le dix-septième, ni le dix-huitième , ni le 
dix-neuvième siècle n'en ont pas manqué. L'absence 
de goût général, la richesse arrivant graduellement 
aux classes moyennes, l'autorité de plus en plus 
impérieuse d'une stérile critique dont le propre est 
d'encourager la médiocrité et de décourager les grands 
talents, la pente des esprits dirigée vers les sciences 
utiles , les lumières croissantes qui effarouchent les 
choses de l'imagination, toutes ces causes réunies 
condamnent fatalement les arts à être de plus en plus 
soumis au caprice de la mode et à perdre toute élé- 
vation. 

Il n'y a dans toute civilisation qu'un point précis 
où il soit donné à l'intelligence humaine de mon- 
trer toute sa force : il semble que pendant ces mo- 
ments rapides, comparables à un éclair au milieu 
d'un ciel obscur, il n'y ait presque point d'intervalle 
entre l'aurore de cette brillante lumière et le dernier 
terme de sa splendeur. La nuit qui lui succède est 
plus ou moins profonde, mais le retour à la lumière 
est impossible. Il faudrait une renaissance des mœurs 
pour en avoir une dans les arts : ce point se trouve 
placé entre deux barbaries, l'une dont la cause est 
Tignorance, l'autre plus irrémédiable encore, qui 
vient de l'excès et de l'abus des connaissances. Le 
talent s'agite inutilement contre les obstacles que 



I 



Îi6 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

lui oppose rindififérence générale. Voir mes notes du 
25 septembre 1855 (1). Ma promenade à l'église de 
Baden sur la décroissance de l'art. Voir aussi ce que 
je dis du tombeau du maréchal de Saxe. 

École anglaise. Sur Reynolds, Lawrence. Voir ce 
que j'ai dit au 31 août 1855 (2). 

École anglaise à l'Exposition de 1855. Voir mes 
notes du 17 juin 1855 (3). 

>Exagération. Toute exagération doit être dans le 
sens de la nature et de l'idée. Voir même note, 
31 août 1855 (4). 
Licences. 

Mer, marines. Voir ce que je dis (1855) à Dieppe, 
sur la manière de peindre les vaisseaux (5). Les 
peintres de marine ne représentent pas bien la mer en 
général. On peut leur appliquer le même reproche 
qu'aux peintres de paysages. Us veulent montrer trop 
de science, ils font des portraits de vagues, comme 
les paysagistes font des portraits d'arbres, de ter- 
rains, de montagnes, etc. Ils ne s'occupent pas assez 
de l'effet pour l'imagination, que la multiplicité des 
détails trop circonstanciés, même quand ils sont vrais, 
détourne du spectacle principal qu'est l'immensité ou 
la profondeur dont un certain art peut donner l'idée. 
> Intérêt. Art de le porter sur les points nécessaires. 

(1) Voir t. III, p. 86 et suiv. 

(2) Voir t. III, p. 69 et suiv. 

(3) Voir t. III^ p. 36 et suiv. 

(4) Voir t. III, p. 69 et suiv. 

(5) Voir t. III, p. 106 et 107 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 217 

Il ne faut pas tout montrer. Il semble que ce soit diffi- 
cile en peinture, où l'esprit ne peut supposer que ce 
que les yeux aperçoivent. Le poète sacrifie sans peine 
ou passe sous silence ce qui est secondaire. L'art du 
peintre est de ne porter l'attention que sur ce qui est 
nécessaire. 

Sacrifices. Ce qu'il faut sacrifier. Grand art que ne 
connaissent pas les novices; ils veulent tout montrer. 
> Classique, A quels ouvrages est-il plus naturel 
d'appliquer ce nom? C'est évidemment à ceux qui 
semblent destinés à servir de modèles, de règles dans 
toutes leurs parties. J'appellerais volontiers c/assiqfue^ 
tous les ouvrages réguliers, ceux qui satisfont l'esprit, 
non seulement par une peinture exacte, ou grandiose 
ou piquante, des sentiments et des choses, mais encore 
par l'unité, l'ordonnance logique, en un mot par 
toutes ces qualités qui augmentent l'impression en 
amenant la simplicité. 

Shakespeare, à ce compte, ne serait pas classique, 
c'est-à-dire propre à être imité dans ses procédés, 
dans son système. Ses parties admirables ne peuvent 
sauver et rendre acceptables ses longueurs, ses jeux 
de mots continuels, ses descriptions hors de propos. 
Son art, d'aiUeurs, est complètement à lui. 

Racine était un romantique (1) pour les gens de 

(1) n nous a paru intéreMant de rapprocher de ce fragment de Dela- 
croix nn fragment de Stendhal qui nous semble conçu à peu près dans 
le même esprit. Nous avons d'ailleurs noté déjà dans notre Étude cer- 
taines analogies entre eux : « Le Romanticisme, dit Beyle, est l'art de 
« prétenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel de • 



1 



218 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

son temps. Pour tous les temps il est classique, c'est- 
à-dire parfait. Le respect de la tradition n'est que 
Fobservation des lois du goût sans lesquelles aucune 
tradition ne serait durable. 

L'École de David s'est qualifiée à tort d'école classi- 
que par excellence, bien qu'elle se soit fondée sur l'imi- 
tation de l'antique. C'est précisément cette imitation, 
souvent peu intelligente et exclusive , qui ôte à cette 
école le principal caractère des écoles classiques, qui 
est la durée. Au lieu de pénétrer l'esprit de l'antique 
et de joindre cette étude à ceUe de la nature, on voit 
qu'il a été l'écho d'une époque où on avait la fantaisie 
de l'antique. 

Quoique ce mot de classique implique des beautés 
d'un ordre très élevé, on peut dire aussi qu'il y a 
une foule de très beaux ouvrages auxquels cette dési- 
gnation ne peut s'appliquer. Beaucoup de gens ne 
séparent pas l'idée de froideur de celle de classique. 
D est vrai qu'un bon nombre d'artistes se figurent 
qu'ils sont classiques parce qu'ils sont froids. Par une 
raison analogue, il y en a qui se croient de la chaleur 
parce qu'on les appelle des romantiques. La vraie 
chaleur est celle qui consiste à émouvoir le specta- 
teur. 
> Sujet. Importance des sujets. Sujets de la fable 

« leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner 
« le plus de plaisir possible. Le Classicisme, au contraire, leur présente 
« la littérature qui donnait le plus grand plaisir possible à leurs arrière- 
«grands-pères... Je n'hésite pas à avancer que Racine a été roman- 
« titfue. » fSTESiDHAL, Racittc et Shakespeare.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 219 

toujours neufs; sujets modernes difficiles à traiter 
avec l'absence du nu et la pauvreté des costumes. 
L'originalité du peintre donne de la nouveauté aux 
sujets. La peinture n'a pas toujours besoin d'un sujet. 
La peinture des bras et des jambes de Géricault. 

Science. De la nécessité pour l'artiste d'être savant. 
Comment cette science peut s'acquérir indépendam- 
ment de la pratique ordinaire. 

On parle beaucoup de la nécessité pour un peintre 
d'être universel (1). On nous dit qu'il faut qu'il con- 
naisse l'histoire, les poètes, la géographie même : tout 
cela n'est rien moins qu'inutile, mais ne lui est pas plus 
indispensable qu'à tout homme qui veut orner son 
esprit. Il a bien assez à faire d'être savant dans son art, 
et cette science, quelque habile ou zélé qu'il soit, il ne 
la possède jamais complètement. La justesse de l'œil, 
la sûreté de la main, l'art de conduire le tableau 
depuis l'ébauche jusqu'au complément de l'œuvre^ 
tant d'autres parties toutes de la première importance, 
demandent une application de tous les moments et 
Texercice de la vie entière. Il est peu d'artistes, et je 
parle de ceux qui méritent véritablement ce nom, qui 
ne s'aperçoivent, au milieu ou au déclin de leur car- 
rière, que le temps leur manque pour apprendre ce 
qu'ils ignorent, ou pour recommencer une instruction 
fausse ou incomplète. 



(1) A peine est-il besoin de faire remarquer que cette manière de bou- 
tade est en contradiction absolue avec les idées qu'il professait d'habi- 
tude et qui constituent l'essence même du génie de Delacroix. 



2S0 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Rubens, âgé de plus de cinquante ans, dans la 
mission dont il fîit chargé auprès du roi d'Espagne, 
employait le temps qu'il ne donnait pas aux affaires 
à copier à Madrid les superbes originaux italiens 
qu'on y voit encore. U avait dans sa jeunesse copié 
énormément. Cet exercice des copies, entièrement 
négligé par les écoles modernes, était la source d'un 
immense savoir. (Voir Albert Durer.) 
> Chair, Sa prédominance chez les coloristes est 
d'autant plus nécessaire dans les sujets modernes 
présentant peu de nu. 

Coptes, copier (1). C'a été l'éducation de presque 
tous les grands maîtres. On apprenait d'abord la 
manière de son maître, comme un apprenti s'instruit 
de la manière de faire un couteau sans chercher à 
montrer son originahté. On copiait ensuite tout ce qui 
tombait sous la main d' œuvres d'artistes contempo- 
rains ou antérieurs. La peinture a commencé par être un 
simple métier. On était imagier comme on était vitrier 
ou menuisier. Les peintres peignaient les bouchers, 



(i) Ceux qui se rappeUent l'exposition des œuvres de Delacroix au 
palais des Beaux-Arts ont conservé le souvenir d'une admirable copie 
de Raphaël (voir Catalogue Bohaut, n® 24), merveilleusement signifi- 
cative de l'énergie avec laquelle il avait su dompter sa fougue natu- 
relle pour s'assimiler la manière d'un artiste de tempérament aussi 
opposé. A propos de cette éducation des peintres par l'étude des maîtres 
antérieurs, nous trouvons dans un recueil de notes laissées par Burty et 
publiées par M. Maurice Tourneux l'opinion de Meissonier, qui perdrait 
à être commentée : la voici dans toute sa franchise : « Dans la journée, 
«je lui demandai s'il avait fait au Louvre des copies peintes. — Jamais! 
«jamais! s'est-il écrié. Ëtpuis, d'ailleurs, et le temps de copier lapein- 
« ture des autres! » {Croquis d'après nature, par Ph. Bcrty.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 221 

les selles, les bannières. Ces peintres primitifs étaient 
plus ouvriers que nous : ils apprenaient supérieure- 
ment le métier avant de penser à se donner carrière. 
C'est le contraire aujourd'hui. 

y Préface, L'ordre alphabétique que l'auteur a 
adopté Fa conduit à donner à cette suite de rensei- 
gpiements le nom de Dictionnaire. Ce titre ne con- 
viendrait véritablement qu'à un livre aussi complet 
que possible, présentant avec détail tous les procédés 
des arts. Serait-il possible qu'un seul homme fût doué 
des connaissances indispensables à une pareille tâche? 
Non sans doute. Ce sont des renseignements jetés sur 
le papier dans la forme qui a paru la plus commode 
pour lui, eu égard à la distribution de son temps, dont 
il occupe une partie à d'autres travaux. Peut-être 
aussi a-t-il écouté une insurmontable paresse à s'em- 
barquer dans la composition d'un livre. Un diction- 
naire n'est pas un Uvre (1) : c'est un instrument, un 
outil pour faire des livres ou toute autre chose. La 
matière, dans des articles ainsi divisés, s'étend ou se 

(1) Nous avons déjà touché dans notre Étude à ce point intéressant. 
Nous trouvons la même idée reprise et développée dans une conversation 
de Baudelaire avec Eugène Delacroix, rapportée dans \ Art romantique : 
■La nature n'est qu'un dictionnaire, répétait-il fréquemment... Pour 
« bien comprendre l'étendue du sens impliqué dans cette phrase, il faut 
« se figurer les usages ordinaires et nombreux du dictionnaire. On y 
■ cherche le sens des mots, la génération des mots, enfin on en extrait 
«tous les éléments qui composent une phrase ou un récit; mais per- 
« sonne n'a jamais considéré le dictionnaire comme une composition 
« dans le sens poétique du mot. Les peintres qui obéissent à l'imagina- 
•> tien cherchent dans leur dictionnaire les éléments qui s'accommodent 

* à leur conception... Ceux qui n'ont pas d'imagination copient le dic- 

* tionnaire. » 



tu JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

resserre au gré de la disposition de Fauteur, quelcjue- 
fois au gré de sa paresse. Il supprime ainsi les transi- 
tions, la liaison nécessaire entre les parties, Tordre 
dans lequel elles doivent être disposées. 

Quoique Fauteur professe beaucoup de respect pour 
le livre proprement dit, il a souvent éprouvé, comme 
un assez grand nombre de lecteurs, une sorte de dif- 
ficulté à suivre avec F attention nécessaire toutes les 
déductions et tout Fenchaînement d'un livre, même 
quand il est bien fait. On voit un tableau tout d'un 
coup, au moins dans son ensemble et ses principales 
parties; pour un peintre habitué à cette impression 
favorable à la compréhension de Fouvrage, le livre est 
comme un édifice dont le fi'ontispice est souvent une 
enseigne et dans lequel, une fois introduit, il lui faut 
donner successivement une attention égale aux diffé- 
rentes salles dont se compose le monument qu'il visite, 
sans oublier celles qu'il a laissées derrière lui, et non 
sans chercher à Favance, dans ce qu'il connaît déjà, 
quelle sera son impression à la fin du voyage. 

On a dit que les rivières sont des chemins qui mai^ 
chent. On pourrait dire que les hvres sont des por- 
tions de tableaux en mouvement dont Fun succède à 
l'autre sans qu'il soit possible de les embrasser à la 
fois; pour saisir le lien qui les unit, il faut dans le 
lecteur presque autant d'intelligence que dans Fau- 
teur. Si c'est un ouvrage de fantaisie qui ne s'adresse 
qu'à Fimagination, cette attention peut devenir un 
plaisir ; une histoire bien composée produit le même 



JOURNAL D»EUGENE DELACROIX. 223 

effet sur l'esprit : la suite nécessaire des événements 
et leurs conséquences forment un encbainement 
naturel que T esprit suit sans peine. Mais dans un 
ouvrage didactique il ne saurait en être de même. Le 
mérite d'un tel ouvrage étant dans son utilité, c'est à 
le comprendre dans toutes ses parties et à en extraire 
le sens que s'applique son lecteur. Plus il déduira 
facilement la doctrine du livre, plus il aura retiré de 
fruit de sa lecture. 

Or est-il un moyen plus simple, plus ennemi de 
toute rhétorique que cette division de la matière 
qu'offre tout naturellement un dictionnaire? 

Ce dictionnaire traitera la partie philosophique plus 
que la partie technique. Cela peut sembler singulier 
chez un peintre qui écrit sur les arts : beaucoup de 
demi-savants ont traité de la philosophie de Fart. Il sem- 
ble que leur profonde ignorance de la partie technique 
leur ait paru un titre, dans leur persuasion que la 
préoccupation de cette partie vitale de tout art était 
chez l'artiste de profession un obstacle à des spécu- 
lations esthétiques. Il semble presque qu'ils se soient 
^ figuré qu'une profonde ignorance de la partie techni- 
que fût un motif de plus pour s'élever à des considé- 
rations purement métaphysiques ; en un mot, que la 
préoccupation du métier dût rendre les artistes de 
profession peu propres à s'élever jusqu'aux sommets 
interdits aux profanes de l'esthétique et des spécu- 
lations pures. Quel est l'art dans lequel l'exécution 
ne suive si intimement l'invention? Dans la peinture. 



tt4 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

dans la poésie, la forme se confond avec la concep- 
tion. Parmi les lecteurs, les uns lisent pour s'instruire, 
les autres pour se divertir. 

Quoique l'auteur soit du métier et en connaisse 
ce qu'une longue pratique, aidée de beaucoup de 
réflexions particulières, puisse en apprendre, il ne 
s'appesantira pas autant qu'on pourrait le penser sur 
cette partie de l'art qui paraît l'art tout entier à beau- 
coup d'artistes médiocres, mais sans laquelle l'art ne 
serait pas. Il paraîtra aussi empiéter sur le domaine 
des critiques en matière d'esthétique qui croient 
sans doute que la pratique n'est pas nécessaire 
pour s'élever aux considérations spéculatives sur les 
arts. 

Voir mes notes du 7 mai 1849 (1) : « Montaigne 
écrit à bâtons rompus. Ce sont les ouvrages les plus 
intéressants. Après le travail de l'auteur.... il y 
a celui du lecteur qui, ayant ouvert un livre pour se 
délasser, se trouve engagé presque d'honneur à pour- 
suivre, etc. » 

Des hommes de génie faisant un dictionnaire ne 
s'entendraient pas; en revanche, si vous aviez de 
chacun d'eux un recueil de leurs observations parti- 
culières, quel dictionnaire ne compterait-on pas avec 
de semblables matériaux?... Cette forme doit amener 
des répétitions? etc. Tant mieux! les mêmes choses 
redites d'une autre manière ont souvent... etc. 

(1) Voir t. I, p. 439. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 223 

Romantisme. Voir mes notes du 17 mai 1853 (1). 

Vendredi 23 janvier. — Notes pour un Diction- 
naire DES Beaux- Arts : 

Critique. Son utilité. 
^ Couleur de la chair. La chair n'a sa vraie couleur 
qu'en plein air : se rappeler l'effet des polissons qui 
montaient dans les statues de la fontaine de la place 
Saint- Sulpice, et celui du raboteur que je voyais 
de ma fenêtre dans la galerie; combien dans ce 
dernier les demi-teintes de la chair sont colorées en 
les comparant aux matières inertes. Voir mes notes 
du 7 septembre 1856 (2). 

> Talents faciles. Il y a des talents qui viennent au 
monde tout prêts et armés de toutes pièces : Charlet, 
Boningfon, etc. Voir mes notes du 31 décembre 
1856(3). 

/ Expression. Qu'il ne faut pas la rendre jusqu'à 
inspirer le dégoût. 

Ce que dit Mozart à ce sujet. Voir mes notes du 
12 décembre 1856 (4). 

Exécution. Voir mes notes du 9 décembre 1856 (5), 
à propos du portrait de Thiers par Delaroche, faible 
ouvrage sans caractère, et d'un petit portrait flamand, 



(1) Voir t. Il, p. 201 et 202. 

(2) Voir t. III, p. 168. 

(3) Voir t. III, p. 187 et 188. 

(4) Voir t. III, p. 186. 

(5) Voir t. III, p. 185. 

in. 15 



1 



J26 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

en pied, admirable morceau qui plaira toujours par 
Texécution. 

Un grand asservissement au modèle chez les Fran- 
çais : tombeau du maréchal de Saxe, à Strasbourg (1). 
Cariatides de la galerie d'Apollon. Voir mes notes du 
23 mars 1855 (2). 

> Gravure, I^a gravure est un art qui s'en va, mais 
sa décadence n'est pas due seulement aux procédés 
mécaniques avec lesquels on la supplée , ni à la pho- 
tographie, ni à la hthographie, genre qui est loin de 
la suppléer, mais plus facile et plus économique. 

Les plus anciennes gravures sont peut-être les 
plus expressives. Les Lucas de Leyde, les Albert 
Diirer, les Marc -Antoine sont de vrais graveurs, 
dans ce sens qu'ils cherchent avant tout à rendre 
l'esprit du peintre qu'ils veulent reproduire. Beau- 
coup de ces hommes de génie, en reproduisant leur 
propre invention, cédaient tout naturellement à leur 
sentiment sans avoir à se préoccuper de traduire 
une impression étrangère; les autres, s'appliquant à 
rendre l'ouvrage d'un autre artiste, évitaient avec 
soin de briller à leur manière en déployant une 
adresse de la main, propre seulement à détourner de 
l'impression. 

La perfection de l'outil, c'est-à-dire des moyens 
matériels de rendre, a commencé. 

La gravure est une véritable traduction (voyez 

(1) Voir t. III, p. 86 et suiv. 

(2) Voir t. III, p. 14. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. M7 

Traduction), c'est-à-dire Fart de transporter une idée 
d'un art dans un autre comme le traducteur le fait à 
l'égard d'un livre écrit dans une langue et qu'il 
transporte dans la sienne. La langue du graveur, et 
c'est ici que se montre son génie, ne consiste pa» 
seulement à imiter par le moyen de son art les effets 
de la peinture, qui est comme une autre langue. Il a, 
si l'on peut parler ainsi , sa langue à lui qui marque 
d'un cachet particulier ses ouvrages, et qui, dans une 
traduction fidèle de l'ouvrage qu'il imite, laisse écla- 
ter son sentiment particulier. 

^Coloration dans la gravure. Dans quelle mesure. 
^ Fresque. On aurait tort de supposer que ce genre, 
soit plus difficile que la peinture à l'huile, parce qu'il 
demande à être fait au premier coup. 

Le peintre à fresque exige moins de lui-même maté- 
riellement parlant : il sait aussi que le spectateur ne 
lui demande aucune des finesses qui ne s'obtiennent 
dans l'autre genre que par des travaux compliqués. 
Il prend des mesures de manière à ahréger par des 
travaux préparatoires le travail définitif. Comment 
serait-il possihle qu'il mît la moindre unité dans un 
ouvrage qu'il fait comme une mosaïque et pis encore, 
puisque chaque morceau, au moment où il le peint, 
est différent de ton, c'est-à-dire par parties juxta- 
posées sans qu'il soit possible d'accorder celle qui 
est peinte aujourd'hui avec celle qui a été peinte 
hier, s'il ne s'était rendu auparavant un compte exact 
de l'ensemble de soh tableau? C'est l'office du carton 



nS JOURNAL D'EUGENE DELACROIX, 

OU dessin dans lequel il étudie à l'avance les lignes, 
TefFet et jusqu'à la couleur qu'il veut exprimer. 

Il ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre 
ce qu'on nous dit de la merveilleuse facilité de ces 
faiseurs de fresques à triompher de ces obstacles. Il 
n'est presque pas de morceau de fresque qui ait satis- 
fait son auteur de manière aie dispenser de retouches; 
elles sont nombreuses sur les ouvrages les plus renom- 
més. Et qu'importe après tout qu'un ouvrage soit fait 
facilement? Ce qui importe, c'est qu'il produise tout 
l'effet qu'on a droit d'attendre ; seulement il faut dire, 
au désavantage de la fresque, que ces retouches faites 
après coup avec une espèce de détrempe et même 
quelquefois à l'huile , peuvent à la longue trancher 
sur le tout et contribuer au défaut de solidité. La 
fresque se ternit et pâlit de plus en plus avec le temps. 
Il est difficile de juger au bout d'un siècle ou deux de 
ce qu'a pu être une fresque et des changements que 
le temps y a produits. 

Les changements qu'elle subit sont en sens inverse 
de ceux qui altèrent les tableaux à l'huile. Le noir, 
l'effet sombre se produit dans ces derniers par la car- 
bonisation de l'huile, mais plus encore par la crasse 
des vernis. La fresque, au contraire, dont la chaux 
est la base, contracte par l'effet de l'humidité des lieux 
où elle a été appliquée, ou par celle de T atmosphère, 
une atténuation sensible de ses teintes. 

Tous ceux qui ont fait de la fresque ont remarqué 
qu'il se formait du jour au lendemain à la surface 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX» 2t9 

des teintes conservées dans des vases séparés une 
sorte de pellicule blanchâtre et comme un voile 
grisâtre ; cet effet , plus prononcé sur une masse con- 
sidérable de la même teinte, se produit à la longue 
sur la peinture elle-même, la voile en quelque sorte, 
et tend à la désaccorder par la suite ; car cette atté- 
nuation se produisant surtout sur les teintes où la 
chaux domine, il en résulte que celles qui n'en con- 
tiennent pas une aussi grande quantité restent plus 
vives et amènent par leur crudité relative un effet qui 
n'était pas dans la pensée du peintre. On conclura 
aisément, de Finconvénient que nous venons de signa- 
ler, que la fresque ne convient pas à nos climats, où 
Tair contient beaucoup d'humidité; à la vérité, les 
climats chauds leur sont contraires sous un autre 
rapport, qui est peut-être plus capital encore. 

Un des grands inconvénients de ce genre est la 
difficulté de rendre adhérente au mur la préparation 
(on aura fait précéder tout ceci[ d'une explication 
sommaire du procédé de la fresque) nécessaire. La 
grande sécheresse ici est un ennui qu'il est impossible 
de combattre. Toute fresque tend à la longue à se 
détacher de la muraille contre laquelle elle est appli- 
quée; c'est la fin la plus ordinaire et la plus inévi- 
table. 

On pourrait peut-être remédier en partie à cela 
(expliquer le procédé de la bourre). 

Ébauche. Il est difficile de dire ce qu'était l'ébauche 
d'un Titien, par exemple. Chez lui, la touche est si 



S30 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

peu apparente, la main de l'ouvrier se dérobe si 
complètement, que les routes qu'il a prises pour 
arriver à cette perfection restent un mystère. 11 reste 
de lui des préparations de tableaux , mais dans des 
sens différents : les unes sont de simples grisailles, les 
autres sont comme charpentées à grandes touches 
avec des tons presque crus ; c'était ce qu'il appelait 
faire le lit de la peinture. (C'est ce qui manque parti- 
culièrement à David et à son école.) Mais je ne pense 
pas qu'aucune puisse mettre sur la voie des moyens 
qu'il a employés pour le conduire à cette manière tou- 
jours égale à elle-même qui se remarque dans ses ou- 
vrages finis, malgré des points de départ aussi difiFé- 
rents. 

L'exécution du Corrège présente à peu près le 
même problème, quoique la teinte en quelque sorte 
ivoirée de ses tableaux et la douceur des contrastes 
donnent à penser qu'il a dû presque toujours com- 
mencer par de la grisaille. (Parler de Prud'hon, de 
l'école de David; dans cette école l'ébauche est nulle, 
car on ne peut donner ce nom à de simples frottis 
qui ne sont que le dessin un peu plus arrêté et recou- 
verts ensuite entièrement par la peinture.) 

Pensée. (Première pensée.) Les premiers linéa- 
ments par lesquels un maître habile indique sa pensée 
contiendront le germe de tout ce que l'ouvrage pré- 
sentera de saillant. Raphaël, Rembrandt, le Poussin, 
— je nomme exprès ceux-ci parce qu'ils ont brillé 
surtout par la pensée, — jettent sur le papier quelques 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 231 

traits : il semble que pas un ne soit indifférent. Pour 
des yeux intelligents, la vie déjà est partout, et rien 
dans le développement de ce thème en. apparence si 
vague ne s'écartera de cette conception à peine éclose 
au jour et complète déjà. 

Il est des talents accomplis qui ne présentent pas 
la même vivacité ni surtout la même clarté dans cette 
espèce d'éveil de la pensée à la lumière ; chez ces 
derniers, l'exécution est nécessaire pour arriver à 
l'imagination du spectateur. En général, ils donnent 
beaucoup à l'imitation. La présence du modèle leur 
est indispensable pour assurer leur marche. Ils arri- 
vent par une autre voie à l'une des perfections de 
l'art. 

En effet, si vous ôtez à un Titien, à un Murillo, 
à un Van Dyck la perfection étonnante de cette imi- 
tation de la nature vivante, cette exécution qui fait 
oublier l'art et l'artiste, vous ne trouvez dans l'inven- 
tion du sujet ou dans sa disposition qu'un motif sou- 
vent dénué d'intérêt pour l'esprit, mais que le magi- 
cien saura bien relever parla poésie de son coloris et 
les prodiges de son pinceau. Le relief extraordinaire, 
l'harmonie des nuances, l'air et la lumière, toutes les 
merveilles de lillusion, s'étaleront sur ce thème dont 
l'esquisse froide et nue ne disait rien à l'esprit. 

Qu'on se figure ce qu'a pu être la première pensée 
de l'admirable tableau des Pèlerins d'Emmaûs, de 
PaulVéronèse : rien de plus froid que cette dispo- 
sition, refroidie encore par la présence de ces per- 



tZt JOURjSAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

sonnages étrangers à la scène, de cette famille des 
donateurs qui se trouve là, en effet, par la plus singu- 
lière convention, de ces petites filles en robe de bro- 
cart jouant avec un chien dans l'endroit le plus 
apparent du tableau, de tant d'objets, costumes, 
architecture, etc., contraires à la vraisemblance! 

Voyez, au contraire, dans Rembrandt, le croquis 
d# ce sujet qu'il a traité plusieurs fois et avec prédi- 
lection ; il fait passer devant nos yeux cet éclair qui 
éblouit les disciples au moment où le divin Maître se 
transfigure en rompant le pain : le heu est soUtaire ; 
point de témoins importuns de cette miraculeuse 
apparition ; l'étonnement profond, le respect, la ter- 
reur se peignent dans ces Ugnes jetées par le senti- 
ment sur ce cuivre, qui se passe, pour vous émouvoir, 
du prestige de la couleur. 

Dans le premier coup de pinceau que Rubens 
donne à son esquisse, je vois Mars ou Rellone ; les 
Furies secouant leur torche aux lueurs sinistres , les 
divinités paisibles s' élançant en pleurant pour les 
arrêter ou s' enfuyant à leur approche ; les arcs, les 
monuments détruits, les flammes de l'incendie. Il 
semble dans ces linéaments à peine tracés que mon 
esprit devance mon œil et saisisse la pensée avant 
presque qu'elle ait pris une forme. Rubens trace la 
première idée de son sujet avec son pinceau, comme 
Raphaël ou Poussin avec leur plume ou leur crayon. 
Malheur à l'artiste qui finit trop tôt certaines parties 
de l'ébauche! Il faut une bien grande sûreté pour ne 



JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 233 

pas être conduit à modifier ces parties quand les 
autres parties seront finies au même degré. Voir 
mes notes du 2 août 1855 (1). 

Terrible, La sensation du terrible et encore moins 
celle de Y horrible ne peuvent se supporter longtemps. 
Il en est de même du surnaturel. Je lis depuis quel- 
ques jours une histoire d'Edgar Poe qui est celle de 
naufragés qui sont pendant cinquante pages dant la 
position la plus horrible et la plus désespérée : rien 
n'est plus ennuyeux. On reconnaît le mauvais goût 
des étrangers. Les Anglais, les Allemands, tous ces 
peuples antilatins n'ont pas de littérateurs parce qu'ils 
n'ont aucune idée du goût et de la mesure (2). Ils 
vous assomment avec la situation la plus intéres- 
sante. 

Clarisse même, venue dans un temps où il y avait 
un reflet en Angleterre des convenances françaises, 
ne pouvait être imaginée que de l'autre côté du détroit. 
Walter Scott, Cooper, à un degré bien plus choquant, 
vous noient dans des détails qui ôtent tout l'intérêt. 
Le terrible est dans les arts un don naturel comme 
celui de la grâce. L'artiste qui n'est pas né pour expri- 
mer cette sensation et qui veut le tenter, est encore 
plus ridicule que celui qui veut se faire léger malgré 



(1) Non retrouvées. 

(2) Cette affirmation, qu'on ne peut d'ailleurs considérer que comme 
un paradoxe chez un artiste qui faisait sa lecture habituelle de Byron, 
Shakespeare et Gœthe, suffirait amplement à démontrer les tendances 
classiques d'Eugène Delacroix, comme nous nous sommes appliqué à le 
faire dans notre Étude. 



t34 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

sa nature. Nous avons parlé ailleurs de la figure que 
Pigalle a imaginée pour représenter la mort dans le 
tombeau du maréchal de Saxe. Certes le terrible était 
là à sa place. Shakespeare seul savait faire parler les 
esprits. 

Michel-Ange. — Les masques antiques et Géricault. 

Le terrible est comme le sublime^ il ne faut pas 
en îibuser. 

V Sublime. Le sublime est dû le plus souvent, chose 
singulière, au défaut de proportion. Voir mes notes 
du 9 mai 1853 (1). Mozart, Racine paraisssent natu- 
rels, étonnent moins que Shakespeare et Michel- Ange. 

Prééminence dans les arts, Y en a-t-il qui effecti- 
vement soient supérieurs? Voir mes notes du 20 mai 
1853 (2). C'est la question de Chenavard. 

Unité. Voir mes notes du 22 mars 1857 (3). D'06er- 
mann : « L'unité, sans laquelle il n'y a pas d'ou- 
vrage qui puisse être beau. » J'ajoute qu'il n'y a 
que l'homme qui fasse des ouvrages sans unité. La 
nature, au contraire, met l'unité même dans les 
parties d'un tout. 

Vague. Même page aussi d'Obermann. — Aussi 
l'église Saint-Jacques de Dieppe. 

Modèle. Voir mes notes du 5 mars 1857 (4). Asser- 
vissement au modèle dans David. Je lui oppose Géri- 

(1) Voir t. II, p. 185 et suiv. 

(2) Voir t. II, p. 204. 

(3) Voir t. III, p. 267. 

(4) Voir t. III, p. 260. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 235 

cault, qui imite également, mais plus librement, et 
met plus d'intérêt. 

> Préparations. Tout donne à penser que les prépa- 
rations des anciennes écoles flamandes ont été unifor- 
mes. Rubens, en les suivant, car il n'a rien changé à 
la méthode de ses maîtres sous ce rapport, s'y est 
constamment conformé. Le fond était clair, et comme 
ces écoles se sont servies presque exclusivement de 
panneaux, il était lisse. L'usage des pinceaux a pré- 
valu sur celui des brosses jusqu'aux écoles des der- 
niers temps. 

^ Effet sur l'imagination. (Voir Intérêt,) Byron dit 
que les poésies de Campbell (1) sentent trop le tra- 
vail... tout le brillant du premier jet est perdu. Il en 
est de même des poèmes comme des tableaux, ils 
ne doivent pas être trop finis. Le grand art est l'effet, 
n'importe comment on le produit. Voir mes notes du 
18 juillet 1850(2). 

« Dans la peinture, et surtout dans le portrait, dit 
Mme Cave, dans son joli traité, c'est l'esprit qui parle 
à l'esprit, et non la science qui parle à la science. » 
Cette observation, plus profonde qu'elle ne l'a peut- 
être cru elle-même, est le procès fait à la pédanterie 
de l'exécution. Je me suis dit cent fois que la pein- 
turCy matériellement parlant, n était quun pont (3) 



(1) Thomas Campbell (1767-1844), poète anglais. 

(2) Voir t. II, p. 12. 

(3) Sur le caractère suggestif de Toeuvre d'art, dans la pensée de Dela- 
croix, voir notre Étude, p. xxxix et xl. 



236 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

jeté entre iesprit du peintre et celui du spectateur, 
La froide exactitude n'est pas Tart : ringénieux 
artifice, quand il plaît et qu'il exprime, est Tart tout 
entier. La prétendue conscience de la plupart des 
peintres n'est que la perfection apportée laborieuse- 
" ment à l'art d'ennuyer. 

L'expérience est indispensable pour apprendre 
tout le parti qu'on peut tirer de son instrument, mais 
surtout pour éviter ce qui ne doit pas être tenté. 
L'homme sans maturité se jette à tout propos dans 
des tentatives insensées en voulant faire rendre à 
l'art plus qu'il ne peut ou ne doit; il n'arrive même 
pas à un certain degré de supériorité dans les limites 
du possible. Il ne faut pas oublier que le langage, et 
j'applique ceci au langage de tous les arts, est tou- 
jours imparfait. Le grand écrivain supplée à cette 
imperfection par le tour particulier qu'il donne à la 
langue de tout le monde; l'expérience, mais surtout 
la confiance dans ses forces, donne au talent cette 
assurance d'avoir fait tout ce qui pouvait être fait. U 
n'y a que les fous ou les impuissants qui se tourmen- 
tent pour l'impossible. L'homme supérieur sait s'arrê- 
ter : il sait qu'il a fait ce qu'il est possible de faire. 
Voir mes notes du 25 juin 1850 (1). 

Sans hardiesse et même sans une hardiesse ex- 
trême, il n'y a pas de beautés. Lord Byron vante le 
genièvre comme son Hippocrène à cause de la har- 

(1) Non retrouvées. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 237 

diesse qu'il y pmsait. Il faut donc presque être hors 
de soi y amens, pour être tout ce qu'on peut être. 
Étrange phénomène qui ne relève pas notre nature 
ni l'opinion qu'on doit avoir de tous les beaux esprits 
qui ont été chercher dans une bouteille le secret de 
leur talent (1). 

Musique d'église. Lord Byron dit qu'il a eu le pro- 
jet de composer un poème de Job. « Mais, dit-il, je 
l'ai trouvé trop sublime : il n'y a point de poésie qu'on 
puisse comparer à celle-là. » 

J'en dirai autant de la simple musique d'église. 
architecte. Voir mes notes du 14 juin 1850 (2). 
Autorité. 

Anciens et modernes. Voir l'article de Thierry, 
Moniteur du 17 mars, sur l'étude de Virgile par 
Sainte-Beuve. 

Querelle entre la simplicité et l'élan moderne vers 
d'autres sources du beau. 

Beau. Vague. Voir dans Obermann, t. 1, p. 153. 
Liaison. Quand nous jetons les yeux sur les objets 
qui nous entourent, que ce soit un paysage ou un 
intérieur, nous remarquons entre les objets qui s'of- 
frent à nos regards une sorte de liaison produite par 
l'atmosphère qui les enveloppe et par les reflets de 
tout genre qui font pour ainsi dire participer chaque 
objet à une sorte d'harmonie générale. C'est une sorte 
de charme dont il semble que la peinture ne peut se 

(1) Voir t, I, p. 225. 

(2) Non retrouvées. 



sas JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

passer; cependant il s'en faut que la plupart des 
peintres et même des grands maîtres s'en soient pré- 
occupés. Le plus grand nombre semble même n'avoir 
pas remarqué dans la nature cette harmonie néces- 
saire qui établit dans un ouvrage de peinture une 
unité que les lignes elles-mêmes ne suffisent pas à 
créer, malgré l'arrangement le plus ingénieux. 

Il semble presque superflu de dire que les peintres 
peu portés vers l'effet et la couleur n'en ont tenu 
aucun compte; mais ce qui est plus surprenant, c'est 
que chez beaucoup de grands coloristes cette qualité 
est très souvent négligée, et assurément par un défaut 
de sentiment à cet endroit. 

Michel'Jnge. On peut dire que si son style a con- 
tribué à corrompre le goût, la fréquentation de 
Michel-Ange a exalté (1) et élevé successivement 
au-dessus d'eux-mêmes toutes les générations de 
peintres qui sont venues après lui. 

Rubens l'a imité, mais comme il pouvait imiter. U 
était imbu d'ouvrages subUmes, et il s'y était senti 
porté parce qu'il avait en lui. Quelle différence entre 
cette imitation et celle des Carrache ! 

(i) L'article de Delacroix sur Michel-Ange parut à la Revue de Paris 
en 1830, c'est-à-dire à l'époque de ses plus ardents enthousiasmes pour 
le grand sculpteur, et se terminait ainsi : « Ebloui de l'éclat d'un si 
« grand génie, et regrettant d'en avoir donné une si faible idée, c'est bien 
tt à lui que nous devons appliquer ce qu'il disait lui-même du Dante dans 
« ce vers : 

« Quanto dirne si dee non sipuo dire. 

« On ne dira jamais de lui tout ce qu'il en faut dire. » 

. (Eugène DELàCROix, sa vie et ses œuvres, p. iS6.) 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 23» 

Réussir, Pour réussir dans un art, il faut le cultiver 
toute sa vie. Voir mes notes du 22 mai 1850 (1). 

Après être resté longtemps en Angleterre, il s'était 
déshabitué de sa propre langue; il lui fallut du 
temps pour s'y remettre; tant il faut se tenir en ha- 
leine... Et c est Voltaire qui parle! 

Peinture des églises. Ornements peints. Voir, dans 
mes notes du 22 avril 1849, ce que m'en dit Isabey à 
Notre-Dame de Lorette (2) . Il y a dans le même Agenda, 
vers la fin, d'autres réflexions sur le même sujet. 
>^ Inconvénient des fonds d'or. Même note. 

La peinture monumentale y comme l'entendent les 
modernes. 

— Il faut de toutes mes notes, autres que celles 
qui s'appliquent au Dictionnaire, faire un ouvrage 
suivi (3), au moyen de la jonction des passages ana- 

(1) On ne saurait trop regretter la perte de ce carnet contenant les- 
notes des mois de mai et juin 1850, qui devait renfermer, autant qu'on 
peot en juger, tant de réflexions d'un intérêt capital. 

(2) Voir t. I, p. 432. 

(3) Voilà qui indique clairement les intentions de Delacroix et répond 
victorieusement aux allégations de ceux qui pourraient prétendre que le 
Journal du maître n'a été, en aucune de ses parties^ composé avec une 
arrière^ensée de publicité. Sans parler même de ce Dictionnaire des 
Beaux-Arts dont les fragments ici jetés, avec indication fréquente des 
points de suture, ne peuvent laisser aucun doute sur ses intentions de 
derrière la tête, il est bien clair qu'il y a tel morceau écrit avec un soin, 
un souci de la forme, raturé à plusieurs reprises, et repris après coup^ 
sur lequel la simple inspection du manuscrit original suffit à édifier le 
lecteur. Puisque nous en sommes à ce point intéressant, nous ajouterons- 
que dans ces dernières années, l'année 1855 par exemple, de nombreuses 
pages, qui devaient contenir des allusions personnelles ou des jugements 
un peu sévères, sont déchirées, et que beaucoup de noms propres ont été 
raturés avec une telle énergie qu'il est absolument impossible de rien 
discerner. 



240 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

logues et au moyen de transitions insensibles. U ne 
faut donc pas les détacher et les publier séparément. 
Par exemple, mettre ensemble tout ce qui est du spec^ 
tacle de la nature, etc. 

Des Dialogues permettraient une grande liberté de 
langage à la première personne, des transitions faciles, 
des contradictions, etc. — Des extraits d'une corres- 
pondance rempliraient le même objet. — Lettres de 
deux amis, l'un triste, l'autre gai, les deux faces de la 
vie. — Lettres et observations critiques. 

Notes pour un Dictionnaire des Beaux- Arts : 

avertissement préliminaire. 

Architecture des églises chrétiennes. Article du 
Moniteur, 37 mars 1857, sur l'invention de M. Gar- 
naud (1). 

Homère. Rubens est plus homérique que certains 
antiques. Il avait un génie analogue. C'est l'esprit qui 
est tout. Ingres n'a rien d'homérique que la préten- 
tion. Il calque l'extérieur. Rubens est un Homère en 
peignant l'esprit et en négligeant le vêtement, ou plu- 
tôt avec le vêtement de son époque. — Tapisseries de 
la Fie (T Achille (2). U est plus homérique que Vir- 
gile, c'est qu'il l'était tout naturellement. 

(1) Antoine ' Martin Gamaud (1796-1861), architecte, grand prix 
d'architecture en 1817, exécuta de nombreux travaux d'embellissement 
dans Paris. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé : Études sur les églises, 
depuis l'église rurale jusqu'aux cathédrales. 

(2) Se référer au beau passage du Journal sur ces tapisseries. Voir 
t. II, p. 69 et suiv. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 241 

Objets polis. Il semble que par leur nature ils favo- 
risent l'effet propre à les rendre en ce que leurs clairs 
sont beaucoup plus vifs et leurs parties sombres beau- 
coup plus sombres que dans les objets mats. Ce sont 
de véritables miroirs ! Là où ils ne sont pas frappés 
par une vive lumière, ils réfléchissent avec une inten- 
sité extràne les parties sombres. J'ai dit ailleurs (1) 
que le ton même de l'objet se trouvait toujours à côté 
du point le plus brillant, et ceci s'applique aux étoffes 
luisantes, au pelage des animaux comme aux métaux 
polis. 

Exécution. La bonne ou plutôt la vraie exécution 
est celle qui par la pratique, en apparence matérielle, 
ajoute à la pensée, sans laquelle la pensée n'est pas 
complète ; ainsi sont les beaux vers. On peut expri- 
mer platement de belles idées. 

L'exécution de David est froide; elle refroidirait 
des idées plus élevées et plus animées que les siennes. 
L'exécution , au contraire, relève l'idée dansj ce qu'elle 
a de commun ou de faible. 

Imagination (2). Elle est la première qualité de 
l'artiste. Elle n'est pas moins nécessaire à l'amateur. 
Je ne conçois pas l'homme dénué d'imagination et 
qui achète des tableaux : c'est qu'il a de la vanité en 
proportion de ce qui lui manque sous le rapport que 
j'ai dit. Or, quoique cela paraisse étrange, le plus 
grand nombre des hommes en est dépourvu. Non 

(1) Voir t. III, p. 205. 

(2) Voir aotre Étude, p. xxxviix et xxzix. 

m. 16 



1 



Î4Î JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

seulement ils n'ont pas cette imagination ardente ou 
pénétrante qui leur peint avec vivacité les objets, qui 
les introduit dans leurs causes mêmes, mais ils n'ont 
pas davantage la compréhension nette des ouvrages 
où cette imagination domine. 

Les partisans de Taxiome des sensualistes, que 
nil in intellectu quod non Juerit prias in sensu, pré- 
tendent en conséquence de ce principe que Fimagina- 
tion n'est qu'une espèce de souvenir. Il faudra bien 
qu'ils accordent cependant que tous les hommes 
ont la sensation et la mémoire, et que très peu ont 
l'imagination, qu'on prétend se composer de ces deux 
éléments. L'imagination chez l'artiste ne se repré- 
sente pas seulement tels ou tels objets, elle les com- 
bine pour la fin qu'il veut obtenir ; elle fait des 
tableaux, des images qu'il compose à son gré. Où 
est donc l'expérience acquise qui peut donner cette 
faculté de composition ? 

Empâtement. Le vrai talent de l'exécution doit 
consister à tirer le meilleur parti possible pour l'effet 
des moyens matériels. Chaque procédé a ses avan- 
tages et ses inconvénients. Pour ne parler que de 
celui de la peinture à l'huile, qui est le plus parfait et 
le plus abondant en ressources, il importe d'étudier 
comment il a été employé par les diverses écoles et 
de voir le parti qu'on peut tirer de ces différentes 
manières. Mais sans entrer dans le détail de cha- 
cune de ces manières, on peut s'en rendre compte 
à priori. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 243 

Ce qui constitue les avantages de ce genre (la pein- 
ture à l'huile), que les grands maîtres ont porté diver- 
sement à la perfection, est : 1* l'intensité que les tons 
foncés conservent au moment de l'exécution; ce qui 
ne se rencontre ni dans la détrempe, ni dans la fres- 
que, ni dans l'aquarelle, ni en un mot dans toutes les 
peintures à l'eau, laquelle, étant l'unique agent qui 
délaye les couleurs, les laisse en s'évaporant beaucoup 
au-dessous du ton : la peinture à l'huile a la propriété 
de conserver les couleurs fraîches pour les marier; 
2* la faculté d'employer suivant l'opportunité tantôt 
les frottis, tantôt les empâtements, ce qui favorise 
incomparablement le rendu, soit des parties mates, 
soit des parties transparentes; 3® la possibilité de 
revenir à volonté sur la peinture sans l'altérer, et au 
contraire en augmentant la vigueur de l'effet ou en 
atténuant la crudité des tons ; 4" la facilité que la 
fluidité des couleurs, pendant un temps assez long, 
donne à l'artiste dans le maniement du pinceau, etc. 

Plusieurs inconvénients : effets du vernis par le 
temps; nécessité d'attendre pour retoucher. 

Il est nécessaire de calculer le contraste de l'em- 
pâtement et du glacis, de manière que ce contraste 
se fasse encore sentir, même quand les vernis succes- 
sifs ont produit leur effet, qui est toujours de rendre 
le tableau lisse. 

> Arbres. La manière de les peindre et de les pré- 
parer. 

J'ai noté dans un Agenda (29 avril 1854) cette 



244 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

sorte d'ébauche conforme à la marche naturelle (1). 
^Poussière. Le ton de la poussière est la demi- 
teinte la plus universelle. En effet, elle est un com- 
posé de tous les tons. Les tons de la palette mêlés 
ensemble donnent toujours un ton de poussière plus 
ou moins intense. 

Graveur, Je trouve dans un article de la Presse 
sur Geoffroi Tory (2), du 17 juin 1857, que les an- 
ciens graveurs étaient des artistes ; aujourd'hui ils 
ne sont que des mercenaires ! 

Intérêt. Mettre de l'intérêt dans un ouvrage, tel 
est le but principal que se propose Tartiste; on n'y 
parvient que par la réunion de beaucoup de moyens. 
Un sujet intéressant ne peut parvenir à intéresser 
quand il est traité par une main malhabile : ce qui 
semble, au contraire, le moins fait pour intéresser, 
intéresse et captive sous ime main savante et au 
soufQe de l'inspiration. Une sorte d'instinct fait démê- 
ler à l'artiste supérieur où doit principalement résider 
l'intérêt de sa composition. L'art de grouper, l'art de 
porter à propos la lumière et de colorer avec viva- 
cité ou avec sobriété, l'art de sacrifier comme celui 
de multiplier les moyens d'effet, une foule d'autres 
quaUtés du grand artiste sont nécessaires pour exci- 
ter l'intérêt et y concourir dans la mesure conve- 



(1) Voir t. II, p. 344 et suiv. 

(î) Geoffroi Tory (1485-1533) , typographe et graveur, connu «ous 
le nom de Maître du Pot cassé, à cause de eon enseigne et de la marque 
qu'il mettait à ses ouvrages. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 245 

nable; l'exacte vérité des caractères ou leur exagéra- 
tion, la multiplicité comme la sobriété des détails, la 
réunion des masses comme leur dispersion, toutes les 
ressources de l'art, en un mot, deviennent sous la 
main de l'artiste comme les touches d'un clavier dont 
il tire certains sons, tandis qu'il laisse sommeiller 
certains autres. 

La source principale de l'intérêt vient de l'âme, et 
elle va à l'âme du spectateur d'une manière irrésis- 
tible. Non pas que toute œuvre intéressante frappe 
également tous les spectateurs par cela que chacun 
d'eux est censé avoir une âme : on ne peut émouvoir 
qu'un sujet doué de sensibilité et d'imagination. Ces 
deux facultés sont aussi indispensables au spectateur 
qu'à l'artiste, quoique dans une mesure différente. 

Les talents maniérés ne peuvent éveiller un intérêt 
véritable; ils peuvent exciter la curiosité, flatter un 
goût du moment, s'adresser à des passions qui n'ont 
rien de commun avec l'art; mais comme le caractère 
principal de la manière est le défaut de sincérité dans 
le sentiment comme dans l'imitation , ils ne peuvent 
frapper l'imagination qui n'est en nous-mêmes qu'une 
sorte de miroir où la nature telle qu'elle est vient se 
réfléchir pour nous donner, par une sorte de souvenir 
poissant, les spectacles des choses dont l'âme seule 
a la jouissance. 

II n'y a guère que les maîtres qui excitent l'intérêt, 
mais ils le font par des moyens différents, à raison de 
la pente particulière de leur génie. Il serait absurde 



Î46 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

de demander à un Rubans l'espèce d'intérêt qu'un 
Léonard ou un Raphaël sait exciter par des détails 
tels que des mains, des têtes dans lesquelles la correc- 
tion s'unit à l'expression. Il est aussi inutile de deman- 
der à ces derniers ces effets d'ensemble , cette verve, 
cette largesse que recommandent les ouvrages du 
plus brillant des peintres. Le Tobie de Rembrandt 
ne se recommande pas par les mêmes qualités que 
tels tableaux du Titien, dans lesquels la perfection 
des détails est loin de nuire à la beauté de l'ensemble, 
mais qui ne portent point dans l'imagination cette 
émotion, ce trouble même que la naïveté et le nerf 
des caractères, la singularité et la profondeur de 
certains effets font éprouver à l'âme en présence 
d'un ouvrage de Rembrandt. 

David faisait consister le mérite à bien copier son 
modèle, tout en s'amendant à l'aide de fragments 
antiques pour en relever la vulgarité. 

Corrège, au contraire, ne jetait un regard sur la 
nature que pour s'empêcher de tomber dans des 
énormités. Tout son charme, tout ce qui est en lui 
puissance et effets de génie, sortait de son imagi- 
nation pour aller réveiller un écho dans les imagina- 
tions faites pour le comprendre. . . 

Éclectisme dans les arts. Ce mot pédant, introduit 
dans la langue par les philosophes de ce siècle , s'ap- 
plique assez bien aux tentatives modérées de certaines 
écoles. On pourrait dire que Y éclectisme est la bannière 
française par excellence dans les arts du dessin et 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 24T 

dans la musique. Les Allemands et les Italiens ont eu 
dans leurs arts des qualités tranchées dont les unes 
sont souvent antipathiques aux autres : les Français 
semblent avoir cherché de tout temps à conciher ces 
extrêmes en atténuant ce qu'ils semblaient avoir de 
discordant. Aussi leurs ouvrages sont-ils moins frap- 
pants. Ils s'adressent à l'esprit plus qu'au sentiment. 
Dans la musique, dans la peinture, ils viennent après 
toutes les autres écoles, apportant à petites doses 
dans leurs œuvres une somme de qualités qui s'ex- 
cluent chez les autres, mais qui s'allient chez eux 
grâce à leur tempérament. 

Sentiment. Le sentiment fait des miracles. C'est 
par lui qu'une gravure, qu'une lithographie produit 
à Fimagination l'effet de la peinture elle-même. Dans 
ce grenadier de Charlet, je vois le ton à travers le 
crayon; en un mot, je ne désire rien de plus que ce 
que je vois. 11 me semble que la coloration, que la 
peinture me gênerait, nuirait à l'effet de l'ensemble. 

Le sentiment, c'est la touche intelligente qui 
résume, qui donne l'équivalent. 
>CAe/5-rf œuvre. Voir mes notes du 21 février 1856(1). 
Intérêt (suite) (2). Les écoles ne voient tour à 
tour de perfection que dans une seule espèce de 
mérite. Elles condamnent tout ce que les maîtres à la 
mode ont condamné. Le dessin est aujourd'hui à la 
mode : encore n'est-ce qu'une seule espèce de dessin ! 

(1) Voir t. III, p. 132 et »uiv. 

(2) Voir t. III, p. 244. 



Î48 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Le dessin de David, dans cette école de David issue 
de David, n'est plus le vrai dessin. . . 

Originalité. Consiste-t-elle dans la priorité d'in- 
vention de certaines idées, de certains effets frap- 
pants? 

> École. Faire école. Des hommes médiocres ou au 
moins secondaires ont pu faire école , tandis que de 
très grands hommes n'ont point eu cet avantage, si 
c'en est un. Il y a quatre-vingts ans, c'étaient les 
Vanloo qui donnaient les prix de Rome et dont le style 
régnait en souverain. Dans- ce moment s'éleva un 
talent qui avait sucé leurs principes et qui devait 
s'illustrer par des principes tout différents. David 
renouvelle l'art, on peut le dire; mais le mérite n'en 
est pas seulement à son originalité propre; plusieurs 
tentatives avaient été faites : Mengs et autres. La 
découverte des peintures d'Herculanum avait poussé 
les esprits à l'imitation et à l'admiration de l'antique. 
Arrive David, esprit plus vigoureux qu'inventif, plus 
sectaire qu'artiste, imbu des idées modernes qui 
éclataient en tout dans la politique et qui portaient 
à l'admiration exclusive des anciens, surtout dans 
ce dernier objet résumé pour les arts... Le style 
énervé et facile des Vanloo avait fait son temps. 

Cent soixante ans auparavant, un génie bien autre- 
ment original que celui de David, éclos au moment 
où l'école de Lebrun était dans toute sa force, n'obtint 
pas la même fortune. Tout le génie de Puget, toute sa 
verve, toute sa force, qui prenait sa source dans l'inspi- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. Î49 

ration de la nature , ne put faire école en présence 
des Coysevox, des Goustou, de toute cette école très 
considérable elle-même, mais déjà entachée de ma- 
nière et d'esprit d'école. 

y Raffinement. Du raffinement dans les époques de 
décadence. Voir mes notes du 9 avril 1856 (1). 
'^ Exécution, Son importance. Le malheur des 
tableaux de David et de son école est de manquer de 
cette qualité précieuse sans laquelle le reste est 
imparfait et presque inutile. On peut y admirer un 
grand dessin, quelquefois de Tordonnance, comme 
dans Gérard; de la grandeur, de la fougue, du pathé- 
tique, comme dans Girodet; un vrai goût antique 
chez David lui-même, dans les Sabines, par exemple. 
Mais le charme que la main de l'ouvrier ajoute à tous 
ces mérites est absent de leurs ouvrages et les place 
au-dessous de ceux des grands maîtres consacrés. 
Prud'hon (2) est le seul peintre de cette époque dont 



(1) Voir t. III, p. 139 et suiv. 

(2) Dans «od Etude sur Prud^hon parue à la Revue des Deux Mondes 
le l*' novembre 1846, voici ce qu'écrivait Delacroix : « On ne refusera 
« pas à Prud'hon une grande partie des mérites qui sont ceux de l'an- 
« tique. Dans la moindre étude sortie de sa main, on reconnaît un 
« homnie profondément inspiré de ces beautés. Il serait hardi sans doute 
« de dire qu'il les a égalées dans toutes leurs parties. Il eût retrouvé à 
«lui seul, parmi les modernes, ce secret du grand, du beau, du vrai^ et 
« surtout du simple, qui n'a été connu que des seuls anciens. Il faut 
« avouer que la grâce chez lui dégénère quelquefois en afféterie. La 
« coquetterie de sa touche ôte souvent du sérieux à des figures d'une 
«belle invention. Entraîné par l'expression et oubliant souvent le 
« moâSe^Ni: lui arrive d'offenser les proportions ; mais il sait presque 
« toujours sauver habilement ces faiblesses. » (Eugène Delacroix, sa vie 
et ses œuvres, p. 206 et 207.) 



S50 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

rexécution soit égale à Tidée et qui plaise par ce côté 
du talent qu'on appelle la partie matérielle, mais qui 
est, quoi qu'on en dise, toute sentimentale, tout 
idéale comme la conception elle-même, qu'elle doit 
compléter nécessairement. Voir mes notes du 15 dé- 
cembre 1857 (1). Dans cette peinture, l'épiderme 
manque partout . 

Style moderne (en littérature). Le style moderne 
est mauvais : abus de la sentimentalité, du pittoresque 
à pi*opos de tout. Si un amiral raconte des campa- 
gnes de mer, il le fait dans un style de romancier et 
presque d'humanitaire. On allonge tout, on poétise 
tout. On veut paraître ému, pénétré, et l'on croit à 
tort que ce dithyrambe perpétuel gagnera l'esprit du 
lecteur et lui donnera une grande idée de l'auteur et 
surtout de la bonté de son cœur. Les mémoires, les 
histoires même sont détestables. La philosophie, les 
sciences, tout ce qui s'écrit à propos de ces dif- 
férents objets, est empreint de cette fausse couleur, 
de ce style d'emprunt. 

J'en suis fâché pour nos contemporains. La posté- 
rité n'ira pas chercher dans ce qu'ils laisseront, 
ni surtout dans les portraits qu'ils auront faits 
d'eux-mêmes, des modèles de sincérité. Il n'y a 
pas jusqu'à l'admirable histoire de Thiers à porter 
l'empreinte de ce style pleurard, toujours prêt à 
s'arrêter en chemin pour gémir sur l'ambition des 

(1) Non retrouvées. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 251 

conquérants, sur la rigueur des saisons, sur les souf- 
frances humaines.. Ce sont des sermons ou des élégies. 
Rien de mâle ou qui fasse l'effet uniquement conve- 
nable, et cela, parce que rien n'est à sa place ou en 
tient trop et est déclamé en pédagogue plutôt que 
raconté simplement. 
'>' Autorites. La peste pour les grands talents, et pres- 
que la totalité du talent pour les médiocres. Voir 
mes notes du 10 octobre 1853 (1). « Elles sont les 
lisières qui aident presque tout le monde à marcher 
quand on entre dans la carrière, mais elles laissent à 
presque tout le monde des marques ineffaçables. » 

Modèle, Sur l'emploi du modèle, voir mes notes 
du 12 octobre (2) et du 17 octobre 1853 (3). 

Opéra, Sur la réunion des différents arts dans ce 
genre de spectacle, sur le plaisir qui résulte de cette 
réunion et aussi sur la fatigue qui doit gagner plus 
vite le spectateur en raison de cette surabondance 
d'expression, voir calepin d'Augerville, 1854 (4). J'y 
parle aussi de la sonorité, que Chopin n'admettait pas 
comme une source légitime de sensation. 
> Exécution. Nous avons dit qu'une bonne exécution 
était de la plus grande importance. On irait jusqu'à 
dire que, si elle n'est pas tout, elle est le seul moyen 
qui mette le reste en lumière et qui lui donne sa 
valeur. Les écoles de décadence l'ont placée dans 

(1) Voir t. II, p. 236. 

(2) Voir t. II, p. 238 et suiv. 

(3) Voir t. II, p. 246 

(4) Non retrouvé. 



25Î JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

une certaine prestesse de la main, dans une certaine 
façon cavalière d'exprimer, dans ce qu'on a appelé 
la franchise, le beau pinceau, etc. Il est certain 
qu'après les grands maîtres du seizième siècle, l'exé- 
cution matérielle change dans la peinture. La pein- 
ture des ateliers, une peinture faite du premier coup, 
sur laquelle on ne peut guère revenir, succède à ces 
exécutions toutes de sentiment, et que chaque maître 
se faisait à lui-même, ou plutôt que son instinct lui 
inspirait suivant le besoin de son génie. Certes on ne 
peut faire un Titien avec les moyens employés par 
un Rubens et le pointillage, etc. Le Raphaël que 
j'ai vu rue Grange-Batelière était fait à petits coups 
de pinceau... Un peintre de l'école des Carrache se 
serait cru déshonoré de peindre avec cette minutie. 
A plus forte raison ceux des écoles plus récentes et 
plus corrompues des Vanloo. 

Style français. Sur la froideur du style français. 
De cette correction même dans de grandes écoles 
comme celle de Louis XIV qui glace l'imagination 
tout en satisfaisant l'esprit. Voir mes notes du 
23 mars 1855 (1). Chose singulière, jusqu'à l'école 
de Lebrun, du Poussin, etc., d'où sont sortis les 
Coysevox, les Coustou, la sculpture française joint 
la fantaisie à la belle exécution et rivalise avec les 
écoles d'Italie du grand style. Germain Pilon, Jean 
Goujon. 

(1) Voir t. III, p. 14 et 15. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. Î53 

Ébauche. Voir mes notes du 2 avril 1855 (1). 

Couleur, De sa supériorité ou de son exquisivité, 
si Ton veut, sous le rapport de l'effet sur Timagina- 
tion. Voir mes notes du 6 juin 1851 (2). Sur la cou- 
leur chez Lesueur. 

Oppositions. Granet disait que la peinture consistait 
àmettre du blanc sur du noir et du noir sur du blanc. 

Artiste. 

Imitation. On donne particulièrement le nom 
d'arts d'imitation à la peinture et à la sculpture; les 
autres arts, comme la musique, la poésie, n'imitent 
pas la nature directement, quoique leur but soit de 
frapper l'imagination. 

De l'antique et des écoles hollandaises. On s'éton- 
nera de voir réunies dans un même titre des produc- 
tions en apparence si diverses, diverses par le temps, 
mais moins diverses qu'on ne croit par le style et 
l'esprit dans lequel elles ont été conçues. 

Antique (3). D'où vient cette qualité particulière, 
ce goût parfait qui n'est que dans l'antique? Peut- 
être de ce que nous lui comparons tout ce qu'on 

(i) Non retrouvées. 

(2) Voir t. II, p. 63 et auiv. 

(3) Dans un fragment d'album déjà publié, sous le titre : De Vart 
ancien et de Part moderne, on lit cette réflexion : « On ne peut assez 

■ répéter que les règles du Beau sont éternelles, immuables, et que les 

■ formes en sont variables. Qui décide de ces règles, et de ces formes 

■ diverses qui sont tenues de se plier à ces règles, toutefois avec une 
*> physionomie différente ? Le goût seul, aussi rare peut-être que le Beau : 

■ le goût qui fait deviner le Beau où il est, et qui le fait trouver aux 
■grands artistes qui ont le don d'inventer. » (Eugène Delacroix, sa vie 
et ses enivres, p. 408.) 



Î54 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

a fait en croyant Timiter. Mais encore, que peut-on 
lui comparer dans ce qui a été fait de plus parfait 
dans les genres les plus divers? Je ne vois point ce 
qui manque à Virgile, à Horace. Je vois bien ce que 
je voudrais dans nos plus grands écrivains et aussi ce 
que je n'y voudrais pas. Peut-être aussi que, me 
trouvant avec ces derniers dans une communauté, si 
j'ose dire, de civilisation, je les vois plus à fond, je les 
comprends mieux surtout, je vois mieux le désaccord 
entre ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont voulu faire. Un 
Romain m'eût fait voir dans Horace et dans Virgile 
des taches ou des fautes que je ne peux y voir ; mais 
c'est surtout dans tout ce qui nous reste des arts plas- 
tiques des anciens que cette qualité de goût et de 
mesure parfaite se trouve au plus haut point de per- 
fection. Nous pouvons soutenir la comparaison avec 
eux dans la littérature; dans les arts, jamais. 

Titien est un de ceux qui se rapprochent le plus de 
l'esprit de l'antique. Il est de la famille des Hollandais 
et par conséquent de celle de l'antique. Il sait faire 
d'après nature : c'est ce qui rappelle toujours dans ses 
tableaux un type vrai, par conséquent non passager 
comme ce qui sort de l'imagination d'un homme, 
lequel ayant des imitateurs en donne plus vite le dé- 
goût. On dirait qu'il y a un grain de folie dans tous 
les autres ; lui seul est de bon sens, maître de lui, de 
sa facilité et de son exécution, qui ne le domine jamais 
et dont il ne fait point parade. Nous croyons imiter 
l'antique en le prenant pour ainsi dire à la lettre, en 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 255 

faisant la caricature de ses draperies, etc. Titien et 
les Flamands ont l'esprit de Tantique, et non Fimita- 
tien de ses formes extérieures. 

L'antique ne sacrifie pas à la grâce, comme Raphaël, 
Corrège et la Renaissance en général; il n'a pas cette 
affectation, soit de la force, soit de l'imprévu, comme 
dans Michel-Ange. Il n'a jamais la bassesse du Puget 
dans certaines parties, ni son naturel par trop naturel. 

Tous ces hommes ont, dans leurs ouvrages, des 
parties surannées; rien de tel dans l'antique. Chez les 
modernes, il y en a toujours trop; chez l'antique, 
toujours même sobriété et même force contenue. 

Ceux qui ne voient dans Titien que le plus grand 
des coloristes sont dans une grande erreur : il l'est 
effectivement, mais il est en même temps le premier 
des dessinateurs, si on entend par dessin celui de la 
nature (1), et non celui où l'imagination du peintre 
a plus de part, intervient plus que l'imitation. Non 
que cette imagination chez Titien soit servile : il ne 
faut que comparer son dessin à celui des peintres qui 
se sont appliqués à rendre exactement la nature dans 
les écoles bolonaise ou espagnole, par exemple. On 
peut dire que chez les Italiens le style l'emporte sur 

(i) Aux lecteurs désireux d'approfondir cette intéressante distinction 
entre le « dessin de la nature et celui où l'imagination du peintre a le 
plus de parjt n , rien ne saurait être plus précieux que le commentaire et 
le développement de cette même idée, repris à plusieurs reprises par 
Baudelaire dans ses différentes Études sur Delacroix, et notamment dans 
une comparaison qui mérite de demeurer classique entre le dessin d'Ingres 
et le dessin de Delacroix. (Voir les Curiosités esthétiques et VÀrt roman- 
tique,) 



«56 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

tout : je n'entends pas dire par là que tous les artistes 
italiens ont un grand style ou même un style ag^réable, 
je veux dire qu'ils sont enclins à abonder chacun dans 
ce qu'on peut appeler leur style, qu'on le prenne en 
bonne ou mauvaise part. J'entends par là que Michel- 
Ange abuse de son style, autant que le Beroin ou 
Piètre de Cortone, eu égard pour chacun à l'élévation 
où à la vulgarité de ce style : en un mot, leur manière 
particulière, ce qu'ils croient ajouter ou ajoutent à 
leur insu à la nature, éloigne toute idée d'imitation et 
nuit à la vérité et à la naïveté de l'expression. On ne 
trouve guère cette naïveté précieuse chez les Italiens 
qu'avant le Titien, qui la conserve au miheu de cet 
entraînement de ses contemporains vers la manière, 
manière qui vise plus ou moins au sublime,, mais 
que les imitateurs rendent bien vite ridicule. 

Il est un autre homme dont il faut parler ici, pour 
le mettre sur la même Ugne que le Titien , si l'on 
regarde comme la première qualité la vérité unie à 
l'idéal : c'est Paul Véronèse. Il est plus libre que le 
Titien, mais il est moins fini. Ils ont tous les deux 
cette tranquillité, ce calme tempérament qui indique 
des esprits qui se possèdent. Paul semble plus savant, 
moins collé au modèle, partant plus indépendant dans 
son exécution. En revanche, le scrupule du Titien n a 
rien qui inchne à la froideur : je parle surtout de celle 
de l'exécution, qui suffit à réchauffer le tableau; car 
l'un et l'autre donnent moins à l'expression que la 
plupart des grands maîtres. Cette qualité si rare, ce 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 257 

sang-froid animé, si on peut le dire, exclut sans doute 
les effets qui tendent à l'émotion. Ce sont encore là des 
particularités qui leur sont communes avec ceux de 
Fantique, chez lesquels la forme plastique extérieure 
passe avant l'expression. On explique par l'introdilc- 
tion du christianisme cette singulière révolution qui 
se fait au moyen âge dans les arts du dessin, c'est-à- 
dire la prédominance de l'expression. Le mysticisme 
chrétien qui planait sur tout, l'habitude pour les 
artistes de représenter presque exclusivement des 
sujets de la religion qui parlent avant tout à l'âme, 
ont favorisé indubitablement cette pente générale à 
l'expression. Il en est résulté nécessairement dans les 
âges modernes plus d'imperfection dans les qualités 
plastiques. Les anciens n'offrent point les exagéra- 
tions ou incorrections des Michel-Ange, des Puget, 
des Corrège; en revanche, le beau calme de ces belles 
figures n'éveille en rien cette partie de l'imagination 
que les modernes intéressent par tant de points. Cette 
turbulence sombre de Michel -Ange, ce je ne sais 
quoi de mystérieux et d'agrandi qui passionne son 
moindre ouvrage; cette grâce noble et pénétrante, 
cet attrait irrésistible du Corrège; la profonde expres- 
sion et la fougue deRubens; le vague, la magie, le 
dessin expressif de Rembrandt : tout cela est de nous^ 
et les anciens ne s'en sont jamais doutés. 

Rossini est un exemple frappant de cette passion 
de l'agrément, de la grâce outrée. Aussi son école 
est-elle insupportable ! 

m. 17 



iSS JOURNAL D*EUGÉNB DELACROIX. 

4 février. — Pour faire partie de la préface du 
Dictionnaire. 

Je désirerais contribuer à apprendre à mieux lire 
dans les beaux ouvrages (1). A Athènes, dit-on, il y 
avait beaucoup plus de juges des Beaux-Arts que 
dans nos modernes sociétés. Le grand goût des ou- 
vrages de l'antiquité confirme dans cette opinion. 
L'artiste qui travaille poui* un public éclairé rou- 
git de descendre à des moyens d'effet désavoués par 
le goût. 

Le goût a péri chez les anciens, non pas à la 
manière d'une mode qui change, — effet qui se pro- 
duit à chaque instant sous nos yeux et sans cause 
absolument nécessaire, — le goût a péri chez les an- 
ciens avec les institutions et les mœurs, quand il a fallu 
plaire à des vainqueurs barbares, comme ont été, par 
exemple, les Romains par rapport aux Grecs ; le goût 



(i) Nous trouvons dans le livre sur Delacroix, déjà si souvent cité, 
un passage relatif à ce projet de Dictionnaire des Beaux-Arts qui pré- 
cise bien l'intérêt d'un tel ouvrage et l'esprit dans lequel il devait être 
fait, en même temps qu'il le différencie des autres ouvrages, qui sont 
les vrais dictionnaires et avec lesquels il importe de ne point le con- 
fondre : • Si vous risquez^ dit-il, dans l'ouvrage d'un seul homme de ne 
« pas vous trouver au courant de tout ce qu'on peut dire sur le sujet, en 
« revanche vous aurez sur un grand nombre de points tout le suc de son 
« expérience, et surtout des informations excellentes dans les parties où 
u il excelle. Au lieu d'une froide compilation qui ne fera que remettre 
H sont les yeux du lecteur un extrait de toutes les méthodes, vous anrez 
u celles qui ont conduit un tel homme à la perfection relative à laquelle 
u il est arrivé. Il n'est pas un artiste qui n'ait éprouvé dans sa carrière 
tt combien quelques paroles d'un maître expérimenté ont pu être des 
tt traits de lumière et des sources d'intérêt bien autres que ce que ses 
u efforts particuliers ou un enseignement vulgaire... etc. » (Eugène 
Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 432.) . 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 2Si» 

s'est corrompu surtout.qnaiid les citoyens oDt perdu 
le ressort qui portait aux grandes actions , quand la 
vertu publique a disparu; et j'entends par là, non pas 
une vertu commune à tous les citoyens et les portant 
au bien, mais au moins ce simple respect de la morale 
qui force le vice à se cacher. Il est difficile de se figu- 
rer des Phidias et des Apelle sous le régime des 
affireux tyrans du Bas-Empire et au milieu de Tavi- 
lissement des âmes. 

Y aurait-il une connexion nécessaire entre le bon 
et le beau ? Une société dégradée peut-elle se plaire 
aux choses élevées, dans quelque genre que ce soit? 
U est probable que chez nous aussi, dans nos sociétés 
comme elles sont, avec nos moeurs étroites, nos petits 
plaisirs mesquins, le beau ne peut être qu'un accident, 
et cet accident ne tient pas assez de place pour chan- 
ger le goût et ramener au beau la généralité des 
esprits. Après vient la nuit et la barbarie. 

U y a donc incontestablement des époques où le 
beau en art fleurit plus à Taise; il est aussi des nations 
privilégiées pour certains dons de Tesprit, comme 
il est des contrées, des climats, qui favorisent l'expan- 
sion du beau. 

Mardi 17 février. — Cinquième visite du doc- 
teur (1). 

(i) Le docteur Bayer (1793-1867) , qui fut professeur à la Faculté de 
médecine. 

Delacroix, depuis longtemps déjà, était atteint d'une affection du 
Uiynx, qui le condamnait fréquemment au repos et à l'isolement. 



260 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Jeudi 5 mars. — Aujourd'hui, pendant mon déjeu- 
ner, on m'apporte deux tableaux attribués à Géricault, 
pour en dire mon avis. Le petit est une copie très 
médiocre : costumes de mendiants romains. L'autre, 
toile de 12 environ, sujet d'amphithéâtre, bras, 
pieds, etc . , et cadavres d'enfants, d'un relief admirable, 
avec des négligences qui sont du style de l'auteur et 
ajoutent encore un nouveau prix. Mise à côté du por- 
trait de David, cette peinture ressort encore davan- 
tage. On y voit tout ce qui a toujours manqué à David, 
cette forme pittoresque, ce nerf, cet osé qui est à la 
peinture ce que la vis comica est à l'art du théâtre. 
Tout est égal, l'intérêt n'est pas plus dans la tête que 
dans les draperies ou le siège. L'asservissement com- 
plet à ce que lui présentait le modèle est une des causes 
de cette froideur; mais il est plus juste de penser que 
cette froideur était en lui-même : il lui était impos- 
sible de rien trouver au delà de ce que ce moyen 
imparfait lui présentait. 11 semble qu'il fût satisfait 
quand il avait bien imité le petit morceau de nature 
qu'il avait sous les yeux; toute sa hardiesse con- 
sistait à mettre à côté un fragment, pied, bras, moulé 
sur l'antique, et à ramener le plus possible son modèle 
vivant à ce beau tout fait que le plâtre lui présenterait. 

Ce fragment de Géricault est vraiment sublime : il 
prouve plus que jamais qu'// nest pas de serpent ni 
de monstre odieux, etc. C'est le meilleur argument 
en faveur du Beau, comme il faut l'entendre. Les 
incorrections ne déparent point ce morceau. A côté 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 261 

du pied qui est très précis et plus ressemblant au 
naturel, sauf Tidéal propre au peintre, il y a une 
main dont les plans sont mous et faits presque d'idée, 
dans le genre des figures qu'il faisait à F atelier, et 
cette main ne dépare pas le reste ; la finesse du style 
la met à la hauteur des autres parties. Ce genre de 
mérite a le plus grand rapport avec celui de Michel- 
Ange, chez lequel les incorrections ne nuisent à rien. 

Je relis avec le plus grand plaisir, dans un agenda 
du mois de janvier 1852 (1), ce que je dis des tapis- 
series de Rubens que je vis alors à Mousseaux et que 
la liste civile de Louis-PhiUppe faisait vendre. Quand 
je voudrai parler de Bubens ou me mettre dans un 
entrain véritable de la peinture, je devrai relire ces 
notes. J'ai encore le souvenir très présent de ces admi- 
rables ouvrages. L'idée m'était venue, en relisant ce 
que j'en dis, de refaire de mémoire tous les sujets (une 
suite de la sorte sur un autre motif serait un beau 
thème). Il faut absolument que Devéria me trouve les 
gravures de ces sujets. 

Je note ici ce qu'il faut reporter à l'un des jours du 
mois dernier, quand j'étais encore très faible et que je 
ne m'occupais guère à écrire dans ce livre : c'est la ^^ 
triste impression que j'ai reçue de la peinture que 
m'a faite du caractère de Thiers M. C. B..., qui vint 
me faire une petite visite. Il me l'a représenté comme 
le plus égoïste et le plus insensible des hommes, 

(1) Voir t. II, p. 69 et »uiv. 



«t JOURNAL D'EnOEIfE DELACROIX. 

cupide, enfin le contraire de ce que je croyais et le 
moins capable d'affection. Ce serait, si j'arrivais à 
être convaincu de tout cela, une des plus grandes 
déceptions qu'il pût m'être réservé d'éprouver. La 
reconnaissance d'abord et l'affection que j'ai toujours 
eue pour lui, sont des sentiments qui combattent 
chez moi en sa faveur. Je sais que, bien qu'il me re- 
çoive toujours affectueusement, il ne m'a jamais re- 
cherché ; sa petite rancune, quand je lui tins tête 
comme je le devais pour son projet insensé de la 
restauration du Musée, exécutée en partie sur ses 
absurdes idées, me l'avait un peu gâté dans le temps 
de cette aventure (1); mais depuis, je l'avais retrouvé 
comme auparavant, c'est-à-dire avec cet attrait qui 
m'a toujours attiré à lui.... Je le plaignais devant 
C. B... de vivre au milieu de Fintérieur qu'il s'est 
fait, de passer sa vie avec des créatures aussi jlroides 
et aussi insipides. Tout cela, selon C. B..., ne lui fait 
absolument rien : il n'aime personne et n'est sensible 
qu'à ce qui le touche directement dans sa personne 
ou son amour-propre. 

Samedi 7 mars. — Bertin est venu me voir; je l'ai 
reçu, quoique je ne reçoive personne, pour en finir 
avec ce mal de gorge. J'ai travaillé dans la journée à 
un projet de préface pour le Dictionnaire des Beaux- 
Arts. 

(1) Voir t. I, p. 344 et 345. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. MS 

Lundi 16 mars. — Il faut maintenant qu'on écrir 
yain soit universel. La nuance entre le savant et le 
poète ou le romancier est complètement abolie. Le 
moindre roman demande plus d'érudition qu'un traité 
scientifique, que dis-je ? que vingt traités ! Car un sa- 
vant est, ou un chimiste, ou un astronome, ou un 
géographe, ou un antiquaire ; il peut avoir une cer- 
taine teinture des connaissances qui touchent à celle 
dont il a fait l'occupation de sa vie ; mais plus il se 
renferme dans cette étude spéciale, plus il obtient de 
résultats de ses recherches. Il n'en est pas de même 
du métier de critique. La nécessité de parler de tout 
met dans l'obligation de savoir tout ; mais qui peut 
tout savoir? Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, 
l'histoire? tout cela, c'est la mer à boire. Aussi n'en 
apprennent-ils pas si long ! mais il leur faut un peu 
l'apparence de tout cela. 

Je suis effrayé de ce qui peut passer sous les yeux 
d'un homme, comme Sainte-Beuve par exemple, de 
lectures diverses, digérées ou non. Voici aujourd'hui 
un article sur Tite-Live ; il raconte la vie de Tite-Live, 
détail peu connu, et dont les lecteurs ne s'étaient 
jamais embarrassés. Dans un article toujom^s trop long 
sur Virgile, Thierry, du Moniteur ^ après avoir parlé 
de la préférence que notre siècle accorde aux ouvrages 
de la première main, primitifs, etc., comme Homère, 
se demande si VirgUe, venu trente ou quarante siècles 
après, pouvait faire une Iliade, et il ajoute : a Si les 
anciens sont à jamais nos maîtres, ne dédaignons pas 



Uk JOURNAL D'EUGENB DELACROIX. 

pour cela ceux de leurs disciples qui s^e£Forcent vaine- 
ment de se faire leurs égaux. C'est un grand point de 
venir le premier, on prend le meilleur même sans 
choisir; on peut être simple même sans savoir ce que 
c'est que la simplicité ; on est court parce qu'on n'a 
Besoin ni de rempHr, ni de passer la mesure de per- 
sonne ; on s'arrête à temps parce que nulle émulation 
n'excite à poursuivre au delà... « 

Ne prendrait-on pas souvent l'absence de Fart pour 
le comble de l'art? Si l'art dans la suite de son déve- 
loppement n'aboutit qu'à produire des articles tou- 
jours moindres, on me pardonnera d'avoir une pro- 
fonde compassion pour les époques qui ne peuvent 
se passer du labeur compliqué de l'art. 

Je demande qu'on ne soit pas trop dupe d'un grand 
-\ mot : la simplicité, et qu'on veuiDe bien ne pas faire 
de la simplicité la règle du temps où. elle n'est plus 
possible. C'est le thème de tous les pédants d'aujour- 
d'hui. Chenavard ne voit rien après ce qui a été fait. 
Delaroche se hérissait quand on parlait de l'antique 
romain ; Phidias avant tout, comme Michel-Ange pour 
Chenavard ! Cependant ce dernier met Rubens.dans sa 
fameuse heptarchie. Il admire Rubens et écrase avec 
Rubens les infortunées tentatives des hommes de notre 
temps. Cependant Rubens a paru dans une époque de 
décadence relative ; comment le donne-t-ou dans ce 
système pour compagnon à Michel-Ange? U a été 
grand d'une autre manière. Cette simpUcité qu'on 
exalte, dont parle Thierry^ tient souvent à des tour- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 265 

nures de langage plus incultes dans les poésies pri- 
mitives ; en un mot, elle est plus dans Thabit de la 
pensée que dans la pensée elle-même. 

Beaucoup de gens, surtout dans ce temps où on a 
cru qu'on allait retremper la langue et la rajeunir à 
volonté comme on rase un homme qui a la barbe trop 
longue, ne préfèrent Corneille à Racine que parce 
que la langue est moins polie dans le premier que 
dans le dernier de ces deux poètes. De même pour 
Michel-Ange et Rubens : la pratique de la fresque, 
qui était le moyen de Michel-Ange, force le peintre 
à une plus grande simplicité de moyen d'effet; il en 
résulte, indépendamment du talent même, et par le 
fait des moyens matériels, une certaine grandeur, 
une nécessité de renoncer aux détails. Rubens, avec 
un autre procédé, trouve des effets différents qui sa- 
tisfont à d'autres titres. Montesquieu dit bien : Deux 
beautés communes se défonty deux grandes beautés se 
font valoir. Un chef-d'œuvre de Rubens mis en pen- 
dant d'un chef-d'œuvre de Michel-x\nge ne pâlira 
nullement. Si, au contraire, vous regardez séparé- 
ment chacun de ces ouvrages, il arrivera sans doute 
qu'à proportion de votre impressionnabilité vous 
serez tout à celui que vous regardez. Une nature sen- 
sible est facilement possédée et çntraînée par le beau ; 
vous serez à celui qui frappe vos yeux dans le mo- 
ment. Il faut se servir des moyens qui sont familiers 
aux temps où vous vivez; sans cela vous n'êtes pas 
compris et vous ne vivrez pas. Ce moyen d'un autre 



i 



tu JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

âge que vous allez employer pour parler à des hommes 
de votre temps, sera toujours un moyen factice, et 
les gens qui viendront après vous, en comparant cette 
manière d'emprunt aux ouvrages de l'époque où- cette 
manière était la seule connue et comprise, et par 
conséquent supérieurement mise en œuvre , vous 
condamneront à Tinfériorité comme vous vous y serez 
condamné vous-même. 

Mardi 17 mars. — Je suis sorti hier avec Jenny 
pour la première fois. Il faisait du soleil. J'ai renoncé 
à aller vers la place d'Europe; le vent venait de ce 
côté. Je suis descendu, revenu parles rues, fatigué; 
mais cette course m'a donné des forces. 

Mercredi 18 mars. — Je ne puis me détacher de 
Casanova (1). 

Voici trois jours que je sors, et j'en éprouve un 
grand hien. Hier, j'ai été en voiture aux Tuileries avec 
Jenny. Nous somnres venus du Pont tournant jusqu'à 
la grille de la rue de Rivoli. 

Se rappeler les observations que m'a suggérées le 
contraste des statues du Tibre et du Nil, copies de 
l'antique, et des groupes de fleurs et de nymphes du 
temps de Louis XIV. Le décousu de ceux-ci et la 
majestueuse unité de ceux-là. Partout, la même obser- 
vation entre ce qui était antique et ce qui est moderne. 

(1) Son admiration pour Casanova, chosQ étrange, ne se démentit pa* 
une fois durant toute sa vie. Voir t. I, p. 260. 



JOURNAL D'ETJOEWE DELACROIX. «t7 , 

Dimanche 22 mars. — H n'y a que l'homme qui 
fasse des choses sans unité. La nature trouve le secret ^^ 
de mettre de Tmiité même dans les parties détaxées 
d'un. tout. La branche détachée d'un arbre est un 
petit arbre complet. 

Jeudi 26 mars. — J'ai été aujourd'hui chez Haro 
pour examiner avec lui si l'on pourrait tirer parti de 
son local pour faire un ateUer. Nous étions convenus 
de cette visite il y a huit jours. Je crois qu'au fond il 
y était peu enclin et ne s'y est prêté que par complai- 
sance. Il m'a parlé de frais trop considérables, et l'af- 
faire n'est pas faisable. 

En route pour y aller, la vue de jeunes gens que 
j'ai rencontrés dans les rues m'a fait faire plusieurs 
réflexions qui ne sont pas de la nature de celles que se 
font ordinairement les vieillards. Cet âge qui semble le 
plus heureux de la vie n'excite nullement mon envie ; 
tout au plus pour sa force, qui lui donne le moyen 
de suffire à; de puissants travaux, et point du tout 
pour les plaisirs qui en sont l'accompagnement. Ce 
que je désirerais, — souhait, au reste, aussi impossible 
i réaliser que celui de revenir au jeune âge, — ce que je 
désirerais, ce serait de m' arrêter au point où je suis et 
d'y jouir longtemps des avantages qu'il procure à un 
esprit, je ne dirai pas désabusé,, mais vraiment rai- 
sonnable. Mais l'un n'est pas plus permis que l'autre. 

J'apprends tout à l'heure chez Weil, chez lequel 
j'étais descendu un moment, que le pauvre Margue- 



268 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

ritle vient de mourir subitement. Quoique plus âgé 
que moi, il était encore d'âge à jouir de beaucoup de 
choses. Au reste, comme je crois que ce n'était pas 
une nature distinguée, il a pu être de ceux qui regret- 
tent les plaisir^ des jeunes gens. Il faut que les jouis- 
sances de l'esprit tiennent une grande place pour 
procurer ce bonheur calme que j'envisage pour 
l'homme qui arrive au déclin de la vie. 

Samedi 18 avril. — J'ai été, sur l'invitation de la 
commission, voir l'exposition de Delaroche. L'Empe- 
reur visitait l'École ce jour-là, et a achevé par ladite 
exposition. 

En sortant, voté pour le remplacement de Des- 
noyers (1). Revenu très fatigué. 
— Sujets pour une bibliothèque : 
Auguste s* oppose à la destruction de i Enéide, 
Couronnement de Pétrarque ou du Tasse, 
La Sibylle proposant les volumes à Tarquin et les 
faisant brûler à mesure qu'il les refuse. 

Jeudi 23 avril, — J'ajoute, sur le passage d'06er- 
mann(2), sur la joie secrète que produit la conformité 

(1) Il s'agit de l'élection à TAcadéinie des Beaux-Arts à' Achille-Louis 
Martinet (1806-1877), graveur, en remplacement du baron Desnoyers 
(1779-1857), graveur, élève de Lethière, membre de l'Institut depuis 1816. 

(2) UCbermann devai2 être un de ses livres de chevet, car nous le 
▼oyons cité déjà à plusieurs reprises dans les précédentes années du 
Journal. Il s'en trouve extrait des fragments dans le manuscrit original, 
fragments que nous n'avons pas cru devoir reproduire, non plus que 
ceux de Balzac sur la condition des artistes, tirés de la Cousine Bette. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 269 

de pensées avec les autres : Cette apparence que nous 
sommes heureux de donner à notre imagination est 
un besoin de tous ceux qui composent pour le public, 
surtout quand leur inspiration est naïve et sincère. 
Je me figure que les peintres ou les écrivains chez 
lesquels le heu commun tient une grande place, n'ont 
pas autant besoin de cette confirmation qui vient, 
par la rencontre d'esprits analogues aux leurs, les 
rassurer sur la valeur de leurs propres pensées. C'est 
un besoin impérieux pour ceux dont les inventions 
sont taxées de bizarrerie, et qui, peut-être à cause de 
leur originalité, ne trouvent qu'un public rétif et peu 
disposé à les comprendre. 

Champrosay, 9 mai, — Parti pour Champrosay à 
une heure un quart. Pluie affreuse en arrivant; je 
l'ai reçue tout entière, ainsi que Jenny. 

Nous nous étions arrêtés quelques instants aupa- 
ravant dans notre ancien jardin, tout ouvert et ravagé 
à cause des travaux que fait Candas. J'ai vu la petite 
source, qui ne sert plus qu'à laver du linge : tout cela 
souillé de savon et croupissant. Les cerisiers que j'ai 
plantés tout petits sont devenus énormes. On voit 
encore la trace des allées que j'avais tracées. Cela 
m'a donné des émotions plus douces que tristes. Je 
me suis rappelé les années que j'avais passées là. 

J'aime toujours ce pays; je me colle facilement aux 
lieux que j'habite : mon esprit, mon cœur même les 
animent. 



J70 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

11 mai. — Promenade le matin dans la campagne 
assez longtemps, sans pouvoir m'arracher à cette 
charmante vue de cette verdure, de Ce soleil. 

TravaiUé beaucoup, en rentrant, à T article sur le 
Beau et jusqu'au dîner. 

— Ce n'est ni le hasard ni le caprice qui ont déter- 
miné le style de l'architecture et partant celui des 
autres arts dans les différentes contrées; nouvelle 
preuve que le Beau doit varier suivant les climats. 

Au style sévère et pour ainsi dire radical de l'ar- 
chitecture de l'Egypte s'aUient des ornements et une 
peinture plus simples, plus élémentaires... Dans cette 
vaste vallée de F Egypte, comprise uniformément 
entre deux chaînes d'élévation naturelles presque 
symétriques, etc., les Pylônes, les Pyramides... 

Le soir, promené dans le jardin etdans la campagne. 

Fatigue et malaise avant de se coucher. 

14 mai. — Je ne doute pas que si Alexandre eût 
connu le Misanthrope, il ne l'eût placé dans la 
fameuse cassette à côté de Ylliade; il l'eût fait 
agrandir pour y placer le Misanthrope. 

— On dit d'un homme, pour le louer, qu'il est un 
homme unique. 

— Il faut laisser aux gens qui sentent faiblement 
les vaines discussions et les vaines comparaisons. 

— Heureuses les époques qui ont vu. 

— Heureux les artistes qui ont trouvé un public 
tout préparé, encourageant les efforts de la Muse. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 271 

— Les vrais primitifs, ce sont les talents originaux. 
Si chaque homme de talent apporte en lui un modèle 
particulier, une face nouvelle, quelle serait la valeur 
d'une école qui ferait toujours recourir à des types 
anciens, puisque ces types eux-mêmes n'étaient que 
Fexpression de natures individuelles ! 

— Et chacun de ces hommes me plaît-il de la 
même façon ? Cette simple observation ne serait-elle 
pas la condamnation de l'école qui sans cesse recourt 
à des types consacrés? En quoi seraient-ils consacrés 
de préférence, puisqu'ils ne sont que l'expression de 
natures individuelles comme il en paraît dans tous 
les temps ? 

— Rossini disait à B... : « J'entrevois autre chose 
que je ne ferai pas. Si je trouvais un jeune homme de 
génie, je pourrais le mettre sur une voie toute nou- 
velle, et le pauvre Rossini serait éteint tout à fait. » 

15 mai. — A Champrosay, dans l'allée verte. 

On peut comparer le premier jet de l'écrivain, du 
peintre, etc., à ces feux de peloton où deux cents 
coups de fusil tirés dans l'émotion du combat attei- 
gnent l'ennemi deux ou trois fois ; quelquefois deux 
ou trois cents coups de feu partent à la fois, et pas 
un n'atteint l'ennemi. 

— Vous conviez vos amis à un banquet, et vous 
leur servez toutes les rognures de la cuisine. 

— Allée des Fouges. 

Quelquefois des génies pareils se présentent à des 



J7J JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

époques différentes. La trempe originelle ne diffère 
point chez ces talents : les formes seules des temps 
où ils vivent établissent une variété. Rubens, etc. 

Ce n'est point le climat qui a produit un Homère 
y ou un Praxitèle. On parcourrait vainement la Grèce 
et ses îles sans y découvrir un poète ou un sculpteur. 
En revanche, la nature a fait naître en Flandre, et à 
une époque rapprochée de la nôtre, l'Homère de la 
peinture. 

Il est des époques privilégiées, — il est aussi des 
climats où Thomme a moins de besoins, etc. ; mais 
ces influences ne suffisent pas. — Voir mes notes du 
4 février 1857(1). 

L'influence des mœurs est plus efficace que celle du 
climat. Sans doute chez des peuples où la nature est 
clémente;... mais en l'absence d'une certaine valeur 
morale, etc. Il faut qu'un peuple ait le respect de lui- 
même pour être difficile en matière de goût et pour 
tenir en bride ses orateurs et ses poètes. Les nations 
chez lesquelles la politique se traite à coups de poing 
ou à coups de pistolet n'ont pas plus de littérature 
que ceux qui sont épris des combats de gladiateurs. 

— Ne demandez pas à un colonel de cavalerie son 
v/ opinion sur des tableaux ou des statues, tout au plus 
se connaît-il en chevaux ! 

16 mai. — Jenny est allée à Paris. Assis à la 

(1) Voir t. 111, p. 259. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 273 

place du vieux marronnier arraché à F Ermitage. 
Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre 
l'école qui fait dériver une partie du charme de la 
musique de la sonorité. Il parlait en pianiste. 

Voltaire définit le beau ce qui doit charmer l'esprit 
et les sens. Un motif musical peut parler à l'imagina- 
tion sur un instrument qui n'a qu'une manière de 
plaire aux sens, mais la réunion de divers instruments 
ayant une sonorité différente donnera plus de force 
à la sensation. A quoi servirait d'employer tantôt la 
flûte, tantôt la trompette? La première s'associera à 
un rendez-vous de deux amants, la seconde au 
triomphe d'un guerrier ; ainsi de suite. Dans le piano 
même, pourquoi employer tour à tour les sons étouf- 
fés ou les sons éclatants, si ce n'est pour renforcer 
l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité mise à la 
place de l'idée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans 
certaines sonorités, indépendamment de l'expression 
même, un plaisir pour les sens. 

Il en est de même pour la peinture : un simple 
trait exprime moins et plaît moins qu'un dessin qui 
rend les ombres et les lumières. Ce dernier expri- 
mera moins qu'un tableau : je suppose toujours le 
tableau amené au degré d'harmonie où le dessin et 
la couleur se réunissent dans un effet unique. Il faut 
se rappeler ce peintre ancien qui, ayant exposé une 
peinture représentant un guerrier, faisait entendre 
en même temps derrière une tapisserie la fanfare 
d'une trompette. 

ni. 18 



t7» JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Les modernes ont inventé un genre qui réanit tout 
ce qui doit charmer Tesprit et les sens. C'est Fopéra. 
La déclamation chantée a plus de force que celle qui 
n'est que parlée. L'ouverture dispose à ce qu'on va 
entendre, mais d'une manière vague : le récitatif 
expose les situations avec plus de force que ne ferait 
une simple déclamation, et Fair, qui est en quelque 
sorte le point admiratif de chaque scène, complète la 
sensation par la réunion de la poésie et de tout ce 
que la musique peut y ajouter. Joignez à cela l'illu- 
sion des décorations, les mouvements gracieux de la 
danse. 

Malheureusement tous les opéras sont ennuyeux, 
parce qu'ils vous tiennent trop longtemps dans une 
situation que j'appellerai abusive. Ce spectacle, qui 
tient les sens et l'esprit en échec, fatigue plus vite. 
Vous êtes promptement fatigué de la vue d'une 
galerie de tableaux : que sera-ce d'un opéra qui 
réunit dans un même cadre l'effet de tous les arts 
ensemble ? 

— Je remarque dans cette forêt que non seulement 
les yeux sont mon seul moyen pour saisir les objets, 
mais encore qu'ils sont affectés agréablement ou désa- 
gréablement (1). 

Lundi 18 mai. — Repris enfin la peinture après 
plus de quatre mois et demi. J'ai débuté par le Saint 

(i) Cette dernière phrase est biffée dans le manuscrit. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 275 

Jean et l'Hérodiade (1) que je fais pour Robert, de 
Sèvres. Travaillé avec plaisir la matinée. 

Mardi 19 mai, — Jour de la mort du pauvre ami 
Vieillard... 

Mardi ^ juin. — J'ai été à Paris en proie à Fin- 
quiétude de savoir si M. Bégin me céderait le loge- 
ment de manière à commencer. 

Ma première inquiétude a été de ne pas le rencon- 
trer, lui et sa femme. J'ai donc maudit mon cocher 
d'aller lentement. J'arrive, je trouve la dame, elle 
me donne les meilleures nouvelles. Je cours chez 
Haro plein de joie. Un autre ennui m'attendait chez 
lui : les entrepreneurs sont diaboliques ; les uns 
n'ont aucune solidité ; les autres sont indolents ou 
trop chers. Ce n'est rien encore : Haro me parle du 
formidable tracé, cause des ennuis les plus grands 
possibles. Il me rassure pourtant en partie, ou plutôt 
je crois l'être, par la possibilité d'une indemnité pro- 
portionnée à la durée de mon bail. 

17 juin, mercredi. — Reçu la lettre de Paul de 
Musset (2), qui me parle du terrain qu'il demande 

(1) Il s'agit sans doute du n® 858 du Catalogue Robaut, ou d'une 
répétition plus sommaire, comme Delacroix en fit souvent pour ses 
amis. 

(2) Delacroix eut des relations assez suivies avec Paul de Musset. 
Lors d'une des candidatures de Delacroix à l'Institut, en 1838, croyons- 
nous, Paul de Musset avait fait une démarche personnelle auprès de 



1 



270 JOURNAL D*EUGÉNE DELACROIX. 

pour son frère. Écrit sur-le-champ au préfet et à 
Bayvet. 

25 juin. — Ce même jour, donné au docteur Rayer 
100 francs pour ses visites précédentes. 

Du sublime et de la perfection. Ces deux mots 
peuvent sembler presque synonymes. Sublime veut 
dire tout ce qu'il y a de plus élevé; parfait, ce qu'il 
y a de plus complet, de plus achevé. 

Perficere, achever complètement pour le comble. 

SublimiSy ce qu'il y a de plus haut, ce qui touche 
le ciel. 

Dimanche 28 juin. — Première visite chez le doc- 
teur après l'avoir payé. Je l'ai trouvé distrait, plus 
occupé de ^s affaires que de ma fièvre. Il ne se rap- 
pelait plu» ce qu'il m'avait ordonné. 

Mercredi 8 juillet. — Première visite du docteur j 
Laguerre. 

Vendredi 10 juillet. — Deuxième visite du doc- 
teur Laguerre. 



Paër pour appuyer le peiatre. Enfin nous trouvons dans le précieux 
travail de M. Maurice Tourneux : Eugène Delacroix devant ses contem- 
porains, un fragment de lettre, dans lequel Delacroix félicite Paul de 
Musset de ses articles : « Mérimée, que vous paraissez admirer comme je 
« le fais aussi, est simple, mais a un peu l'air de courir après la simpli- 
« cité, en haine de l'horrible emphase des hommes du jour. Chez vou» 
M nul effort; toujours le goût le plus fin et rien de trop. » 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 277 

Samedi 11 juillet. — J'ai été à l'Institut pour la 
première fois depuis le mois d'avril. 

Mardi 14 juillet. — Troisième visite du docteur 
Laguerre. 

Lundi 20 juillet. — Quatrième visite du docteur 
Laguerre. 

Strasbourg, mardi 2S juillet. — Parti pour Stras- 
bourg (1) à sept heures. Voyage agréable, beau 
pays ; il faisait étouffant au milieu de la journée. 

A Nancy, je me suis trouvé seul jusqu'à Strasbourg. 
Je n'ai plus senti ni la chaleur ni la poussière. Tout 
ce trajet a été ravissant. 

Le bon cousin m'attendait à la gare. Enchantés de 
nous revoir. 

Dimanche 2 août. — Vers sept heures nous avons 
été à l'Orangerie, à travers une poussière affreuse; 
mais j'ai été dédommagé par la vue du lieu, qui est 
ravissant. Il n'y a rien comme cela à Paris : aussi y 
avait-il très peu de monde ! 

Tout ici est différent : ces environs, ces champs et 
ces prairies qui touchent aux promenades et se con- 
fondent avec elles, ont im air champêtre et paisible. 

(1) Dan» la Correspondance, il n'y a comme trace de ce voyage à 
Strasbourg qu'une lettre datée du 5 août 1857, adressée à M. X..., dans 
laquelle il recommande un artiste dont nous avons déjà vu le nom dans 
!« Journal, le sculpteur Debay, 



t7S JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

La population n'a pas cet air évaporé et imperdneat 
de notre race. C'est dans des contrées comme celle-ci 
qu'il faut vivre, quand on est vieux. 

Nancy y samedi 8 août. — Quitté Strasbourg et le 
bon cousin. Je perds la canne qu'il m'avait donnée. 

Je m'embarque mal. Société déplaisante dans le 
chemin de fer. Cependant la route se fait vite. 

Arrivé à Nancy à trois heures. Retrouvé Jenny, 
comme nous en étions convenus. Je n'ai pas bougé de 
la soirée. 

Dimanche 9 août, — Sorti avant déjeuner. Place 
Stanislas et cathédrale. 

J'admire l'unité de style de tout ce qui est bâti- 
ment. Une seule chose y déroge, c'est la statue 
même de ce bon roi Stanislas, qui a tout fait ici, 
et qui par conséquent est Fauteur de cette unité. On 
l'a représenté dans un costume qui rappelle les trou- 
badours de TEmpire , avec des bottes molles et ap- 
puyé sur un sabre à la mameluk. On ne peut rien 
voir de plus ridicule. 

La cathédrale entièrement de son temps. J'aime 
beaucoup cette forme de clocher en poivrière. L'inté- 
rieur est un peu froid, malgré cet accord de style 
dans toutes les parties : c'est comme tout ce qui 
sort de Vanloo : ordonné, habile, de l'unité, mais 
froid et sans intérêt. L'auteur ne met point de cœur à 
ce qu'il fait ; il ne va pas au cœur de celui qui regarde. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 27» 

La place Stanislas avec ses fontaines, et l'Hôtel de 
ville, semblent l'ouvrage d'un artiste plus doué. 

Après déjeuner, visité cent choses curieuses. Après 
la statue de Drouot, un des héros de Nancy, véritable 
héros dans tous les sens , mais pitoyablement repré- 
senté comme tous les héros de notre temps, grâce à 
l'indigence de la sculpture, vu les murailles anciennes 
de la ville; très belle et ancienne porte avec deux 
grosses tours : le passage tournant comme dans les 
fortifications modernes. Le côté de la ville style de 
la Renaissance : quelle grâce, quelle légèreté ! Comme 
toutes ces petites figures, comme ces accessoires 
s'arrangent bien dans les lignes de l'architecture! 
Rien n'est charmant et capricieux comme ces cos- 
tumes romains à la Henri IL 

Le palais ducal, transition du gothique à la Renais- 
sance. Les objets curieux, marbres, peintures, etc., 
sont entassés en attendant les réparations du premier 
étage. Il y a un fragment romain qui m'a frappé : 
c'est un cavalier avec la cuirasse, le péplum. — 
Copie à la gouache de la tapisserie de Charles le Té- 
méraire, que je regrette de ne pouvoir étudier. — 
L'escalier très remarquable. Gros pilier soutenant 
la voûte, duquel partent les marches très basses, ainsi 
disposées, nous dit-on, pour que les ducs puissent 
monter à cheval dans la grande salle du premier. — 
De distance en distance, repos ménagés avec des 
bancs, le tout enferré dans les murailles. 
Tout ici parle du roi René II ou de Stanislas. 



280 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Ce sont les dieux lares de Nancy. 

Nous avons été voir ensuite l'église des Cordeliers, 
dans laquelle est une chapelle ronde qu'on appelle les 
tombeaux des ducs de Lorraine, quoique leurs corps 
en aient été arrachés et que les sarcophages aient été 
détruits et remplacés à la moderne. La prétendue 
chapelle ronde est octogone : la voûte seule, qui 
paraît de l'époque de la construction, est d'un style 
bâtard, à la Louis XIV. Le chœur de l'église est 
garni de belles boiseries ; sur les côtés de la nef, dans 
des enfoncements, sont divers tombeaux de princes 
de la maison de liorraine ; le plus précieux sans con- 
tredit est celui de la femme de René II, laquelle lui 
survécut de longues années et s'était mise dans un 
couvent à Pont-à-Mousson : les mains et la tête 
en pierre blanche, la robe et le voile en granit et en 
marbre noir. Voilà le triomphe de l'art ou plutôt du 
caractère qu'un artiste de talent sait imprimer à un 
objet : une vieille de quatre-vingts ans dont la tête 
est encapuchonnée, maigre à faire peur; et tout cela 
représenté de manière qu'on ne l'oublie jamais et 
qu'on n'en puisse détacher les regards. 

De là, à la promenade dont j'ai oublié le nom, 
auprès de la préfecture; je ne connais rien d'aussi 
déUcieux, si ce n'est l'Orangerie de Strasbourg, et 
très différent de caractère. Ce sont de grands arbres, 
de la verdure, quelque chose qui n'a rien de l'aridité 
des Champs-Elysées à Paris, ni de la symétrie des Tui- 
leries. La préfecture est le palais qu'habitait Stanislas. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 281 

De là à l'église de Bon-Secours, où est le tombeau 
de Stanislas. Charmant ouvrage dans son genre : c'est 
une grande chambre carrée plutôt qu'une église. 
Dans le chœur, à droite, le tombeau de Stanislas que 
j'estime plus que n'a fait, suivant la tradition, le pro- 
pre auteur de l'ouvrage. Cet auteur est Vassé (1), 
sculpteur dont parle Diderot, et qu'il cite souvent, 
autant que je peux m'en souvenir. Le bavard et insup- 
portable cicérone sacristain qui me montrait l'église 
raconte que le pauvre sculpteur se brûla la cervelle 
de désespoir de voir son ouvrage surpassé par le 
tombeau de la femme de Stanislas qui est en face. Il 
y a dans son ouvrage une statue couchée, ou plutôt 
étendue et abîmée de douleur, de la Charité, qui est 
fort belle : la tête est d'une expression qui semble 
interdite à la sculpture , tant elle est énergique ; elle 
presse contre elle un enfant qui suce son sein ; tout 
cela admirablement rendu, les mains, les pieds de 
même. Stanislas est représenté dans une espèce de 
déshabillé, comme on peut le supposer au moment 
de sa mort. Il mourut brûlé par accident dans sa 
chambre. 

Le tombeau qui est en face présente des figures, 
d'enfants surtout, d'un travail plus fini et plus pré- 
cieux; mais en somme je préfère celui du pauvre 
Vassé. J'inclinerais à penser qu'il est d'un Italien (2). 

[i) Louis-Claude Fo^^e (1716-1772), sculpteur, élève de Puget et de 
Bouchardon. 

(2) Ce tombeau eat attribué à Lambert-Sigishert Adam (1700-1759). 



tSS JOURNAL D*EUOENE DELACROIX. 

J'ai été ramené par le cicérone, qui montait sur le 
siège de mon fiacre, par le lieu où s'élève la croix 
de Lorraine, à Fendroit où fiit tué CharJes le Témé- 
raire, dans un lieu qui était autrefois l'étang de Saint- 
Jean. Ce détour m'a pris un temps que j'eusse préféré 
passer au Musée. 

— Au Musée, où mon tableau (1) est placé trop 
haut et privé de lumière. Toutefois il ne m'a pas 
déplu. 

Beaux Ruysdaël. Grand tableau hétéroclite dans 
le style de Jordaëns, et non sans une verve sauvage, 
de la Transfiguration y tableau en large où l'on a 
reproduit et par conséquent délayé, à cause de cette 
disposition en largeur, les principaux groupes de 
Raphaël. 

Deux tableaux, esquisses probablement de Rubens, 
qui m'ont frappé plus que tout, non qu'ils présentent 
dans toutes leurs parties la franchise de la main de 
Rubens, mais il y a ce je ne sais quoi qui n'est qu'à 
lui. La mer, d'un bleu noir et tourmenté, est d'une 
vérité idéale. Dans le Jonas jeté hors de la barque, 
le monstre du devant semble remuer et battre Feau 
de la queue. On le distingue à peine dans l'ombre du 
devant, au milieu de l'écume et des vagues noires 
et pointues. Dans l'autre, le saint Pierre a une pose 
froide; mais l'admirable de cet homme, c'est que 

{i) Ce tableau est la Bataille de Nancy, qui figura au Salon de 1834, 
et fut donné par l'État au Musée de Nancy. Il figura aussi à l'Exposition 
de l'École des Beaux-Arts en 1885. (Voir Catalogue Robaut, n" 355.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 283 

cela ne diminue point Timpression. Je sens devant 
ces tableaux ce mouvement intérieur, ce frisson que 
donne une musique puissante. O véritable génie, né 
pour son art! toujours le suc, la moelle du sujet 
avec une exécution qui semble n'avoir rien coûté! 
Après cela, on ne peut plus parler de rien, ni s'inté- 
resser à rien. Près de ces tableaux qui ne sont que 
des esquisses heurtées, pleines d'une rudesse de 
touche qui déroute dans Rubens, on ne peut plus rien 
voir. 

Je dois mentionner cependant la grande salle qui 
précède le Musée, peinte à fresque par le peintre de 
Stanislas. On ne peut parler des figures après celles 
de Rubens; mais l'ensemble de l'architecture, peinte 
également à fresque, forme un ensemble qu'on ne 
peut plus produire de nos jours. 

En somme, Nancy est une grande et belle ville, 
mais triste et monotone : la largeur des rues et leur 
alignement me désolent; je vois le but de ma prome- 
nade à une lieue devant moi en droite ligne. Il n'y a 
que le PTest-End à Londres qui soit plus ennuyeux, 
parce que toutes les maisons s'y ressemblent, et que 
les rues y sont plus larges encore et plus intermi- 
nables. Strasbourg me plaît cent fois davantage avec 
ses rues étroites, mais propres; on y respire la 
famille, l'ordre, une vie paisible, sans ennui. 

Plombières^ lundi 10 août. — Parti de Nancy à 
cinq heures du matin. ÉveiUé à quatre heures; je 



Î84 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

crois avoir le temps, et Tomnibus vient nous chercher, 
que je n'avais rien apprêté. Je me culbute et je 
m'installe avec Jenny dans le chemin de fer. 

Voyage charmant jusqu'à Épinal. Toutes les fois 
que je vois un vrai matin, je m'épanouis. Je crois 
en jouir pour la première fois, et je me- désespère de 
n'en pas jouir plus souvent. 

Arrivé à Plombières vers onze heures. Trouvé le 
bon docteur Laguerre, qui me mène chez M. Sibille 
et me fait prendre mon premier bain. 

21 août. — Je me suis levé matin. J'ai fait un cro- 
quis dans une condition ravissante à la promenade 
des Dames, au bord d'un charmant ruisseau; la rosée 
couvrant la pente, le soleil à travers les branches. 
Monté ensuite très haut à gauche : vues admirables 
de matin. J'y ai fait deux croquis. 

Revenu un peu fatigué, mais en somme me portant 
bien. 

22 août, — Le soir, renouvelé la promenade delà 
route de Luxeuil. J'ai été presque jusqu'où j'avais été 
la première fois. Bois ravissants; idées charmantes: 
j'en ai fait deux souvenirs. 

23 août. — Le matin, monté par la colUne qui va 
à la petite Vierge. Vu là, tout en haut, une petite 
contrée toute simple et toute charmante. Souvenirs 
de Touraine et de Croze. Matinée délicieuse. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 285 

Descendu au bain par une pente raide qui m'a 
abrégé le chemin, et repris par la petite rue derrière 
les moulins. Remonté après déjeuner à la promenade 
des Dames; un bon monsieur ressemblant à Vieillard 
et à peu près de son âge, qui a lié conversation 
avec amabilité et à la française, comme autrefois. 

Cavelier (1) ensuite, que j'ai rencontré. 

25 août. — Le matin, route de Luxeuil. Temps 
couvert et froid : je n'ai trouvé de loisir qu'arrivé au 
commencement des bois. Ravin, arbre renversé, 
pentes charmantes avec rochers entremêlés à la 
verdure. — Souhaité d'habiter des pays de montagnes. 
— Odeur délicieuse comme l'héliotrope. 

28 août, — J'ai pris en goût depuis quelques jours 
la promenade de l'Empereur pour le soir, et même 
pour le matin. 

La lune, dont le quartier se- lève sur les monts boi- 
sés, m'attendrit et me retient là jusqu'à ce que le 
froid me chasse. 

29 août, — Fait mes adieux à l'égUse de Plom- 
bières... J'aime beaucoup les églises. J'aime à y 
rester presque seul, à m'asseoir sur un banc, et je 
reste là dans une bonne rêverie... On veut en faire 
une neuve dans ce pays-ci. Si je reviens à Plombières, 

(1) Pierre-Jules Cavelier (1814-1894), sculpteur, élève de David d'An- 
gers, membre de TAcadémie des Beaux-Arts depuis 1865. 



SS« JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

quand elle sera construite, je n'y entrerai pas sou- 
vent; c'est l'ancienneté qui les rend vénérables... Il 
semble qu'elles sont tapissées de tous les vœux que 
les cœurs souffrants y ont exbalés vers le ciel. Qui 
peut les remplacer, ces inscriptions, ces ex-voto, ce 
pavé formé de pierres tumulaires efifacées, ces autels, 
ces degrés usés par les pas et les genoux des généra- 
tions, qui ont souffert là et sur lesquelles l'antique 
Église a murmuré les dernières prières? Bref, je pré- 
fère la plus petite église de village (1), comme le 
temps l'a faite, à Saint -Ouen de Rouen restauré, ce 
Saint-Ouen si majestueux, si sombre, si sublime dans 
son obscurité d'autrefois, qui est aujourd'hui tout 
brillant de ses grattages, de ses vitraux neufs, etc. 

Je me suis enrhumé aujourd'hui en prenant ma 
dernière douche. 

Le soir, dernière promenade sur la route de Saint- 
Loup. Je ne peux m'arracher à ces beautés. De tous 



(1) Nous ne pourons noui empêcher de rapprocher de ce passage un 
fragment du Curé de village de Balzac, de ce Balzac que Delacroix 
parait n'avoir jamais compris, bien qu'il se montrât assez préoccupé de 
ses oeuvres pour en extraire d'importants fragments dans son Journal. 
L'analogie de sentiment est complète ; c'est la description de la petite 
église habitée par le curé Bonnet : « Malgré tant de pauvreté, cette 
« église ne manquait pas des douces harmonies qui plaisent aux belles 
« âmes et que les couleurs mettent si bien en relief... A l'aspect de cette 
M chétive maison de Dieu, si le premier sentiment était la surprise, il 
« était suivi d'une admiration mêlée de pitié. !N 'exprimait-elle pas la 
« misère du pays? Ne s'accordait-elle pas avec la simplicité naïve du 
« presbytère? Elle était d'ailleurs propre et très bien tenue. On y respi- 
u rait comme un parfum de vertus champêtres, rien n'y trahissait 
« l'abandon. Quoique rustique et simple, elle était habitée par la prière, 
M elle avait une âme : on la sentait, sans s* expliquer comment! n 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 5W7 

côtés, les faucheurs et les faneuses, et les voitures de 
foin entassées et traînées par les bons bœufs. 

Le matin, à la promenade de l'Empereur, jusqu'au 
bois. En chemin, scène de faucheurs et de faneu- 
ses : effet charmant et rustique... les éclairs de la 
faux (1), etc. 

30 août, — Renoncé à mon dernier bain, à cause 
de mon rhume. J'ai essayé de m' acheminer par la 
promenade de l'Empereur : comme il était déjà plus 
tard, le soleil m'a chassé. 

31 août. — Parti de Plombières à sept heures du 
matin. Route avec quatre religieuses : l'une d'elles 
d'une charmante figure. — Souffrant toute la route 
jusqu'à Épinal. 

Arrivé vers dix heures vers l'église sombre et d'un 
gothique assez primitif : très restaurée. 

Chaleur affreuse pour gagner le chemin de fer. 
Réflexions sur la foule qui se pressait à la gare de 
cette petite ville. Ce chemin n'est qu'ébauché : les 
cloisons ne sont pas posées, et déjà des myriades 
d'allants et venants s'y pressent... H y a vingt ans, 
il y avait probablement à peine une voiture par jour, 
pouvant convoyer dix ou douze personnes partant de 
cette petite ville pour affaires indispensables. Aujour- 
d'hui, plusieurs fois par jour, il y a des convois de 

(1) Ici le manuscrit contient un petit croquis de la main de Delacroix. 



2S8 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX, 

cinq cents et de mille émigrants dans tous les sens. 
Les premières places sont occupées par des gens en 
blouse et qui ne semblent pas avoir de quoi dîner. 
Singulière révolution et singulière égalité ! Quel plus 
I singulier avenir pour la civilisation! Au reste:, ce 
mot change de signification. Cette fièvre du mouve- 
ment dans des classes que des occupations matérielles 
sembleraient devoir retenir attachées au lieu où elles 
trouvent à vivre, est un signe de révolte contre des 
lois éternelles. 

A Nancy, vers une heure. Nous restons à la gare 
jusqu'à trois heures et demie. Nous retrouvons dans 
le wagon deux de nos religieuses du matin ; Tune, qui 
est supérieure de sa communauté, est une femme 
distinguée; elle cause avec beaucoup d'amabilité et 
sans nuance de bigoterie. 

Pluie, orage avant Bar-le-Duc. Je passe avec plai- 
sir devant le berceau de mon père; en somme, 
voyage agréable. 

Il y avait dans le wagon un gros Anglais, type de 
Falstaff, avec deux abominables filles, qui ont repré- 
senté presque jusqu'au bout le rôle de Loth et ses 
filles. 

Arrivés à onze heures et demie. Retard de plus 
d'une heure. 

PariSy 3 septembre. — Visite du docteur Laguerre 
pour moi. 

Visite du docteur Laguerre pour Jenny. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 289 

J'écris au bon cousin : 

« Malgré la vie solitaire que je mène ici, autant que 
cela est possible à Paris, je regretterai souvent notre 
tranquillité véritable de Strasbourg et combien elle 
était salutaire en particulier pour ma santé délabrée 
et pour mon esprit inquiet et fatigué. Dans votre pai- 
sible ville , tout me semblait respirer le calme : ici je 
ne trouve sur tous les visages qu'une fièvre ardente; 
les lieux même semblent livrés à une vicissitude per- 
pétuelle. Ce monde nouveau, bon ou mauvais, qui 
cherche à se faire jour à travers nos ruines, est 
comme un volcan sous nos pieds et ne permet de 
reprendre haleine qu'à ceux qui, comme moi, com- 
mencent à se regarder comme étrangers à ce qui se 
passe, et pour qui l'espérance se borne à un bon 
emploi de la journée présente. Je ne suis encore sorti 
qu'une fois dans les rues de Paris : j'ai été épouvanté 
de toutes ces figures d'intrigants et de prostituées. » 

i septembre. — Écrire à M. Voignée d'Arnault, à 
Sainte-Menehould ; 

— A Thiers, pour son livre. 

— Voir M. Lefebvre, jeune peintre, rue du Re- 
gard (1). 

— Chabrier. 

— Chapelle de Riesener. 

— Répondre à Bomot. 

(i) Sans doute Jules Lefebvre^ né en 1834, membre de l'Académie 
dei Beaux-Art8 depuis 1891. 

m. 19 



1 



290 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 



Le matin, aujourd'hui, à F appartement, et fatigue 
extrême. Je me suis trouvé mourant de faim au café 
des Marcs, qui m'a rappelé ma jeunesse et une jeu- 
X nesse bien éloignée. 

— Au milieu de la journée, Berryer est venu me 
voir. J'ai été bien heureux de sa visite et confus de 
ne pas avoir répondu à la bonne lettre de lui que 
j'avais trouvée ici. 

Il me dit, en confirmation de ce que je lui disais de 
mon régime, qu'il était convaincu que, lorsqu'un 
organe était affaibli ou souffrant chez un sujet d'un 
âge déjà avancé, c'était quelquefois le meilleur moyen 
de le guérir que de s'occuper de la santé de tout le 
reste, et dans mon cas, et d'après la doctrine du doc- 
teur Laguerre à mon égard, donner de la force au 
sang, c'est en donner à la gorge et à la poitrine. 

Dans ma promenade dans les rues du faubourg 
Saint-Germain, j'ai été frappé de leur contraste avec 
celles de mon quartier d'aujourd'hui, qui, j'espère, 
ne le sera plus dans quelques mois... 

J'ai rencontré le bon Gaubert(l), vieilli et souf- 
frant. 

Bornot m'écrit pour m'engager à aller à Valmont. 

Dimanche 13 septembre. — J'ai été voir Guifle- 
mardet vers onze heures, et suis resté jusqu'à deux 
heures et demie. 

(1) Le docteur Léon Gaubert (1805-1866), médecin du ministère de 
l'intérieur, et auteur de travaux intéressants sur l'hygiène. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 291 

J'ai été ensuite au Musée. Deux ou trois jours au- 
paravant j'y avais fait une séance. Je prise beaucoup 
la salle de l'École française moderne. Elle paraît bien 
supérieure à ce qui l'a précédée immédiatement. 
Tout ce qui a suivi Lebrun et surtout le dix-huitième 
siècle tout entier n'est que banalité et pratique. Chez 
nos modernes, la profondeur de l'intention et la sin- 
cérité éclatent jusque dans leurs fautes. Malheureu- 
sement, les procédés matériels ne sont pas à la hau- 
teur de ceux des devanciers. Tous ces tableaux 
périront prochainement. 

15 septembre. — Je vais à pied voir Périn (1) vers 
trois heures, et je reviens de même sans trop de fati- 
gue. J'ai été bien heureux de le revoir. Il était venu 
souvent en mon absence. Je l'aime beaucoup, et je 
crois qu'il éprouve pour moi le même sentiment. 
Cela est rare à notre âge. Le bon Guillemardet de 
même. 

28 septembre. — Je voudrais que ma voix eût la 
force qui lui manque. 

30 septembre. — Première visite du docteur La- 
guerre. 

3 octobre. — Pour peindre en détrempe une toile à 

(1) Alphonse Périn (1798-1875), peintre, élève de Guérin, qui fit sur- 
tout de la peinture religieuse. C'est dans l'atelier de leur maître corn- 
mon que s'éteit nouée cette amitié solide dont parle Delacroix. 



î«î JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

l'huile, et par conséquent pour retoucher un tableau 
à rhuile, mêler à la détrempe de la bière, qu'on rend 
plus forte en la faisant recuire. Le vernis Sœhné bien 
pour vernir la détrempe, pour fixer la détrempe, 
pour repeindre ensuite à l'huile ayant le ton frais en 
dessous. Peindre en détrempe avec de la colle cou- 
pée : six parties d'eau, une partie de colle. Passer 
ensuite de l'amidon bien passé et bien battu. Passer 
lestement avec une brosse large. 

4 octobre, — Revoir VAdam et Eve (1) ébauché 
par Andrieu d'après celui de la bibliothèque de la 
Chambre. — Revoir le Château de Saint-Chartin, vu 
par derrière. — Revoir la Marguerite en prison (2) 
avec Faust et Méphistophélès, puis VAspasie (3) jus^ 
qu'à la ceinture grande comme nature; voir un bon 
croquis dans un album du temps. 

6 octobre, — De Paris, à neuf heures et demie, à 
Fontainebleau; trouvé Viardot. A l'hôtel du Cadran 
bleuy pris une voiture pour AugerviUe. Cheminé à 
distance avec deux personnes qui y allaient aussi, 
dont M. Legrand, ami de Berryer. Enchanté de Tem- 
brasser. 

Ma journée m'a fatigué. 

Augervillcy vendredi 16 octobre, — Supériorité de 

(1) Voir Catalogue Robaut, n» 853 et n» 902. 

(2) Voir Catalogue Robaut, ii«251. 

(3) Voir Catalogue Robauty n* 47 et supplément. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 293 

la musique : absence de raisonnement (non de logique) . 
Je pensais tout cela en entendant le morceau bien 
simple d'orgue et de basse que nous jouait Batta ce 
soir, après l'avoir joué avant le dîner. Enchantement 
que me cause cet art; il semble que la partie intellec- 
tuelle (1) n'ait point part à ce plaisir. C'est ce qui fait 
classer l'art de la musique à un rang inférieur par les 
pédants. 

Dans la journée, fatigué à suivre Berryer à son 
arpentage pour son chemin extérieur. M. de Brézé 
venu le soir. 

« Les phraseurs, me disait Berryer d'après je ne 
sais qui, commencent à Massillon. » Je suis de son 
avis. Quelle tenue en toutes choses devaient avoir 
ces gens, capables de développer si longuement et 
avec ce soin et ce respect de l'objet qu'on traite ou 
de la personne à qui on s'adresse, et cela avec l'ab- 
sence de prétention et de l'effet qui a toujours été en 
grandissant depuis ! 

19 octobre. — Parti d'Augerville à une heure et 
demie. On est venu me prendre de Fontainebleau. 
Mme de Lagrange partie une demî-heure auparavant. 

Arbres cassés dans la forêt par un ouragan qui en 
a déraciné d'énormes. Feuillage mort contrastant. 
Cassure blanche. 



(1) Sur l'élémeot intellectuel des arta, voir le* beau développement du 
<lébut de l'année 1854, à propos des spécialistes auxquels, dit-il, « la 
partie intellectuelle de l'art manque complètement » . (Voir t. II, p. 321.) 



294 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Arrivé vers quatre heures. Fait un tour dans le 
parc par un temps gris et pluvieux. — Les carpes (l). 
— Dîné vers cinq heures ; parti à sept heures moins 
un quart. 

Paris, 4 novembre. — Je remarquais un de ces 
matins, étant au soleil dans ma galerie, Tefifet prisma- 
tique de la multitude de petits poils du drap de ma 
veste grise. Toutes les couleurs de Farc-en-ciel y bril- 
laient comme dans le cristal ou le diamant. Chacun 
de ces poils étant poU réfléchissait les plus vives cou- 
leurs, lesquelles changeaient à chaque mouvement 
que je faisais; nous n'apercevons pas cet effet en 
l'absence du soleil, mais... (2). 

8 novembre. — Donné à Haro le petit Watteau qui 
me vient de Barroilhet (3), pour le restaurer. 

Lui demander les arbres de Valmont, sur carton. 

9 novembre. — Je reçois ce matin une letti'e de 
mon bon Lamey. Chose singulière : depuis mon 
réveil, je pensais à lui continuellement; au plaisir que 
j'aurais à recevoir de ses nouvelles, et surtout à l'ha- 
bitude que nous devrions prendre de nous écrire : 



(1) Les fameuses carpes de l'étang de la Cour de« Fontaines, situé 
entre le Jardin anglais et l'avenue de Maintenon. 

(2) La suite manque dans le manuscrit. 

(3) Paul Barroilhet (1805-1871). Le célèbre baryton de l'Opéra étail 
grand amateur de peinture et avait eu de nombreux tableaux de Dela- 
croix. (Voir le Catalogue Robaut.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 295 

c'est justement ce qu'il me demande dans sa lettre. 

J'écris ceci pour l'idée que m'a suggérée le com- 
mencement de cette lettre. Si vales bene est, ego 
valeo... Je me suis mis à réfléchir sur ce mot valere, 
qui signifie en français se bien porter, expression ou 
plutôt locution qui peint en plusieurs mots une des 
situations de l'homme qui est en santé, peut-être à la 
vérité la principale et qui est le plus sûr indice de la 
force, celle de se trouver sur ses jambes, car l'homme 
malade est ordinairement couché. Il n'y a pas en 
français un mot unique qui exprime être en santé, et, 
chose bizarre, le mot latin qui l'exprime a passé 
toutefois dans notre langue : c'est le mot valoir. Les 
Anglais disent d'un homme : // vaut tant; c'est 
comme s'ils disaient : La santé de la bourse est bonne 
ou mauvaise. Nous disons : Cette maison vaut cent 
mille francs, c'est-à-dire elle a la valeur, la force, la 
durée probable, en un mot la santé d'une maison de 
cent mille francs. Valeur vient de valoir et par con- 
séquent de VALERE. Il faut en conclure que, dans l'idée 
de tout le monde, la première condition pour être 
valeureux est de se bien porter. On a de la valeur, 
on vaut beaucoup : la santé du corps ajoute à celle 
de l'âme et souvent n'est pas autre chose. 

La valeur, le courage dans un corps affaibli est une 
chose rare; encore dans l'homme qui en est capable, 
faut-il remarquer combien il sera plus en possession 
de cette valeur même, s'il se trouve relativement dans 
un meilleur état de santé ! 



296 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

— Du mot Distraction. — H y a longtemps que 
j'avais fait des réflexions analogues sur le mot Distrac- 
tion, pour exprimer des plaisirs, des passe-temps. 
Il vient de distrahere, détacher de, arracher de. Le 
vulgaire, quand il dit qu'il se donne des distractions, 
ne se dit pas que cette expression est toute négative; 
elle exprime la première opération à faire pour aller 
à une jouissance quelconque : c'est de se tirer d'ahord 
de l'état d'ennui ou de souffrance dans lequel on se 
trouve. Ainsi, je vais me distraire signifie : Je vais 
ôter de ma pensée le souvenir du mal présent; je vais 
ouhlier, si je puis, mon chagrin, quitte à trouver 
ensuite du plaisir par-dessus le marché. Tous les 
hommes ont hesoin d'être distraits et veulent l'être 
continuellement. Il n'y a peut-être que le musulman 
stupide (il nous parait tel à nous autres) qui semble 
se suffire à lui-même, accroupi pendant des journées 
sur un tapis, en tête-à-tête avec sa pipe; encore 
est-ce là une sorte de distraction. C'est une occu- 
pation fainéante qui rempht les heures d'une façon 
machinale. 

Quant à nos distractions, ce sont celles que don- 
nent des lectures, des spectacles, les cartes, la pro- 
menade : il y en a qui s'amusent, d'autres qui restent 
des heures interminables avec les occupations que 
donnent les travaux de l'esprit; mais, encore un coup, 
ce sont des personnes qui charment les heures de la 
prison par les imaginations d'un état qui les met hors 
de l'état présent, c'est-à-dire qui les arrache à la con- 



JOURNAL D»EUGENE DELACROIX. 297 

templation de soi-même. Ne peut-il donc arriver que, 
sans le secours de ces passe-temps plus ou moins fri- 
voles, on vive en compagnie de soi-même, sans appe- 
ler à son secours, ou la société d'un autre être, notre 
pareil, et aussi ennuyé que nous, ou les spectacles 
que donnent à notre esprit les inventions d'autres 
hommes comme nous,' qui ont eux-mêmes cherché 
dans l'enfantement de ces ouvrages, qui charment 
maintenant nos heures, une ressource contre les 
difficultés de vivre avec eux-mêmes ? 

Pythagore compare le spectacle du monde à celui 
des jeux Olympiques : les uns y tiennent boutique 
et ne songent qu'au profit; les autres payent de leur 
personne et cherchent la gloire ; d'autres enfin se 
contentent de voir les jeux. 

Il novembre. — Dans la journée chez Viardot, 
que je n'ai pas trouvé. Ensuite chez Mme de La- 
grange. Je conviens de revenir dîner avec elle, Ber- 
ryer et Musset. Mme Las Marismas s'y trouve : façon 
d'Anglaise qui ne manque pas de charme. 

B... se plaignant à Nice des moustiques, et M. de 
Landi, le père, lui disant obligeamment : « Nous en 
avons douze espèces comme cela. » 

Vendredi 13 novembre. — Il est difficile de dire 
quelles couleurs employaient les Titien et les Rubens 
pour faire ces tons de chair si brillants et restés tels, 
et en particulier ces demi-teintes dans lesquelles la 



298 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

transparence du sang sous la peau se fait sentir malgré 
le gris que toute demi-teinte comporte. Je suis con- 
vaincu pour ma part qu'ils ont mêlé, pour les pro- 
duire, les couleurs les plus brillantes. La tradition 
était interrompue à David, lequel, ainsi que son école, 
a amené d'autres errements. 

Il est passé en principe, pour ainsi dire, que la 
sobriété était un des éléments du beau. Je m'ex- 
plique : après le dévergondage du dessin et les 
éclats intempestifs de couleurs qui ont amené les 
écoles de décadence à outrager en tous sens la 
vérité et le goût, il a fallu revenir à la simplicité 
dans toutes les parties de l'art. Le dessin a été 
retrempé à la source de l'antique : de là une carrière 
toute nouvelle ouverte à un sentiment noble et vrai. 
La couleur a participé à la réforme; mais cette 
réforme a été indiscrète, en ce sens qu'on a cru 
qu'elle resterait toujours de la couleur atténuée et 
ramenée à ce qu'on croyait, à une simplicité qui n'est 
pas dans la nature. On trouve chez David (dans les 
Sabines, par exemple, qui sont le prototype de sa 
réforme) une couleur qui est relativement juste; seu- 
lement les tons que Rubens produit avec des couleurs 
franches et virtuelles telles que des verts vifs, des 
outremers, etc., David et son école croient les retrou- 
ver avec le noir et le blanc pour faire du bleu, le 
noir et le jaune pour faire du vert, de l'ocre rouge et 
du noir pour faire du violet, ainsi de suite. Encore 
emploie-t-il des couleurs terreuses, des terres d'om- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 299 

bre ou de Casse l, des ocres, etc. — Chacun de ces 
vcFts, de ces bleus relatifs, joue son rôle dans cette 
gamme atténuée, surtout quand le tableau se trouve 
placé dans une lumière vive qui, en pénétrant leurs 
molécules, leur donne tout Téclat dont elles sont 
susceptibles; mais si le tableau est placé dans l'ombre 
ou en fuyant sous le jour, la terre redevient terre et 
les tons ne jouent plus, pour ainsi dire. Si surtout on 
le place à côté d'un tableau coloré comme ceux des 
Titien et des Rubens, il paraît ce qu'il est effective- 
ment : terreux, morne et sans vie. Tu es terre et tu 
redeviens terre. 

Van Dyck emploie des couleurs plus terreuses que 
Rubens, Vocre, le brun rouge, le noir, etc. 

Vendredi 20 novembre, — Je compare ces écrivains 
qui ont des idées, mais qui ne savent pas les ordonner, 
à ces généraux barbares qui menaient au combat des 
nuées de Perses ou de Huns combattant au hasard, 
sans ordre, sans unité d'efforts, et par conséquent 
sans résultat. Les mauvais écrivains se trouvent 
aussi bien parmi ceux qui ont des idées que chez 
ceux qui en sont dépourvus. C'est le sentiment de 
l'unité et le pouvoir de la réaliser dans son ouvrage 
qui font le grand écrivain et le grand artiste. 

Samedi 5 décembre. — A l'Institut, Gatteaux (1) 

(1) JaccjueS'Édouard Gatteaux (1788-1881), statuaire et graveur en 
médailles, membre de l'Institut depuis 1845. 



300 JOURNAL D*EUGÉNE DELACROIX. 

fait une sortie sur la couleur. Le ministre (1) y était. 

9 décembre. — J'ai toujours fait trop d'honneur à 
tous les gens que j'ai vus pour la première fois : je les 
crois toujours supérieurs. 

Dimanche 20 décembre. — Je reste chez moi, je ne 
fais point ma barbe; tantôt, un petit rhume com- 
mençant me donne le prétexte de ne pas bouger. 
Depuis le commencement de ce mois je me suis remis 
à travailler. 

L'atelier est entièrement vide. Qui le croirait? 
Ce lieu, qui m'a vu entouré de peintures de toutes 
sortes et de plusieurs qui me réjouissaient par leur 
variété et qui chacune éveillaient un souvenir ou 
une émotion, me plaît encore dans la solitude. H 
semble qu'il soit doublé. J'ai là dedans une dizaine 
de petits tableaux que je prends plaisir à finir. Sitôt 
que je suis levé, je monte à la hâte, prenant à peine le 
temps de me peigner : j'y demeure jusqu'à la nuit, 
sans un seul moment de vide ou de regret pour les 
distractions que les visites, ou ce qu'on appelle les 
plaisirs, peuvent donner. Mon ambition est renfer- 
mée dans ces murs. Je jouis des derniers instants qui 
me restent pour me voir encore dans ce lieu qui m'a 
vu tant d'années, et dans lequel s'est passée en grande 
partie la dernière période de mon arrière-jeunesse. 
Je parle ainsi de moi, parce que, quoique dans un 

(1) M. Roulland. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 301 

âge avancé de la vie, mon imagination et un certain 
je ne sais quoi me font sentir des mouvements, des 
élans, des aspirations qui se sentent encore des belles 
années. Une ambition effrénée n'a pas asservi mes 
facultés au vain désir d'être admiré par les envieux 
dans quelque poste en vue, vain hochet des der- 
nières années, sot emploi pour l'esprit et pour le 
cœur de ces moments où l'homme au décUn de la vie 
devrait plutôt se recueillir dans ses souvenirs ou dans 
de salutaires occupations de l'esprit, pour se consoler 
de ce qui lui échappe, et remplir ses dernières heures 
autrement que dans les affaires rebutantes dans les- 
quelles les ambitieux consument de longues journées 
pour être vus quelques instants ou plutôt pour se 
voir sous le soleil de la faveur. Je ne puis quitter sans 
une vive émotion ces humbles lieux, où j'ai été tantôt 
triste et tantôt joyeux pendant tant d'années. 

Mercredi 23 décembre. — Jour de réunion géné- 
rale de l'Institut pour la nomination d'un sous-biblio- 
thécaire. La vue de toutes ces figures m'a amusé. 
Berryer y était, que je n'avais pas vu et qui est venu 
à moi. Nous avons été en sortant voir mon logement. 
Il me ramène jusque chez lui, tout en me contant les 
circonstances du procès de Jeufosse, dans lequel il 
vient d'avoir un éclatant succès (1). 



(1) Cette 
14 décembre 
succès oratoires. 



cause célèbre, qui eut un grand retentissement, fut jugée le 
e 1857, et fournit à Berryer l'occasion d'un de ses plus beaux 






302 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Jour de sainte Victoire (1). Je Fai laissé passer sans 
m'en apercevoir, car j'écris ceci le lendemain... Que 
d'années écoulées, que de chers objets disparus 
depuis que nous fêtions ce cher anniversaire ! 

Jeudi 24 décembre. — Travaillé comme à l'ordi- 
naire toute la journée pendant qu'on me déménage. 
J'apprends ce soir la mort du pauvre Devéria (2), 
mort aujourd'hui même, et qu'on enterre demain. 

Lundi 28 décembre, — Déménagé brusquement 
aujourd'hui (3). Travaillé le matin aux Chevaux qui 
se battent (4). 

Mon logement est décidément charmant. J'ai eu 
un peu de mélancolie après dîner, de me trouver 
transplanté. Je me suis peu à peu réconcilié et me 
suis couché enchanté. 

Réveillé le lendemain en voyant le soleil le plus 
gracieux sur les maisons qui sont en face de ma 
fenêtre. La vue de mon petit jardin et l'aspect riant 
de mon atelier me causent toujours un sentiment de 
plaisir. 

Mardi 29 décembre. — J'ai été jusqu'au Luxem- 

(1) C'était le jour de la fête de la mère de Delacroix, Victoire OEben^ 
et cet anniversaire évoquait en lui de touchants souvenirs de jeunesse. 

(2) Achille Devéria (1800-1857). 

(3) Delacroix quittait son appartement de la rue Notre-Dame de Lo- 
rette pour s'installer dans l'atelier de la rue Furstenberg, où il devait 
mourir quelques années plus Urd. 

(4) Voir Catalogue Robaut, n" 1409. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 303 

bourg (1) pour m'aguerrir, par le plus beau temps 
du monde. 

Le soir, M. Hartmann (2), qui venait me deman- 
der ma copie du portrait d'homme de Raphaël. Nous 
avons parlé tout le temps de théologie. Il est un fer- 
vent protestant. Haro survenu. Bref, je me suis cou- 
ché ennuyé et fatigué. 

(1) A partir de ce moment, Delacroix ira souvent se reposer et rêver 
sous les ombrages du Luxembourg, à l'endroit même oii se dresse actuel- 
lement le monument élevé à sa mémoire. 

(2) M. Hartmann, amateur distingué dont la galerie contenait un 
^and nombre de toiles du maître. 



><s 



1858 



22 janvier. — Soirée chez Hittorff pour la lecture 
de Berlioz. 

2 février. — Première visite du docteur Laguerre 
pour la maladie de Jenny. Elle est arrêtée depuis 
avant-hier. 

3 février. — Deuxième visite du docteur. 

4 février. — Troisième visite du docteur. Rieseaer 
venu à quatre heures pour le jardin. 

5 février. — Visite du docteur. — Au conseilla 
matinée ; ensuite chez Alaux (1) et chez Halévy. 
Je n'ai pas trouvé ce dernier. 

Je vois au conseil une machine destinée à transpor- 
ter à une vingtaine de mètres plus loin la colonne de 
^ la place du Châtelet. On vient de planter à la place 
de la Bourse des marronniers énormes. Bientôt on 

(1) Jean Alaux (1786-1864), peintre, élève de Vincent, grand prix 
de Rome en 1815, membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1851* 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. ' 305 

traDsportera des maisons; qui sait? peut-être des 
villes. 

15 février. — Le bon Duverger venu me voir pour 
le placement du médaillon de Nourrit (1) à Versailles. 
Excellent homme et policé dans ses explications. Il 
veut avoir une vieillesse vigoureuse et fait des actes 
déjeune homme pour se tenir en haleine, comme de 
grimper sur les omnibus quand la voiture est lancée, 
et autres exercices. 

16 février. — Séance du comité à trois heures à 
THôtel de ville. Je vois Flourens (2). Le préfet (3) 
nous a dit des choses intéressantes sur Finvasion des 
prêtres dans l'instruction publique. Ils accaparent tout. 

J'ai eu très froid en revenant avec Didot. 

M février. — Vers quatre heures, comme j'allais 
sortir, mon cher Rivet est venu me voir. Il m'a 
montré de la sensibilité au souvenir de notre ancienne 
amitié et m'a promis de venir quelquefois prendre du 
thé avec moi et causer. 

(1) Eugène Vieillard-Duverger (1800-1863), imprimeur délicat et 
éradit, était un camarade de jeunesse de Delacroix : il était fils de 
lauis Vieillard-Duverger, ancien régisseur de rOpéra-Gomique, et plus 
tard directeur d'une agence théâtrale fort estimée. Adolphe Nourrit avait 
épousé la sœur d'Eugène Duverger. Le médaillon du grand artiste, dont 
il est question ici, n'est que la reproduction du médaillon de profil qui 
orne la tombe d'Adolphe Nourrit au cimetière Montmartre. 

(2) Pierre- Jean-Marie Flourens (1794-1867), physiologiste, élève de 
Guvier, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel de l'Aca- 
démie des sciences, fut appelé en 1858 à faire partie du conseil munici- 
pal et du conseil général du département de la Seine. 

(3) Le baron Haussmann. 

III. 20 



X 



306 ' JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

18 févrwr. — Chabrier et sa femme venus vers 
trois heures. 



23 février. — Les anciens sont parfaits dans leur 
sculpture. Raphaël (1) ne Test pas dans son art. Je 
fais cette réflexion à propos du petit tableau di Apollon 
et Marsyas (2). Voilà un ouvrage admirable et dont les 
regards ne peuvent se détacher. C'est un chef-d'œuvre 
sans doute, mais le chef-d'œuvre d'un art qui n'est 
pas arrivé à sa perfection. On y trouve la perfection 
d'un talent particulier avec l'ignorance, résultat du 
moment où il a été produit. L'Apollon est collé au 
fond. Ce fond avec ses petites fabriques est puéril : la 
naïveté de l'imitation l'excuse, et le peu de connais- 
sance qu'on avait alors de la perspective aérienne. 
L'Apollon aies jambes grêles : elles sont d'un modelé 
faible ; les pieds ont l'air de petites planches emman- 
chées au bout des jambes : le cou et les clavicules 
sont manques, ou plutôt ne sont pas sentis. Il en est 

(1) Delacroix écrivait en 1830 dans la Revue de Paris ^ on il avait 
donné une longue étude sur Raphaël : «« Raphaël n'a pas plus qu'un 
K autre atteint la perfection; il n'a pas même, comme c'est l'opinion 
« commune, réuni à lui seul le plus grand nombre de perfections pos- 
M sible ; mais lui seul a porté à un si haut degré les qualités les plus 
«« entraînantes et qui exercent le plus d'empire sur les hommes : un 
u charme irrésistible dans son style, une grâce vraiment divine^ qui res- 
tt pire partout dans ses ouvrages, qui voile les défauts et fait excuser 
u toutes ses hardiesses. » 

(2) Peinture sur bois de l'école italienne, dont il est difficile d'établir 
exactement l'auteur. Acheté en 1850 à la vente de la galerie de M. Du- 
vernay par un savant amateur anglais, M. Morris Moore, ce tableau fat 
exposé à Paris en 1859. Depuis quelques années il fait partie des collec- 
tions du Louvre (Salon carré). 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 807 

à peu près de même du bras gauche qui tient un 
bâton ; je le répète : le sentiment individuel, le charme 
particulier au talent le plus rare, forment F attrait de 
ce tableau. Rien de semblable dans des petits plâtres 
qui se trouvaient à côté chez le possesseur du tableau, 
et qui sont moulés probablement sur des bronzes 
antiques. Il s'y trouve des parties négligées ou plutôt 
moins achevées que les autres ; mais le sentiment, qui 
anime le tout, ne va pas sans une connaissance com- 
plète de l'art. Raphaël est boiteux et gracieux. 

L'antique est plein de la grâce sans afféterie de la 
nature ; rien ne choque ; on ne regrette rien ; il ne 
manque rien, et il n'y a rien de trop. Il n'y a aucun 
exemple chez les modernes d'un art pareil. 

2i février. — Chez Raphaël nous voyons un art qui 
se débat dans ses langes : les parties sublimes font 
passer sur les parties ignorantes, sur les naïvetés 
enfantines qui ne sont que des promesses d'un art 
plus complet. 

Dans Rubens il y a, une exubérance, une connais- 
sance des moyens de l'art et surtout une facilité à les 
appliquer, qui entraîne la main savante de l'artiste 
dans des effets outrés, dans des moyens de conven- 
tion employés pour frapper davantage. 

Dans Puget (1), des parties merveilleuses qui 

(1) Dans 80Q étude sur le {;rand sculpteur, parue au Plutarque frari" 
Çais, Delacroix écrit en manière de conclusion.: « Le nom de Puget est 
«l'un des plus grands noms que présente l'histoire des arts. 11 est 
• l'honneur de son pays, et, par une bizarrerie remarquable, l'allure de 



308 JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 

dépassent, en vérité et en énergie, les anciens et 
Rubens, mais point d'ensemble : des défaillances à 
chaque pas, des parties défectueuses assemblées à 
grand'peine; l'ignoble, le commun à chaque pas. 

L'antique est toujours égal, serein, complet dans 
ses détails, et l'ensemble irréprochable en quelque 
sorte. Il semble que les ouvrages soient ceux d'un 
seul artiste : les nuances de style diffèrent à des 
époques diverses, mais n'enlèvent pas à un seul 
morceau antique cette valeur singulière qu'ils doi- 
vent tous à cette unité de doctrine, à cette tradition 
de force contenue et de simplicité, que les modernes 
n'ont jamais atteinte dans les arts du dessin, ni peut- 
être dans aucun des autres arts. 

26 février, — La conversation que j'ai avec J... à 
propos de la jambe imparfaite de la Médée : que les 
hommes de talent sont frappés d'une idée à laquelle 
tout doit être subordonné. De là les parties faibles, 
sacrifiées par force; tant mieux si l'idée est venue 

u son génie semble l'opposé du génie français. De tout temps, sauf de 
« rares exceptions parmi lesquelles Puget est la plus brillante, la sagewe 
« dans la conception et l'ordonnance et une sorte de coquetterie dan» 
« l'exécution ont caractérisé le goût de notre nation dans les arU àa 
H dessin. Au rebours de ces qualités, Puget présenta dans ses ouvrages 
« une fougue d'invention et une vigueur de la main qui approchent de la 
u rudesse, et qui durent étonner dans son temps, plus qu'elles ne feraient 
« au nôtre. Aussi l'espèce de disgrâce qu'il subit pendant sa longue car- 
« rière doit-elle être attribuée en grande partie à cette opposition qu'il 
« offrait avec la manière des artistes ses contemporains, manière qui 
« flattait le goût général. C'est précisément ce contraste qui le fait si 
« grand aujourd'hui : aux yeux de la postérité, il efface tout ce que son 
« époque a produit et admiré. » 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 309 

toute nette et se développant d'elle-même. Le travail 
difficile ne s'applique, dans l'homme de talent, qu'à 
faire passer les endroits faibles. Comme tout est faible 
chez les hommes d'un faible talent, tout étant le pro- 
duit de la réflexion ou de réminiscences plus que de 
l'inspiration, ces lacunes sont moins sensibles. Toutes 
les parties de leur ouvrage insipide sont l'objet d'un 
travail opiniâtre et soutenu. Une nature avare leur 
fait payer cher leur moindre trouvaille. Aux hommes 
mieux doués le ciel donne pour rien les idées heu- 
reuses et frappantes; c'est à les mettre en lumière le 
mieux possible que s'applique pour eux le travail. 

^% février, — (Je relis cela. Le rapporter à ce que 
j'ai écrit au commencement de l'année 1860 sur le 
même sujet (1); mais avec une conclusion diffé- 
rente; non pas que je ne trouve toujours l'antique 
aussi parfait, mais en le comparant avec les mo- 
dernes^ notamment dans des médailles de la Renais- 
sance, dans les ouvrages de Michel- Ange, du Cor- 
rège, etc., je trouve dans ces derniers un charme 
particulier que je n'ose pas dire qui soit dû à leurs 
incorrections, mais à une sorte de piquant indéfi- 
nissable qu'on ne trouve pas dans l'antique, lequel 
vous donne une admiration plus tranquille. Les 
anciens embrassaient moins d'objets.) 

L'art grec était fils de l'art égyptien. Il fallait 
toute la merveilleuse aptitude du peuple de la Grèce 

(1) Voir t. III, p. 371 et suiv. 



SIO JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

pour avoir rencontré, en suivant toutefois une sorte 
de tradition hiératique comme celle des Égyptiens^ 
toute la perfection de leur sculpture. C'est la libé- 
ralité de leur esprit qui anime et féconde ces froides 
images consacrées d'un autre art soumis à une tradi- 
tion inflexible. Mais si on les compare aux modernes, 
travaillés par tant de nouveautés que la marche des 
siècles a amenées par le christianisme, par les décou- 
vertes des sciences qui ont aidé à la hardiesse de 
rimaginatïon, enfin par suite de cette révolution iné- 
vitable dans les choses humaines qui ne permet pas 
qu'une époque soit semblable à celles qui Font pré- 
cédée... 

Les hardiesses téméraires des grands hommes ont 
conduit au mauvais goût; mais chez les grands 
hommes, les hardiesses ont ouvert la barrière aux 
hommes futurs qui leur ressemblent. De même qu'Ho- 
mère semble chez les anciens la source d'où tout a 
découlé, de même chez les modernes certains gé- 
nies, j'oserai dire énormes, et il faut le mot comme 
signifiant aussi bien la grandeur de ces génies que 
leur impossibilité de se renfermer dans de certaines 
bornes, ont ouvert toutes les routes parcourues 
depuis eux, chacun suivant son caractère particulier, 
de telle sorte qu'il n'est pas de grands esprits venus 
à leur suite qui n'aient été leurs tributaires, qui n'aient 
trouvé chez eux les types de leurs inspirations (1). 

(1) Sur les génies primitifs et leurs imitateurs, voir la même idée 
exprimée par Delacroix le 26 octobre 1853, t. II, p. 258 et suiy. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 311 

L'exemple de ces hommes primitifs est dangereux 
pour les faibles talents ou pour les inexpérimentés. 
De grands talents, même à leur début, cèdent facile- 
ment à prendre leur propre influence ou les divaga- 
tions de leur imagination pour Teffet d'un génie sem- 
blable à celui de ces hommes extraordinaires. C'est à 
d'autres grands hommes comme eux , mais qui vien- 
nent après eux, que leur exemple est utile; les natures 
inférieures peuvent imiter à leur aise les Virgile , les 
Mozart 

Cette mobilité est si naturelle aux hommes que les 
anciens eux-mêmes, dont la grandeur à distance nous 
semble monotone, présentent peu d'analogies ; leurs 
grands tragiques se suivent sans se ressembler : Euri- 
pide n'a plus la simplicité d'Eschyle, il est plus 
poignant, il cherche des effets, des oppositions; 
les artifices de la composition s'augmentent avec la 
nécessité de s'adresser à des sources nouvelles d'inté- 
rêt qui se découvrent dans l'âme humaine. 

C'est comme le travail qu'on voit s'opérer dans 
l'art moderne. Michel-Ange ne peut appeler au 
secours de l'effet de ses sculptures l'art des fonds, le 
paysage qui augmente l'impression des figures dans 
la peinture; mais le pathétique des mouvements, la 
finesse des plans, l'expression deviennent des besoins 
impérieux de sa passion. 

Les plus grands admirateurs ^ et ils sont rares 
aujourd'hui, de Corneille et de Racine sentent bien 
que, de notre temps, des ouvrages taillés sur le modèle 



31Î JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

des leurs nous laisseraient froids. L'indigence de 
nos poètes nouf prive de tragédies faites pour nous; 
il nous manque des génies, originaux (1). On n'a 
encore rien imaginé que l'imitation de Shakespeare 
mêlée à ce que nous appelons des mélodrames; 
mais Shakespeare est trop individuel, ses beautés 
et ses exubérances tiennent trop à une nature ori- 
ginale pour que nous puissions en être complète- 
ment satisfaits quand on vient faire à notre usage du 
Shakespeare. C'est un homme à qui on ne peut rien 
dérober, comme il ne faut rien lui retrancher. Non 
seulement il a un génie propre à qui rien ne ressemble, 
mais il est Anglais, ses beautés sont plus belles pour 
les Anglais, et ses défauts n'en sont peut-être pas 
aux yeux de ses compatriotes. Ds en étaient encore 
bien moins pour ses contemporains. Us étaient ravis 
de ce qui nous choque : les beautés de tous les temps 
qui brillent çà et là n'étaient probablement pas ce qui 
faisait battre des mains à la galerie d'en haut, celle 
que fréquentaient les matelots et les marchands de 



(i) Du livre déjà cité sur Delacroix nous détachons ce passage écrit 
par le maître sous la rubrique De l'art ancien et de l'art moderne: 
«Le goût de Varchaïsme est pernicieux. C'est lui qui persuade à mille 
« artistes qu'on peut reproduire une forme épuisée ou sans rapport à nos 
« mœurs du moment. 11 est impardonnable de cbercber le beau à la 
« manière de Raphaël ou du Dante. Ni l'un ni l'autre, s'il était possible 
« qu'ils revinssent au monde, ne présenterait les mêmes caractères 
« dans son talent. . . Libre à ceux qui imitent aujourd'hui le style de 
« Raphaël de se croire des Raphaels. Ce que l'on peut singer, c'est l'in- 
« vention, c'est la variété des caractères; et ce qu'un homme inspiré 
« seul peut faire, c'est de marquer de son style particulier ses ouvrages 
« inspirés. » (Eugène Del\cboix, sa vie et ses œuvres, p. 409.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 313 

poisson; et il est probable que les seigneurs de la 
cour d'Elisabeth — ils n'avaient pas b^ucoup meilleur 
goût — leur préféraient les jeux de mots , les traits 
d'esprit recherchés. Le lyrisme, le réalisme, toutes 
ces belles inventions modernes, on a cru les trouver 
dans Shakespeare. De ce qu'il fait parler des valets 
comme leurs maîtres, de ce qu'il fait interroger un 
savetier par César, le savetier en tablier de cuir et 
répondant en calembours du coin de la rue, on a 
conclu que la vérité manquait à nos pères qui ne con- 
naissaient pas cette veine nouvelle; quand on a vu 
également un amant en tête-à-tête avec sa maîtresse 
débiter deux pages de dithyrambe à la nature et à la 
lune, ou un homme dans le paroxysme de la fureur 
s'arrêter pour faire des réflexions philosophiques 
interminables, on a vu un élément d'intérêt dans ce 
qui n'est que celui d'un extrême ennui. 

Combien le pour et le contre se trouvent dans la 
même cervelle ! On est étonné de la diversité des 
opinions entre hommes différents; mais un homme 
d'un esprit sain conçoit toutes les possibilités, sait se 
mettre ou se met à son insu à tous les points de vue. 
Cela exphque tous les revirements d'opinion chez le 
même homme, et ils ne doivent surprendre que ceux 
qui ne sont pas capables de se faire à eux-mêmes des 
opinions des choses. En politique, où ce changement 
est plus fréquent et plus brusque encore , il tient à 
des causes entièrement différentes et que je n'ai pas 
besoin d'indiquer : cela n'est pas mon sujet. 



314 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

Il semble donc qu'un homme impartial ne devrait 
écrire qu'en deux personnes pour ainsi dire : de 
même qu'il y a deux avocats pour une seule cause. 
Chacun de ces avocats voit tellement les moyens qui 
miUtent en faveur d'un adversaire, que souvent il va 
au-devant de ces moyens ; et quand il rétorque les 
raisons qu'on lui objecte, c'est par des raisons tout 
aussi bonnes et qui au moins sont spécieuses. D'où il 
suit que le vrai dans toute question ne saurait être 
absolu ; les Grecs, qui sont la perfection, ne sont pas 
aussi parfaits; les modernes, qui offrent plus de 
défaillances ou de fautes, ne sont pas aussi défectueux 
que l'on pense et compensent par des qualités parti» 
culières les fautes et les défaillances dont l'antique 
parait exempt. 

Je trouve, dans de vieilles notes d'il y a quatre 
ans (1), mon opinion sur le Titien. Ces jours-ci, sans 
me les rappeler, mais sous des impressions différentes, 
je viens d'en écrire d'autres. 

D'où je conclus qu'il faudrait presque qu'un homme 
de bonne foi n'écrivît un ouvrage que comme on 
instruit une cause; c'est-à-dire, un thème étant 
posé, avoir comme un autre personnage en soi qui 
fasse le rôle d'un avocat adverse chargé de contre- 
dire. 

— Sur Tinstabilité des renommées des grands 
hommes. 

(1^ Voir t. II, p. 470 et suiv. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 315 

— Du beau antique et du beau moderne. 

5 mars. — Au conseil par un froid glacial. J'y 
apprends que le bon Thierry est très malade. Je vais 
à la rue du Petit-Musc, je le trouve très changé. 

Je Us en rentrant les lettres de Mlle Rachel (1). 

Je trouve dans les Salons de Paris de Mme Ancelot, 
à propos de la duchesse d' Abrantès (2) : « Ce fut avec 
tristesse que je la quittai; j'emportais une vague in- 
quiétude, car j'avais déjà remarqué que la maladie 
était toujours et que la mort est souvent la suite du 
chagrin. Une certaine modération de caractère et 
de position défend la vie contre ce qui l'empêche 
d'arriver à la vieillesse, et ceux qui parviennent à ses 
dernières limites ont fait certainement preuve d'une 
sagesse recommandable. Us ont fait plus : ils ont fait 
mieux que bien d'autres, et, si cela ne parle pas tou- 
jours en faveur de leur cœur, c'est un assez bon argu- 
ment en faveur de leur raison. La duchesse d' Abran- 
tès n'eut point cette habileté honorable : le désordre 
amena le chagrin, qui entraîna la maladie à sa 
suite. » 

(i) Rachel était morte au mois de janvier de cette même année. 

(2) La duchesse d* Abrantès, née en 1784, morte en 1838, descendait 
de la famille impériale des Comnène. Elle épousa en 1799 le général 
Junot, l'accompagna dans ses différentes campagnes, et après sa mort en 
1813 se youa à l'éducation de ses enfants. Elle écrivit de volumineux 
mémoires où Ton trouve les plus curieux détails sur la cour impériale 
Elle était très liée avec Balzac, qui, au moment de l'apparition de ses 
mémoires, servit d'intermédiaire pour traiter avec les éditeurs. On trouve 
d'intéressants détails sur la duchesse d'Abrantès dans le livre de 
M. G. Ferry : Balzac et ses amies. 



3i« JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

10 mars. — La Fue de Dieppe avec V Homme qui 
sort de la mer avec les deux chevaux (1). 

14 mars. — Les artistes qui cherchent la perfection 
en tout sont ceux qui ne peuvent Fatteindre en aucune 
partie. 

15 mars. — Je suis souffrant depuis quelques 
jours de Festomac ; je Fai fatigué un peu peut-être, et 
de plus je travaille beaucoup depuis un mois et demi. 

J'ai sous les yeux dans ma chambre la petite répé- 
tition du Trajan (2) et le Christ montant au Calvaire. 
Le premier est blond et clair beaucoup plus que 
l'autre. Le petit Watteau (3) que j'ai mis à côté de tous 
les deux a achevé de me démontrer où sont les avan- 
tages des fonds clairs. Dans le Christ, les terrains, 
surtout ceux du fond, se confondent presque avec les 
parties sombres des personnages : la règle la plus 
générale est d'avoir toujours des fonds d'une demi- 
teinte claire, moins que les chairs, bien entendu, 



(i) Voir Catalogue Rohauty n* 1410. 

(2) Il s'agit de l'esquisse de la fameuse toile la Justice de Trajan, 
peinte en 1840 et qui est l'honneur du musée de Rouen. (Voir Catalogue 
Bobaut, n° 693.) « La Justice de Trajan est peut-être comme couleur 
« la plus belle toile de M. Eugène Delacroix, et rarement la peinture 
« a donné aux yeux une fête si brillante : la jambe s'appuyant dans 
« son cotburne de pourpre et d'or au fladc rose de sa monture est le 
« plus frais bouquet de tons qu'on ait jamais cueilli sur une palette, 
«même à Venise. » (Tb. Gautier, Les Beaux-Arts en Europe.) 

(3) Delacroix tenait de Barroilbet ce petit tableau de Watteau, les 
Apothicaires, Il l'a légué par testament à M. le baron Schwiter. [Cor- 
resp.y t. I, p. VI.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 31T 

mais calculés de manière que les accessoires bruns, 
tels que vêtements, barbe, chevelures, tranchent 
en brun pour enlever les objets du premier plan. 
C'est ce qui est très remarquable dans le Watteau; 
il y a même plusieurs parties qui ont la même valeur 
que leurs fonds respectifs. Ainsi les bas des sou- 
liers gris ou jaunâtres ne sortent du terrain que par 
des parties légèrement plus foncées, etc. Il faudrait 
d'autres Watteau pour étudier l'artifice de son effet. 

Dans mon Watteau, les arbres du fond, quoiqu'à 
un plan peu reculé, sont extrêmement clairs : il ne s'y 
trouve pas un seul ton, non plus que dans les tom- 
beaux, qui rivalise même de loin pour la vigueur 
avec ceux du premier plan. Il en résulte même un 
défaut de liaison que je trouve choquant quand je 
le compare avec mon Trajan; chaque petite figure 
est isolée, et on voit trop clairement qu'elle a été 
faite à loisir, indépendamment de ses voisines. 

C'est aujourd'hui, après y avoir réfléchi ce matin 
dans mon lit, que j'ai donné à Haro l'idée qui peut 
mettre sur la voie de la peinture des Van Eyck, le 
problème consistant d'une part dans le moyen à 
prendre pour éviter la trop grande quantité d'huile 
dans les couleurs, et de l'autre dans celui d'ajouter du 
vernis en quantité correspondante. Je lui ai dit de 
renverser le problème : on broierait les couleurs 
avec un vernis qui permettrait de conserver les cou- 
leurs fraîches, et on ajouterait de l'huile en peignant. 
Il est très frappé de mon idée. 



SIS JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

16 mars. — Varcollîer est venu me voir. Il me dit 
que Trousseau disait qu'il n y avait que danger à 
s'attaquer par des remèdes à toute maladie chronique, 
goutte, rhumatisme, migraine. Gicéron disait : Con- 
tra senectutem pugnandum. 

18 mars, — Aujourd'hui, première visite du doc- 
teur Laguerre pour mon indigestion. 

21 mars. — Beyle dit de YJtaliana in Algieri * 
« C'est la perfection du genre bouffe ; aucun autre 
compositeur vivant ne mérite cette louange, et Rossini 
lui-même a bientôt cessé d'y prétendre. Quand il écri- 
vait YJtaliana^ il était dans la fleur du génie et de la 
jeunesse; il ne craignait pas de se répéter; il ne 
cherchait pas à faire de la musique forte; il vivait 
dans cet aimable pays de Venise, le plus gai de 
ritaUe et peut-être du monde, et certainement le 
moins pédant. » 

2 avril. — Les deux Grenier (1) venus vers quatre 
heures; ils m'ont fait plaisir. 

3 avril. — Je relis plusieurs de mes anciens cale- 
pins pour y rechercher du vin de quinquina que 
m'avait donné ce brave Boissel. J'y ai retrouvé des 
choses passées avec un plaisir doux et pas trop triste. 

(1) Sans doute Henri- Gustave et Théophile-Yves-René Grenier de 
Saint- Martin, fils du peintre Grenier de Saint-Martin (1793-1867), 
élève de Guérin et aussi de Delacroix. Ces deux jeunes gens débutèrent 
l'un et l'autre au Salon de 1857. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 31» 

Pourquoi ai-je délaissé (1) cette occupation, qui me 
coûte si peu, de jeter de temps en temps sur ces livres 
ce qui se passe dans mon existence et surtout dans 
mon cerveau? Il y a nécessairement dans des notes 
de ce genre, écrites en courant, beaucoup de choses 
qu'on aimerait plus tard à n'y pas retrouver. Les 
détails vulgaires ne se laissent pas exprimer facile- 
ment, et il est naturel de craindre l'usage que Ton 
pourrait faire, dans un temps éloigné, de beaucoup 
de choses sans intérêt et écrites sans soin. 

9 avril, — De la correspondance de Voltaire avec 
le cardinal de Bernis (2) : « Cette tragédie (celle de 
Calas) ne m'empêche pas de faire à Cassandre toutes 
les corrections que vous m'avez bien voulu indiquer : 
malheur à qui ne se corrige pas , soi et ses œuvres ! 
En relisant une tragédie de Mariatnne que j'avais faite 
il y a quelque quarante ans , je l'ai trouvée plate et 
le sujet beau; je l'ai entièrement changée; il faut se 
corriger, eût-on quatre-vingts ans. Je n'aime point les 
vieillards qui disent : — J'ai pris mon pli. — Eh ! vieux 
fou, prends-en un autre ; rabote tes vers si tu en as fait, 

(1) On pourra remarquer que, durant les périodes de production, le 
Journal est presque toujours incomplet. C'est surtout quand il voyage, 
quand il est aux eaux, en villégiature chez un ami, à Dieppe par exemple, 
qu'il se plaît à y écrire : c'est ainsi que ses séjours à Augerville chez 
Berryer, où il ne peignait presque jamais, sont autant d'occasions pour 
lui de noircir des feuillets. En revanche, à Paris il écrit peu : c'est ce 
qui explique que l'on trouve en somme assez peu d'indications sur ses 
compositions picturales, et que le Journal soit à ce point de vue un 
insuffisant commentaire de son œuvre d'artiste. 

(2) Lettre du 21 juillet 1762. 



3S0 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

et ton humeur si tu en as. Combattons contre nous- 
mêmes jusqu'au dernier moment ; chaque victoire est 
douce. Que vous êtes heureux, Monseignem'! Vous 
êtes encore jeune et vous n'avez point à combattre. » 

De Voltaire au cardinal de Bernis (1) : « Je ne sais, 
Monseigneur, si notre secrétaire perpétuel a envoyé 
à Votre Éminence YHéraclius de Calderon, que je lui 
ai remis pour divertir l'Académie. Vous verrez quel 
est l'original, de Calderon ou de Corneille. Cette 
lecture peut amuser infiniment un homme de goût tel 
que vous, et c'est une chose, à mon gré, assez plai- 
sante. Je vois jusqu'à quel point la plus grave de 
toutes les nations méprise le sens commun. 

« Voici, en attendant, la traduction très fidèle de 
la Conspiration contre César par Cassius et Brutus, 
qu'on joue tous les jours à Londres, et qu'on pré- 
fère infiniment au Cinna de Corneille. Je vous sup- 
pUe de me dire comment un peuple qui a tant de 
philosophie peut avoir si peu de goût. Vous me 
répondrez peut-être que c'est parce qu'ils sont phi- 
losophes; mais quoi! la philosophie mènerait- elle 
tout droit à l'absurdité? Et le goût cultivé n'est-il pas 
même une vraie partie de la philosophie? » 

Voici la réponse du cardinal qui se montre, à mon 
avis, plus homme d'un véritable goût que Voltaire. 
Celui-ci, — et c'était naturel, tout prévenu par l'habi- 
tude de notre théâtre, dans lequel, malgré son génie, 

(1) Lettre du 31 mars 1763. 



I 



JOURNAL D'EUGÈNE DEL>.CROIX. 321 

et quoi qu'il en pût penser lui-même, il n'avait pas 
innové véritablement, — ne voit le goût que dans les 
étroites convenances que l'habitude, plus qu'une vraie 
entente de ce qui plaît aux hommes, avait étabUes 
sur notre scène : « Je suis loin de m'élever contre la 
forme de Corneille et de Racine. Elle avait eu du 
moins d'être nouvelle dans leur main : cette préfé- 
rence donnée au discours sur l'action est un système 
complet : le penchant de notre nation y convient. 
Cependant celui de Shakespeare et de Calderon qui a 
suffi aux Anglais et aux Espagnols qui ont précédé 
d'un siècle nos grands ouvrages, dans le même 
moment, il faut bien le dire, où notre théâtre se 
débattait dans d'incroyables ténèbres, ce système, 
dis-je, tout critiquable qu'il est, parle peut-être 
davantage à l'imagination et ne met pas aussi perpé- 
tuellement Fauteur entre le spectateur et la scène. » 
La véritable innovation, — mais je crois que du 
temps de Voltaire, et dans la société où il vivait, elle 
était impossible à Voltaire lui-même, — cette innova- 
tion eût consisté à mettre seulement dans ces actions 
compliquées des Anglais et des Espagnols une espèce 
d'ordre et de raison ; mais laissons parler l'aimable 
cardinal, dont l'opinion est étonnante pour le temps 
ou il vit : « Notre secrétaire perpétuel m'a envoyé 
ÏHéraclius de Calderon, et je viens de lire le Jules 
César de Shakespeare. Ces deux pièces m'ont fait 
grand plaisir comme servant à l'histoire de Tesprit 
humain et du goût particuUer des nations. Il faut 
m. îl 



Zt% JOnR:!IAL D*EnG£NE DELACROIX. 

pourtant convenir que ces tragédies, tout extrava- 
gantes ou grossières qu'elles sont, n'ennuient point, 
et je vous dirai, à ma honte, que ces vieilles rapsodies 
où il y a de temps en temps des traits de génie et 
des sentiments fort naturels, me sont moins odieuses 
que les froides élégies de nos tragiques médiocres. 
Voyez les tableaux de Paul Véronèse, de Rubens et 
de tant d'autres peintres flamands ou italiens, ils 
pèchent souvent contre les costumes, ils blessent les 
convenances et ofiFensent le goût; mais la force de 
leur pinceau et la vérité de leur coloris font excuser 
ces défauts. Il en est à peu près de même des ouvrages 
dramatiques. Au reste, je ne suis pas étonné que le 
peuple anglais, qui ressemble à certains égards au 
peuple romain, ou qui du moins s'est flatté de lui res- 
sembler, soit enchanté d'entendre les grands person- 
nages de Rome s'exprimer comme la bourgeoisie et 
quelquefois comme la populace de Londres. Vous me 
paraissez étonné que la philosophie, éclairant l'esprit 
et rectifiant les idées, influe si peu sur le goût d'une 
nation ! Vous avez bien raison ; mais cependant vous 
aurez observé que les mœurs ont encore plus d'em- 
pire sur le goût que les sciences. Il me semble qu'en 
fait d'art et de littérature, les progrès du goût dépen- 
dent plus de l'esprit de société que de l'esprit philo- 
sophique. La nation anglaise est politique et mar- 
chande ; par là même elle est moins polie, mais moins 
frivole que la nôtre. Les Anglais parlent de leurs 
affaires; notre unique occupation à nous est de parler 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 323 

de nos plaisirs; il n'est donc pas singulier que nous 
soyons plus difficiles et plus délicats que les Anglais 
sur le choix de nos plaisirs et sur les moyens de nous 
en procurer. Au reste, qu'étions-nous avant le siècle 
de Corneille? Il nous sied à tous égards d'être mo- 
destes. » 

12 avril. — Je suis retourné, pour la première fois 
depuis plus de quinze mois, au dîner du second lundi. 
J'ai fait aussi en sortant une grande promenade sur 
les boulevards, sans trop m' émouvoir de regret. Us 
m'ont amusé plus qu'autrefois, comme au spectacle. 

13 avril. — J'ai retravaillé, retouché ï Hercule de 
Chabrier (1). 

J'ai été à trois heures chez Huet. Ses tableaux 
m'ont fort impressionné. Il y a une vigueur rare; 
encore des endroits vagues, mais c'est dans son 
talent. On ne peut rien admirer sans regretter quel- 
que chose à côté. En somme, grands progrès dans ses 
bonnes parties. En voilà assez pour des ouvrages qui 
restent dans le souvenir, ce qui m'est arrivé pour 
ceux-ci. J'y ai pensé avec beaucoup de plaisir toute 
la soirée. 

Après dîner, tourné beaucoup dans mon petit 
jardin. Il m'est d'un grand secours. J'ai bien besoin 
de reprendre mes forces tout à fait. 

(1) Variante réduite de Tun de» onze tympans de la Vie d*Hercule, à 
l'Hôtel de ville. (Voir Catalogue Robaut, n»« 1152-1162,) 



324 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

lA avril. — « Vous oubliez (1), messieurs, qu'en obli- 
geant M. Langlois(2) à donner Feutrée le dimanche 
à 50 centimes, vous lui enlevez 50 pour 100 de son 
bénéfice ; ce sacrifice que vous lui imposez, il est juste 
que vous le payiez, car ici ce serait la Ville qui serait 
censée régaler le public du dimanche , et il sera juste 
aussi que la Ville paye pour se montrer splendide. Ce 
sacrifice que vous demandez à M. Langlois, il y a 
consenti. Ne lui devait-on aucun dédommagement 
pour la disparition de son premier établissement? Il 
n'y gagnait pas plus d'argent qu'il ne va en gagner 
dans le nouveau ; mais il ne demandait rien à personne, 
et à présent il vous accorde tout ce qui peut diminuer 
ses profits matériels, pourvu que vous l'aidiez à mon- 
trer les produits de son talent. Vous ne les estimez 
pas peu, messieurs, puisqu'en lui imposant de les 
exposer le dimanche à un prix réduit des quatre cin- 
quièmes, vous estimez procurer au peuple un plaisir. 
« Si Ton vous disait que TEmpereur désirerait que la 
ville de Paris l'aidât à aller chercher, dans un désert, 
une pierre abandonnée, et de fréter avec lui un navire 
et d'entretenir pendant plusieurs années un équipage 
pour cette opération lointaine, sous prétexte que 
cette pierre intéresse la gloire des Sésostris qui ont 
vécu il y a quatre mille ans, vous lui répondriez peut- 

(1) C'est évidemment le brouillon d'un rapport qu'il devait présenter 
au Conseil municipal. * 

(2) Jean-Charles Langlois (1789-1870), colonel d'état-major, peintre 
de batailles et de nombreux panoramas. Il est question ici du Panorama 
de la prise de Malakoff. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 325 

être que cette pierre ne regarde pas la ville de Paris, 
et que ce serait une mauvaise affaire ; et cependant, 
messieurs, s'il était vrai qu'une telle proposition 
vous fût faite et qu'il fàt possible que vous refusassiez 
de vous y associer, vous auriez manqué une excellente 
affaire ; à qui le cœur n a-t-il pas battu en présence 
de l'Obélisque de la place Louis XV, en pensant que 
la capitale de ce pays-ci contenait ce trophée que 
l'Angleterre était toute prête à nous enlever? Com- 
bien de millions d'étrangers sont venus alimenter la 
fortune de la ville pour admirer, avec tant d'autres 
monuments dont Paris est plein, ce magnifique 
ouvrage, fruit d'une entreprise désintéressée, la seule 
de ce genre peut-être qui honore le passage de la 
branche aînée des Bourbons et qui embellit Paris à 
jamais ! 

« Vous voyez, messieurs, que le beau peut être 
utile; le spectacle de nos grandes actions repré- 
senté par la peinture dans des proportions et avec 
une illusion qu'aucun tableau ne peut atteindre, est 
une chose belle et par le spectacle et par les senti- 
ments qu'il peut inspirer. La vue de cette colonne de 
chasseurs de la garde qui traverse le champ de 
bataille d'Eylau jusqu'aux derrières de l'armée russe 
et dont il ne revient que quelques hommes ; celle de 
ces trois chétifs bataillons carrés qui, dans la bataille 
des Pyramides, soutiennent sous le soleil et dans une 
plaine immense le choc de l'innombrable et intrépide 
cavalerie des mameluks, ce sont des spectacles faits 



325 JOURNAL D^EUGÉNE DELACROIX. 

pour moraliser et enflammer une nation : cela vaut 
bien les jeux publics que les empereurs donnaient au 
peuple de Rome, ces combats de gladiateurs où des 
esclaves s'égorgeaient froidement pour gagner leur 
pain, où Ton immolait cent lions en un jour et ub 
passable nombre d'hommes. 

« Vous n'en êtes pas à votre essai, messieurs, pour 
ce qui concerne l'encouragement du beau; quel est 
le nom qu'on donne à vos travaux depuis six ans? On 
les appelle les embellissements de Paris. Vous faites 
des rues larges et des boulevards plus larges encore, 
pour faciliter la circulation et donner de l'air là où il 
n'y avait que ténèbres et infection; mais vous ornez 
ces rues et ces boulevards, vous conservez un vieux 
bâtiment inutile qu'on appelle la tour Saint-Jacques, 
vous décrétez une fontaine monumentale sur le bou- 
levard de Sébastopol. Vous transportez une colonne 
avec ses accessoires parce qu'elle sera plus belle que 
dans l'endroit où eUe se trouve. » 

24 avril. — Conseil de revision à midi. 

Prêté hier à M. Nanteuil (1) une étude de deux 
chevaux (2) sur la même toile (douze environ), faite 
autrefois aux gardes du corps ; — de profil tous les 
deux. 

26 avril. — La journée a été bonne. Beaucoup 

(1) Célestin Nanteuil (1813-1873), graveur et lithographe. 

(2) Cette toile figura à la vente potthume de Delacroix sous le n" 211. 



JOURNAL D*EUGÉNE DELACROIX. 327 

travaillé avec bonne humeur à la Chasse aux lions (l) 
qui est comme finie ce jour-là. 

27 avril. — De Téloge de Magendie par M. Flou- 
rens (2) : u A l'ardeur déjeunes praticiens vantant le 
succès de leurs prescriptions il opposait son expé- 
rience, et leur disait avec une douce ironie : « On voit 
bien que vous n'avez jamais essayé de rien faire. » 
Si la simplicité extrême de ce mode de traitement 
amenait d'assez justes objections : « Soyez convaincus, 
ajoutait-il, que la plupart du temps, lorsque le trouble 
se produit, nous ne pouvons en découvrir les causes; 
tout au plus en saisissons-nous les effets ; notre seule 
utilité en assistant au travail de la nature, qui en 
général tend vers son état normal, est de ne point 
l'interrompre; nous ne devons aspirer qu'à être quel- 
quefois assez habiles pour l'aider. ?> 

« Qu'on lui fasse absolument tout ce qu'il voudra : 
je ne prescris que cela », disait-il en quittant un jeune 
garçon dont l'état présentait des symptômes alar- 
mants. Ordinairement avare de son temps, il pro- 
digue les visites à cet enfant, mais n'ajoute rien à la 
médication. Le soir du troisième jour, tout à coup 



(1) Voir Catalogue Robaut, n*> 1350. 

(2) François Magendie^ le célèbre physiologiste, membre de l'Acadé- 
mie de» sciences, était mort le 7 octobre 1865. Son éloge fut prononcé 
à l'Académie des sciences par le secrétaire perpétuel Flourens, qui excel- 
lait dan» le genre, et dont les Éloges historiques réunis en volumes témoi- 
gnent à la fois d'un rare talent d'écrivain et d'une fine observation scien- 
tifique. 



328 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

son front s'obscurcit, et tirant l'oreille à son malade : 
« Petit drôle, tune m'as pas laissé un instant de repos. 
Va te promener maintenant. » Le père lui demande 
alors ce qu'était la maladie de Tenfant : <« Ce que 
c'était? Ma foi, je n'en sais rien, ni moi ni la Faculté 
tout entière; si elle pouvait être sincère, elle vous 
le dirait; ce qu'il y a de certain, c'est que tout est 
rentré dans l'état normal. » 

Le résultat de ce travail est que les substances qui I 
ne contiennent point d'azote (sucre, gomme, etc.) 
sont impropres à la nutrition. En efifet, bien que 
les animaux soumis à l'expérience aient de ces 
substances à discrétion, ils n'en périssent pas moins 
d'inanition aubout de quelques jours. Il y a plus, c'est 
que, quels que soient les aliments employés, azotés 
ou non, il est nécessaire de les varier. Un lapin et un 
cochon d'Inde, nourris avec une seule substance, 
telle que froment, avoine, orge, choux, carottes, etc., 
meurent, dit M. Magendie, avec toutes les appa- 
rences de l'inanition, ordinairement dès la première 
quinzaine, quelquefois beaucoup plus tôt. Nourris 
avec les mêmes substances , données concurremment 
ou successivement à de petits intervalles, les animaux 
vivent et se portent très bien ; la conséquence la plus 
générale et la plus essentielle à déduire de ces faits, 
c'est que la diversité et la multiplicité des aliments 
sont une règle d'hygiène très importante. (C'était le 
principe du docteur Bailly.) 

Recherches physiologiques et médicales sur les 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 329 

causes^ les symptômes et le traitement de la gra- 
velle (1). a Les personnes atteintes de la goutte et 
de la gravelle, dit Magendie, sont ordinairement de 
grands mangeurs de viande, de poisson, de fromage 
et autres substances abondantes en azote. La plupart 
des graviers, une partie des calculs urinaires, les 
tophus arthritiques sont formés par Tacide urique, 
principe qui contient beaucoup d'azote. En dimi- 
nuant dans le régime la proportion des aliments 
azotés, on parvient à prévenir, et même à guérir la 
gravelle. » 

30 avril. — Mon pauvre Soulier (2) est venu me 
voir aujourd'hui; j'en ai eu beaucoup de plaisir. Il 
est vieux, souffrant, Il est heureux de ses enfants; 
mais il est bien isolé dans son coin ; point de distrac- 
tions et de consolations. 

7 mai. — Je dîne pour la première fois au dîner du 
premier vendredi. Je m'y amuse et me porte mieux 

(1) C'est le titre d'un ouvrage publié pour la première fois en 1818 
par le docteur Magendie. 

(2) Delacroix écrivait à Soulier, le 6 décembre 1856 : « Quand boi- 

■ ron»-nou8 à la santé de nos souvenirs? Quand viendras-tu? Comme 

■ j*ai à peu près renoncé à lire, surtout le soir, j'ai des moments d'inoc- 
« cupation apparente, qui ne sont pas du tout cet ennui dont je parlais 
« tout à l'heure : je ferme les yeux, ou je regarde le feu de la cheminée. 
« Alors je rouvre un livre fermé déjà à beaucoup de chapitres dans ma 

■ mémoire, et je retrouve de délicieux moments, et en première ligne 
• ceux que nous avons passés ensemble. Je ne passe jamais, sur la place 
« Vendôme sans lever les yeux vers cette mansarde que nous avons vue 
« si joyeuse. Que d'années depuis tout cela, que de vides! » [Corresp.y 
i. II, p. 151.) 



aaO JOURNAL D»EUGÉNE DELACROIX. 

le lendemain. Il faut se remuer. J'en sors avec ViUot 
et je me promène seul une heure en excellente dispo- 
sition. 

Le lendemain je me suis promené encore : je suis 
entré à Saint-Roch pour la musique, où j'ai entendu 
surtout le plus cruel sermon sur la virgfinité. Je suis 
rentré dans une tristesse extrême dont je ne suis pas 
débarrassé aujourd'hui dimanche que j'écris ceci. 

8 mai, — MM. Feydeau et Moreau viennent me 
voir. Je vais à l'Institut, où Halévy me sermonne sur 
mon abstention des séances de l'École. 

9 mai, — Je vais visiter la maison des Champs- 
Elysées du prince Napoléon (1). Charmant résultat 
auquel je ne m'attendais pas. J'y trouve Mme Duret 
avec son mari; aimable femme sans prétention. 

Je vais de là voir Mme de Lagrange; elle me dit 
que Berryer travaille trop. Hier, à l'Institut, F. . . , qui 
est dans un triste état, me conseillait de m'abstenir de 
la moindre fatigue : c'est pour avoir voulu forcer 
qu'il en est venu à ne pouvoir même lire sans fatigue. 
Nous nous sommes rappelé Blondel qui est mort à la 
peine à Saint-Thomas d'Aquin. J'attribue à un travail 
forcé ma rechute de l'année dernière à cette époque. 

10 mai, — Villot est venu me chercher à une heure, 

(i) Palais pompéien de l'avenue Montaigne, qui vient de disparaître 
pour faire place à une maison de rapport.» 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 331 

nous avons été ensuite voir les Rubens, je trouve là 
Mme de Nadaillac, la fille de Mme Delessert. 

Il mai, — Parti pour Champrosay à onze heures; 
grand bonheur de m'y voir. Je vois ces pauvres voi- 
sins, dont la douleur fend le cœur. 

On trouve toujours quelque chose de changé ; voilà 
qu'on me bâtit dans la plaine au-dessous de mes 
fenêtres une baraque dont le toit me cache un mor- 
ceau de la rivière. On abat le mur de Villot. Tout 
passe, et nous passons. 

22 mai. — J'ai été à Paris à neuf heures dix. 
Mon début à l'école pour juger les figures. J'allais 

voir Mercey et le ministre, pour les remercier; je n'ai 
trouvé personne. 

Mme de Forget; le petit Raphaël et M. Moore 
que j'ai remercié de la photographie dudit; Autran et 
sa femme très aimable ; elle m'a donné une médaille 
de mon père, de Marseille. 

Petite station au Jardin des Plantes avant de par- 
tir. Parti avec les Parchappe. 

En somme, bonne journée, sans la fatigue que je 
redoutais. 

Berryer m'a invité ces jours-ci à passer quelques 
jours avec lui à Augerville ; désolé de le refiiser dans 
l'attente où je suis du bon cousin. 

23 mai, — Sujets : Tancrède en prison après sa 



332 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

poursuite d'uue fausse Clorinde (je crois). Le cheva- 
lier gascon, qui est, je crois, Raymond, Tinsuite, etc. 
Flambeau, prison {Jérusalem). 

Le Corsaire en prison(l), Gulnare, le poignard, etc. 
On pourrait en faire un effet de jour sans inconvénient. 

D. Raphaël et ses compagnons surpris par les cor- 
saires dans l'île de Minorque (Gil Blas). D. Raphaël 
amené ou plutôt apporté chez la belle esclave de son 
maître à Alger. 

Les Nymphes rapportent le corps de Léandre, 
Héro se précipite dans le lointain. — Revoir les 
Métamorphoses d'Ovide. 

Les deux Chevaliers. Ubalde et le Danois trouvant 
une barque avec un vieillard, etc. (Jérusalem.) 

L'Aventure de la bague dans Gil Blas. Celui-ci et 
ses amis déguisés en alguazils, la dame au lit éplorée, 
vieille femme, etc. — Voir costumes du vieux Molière. 

Tancrède baptisant Clorinde. 

Tancrède (de Voltaire) rapporté mourant de la 
bataille des Sarrasins. Aménaïde en pleurs. Argire, 
soldats, chevaliers, prisonniers, drapeaux et flam- 
beaux; quelque chose comme la composition pour le 
sujet des deux frères dont Fun est tué par l'autre et 
ramené à sa mère ; se rappeler le croquis pour le 
sujet du Fampire, de Dumas (2). 

(i) Delacroix avait déjà traité ce sujet à l'aquarelle et l'avait expoié 
au Salon de 1831. (Voir Catalogue Robaut, n*" 338.) 

(2) Drame fantastique en cinq actes et dix tableaux, par Alexandre 
Dumas et Auguste Maquet, représenté le 30 décembre 1851 sur le 
théâtre de l'Ambigu. : 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 333 

Juliette sur son lit, la mère, le père, les musiciens, 
la nourrice. 

Roméo au tombeau de Juliette, 
Athalie interroge Éliacin. 

Junte entraînée par les soldats. Néron Tobserve, 
flambeaux, etc. 

Renaud arrête le bras d'Armide qui veut le frapper 
{Jérusalem), 

Tancrède blessé retrouvé par Herminie. 
Sujets de Sémiramis. 
Romans de Voltaire. 
Le prince Léon prisonnier. 
Fleur de lis au tombeau de Brandimart. 
Brabantio maudit sa fille (après la séance du doge). 
Othello, lago, etc. 

Diane de Poitiers demande à François f la grâce 
de son père. 

La dame infortunée aux pieds d 'Amadis dans le 
lac du château . 

Frappement du rocher. Israélites buvant avide- 
ment, chameaux, etc. (1). 

24 mai. — Mme Villot m'invite à aller la voir le 
soir pour me rencontrer avec une personne mysté- 
rieuse, amie de Mme Sand. J'y vais malgré mon rhume 
et à travers un temps diluvien. Je trouve Mme Ples- 

(i) La plupart de ces dessins ou croquis de Delacroix ont figuré à la 
▼ente posthume du maître et sont aujourd'hui disséminés dans les col- 
lections d'artistes et d'amateurSé 






334 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

sis (1), charmante personne qui me fait promettre 
d'écrire à Mme Sand. Elle est sur le point de m'em- 
brasser dans la soirée quand je lui dis que je ne crois 
pas à cette petite personne appelée âme dont on 
nous gratifie. 

Le bon général Parchappe veut m' avoir à dîner 
pour le lendemain. Je promets malgré le rhume. 

25 mai. — Dîné chez Mme Parchappe. Mme Fran- 
chetti qui s'y trouve vient d'arriver ce jour même pour 
s'installer chez Minoret. Elle est forcée d'accepter 
l'hospitalité de Mme Parchappe sous peine de cou- 
cher sur des matelas mouillés. 

26 mai. — Je songe, en ébauchant mon Christ des- 
cendu dans le tombeau (2), à une composition analogue 
qu'on voit partout du Barocci (3) ; et je songe en 
même temps à ce que dit Boileau pour tous les arts : 



(1) Probablement jVInie Amould-Plessy, la célèbre comédienne, qui 
peut-être désirait obtenir un rôle dan* une pièce de George Sand, et qui, 
connaissant les excellentes relations d'Eugène Delacroix avec celle-ci, 
l'avait prié d'intervenir en sa faveur. 

(2) Delacroix a plusieurs fois répété ce sujet, qu'il affectionnait. (Voir 
Catalogue Bobaut, n° 1034.) A propos de cette composition, Baudelaire 
écrit : « Dites-moi si vous vîtes jamais mieux exprimée la solennité 

« nécessaire de la Mise au tombeau. Croyez-vous sincèrement que Titien 
« eût inventé cela? 11 eût conçu, il a conçu la chose autrement; mais je 
tt préfère cette manière-ci. Le décor, c'est le caveau lui-même, emblème 
a de la vie souterraine que doit mener longtemps la religion nouvelle! 
tt Au dehors, l'air et la lumière qui glisse en rampant dans la spirale. La 
u mère va s'évanouir, elle se soutient à peine. » 

(3) Le Christ porte' au tombeau, tableau qui se trouve dans Téglise de 
Sinigaglia. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 335 

« Rien n'est beau que le vrai. » Rien n'est vrai dans 
cette maudite composition : gestes contournés, dra- 
peries volantes sans sujet, etc. Réminiscences des di- 
vers styles des maîtres. Les maîtres, mais je parle 
des plus grands et dont le style est très marqué, sont 
vrais à travers cela, sans quoi ils ne seraient pas 
beaux. Les gestes de Raphaël sont naïfs, malgré 
l'étrangeté de son style ; mais ce qui est odieux, c'est 
l'imitation de cette étrangeté par des imbéciles, qui 
sont faux de gestes et d'intention par-dessus le mar- 
ché, 

Ingres, qui n'a jamais su composer un sujet comme 
la nature le présente, se croit semblable à Raphaël 
en singeant (1) certains gestes, certaines tournures 
qui lui sont habituelles, qui ont même chez lui une 
certaine grâce qui rappelle celle de Raphaël ; mais on 
sent bien, chez ce dernier, que tout cela sort de lui et 
n'est pas cherché. 

28 mai. — Je vais le soir chez Mme Villot : j'y 
trouve Mme Franchetti, Parchappe, etc., une dame 
de Suberval et ses filles : l'une de ces dernières me 
promet la recette du pigeon Pise, 

29 mai, — Promenade le matin dans la forêt. 

5 juin. — Arrivée de M. Lamey. Il arrive seul à 

(1) Baudelaire Tappelait : V adorateur rusé de Raphaè'L 



336 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

la maison comme je m'apprêtais pour aller le cher- 
cher. J'avais mal compris l'heure de son départ. 

20 juin, — Nous allons au Musée avec le bon 
cousin. Il est très frappé des antiquités assyriennes. 

24 juin. — Départ du bon cousin. Je suis tout 
triste du vide qu'il me laisse. 

3 juillet, — Premier jour à l'église (1) avec 
Andrieu. 

Sur les accessoires. — Mercey a dit un grand mot 
dans son livre sur l'Exposition : le beau dans les arts, 
c'est la vérité idéalisée. Il a tranché la question pen- 
dante entre les pédants et les véritables artistes; il a 
supprimé l'équivoque qui permettait aux partisans 
du beau partout de masquer leur impuissance à trou- 
ver le vrai. 

Les accessoires font énormément pour Tefifet et 
doivent néanmoins être toujours sacrifiés. Dans un 
tableau bien ordonné, ce que j'appelle accessoires est 
infini. Non seulement des meubles, de petits détails 
des fonds sont accessoires, mais les draperies et les 
figures elles-mêmes, et dans les figures principales, 
les parties de ces figures. Dans un portrait qui montre 
les mains, les mains sont accessoires. D'abord elles 
doivent être subordonnées à la tête, mais souvent une 

(i) Il s'agissait de la décoration de l'église Saint-Sulpice, à laquelle le 
peintre P. Andrieu collabora. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 337 

main doit attirer Tattention, moins qu'une partie du 
vêtement, du fond, etc. Ce qui fait que les mauvais 
peintres ne peuvent arriver au beau qui est ce vrai 
idéalisé dont parle Mercey, c'est qu'outre le défaut 
de conception générale de leur ouvrage dans le sens 
du vrai y leurs accessoires, au lieu de concourir à 
l'effet général, le détournent au contraire par l'appli- 
cation donnée presque toujours à faire ressortir cer- 
tains détails qui devraient être subordonnés. Il y a 
plusieurs manières de produire ce mauvais résultat : 
d'une part, le soin excessif apporté à faire ressortir 
ces détails, pour montrer de l'habileté ; de l'autre, 
l'habitude générale de faire exactement d'après nature 
tous ces accessoires destinés à concourir à l'effet. 
Gomment le peintre, en copiant tous ces morceaux 
d'après des objets réels, comme ils sont et sans les 
modifier profondément, pourra-t-il ôter ou ajouter, 
donner à des objets inertes en eux-mêmes la puis- 
sance nécessaire à l'impression? 

Nancy y 10 juillet. — Parti pour Plombières à sept 
heures du matin. Arrivé à Nancy à deux heures. 
Mauvaise disposition qui m'empêche de dîner; je me 
couche à huit heures environ. 

J'avais été au Musée en arrivant, pour revoir les 
deux esquisses de Rubens; à la première vue, elles ne 
m'ont plus paru si belles ; mais bientôt le charme a 
opéré, et je suis devenu immobile devant elles, et cela 
quoique j'allasse de l'une à l'autre, mais sans pouvoir 
ni. 22 



338 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

les quitter. Il y a à écrire vingt volumes sur l'effet 
particulier de ces ouvrages. C'est le charme du je ne 
sais quoi, une saveur incroyable, au milieu de négli- 
gences, mais celles-ci dues à ce que les ouvrages ne 
sont que des esquisses. 

Plombières y 11 juillet. — Levé à quatre heures 
pour partir à cinq heures. Hier soir, je me croyais 
au moment de faire une maladie à Nancy. Ce matin, 
je me trouve remis, grâce à ma tempérance. 

Je dors une partie du voyage après avoir déjeuné 
d'une moitié de poulet. Trouvé, d'Épinal jusqu'à 
Plombières, un sieur Algis, je crois, qui a été assez 
bon garçon et qui m'a fermé les fenêtres quand j'en 
avais besoin. Il est fort comme un Turc, et cependant 
il lutte comme je l'ai fait toute ma vie contre le déjeu- 
ner. Il est grand fumeur et avoue néanmoins tous les 
inconvénients de son habitude. Il dit comme moi 
qu'il est impossible de s'arrêter à un cigare : un par 
liasard, dit-il, fait plutôt du bien ; mais c'est fumer 
beaucoup et presque constamment que veut le fumeur 
de profession. Il prétend que, toutes les fois qu'il lui 
est arrivé de suspendre ce plaisir pendant quelques 
jours, il se sent un autre homme pour le travail, pour 
l'activité de l'esprit, celle même de la passion pour 
les femmes. Sitôt l'habitude reprise, apathie, indiffé- 
rence complète : elle suffit, mais sans satisfaire, à ce 
qu'il paraît. 

Arrivés à Plombières à midi. Toute la population 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 339 

réunie pour voir revenir TEmpereur de Ja messe. II 
m'aperçoit en passant. J'étais sur la porte de Parizot, 
qui ne peut me loger que dans l'espèce de grenier où 
habite sa vieille mère. J'y reste dans l'espoir de 
mieux. 

Bal le soir, qui me tient au supplice une partie de 
la nuit à cause des allées et venues ; de même à peu 
près les jours suivants, et quoique je me couche de 
bonne heure, je n'en dors que plus mal. 

Mon compagnon de route prétend qu'il a remarqué 
que, s'il s'expose au soleil après avoir mangé, sa diges- 
tion est mauvaise. Il me semble que j'ai éprouvé ici la 
même chose. Quand je sors après déjeuner et que je 
vais à la promenade des Dames, j'en ressens une lour- 
deur qui tient peut-être à ces espaces découverts qu'il 
faut traverser. 

12 juillet. — Je trouve aujourd'hui Fleury qui est 
ici avec sa femme et sa fille. Enchanté de le retrou- 
ver; mais avec mon indisposition, impossible de pro- 
fiter de rien. 

On m'avait assigné cinq heures du matin pour 
prendre mes bains. . . 

Je trouve Barre (1) comme je causais sur la place 
avecMocquart; celui-ci me présente à Mme Guy on (2) 

(1) Jean-Auguste Barre, sculpteur, né en 1811, élève de J.-J. Barre, 
«on père, et de Gortot, auteur d'un grand nombre de statues et surtout 
de bastes. 

(2) Mme Emilie Guyon (1821-1878) était une des actrices les plus en 
vogue de l'époque. Elle devint en 1858 sociétaire du Théâtre-Français. 



340 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

qui loge avec lui et Texcellent Possoz ; elle est très 
aimable et encore très bien : des yeux charmants, 
avec une bouche qui annonce des penchants redou- 
tables. 

Le soir, promenade au bord de la petite rivière, 
dans les nouveaux endroits disposés depuis Tannée 
dernière ; tout cela est charmant. 

Quelques mots de conversation avec M. Schneider 
me fatiguent grandement et me font manquer d'aller 
retrouver Fleury. 

14 juillet. — Dans Dumas : « La reine fut tou- 
jours femme : elle se glorifiait d'être aimée. » Cer- 
>^ taines âmes ont cette aspiration vers la sympathie 

de tous ceux qui les entourent, et ce ne sont pas les 
âmes les moins généreuses en ce monde. 

Après une promenade que le soleil me gâte tou- 
jours un peu, je suis monté fatigué à Tétabhssement 
pour la première fois et pour lire les journaux. Rentré 
chez moi et ressorti à quatre heures passées, et re- 
trouvé ce maudit soleil qui m'a chassé de la musique 
que j'avais entendue de la route de Luxeuil. La 
vulgarité, Tinanité de cette musique suffisait déjà 
à me mettre en fuite. Le bon Possoz m'a mené avant- 
hier soir à la ferme Jacquot; c'est une promenade 
charmante et où je ne rencontrerai personne. 

Aujourd'hui, après dîner, sorti par la route d'Épi- 
nal. J'y ai fait des découvertes charmantes, des 
roches, des bois, et surtout des eaux, des eaux dont 



JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 341 

on ne peut se lasser. On éprouve un désir incessant de 
s'y plonger, d'être saint Jean, d'être l'arbre qui s'y 
baigne, d'être tout, excepté un malheureux homme 
malade et ennuyé. 

23 juillet. — Je vais ce matin vers la route de 
Remiremont; je monte avec peine au calvaire. Je 
reviens prendre un nouveau chemin, derrière la 
fabrique. J'y trouve des aspects nouveaux et char- 
mants. Les journées se passent sans trop d'ennui et 
surtout assez vite. Je reçois à dîner une lettre de Paris 
que j'ouvre avec empressement. . . 

Le soir, assez tard à l'étabhssement ; je me sens 
plus fort. 

24: juillet. — Mollesse, abattement, quoique je 
fiisse bien hier. Je prends la hauteur au-dessus de la 
promenade de l'Empereur et je reviens par le bas. 

Point d'émotions. Temps triste qui finit par de la 
pluie vers neuf ou dix heures. 

25 juillet. — Le magistrat, à ce que me raconte le 
monsieur de Metz, mon voisin de table, qui conseille 
de ne pas plaider quand la cause est bonne ! 

26 juillet. — Dîné chez Perrier avec M. Yrvoix (1) 
de chez l'Empereur et deux MM. Thomas et ime 

(1) M. Trvoix était attaché à la police secrète de l'Empereur. 



342 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

demoiselle d'opéra, maîtresse de l'un d'eux. Le bon 
Possoz, qui en était, nous a quittés pour aller le soir 
chez l'Empereur. 

21 juillet. — Départ de l'Empereur à sept heures. 
— Je continue ma promenade jusqu'au déhcieux 
ruisseau de la route de Saint-Loup. 

Je lis depuis trois ou quatre jours les Paysans de 
Balzac, après avoir été forcé de renoncer à Jnge 
Pitou (1), de Dumas, excédé de cet incroyable mau- 
vais. Le Collier de la Reine (2), plein des mêmes 
inconvénients et des mêmes intempérances, avait 
au moins des passages intéressants. 

Les Paysans m'ont intéressé au commencement; 
mais ils deviennent en avançant presque aussi insup- 
portables que les bavardages de Dumas : toujours 
les mêmes détails hlliputiens , par lesquels il croit 
donner quelque chose de frappant à chacun de ses 
personnages. Quelle confusion et quelle minutie! 
A quoi bon des portraits en pied de misérables com- 
parses dont la multiplicité ôte tout l'intérêt de l'ou- 
vrage! Ceci n'est pas de la littérature, comme disait 
Mocquart l'autre jour. C'est comme tout ce qu'on 
fait : on marque tout, on épuise la matière et avant 
tout la curiosité du lecteur; Balzac, que j'ai déjà jugé 



(i) Ce roman, paru en 1853, est une suite de Joseph Balsamo et du 
Collier de la Reine. 

(2) Cette deuxième partie des Mémoires <Vun médecin avait paru 
en 184^1850. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 343 

sur d'autres pièces analogues, est cependant de pre- 
naier ordre, quoique plein des défauts que je viens de 
dire. Il veut tout dire aussi, et il le redit encore après. 

30 juillet. — Au milieu du jour, encouragé par le 
temps couvert et quoique dans une disposition pas- 
sable, je suis monté par la route de Luxeuil. Arrivé à 
l'endroit où sont les bouleaux qui se renversent les 
uns sur les autres, j'en ai fait péniblement au soleil 
un croquis assez confus. Je n'ai pas résisté à descen- 
dre par une pente abrupte vers ce petit ruisseau 
délicieux dont on entend le murmure de la route. J'ai 
trouvé là des choses charmantes, rochers clairsemés, 
sentiers sous le bois, clairières et endroits toufiFus. 
J'ai bu de ce charmant ruisseau. 

31 juillet, — Promenade vers midi du côté est, 
derrière la fabrique que j'avais faite le matin avec 
bonheur il y a huit ou dix jours. La chaleur et l'insi- 
pidité croissante de la vue ne m'ont pas permis d'aller 
plus loin. 

Le soir encore vers la route de Saint- Loup ; je ne 
puis m'en rassasier. Le soir, le soleil est en face au 
lieu d'être derrière comme le matin ; en se couchant 
il dore les derniers plans sur les montagnes les plus 
élevées; j'en ai fait un croquis. 

Depuis quelques jours, mauvais temps froid et cou- 
vert. 

J'attribue à cela un certain malaise. 



344 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Grande conversation avec Lenormant (1) jusqu'à 
dix heures à rétablissement. 



1" août. — Le matin, meilleure disposition ; encore 
au chemin de Saint-Loup et fait un croquis que j'ai 
colorié dans la journée. 

2 août. — Après dîner, une des plus délicieuses 
promenades que j'aie faites ici : j'étais dispos, l'esprit 
tranquille, tout me charmait. J'ai fait un croquis 
de la ferme Jacquot et, plus haut sur la route près 
de la table ronde de pierre, une vue générale de la 
vallée (2). Admiré encore le fond sauvage avec bou- 
leaux, sources et rochers. 

Je ne pouvais m' arracher à tout cela : quel charme 
grandiose ! Et personne près de moi n'y prenait garde. 
Je rencontrais à chaque instant des groupes : les 
hommes ne s'entretenaient que d'argent; je l'ai 
remarqué. 

Revenu lentement achever la soirée à l'étabUsse- 
ment. J'y trouve Mme Marbouty (3); conversation jus- 
qu'à dix heures passées. Elle a des révélations : un 
esprit lui parle et lui dicte des choses merveilleuses. 

(1) Charles Lenormant (1802-1859), archéologue et historien, fut 
successivement inspecteur des Beaux-Arts, conservateur du Musée des 
antiques, professeur au Collège de France, directeur du Correspondant ^ 
membre de l'Académie des inscriptions, etc. C'était un homme fort 
instruit, doué d'un goût très vif pour les arts. 

(2) Le val d'Ajoly vu de la Feuillée Dorothée. 

(3) Mme Marbouty, plus connue en littérature sous le nom de Claire 
Brunncy auteur de nombreux romans et de pièces de théâtre. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 345 

Cet esprit lui a appris à guérir sa mèi'e qui a quatre- 
^ingt-deux ans et qui était dans un état désespéré. Je . 
lui ai demandé pourquoi elle ne profitait pas du 
même moyen pour se guérir elle-même; je ne sais ce 
qu'elle m'a répondu. J'ai rendez-vous avec elle après 
déjeuner demain pour savoir ce que lui a dicté son 
génie. Elle est tout étonnée que je n'aie pas aussi des 
révélations. 

3 août, — Mon voisin de table me dit que M. Lhé- 
ritier (1) dit à un malade agité ou surexcité par le 
bain : « Ne le prenez que de trois quarts d'heure 
ou d'une demi-heure. » 

M. Turck (2), au contraire, dit dans un cas ana- 
logue : a Prenez trois heures de bain. » 

Champrosay, 11 août, — Parti de Paris pour 
Champrosay. 

Je ne suis pas encore content de ma santé. Je 
n'ose me remettre à l'église (3). 

Parti à onze heures. Je fais route avec Revenaz (4) 
et un de ses amis. Nous traversons la plaine par la 
chaleur la plus intense. 

(1) Le docteur Lhéritiery membre de l'Académie de médecine, était 
médecin inspecteur des eaux de Plombières. 

(2) Le docteur Léopold Turck, qui avait siégé comme représentant du 
peuple à l'Assemblée de 1848, était revenu sous l'Empire à Plombières, 
où il exerçait la médecine. 

(3) L'église Saint^Sulpice. 

(4) Parent de M. Moreau et grand admirateur de Delacroix. (Voir 
Catalogue Robaut, n*" 565, 566 et 1232.) 



346 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

12 août. — Je sors à six heures du matin par la 
campagne. Délicieuse promenade. Je vais au bord de 
la rivière et fais un croquis vers la cabane de Degoty. 
Je rapporte un faisceau de nénufars et de sagittaires; 
je patauge pendant près d'une heure sur les bords 
glaiseux de la rivière avec délices pour conquérir ces 
pauvres plantes. Cette débauche me rappelle Cha- 
renton, l'enfance, la pêche à la ligne!... Je rentre 
brûlé. 

Nous avons une abondance de fruits dont nous 
n'avons jamais joui jusqu'ici ; jusqu'à présent n'en man- 
geant qu'à dîner, ils ne m'ont point encore fait mal. 

13 août. — Je recommence à la même heure mati- 
nale la promenade d'hier. Je m'arrête avant la fon- 
taine de Bayvet pour faire un croquis que je regrettais 
de n'avoir pas fait la veille; c'est un des meilleurs du 
petit calepin que j'ai emporté à Plombières. 

On passait mon carreau au siccatif; je suis resté 
le plus longtemps que j'ai pu dehors, me couchant 
à l'ombre non loin de la rivière, près du petit pont 
qui traverse un vivier. Je m'étais assis au bas de la 
rivière même, mais sans descendre jusqu'aux ro- 
seaux, abrité par mon parasol, en face de cette île 
remplie de roseaux qui se forme dans les basses eaux. 

Assis encore près de la fontaine de Bayvet qui 
n'est plus qu'un filet d'eau, mais charmant et cou- 
lant entre les herbes. 

J'ai passé le reste de la journée dans la cour à 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 347 

l'ombre , assis dans mon fauteuil qu'on m'avait des- 
cendu pour donner le temps aux carreaux de sécher. 
Le soir après dîner, sorti avec Jenny dans la cam- 
pagne ; la pauvre femme est souffrante comme à Bor- 
deaux. Elle n'est restée qu'un instant avec moi, et je 
suis rentré qu'il faisait presque nuit ; j'étais resté à 
me promener en long et en large devant la fontaine. 
Le soir, éclaircie, espérance de pluie pas réalisée. 

19 août. — Travailler n'est pas seulement pour 
produire des ouvrages, c'est pour donner du prix au 
temps; on est plus content de soi et de sa journée 
quand on a remué des idées, bien commencé ou 
achevé quelque chose. 

Lire des mémoires, des histoires consolant des 
misères ordinaires de la vie par le tableau des 
erreurs et des misères humaines. 

— La dernière scène de Roméo et Juliette. 

— Les Capulety les Montaiguy le père Laurence, 

3 septembre, — Je suis souffrant depuis mardi soir; 
la veille, dîner chez Barbier avec Mal^koff et sa pré- 
tendue, Mme de Montijo, etc. 

Toute la fin de la semaine j'interromps la peinture, 
je lis Saint-Simon. Toutes ces aventures de tous les 
jours prennent sous cette plume un intérêt incroyable. 
Toutes ces morts, tous ces accidents oubliés depuis si 
longtemps consolent du néant où l'on se sent soi- 
même. 



348 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

Lu aussi les commentaires de Lamartine sur 
Y Iliade ; je me propose d'en extraire quelque chose. 
Cette lecture réveille en moi Tadmiration de tout ce 
qui ressemble à Homère, entre autres du Shakespeare, 
du Dante. Il faut avouer que nos modernes (je parle 
des Racine, des Voltaire) n'ont pas connu ce genre de 
sublime, ces naïvetés étonnantes qui poétisent les 
détails vulgaires et en font des peintures pour l'ima- 
gination et qui la ravissent. Il semble que ces hommes 
se croient trop grands seigneurs pour nous parler 
comme à des hommes, de notre sueur, des mouve- 
ments naïfs de notre nature, etc., etc. 

5 septembre. — Je vais chez les Parchappe, où sont 
les Barbier. Je les trouve tout en fête à l'Ermi- 
tage. Je reviens par la plus belle nuit du monde. 

Je suis souffreteux depuis quelques jours. J'ai 
interrompu la peinture . 

J'ai avancé beaucoup quelques tableaux : 

Les Chevaux sortant de la mer (1). 

Ij' Arabe blessé au bras et son cheval (2). 

Le Christ au tombeau dans la caverne, flam- 
beaux, etc. (3) 

Le Petit Ivanhoë et Rebecca (4). 

Le Centaure et Achille (5). 

(1) Voir Catalogue Bobaut, n<» 1410. 

(2) Voir Catalogue Robaut, n« 1175. 

(3) Voir Catalogue Rohaut, n* 1163 

(4) Voir Catalogue Bobaut^ n* 1000. 

(5) Voir Catalogue Bobaut, n* 1438. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 349 

Le Lion et le Chasseur embusqué, effet de soir (1). 

L'ébauche de V Othello sur le corps de Desdémone. 

J'ai composé : Troupes marocaines dans les mon-- 
tagnes {2). 

— Villot me dit de coller du papier sur la voûte de 
ma chapelle avant d'y coller le tableau. Cela est 
adopté par les décorateurs et fort recommandé. 

6 septembre. — J'écris à M. Berryer : — « En fin 
de compte, je me suis réhigié ici, où j'ai retrouvé du 
mieux; mais ce n'est pas tout; voici ce qui m'atten- 
dait à Champrosay : l'homme qui me louait mon 
petit pied-à-terre m'apprend au déballé qu'il va 
vendre sa maison, et que j'avise d'ici à peu. Me voilà 
troublé dans mes habitudes, quoique j'y fusse médio- 
crement ; mais enfin j'y suis, et il y a quinze ans que je 
viens dans le pays, que j'y vois les mêmes gens, les 
mêmes bois, les mêmes collines. Qu'eussiez -vous fait 
à ma place, cher cousin, vous qui vous êtes laissé 
murer dans l'appartement que vous occupez depuis 
quarante ans, plutôt que d'en chercher un autre? 
Probablement ce que j'ai fait; c'est-à-dire que j'ai 
acheté la maison, qui n'est pas chère et qui, avec 
quelques petits changements en sus du prix d'achat, 
me composera un petit refuge approprié à mon hum- 
ble fortune. Il me faut donc, à l'heure qu'il est, retour- 
ner sous deux jours à Paris, faire un mois de ce travail 

(1) Voir Catalogue Robaut, n<» 1227. 

(2) Voir Catalogue Robaut, n'» ^277. 



850 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

ajourné sans cesse et venir encore de temps en temps 
ici, voir ce qui s'y fait pour les arrangements que je 
vous ai dits. 

« Vous aurez bien vu , en ouvrant ma lettre, mon 
cher cousin, que je ne vous en disais tant que parce 
que je n'avais rien de bon à vous dire, au moins pour 
ce qui me concerne. Tout ce bavardage que je vous 
fais ici de mes petites affaires, j'aurais voulu vous 
en étourdir sous les ombrages d' Augerville et au bord 
de l'Essonne. Vous voyez que je ne le puis malheu- 
reusement pas, et vous pensez bien, je l'espère, que 
c'est contre ma plus chère volonté. » 

PariSy 9 septembre. — Parti de Champ rosay à sept 
heures ; trouvé là Leroy d'Étiolés. 

11 septembre, — Je retourne travailler à Saint- 
Sulpice ; je fais beaucoup à \ Héliodore (1). 
Le lendemain, impuissance. . . 

14 septembre, — Je vais au Louvre voir le dessin 
de Masson, en comparaison de mon tableau (2). — 
Belles restaurations des tableaux espagnols. Contours 
noirs dans plusieurs parties duMurillo; sont-ils de 
lui ? — Revu Tétrange Baptême du Christ de Rubens 
jeune. 



(1) Voir Catalogue Hobaut, n* 1340. 

(2) Dante et Virgile, l'eau-forte d* Adolphe Masson, est encore iné- 
dit. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 351 

15 septembre, — Copié un passage de Jane Eyre (1) . 

17 septembre, — Vu de Rudder (2), qui me parle 
de la Marbouty dans le sens que je connaissais. 

19 septembre, — Donné aujourd'hui à Haro la 
Petite Vue de Dieppe pour y mettre une bordure 
noire. — L'esquisse de Mirabeau pour rentoiler (3). 

Aujourd'hui, dîner chez Mme de Forget avec 
Mme Meneval, un M. Dufour, compagnon de Batta 
à Tripoli; il me parle beaucoup de lui, toujours 
fumant, toujours avec son opium. Il me parle beau- 
coup de ce calme de la vie dans ces pays; l'insou- 
ciance de nos petites affaires et de nos petits plaisirs. 

M. Yvan me donne son remède contre la fièvre; il 
est général en Russie, et cela lui a réussi quand la 
quinine était impuissante : faire sécher du gros sel 
gris au soleil ou sur une assiette sur le feu, en mettre 
une poignée dans un verre d'eau qu'on avale. (Con- 
sulter cependant.) 

— Frappement du rocher : Hommes , femmes , 
animaux épuisés, chameaux, empressement vers 
la source. 

(1) Roman anglais de Currer Bell, pseudonyme de Charlotte Broute. 
Ce livre, qui eut un grand retentissement en Angleterre, fut immédiate- 
ment traduit en français. 

(2; Louis-Henri de liudder (1807-1881), peintre, élève de Gros et de 
Gharlet. 

(3) Mirabeau et Dreux-Brézé, Voir Catalogue Robaut, n^ 359 et 360, 



1859 



Champrosayy 9 janvier. — Sur la difficulté de 
conserver l'impression du croquis primitif. — De la 
nécessité des sacrifices. — Sur les artistes qui, comme 
Vemet, finissent tout de suite, et du mauvais effet qui 
en résulte. Voir mes notes du 4 avril 1854 (1). 

Promenade à la forêt et visite au couvent en ruine 
de l'Ermitage. Stupidité des démolisseurs, tant fana- 
tiques religieux que fanatiques révolutionnaires. So- 
lidité de ces constructions de moines. Voir mes notes 
du 13 mai 1853 (2). 

— Avantages de l'éducation suivant Labruyère. — 
L'éducation se fait avec les honnêtes gens. Voir mes 
notes du 8 mars 1853 (3). 

— Sur les choses inachevées, impressions d'ébau- 
ches à propos du chêne d'Antain. Que Michel-Ange 
doit une partie de son effet au manque de propor- 
tions. Voir mes notes du 9 mai 1853 (4). 

(1) Voir t. II, p. 324. 

(2) Voir t. II, p. 191 et 192. 

(3) Voir t. II, p. 182 et suiv. 

(4) Voir t. II, p. 185 et 186. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 35S 

— Tirade sur Girardin qui revenait sans cesse à 
cette époque sur le labourage à la vapeur. La mora- 
lité ne me paraît pas devoir gagner à dispenser les 
hommes de travail. Auront-ils une patrie? se lève- 
ront-ils pour la défendre? Voir mes notes du 17 mai 
1853 (1). 

— Sur la couleur. Que les Rubens et les Titien 
ont employé des couleurs brillantes, et David des 
couleurs ternes. Excès de sobriété préconisé chez les 
modernes. Voir mes notes du 13 novembre 1857 (2). 

— Sur le mot distraction. On la cherche dans les 
travaux de toute sorte, y compris ceux de l'esprit ; on 
se distrait avec des ouvrages qui ont servi à d'au- 
tres de distraction. Voir mes notes du 9 novem- 
bre 1857 (3). 

— Sur Y ébauche et sur le fini. Les improvisations 
de Chopin plus hardies que l'ouvrage; on ne gâte 
pas en finissant, quand on est grand artiste. Voir 
mes notes du 20 avril 1853 (4). 

— Perfection de Mozart qui ne brille pas par le 
voisinage du mauvais. Voir mes notes du 18 avril 
1853 (5). 

— Il y a aussi les génies fougueux, dont le temps 
consacre les imperfections, Rubens, etc. 

(1) Voir t. II, p. 198. 

(2) Voir t. III, p. 297. 

(3) Voir t. III, p. 296. 

(4) Voir t. II, p. 163 et 164. 

(5) Non retrouvées. 

m. J3 



354 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

1" mars. — DICTIONNAIRE. 

Tableau. Faire un tableau, Fart de le conduire 
depuis Fébauche jusqu'au fini. C'est une science et 
un art tout à la fois ; pour s'en acquitter d'une manière 
vraiment savante, une longue expérience est indispen- 
sable. 

L'art est si long que, pour arriver à systématiser {!) 
certains principes qui, au fond, régissent chaque 
partie de Fart, il faut la vie entière. Les talents nés 
trouvent d'instinct le moyen d'arriver à exprimer 
leurs idées ; c'est chez eux un mélange d'élans spon- 
tanés et de tâtonnèmentSy à travers lesquels l'idée se 
fait jour avec un charme peut-être plus particulier 
que celui que peut offrir la production d'un maître 
consommé. 

Il y a dans Faurore du talent quelque chose de 
naïf et de hardi en même temps qui rappelle les 
grâces de l'enfance et aussi son heureuse insou- 
ciance des conventions qui régissent les hommes faits. 
C'est ce qui rend plus surprenante la hardiesse 
que déploient à une époque avancée de leur car- 
rière les maîtres IQustres. Être hardi (2), quand on 
a un passé à compromettre, est le plus grand signe 
de la force. 

Napoléon met, je crois, Turenne au-dessus de tous 
les capitaines, parce qu'il remarque que ses plans 

(i) Dans un autre art, les écrits théoriques de^Richard Wagner sont la 
plus éclatante démonstration de cette idée. 
(2) Voir notre Étude, p. xzziii. 



JOCRNAL D'EUGENE DELACROIX. 355 

étaient plus audacieux à mesure qu'il avançait en 
âge. Napoléon lui-même a donné l'exemple de cette 
qualité extraordinaire. 

Dans les arts en particulier, il faut un sentiment 
bien profond pour maintenir l'originalité de sa pensée 
en dépit des habitudes auxquelles le talent lui-même 
est fatalement enclin à s'abandonner. Après avoir 
passé une grande partie de sa vie à accoutumer le 
public à son génie, il est très difficile à l'artiste de 
ne pas se répéter, de renouveler, en quelque sorte, 
son talent, afin de ne pas tomber à son tour dans ce 
même inconvénient de la banalité et du lieu commun 
qui est celui des hommes et des écoles qui vieillissent. 

Gluck (1) a donné l'exemple le plus remarquable 
de cette force de volonté qui n'était autre que celle de 
son génie. Rossini a toujours été se renouvelant 
jusqu'à son dernier chef-d'œuvre, qui prématurément 
a clos son illustre carrière de chefs-d'œuvre. Ra- 
phaël, Mozart, etc., etc. 

Hardiesse. Il ne faudrait cependant pas attribuer 
cette hardiesse, qui est le cachet des grands artis- 
tes, uniquement à ce don de renouvellement ou de 
rajeunissement du talent par des moyens d'effets 
nouveaux. Il est des hommes qui donnent leur me- 

(i) On sait que Gluck composa ses plus belles œuvres et donna le plus 
frappant exemple de hardiesse à un âge où généralement les forces créa- 
triées ont diminué, quand elles ne se sont pas complètement éteintes 
chez la plupart des artistes. Il en fut de même pour ce Titien, que Dela- 
croix aima si passionnément dans la seconde partie de sa carrière d*ar* 
liste. 



356 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

sure du premier coup, et dont la sublime monoto- 
nie est la principale qualité. Michel- Ange n'a point 
varié la physionomie de ce terrible talent qui a 
renouvelé lui-même toutes les écoles modernes et 
leur a imprimé un élan irrésistible. 

Bubens a été Rubens tout de suite. Il est remar- 
quable qu'il n'a pas même varié son exécution, qu'il 
a très peu modifiée, même après l'avoir reçue de 
ses maîtres. S'il copie Léonard de Vinci, Michel- 
Ange, le Titien, — et il a copié sans cesse, — il sem- 
ble qu'il s'y soit montré plus Rubens que dans ses 
ouvrages originaux. 

Imitation, On commence toujours par imiter. 
Il est bien convenu que ce qu'on appelle création 
dans les grands artistes n'est qu'une manière parti- 
culière à chacun de voir, de coordonner et de rendre 
la nature. Mais non seulement ces grands hommes 
n'ont rien créé dans le sens propre du mot , qui veut 
dire : de rien faire quelque chose; mais encore ils 
ont dû, pour former leur talent ou pour le tenir en 
haleine, imiter leurs devanciers et les imiter presque 
sans cesse, volontairement ou à leur insu. 

Raphaël, le plus grand des peintres, a été le plus 
appliquée imiter{l) : imitation de son maître, laquelle 

(1) Dans son étude sur Rapliaël, Delacroix avait déjà énoncé et déve- 
loppé cette idée qui lui semblait féconde en points de vue intéressant* : 
« Beaucoup de critiques, dit-il, seront peut-être tentés de lui reprocher 
« (à Raphaël) ce qui me semble, à moi, la marque la plus sûre du plus 
« incomparable talent, je veux parler de l'adresse avec laquelle il sot 
• imiter, et du parti prodigieux qu'il tira, non pas seulement des ancieni 
« ouvrages, mais de ceux de ses émules et de ses contemporains. • 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 357 

a laissé dans son style des traces qui ne se sont jamais 
effacées; imitation de l'antique et des maîtres qui 
l'avaient précédé, mais en se dégageant par degrés 
des langes dont il les avait trouvés enveloppés ; imi- 
tation de ses contemporains et des écoles étrangères, 
telles que l'Allemand Albert Durer, le Titien, Michel- 
Ange, etc. 

Rubens a imité sans cesse, mais de telle sorte 
qu'il est difficile de... (1). 

Imitateurs. On peut dire de Raphaël, de Rubens, ^^ 
qu'ils ont beaucoup imité, et l'on ne peut sans injure 
les qualifier d'imitateurs. On dira plus justement 
qu'ils ont eu beaucoup d'imitateurs, plus occupés à 
calquer leur style dans de médiocres ouvrages, qu'à 
développer chez eux un style qui leur fût propre. Les 
peintres qui se sont formés en imitant leurs ouvrages, 
mais qui ont calqué le style de ces grands hommes 
dans leurs ouvrages propres et qui n'en ont repro- 
duit que de faibles parties (2) par défaut d'origina- 
lité... 

(i) Inachevé dans le manuscrit. 

(2) Dans cette même étude sur Raphaël, le maître ajoutait à propos 
des imitateurs : « Il y a plusieurs manières d'imiter : chez les uns, c'est 

• une nécessité de leur nature indigente qui les précipite à la suite des 
« beaux ouvrages. Ils croient y rallumer leur flamme sans chaleur, et 

• appellent cela y puiser de l'inspiration... Chez les autres, l'imitation 
« est comme une condition indispensable du succès. C'est elle qui s'exerce 
« dans les écoles sous les yeux et sous la direction d'un même maître. 

• Réussir, c'est approcher le plus possible de ce type unique. Imiter 

• la nature est bien le prétexte, mais la palme appartient seulement à 
« celui qui l'a vue des mêmes yeux et Ta rendue de la même manière 
m que le maître. Ce n'est pas là l'imitation chez Raphaël. On peut dire 

• que son originalité ne paraît jamais plus vive que dans les idées qu'il 



858 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX, 

8 août, — Voir dans Y Annuaire de 1858, de V Aca- 
démie de Bruxelles, à la page 139, une note ainsi 
conçue : « Sous le rapport politique d'ailleurs, le 
métier des peintres n'occupait qu'un rang compara- 
tivement inférieur. Il ne pouvait rivaliser avec les 
métiers des bouchers, des poissonniers, des tailleurs, 
des forgerons, des boulangers. » (Pour l'article sur 
la situation des artistes chez les anciens et les moder- 
nes. — A faire pour le Dictionnaire de l'Académie.) 

9 août. — « Malgré les travers qu'on lui a repro- 
chés, la violence de son caractère, son esprit irri- 
table, sarcastique , son amour presque maladif de la 
solitude... » (Article de Clément sur Michel- Ange. 
Revue des Deux Mondes du 1" juillet 1859.) 

Strasbourg, 23 août. — J'écris à Mme de Forget : 

« Je vous donne quelques nouvelles de mon voyage 
et de mon séjour. 

a Je suis arrivé sans trop de poussière et de cha- 
leur, même sans trop d'embarras, quoique tous les 
départs fussent encombrés de la foule des curieux de 
province qui étaient venus à Paris admirer nos splen- 
deurs, que j'ai fuies autant que j'ai pu. 

a La distraction et la locomotion n'ont pas suffi à 



« emprunte. Tout ce qu'il touche, il le relève, et le fait vivre d'une vie 
« nouvelle. C'est bien lui qui semble alors reprendre ce qui lui appar- 
« tient, et féconder des germes stériles qui n'attendaient que sa main 
« pour donner leurs vrais fruits. » {Bévue de Paris, t. II, 1830.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 359 

me remettre encore; j'espère que le repos profond 
dont je jouis ici avec mon bon parent dissipera ce 
malaise. Quel que soitTétat de la santé, et en Fabsence 
de plaisirs plus vifs, le seul changement de lieu suffit 
pour procurer un grand agrément. Cette ville semble 
bien primitive ou, si vous voulez, bien arriérée en 
comparaison de Paris. 

a Je n'entends parler qu'allemand ; cela me rassure 
un peu sur la crainte d'être troublé dans mes prome- 
nades par la rencontre de connaissances importunes; 
mais où ne rencontre-t-on pas des importuns? Je lis, 
je dors beaucoup, je me promène un peu et je jouis 
infiniment du tête-à-tête de mon cousin, dont j'aime 
l'esprit et l'expérience, et qui a précisément les mêmes 
goûts que moi : cela va durer ainsi jusqu'à ce que 
j'aille joindre pour peu de jours seulement mon 
brave cousin de Champagne, qui se trouve sur ma 
route pour retourner à Paris. 

« Tout cela me conduira jusqu'au 10, septembre 
environ, et Dieu veuille qu'alors j'aie repris assez de 
forces pour me remettre à mon travail, que je désirais 
pousser cet automne. 

a Comment allez- vous? Comment gouvernez- vous 
votre imagination? Car c'est là le grand point : on est 
heureux quand on croit l'être, et si voti'e esprit, au 
contraire, est ailleurs, toutes les distractions du monde 
ne font rien pour la satisfaction. Je suis sûr que 
vous seriez rafraîchie par la vue de ces bonnes cam- 
pagnes et de ces belles promenades qui commencent 



860 JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

tout de suite hors des murs de cette ville. Point de 
bruit, peu de voitures et de toilette ; en un mot, on est 
à cent ans en arrière; cela ferait fuir tout le monde et 
cela m'enchante. 

« P. S. — Je lis avec délices un très vieux livre que 
je n'avais pas lu ou que je ne me rappelais plus : le 
Bachelier de Salamanque, de Lesage. Lisez ou 
relisez-le ; vous verrez à quelle distance cela, met tous 
nos hommes de génie. » 

25 août. — Préface de la dernière édition de 
Boileau. 

9 septembre. — Les cousins sont arrivés dans la 
nuit. 

Promenade le matin avec le cousin dans la plaine 
riante où sont ses pièces. J'y ai dessiné. 

Je trouve dans Bayle : « Notez que les dogmes des 
philosophes païens étaient si mal liés et si mal com- 
binés •(Thaïes.) 

12 octobre. — Les vraies beautés dans les arts sont 
éternelles, et elles seraient admises dans tous les 
temps ; mais elles ont Thabit de leur siècle : il leur en 
reste quelque chose, et malheur surtout aux ouvrages 
qui paraissent dans les époques où le goût général 
est corrompu! 

On nous peint la vérité toute nue : je ne le con- 
çois que pour des vérités abstraites; mais toute 
vérité dans les arts se produit par des moyens dans 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 361 

lesquels la main de rhomme se fait sentir, par 
conséquent avec la forme convenue (1) et adoptée 
dans le temps où vit l'artiste. 

IjC langage de son temps donne une couleur parti- 
culière à l'ouvrage du poète; cela est si vrai qu'il est 
impossible de donner, dans une traduction faite beau- 
coup plus tard, une idée exacte d'un poème. Celui de 
Dante y malgré toutes les tentatives plus ou moins 
heureuses, ne sera jamais rendu dans sa beauté naïve 
par la langue de Racine et de Voltaire. Homère de 
même. Virgile, venu dans une époque plus raffinée, 
qui ressemblait à la nôtre , Horace même , malgré la 
concision de son langage, seront rendus plus heureu- 
sement en français; l'abbé DeUUe a traduit Virgile; 
Boileau eût traduit Horace ; ce serait donc moins la 
difficulté résultant de la diversité des langues que de 
l'esprit différent des époques qui serait un obstacle à 
une vraie traduction. L'italien du Dante n'est pas 
l'itaUen de nos jours; des idées antiques Tont à une 
langue antique. Nous appelons naïfs ces auteurs 
anciens : c'est leur époque qui l'était, par rapport à 
la nôtre seulement. 



(i) Cette idée parait bien l'avoir préoccupé à cette époque, car à la 
date du 1** septembre, sur un album qu'il avait emporté à Strasbourg, 
Delacroix écrivait : « Le réaliste le plus obstiné est bien forcé d'em- 

• ployer, pour rendre la nature, certaines conventions de composition 
« ou d'exécution. S'il est question de la composition, il ne peut prendre 

• un monceau isolé ou même une collection de morceaux pour en faire un 
« tableau... Le réaliste obstiné corrigera dans un tableau cette inflexible 
«perspective qui fausse la vue des objets à force de justesse. » CEugène 
Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 406 et 407.) 






362 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Les usages d'une époque diffèrent entièrement; la 
manière d'être expressif, d'être plaisant, de s'expri- 
mer, en un mot, sont en harmonie avec la tournure des 
esprits. Nous ne voyons les Italiens du quatorzième 
siècle qu'à travers la Divine Comédie; ils vivaient 
comme nous, mais s'égayaient des choses plaisantes 
de leur temps. 

25 octobre, — Le mot de M. Pasquier, en parlant de 
Solferino : u C'est comme la confiance; cela se gagne, 
cela ne se commande pas. » 

Hugo disait à Berryer : « Nous sommes tous 
comme cela. » Il faisait allusion à la crainte de deve- 
nir aveugle. 

Augerville, 31 octobre. — Montaigne (1) ayant 
été élu maire de Bordeaux [Revue britannique.) 

(1) Les lac^ne8 du Journal en 1859, si intéressants que soient les pas- 
sages qui nous restent, sont d'autant plus regrettables que ce fut l'année 
de sa plus belle exposition, celle aussi où la critique manifesta yis-à-vis 
du maître le plus impitoyable acharnement. Delacroix avait envoyé 
au Salon la Montée au Calvaire, le Christ descendu au tombeau, un 
Saint Sébastien, Ovide en exil chez les Scythes, Herminie et les bergers, 
Bebecca enlevée par le templier, Hamlet, Les bords du fleuve Sébou. 
Les vrais artistes qui ont conservé le souvenir de cette exposition se la 
rappellent comme une des plus imposantes du peintre. U eût été curieux 
de retrouver dans les notes intimes de Delacroix la trace des amertumes 
et des légitimes colères que l'injustice de ses contemporains dut susciter 
en lui après tant d'années de luttes ! 



1860 



^janvier. — Extrait de Consuelo : «... Comme le 
héros fabuleux, Consuelo était descendue dans le 
Tartare pour en tirer son ami, et elle en avait rapporté 
r épouvante et r égarement. » 

— Article sur FÉgypte, de M. Lèbre (1) : « ... Les 
justes, au contraire, présentent des offrandes aux 
dieux, cueillent les fruits des arbres de vie, ou, des 
faucilles à la main, moissonnent les campagnes du 
ciel ; d'autres se baignent et jouent dans des bassins 
d'eau primordiale. » 

15 janvier, — DICTIONNAIRE. 

Hardiesse, Il faut une grande hardiesse pour oser 
être soi; c'est surtout dans nos temps de décadence 
que cette qualité est rare. Les artistes primitifs ont 
été hardis avec naïveté et pour ainsi dire sans le 
savoir; en effet, la plus grande des hardiesses, c'est 
de sortir du convenu et des habitudes ; or, des gens 

(1) Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1842, sur les Études égyp^ 
tiennes en France, L'auteur rappelle la représentation sur les tom-- 
beaux du jugement des âmes par les dieux. 



364 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

qui viennent les premiers n'ont point de précédents 
à craindre ; le champ était libre devant eux ; derrière 
eux, aucun précédent pour enchaîner leur inspira- 
tion. Mais chez les modernes, au milieu de nos 
écoles corrompues et intimidées par des précédents 
bien faits pour enchaîner des élans présomptueux, 
rien de si rare que cette confiance qui seule fait 
produire les chefs-d'œuvre. 

Bonaparte dit à Sainte-Hélène, en parlant de 
l'amiral Brueys (1), celui qui mourut si glorieuse- 
ment à Aboukir : u II n'avait pas dans la bonté de 
ses plans cette confiance, etc. », ni la véritable 
hardiesse, celle qui est fondée sur une originalité 
native. Il faut reconnaître qu'on rencontre trop fré- 
quemment, chez le commun des artistes, une con- 
fiance aveugle dans des forces que s'attribue une 
vaniteuse médiocrité. Des hommes dépourvus d'idées 
et de toute espèce d'invention se prennent bonne- 
ment pour des génies et se proclament tels. 

Dictionnaire. — Préface. — Ce qu'il importe dans 
un Dictionnaire (2) des Beaux-Arts, ce n'est pas de 
savoir si Michel-Ange était un grand citoyen (l'his- 
toire du portefaix qu'il perce d'une lance pour étu- 

(1) VsimirAl Brueys d*Àigalliers (1753-1798). 

(2) Delacroix écrivait à propos de ce projet de dictionnaire : « On 
« pourra contester le titre de dictionnaire donné à un pareil ouvrage, à 
« défaut d'un meilleur. On l'appellera, si l'on veut, le recueil des idée» 
« qu'un seul homme a pu avoir sur un art, ou sur les arts en général, 
« pendant une carrière assez longue. Au lieu de faire un livre où l'on 
« aurait cherché à classer par ordre d'importance chacune des ma- 
« tières... » {Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 431.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 365 

dier T agonie d'un homme expirant sur une croix), 
comme il était le plus grand artiste ; mais comment se 
forma tout à coup son style à la suite des tâtonnements 
d'écoles qui sortaient à peine des langes d'une timide 
enfance, et quelle influence ce style prodigieux a eue 
sur tout ce qui l'a suivi. 

Le lecteur se trouvera aussi dispensé de retrouver 
pour la millième fois l'histoire ridicule du Corrège, 
Hiais il apprendra peut-être avec plaisir ce que 
les nombreux historiens des artistes célèbres n'ont 
pas redit assez : c'est combien les pas que ce grand 
homme a fait faire à la peinture ont été surprenants, et 
combien, sous ce rapport, il se rapproche de Michel- 
Ange lui-même. 

16 janvier. — Dictionnaire (Pour la Préface du). 
Un dictionnaire de ce genre sera relativement nul s'il 
est l'ouvrage d'un seul homme de talent ; il serait 
meilleur encore, ou plutôt il serait le meilleur pos- 
sible, s'il était l'ouvrage de plusieurs hommes de 
talent, mais à la condition que chacun d'eux traite 
son sujet sans la participation de ses confrères. Fait 
en commun, il retomberait dans la banalité (1), et ne 

(1) Toujours extrait du même fragment : « Il faut presque en venir à 
« cette conclusion que plus le dictionnaire sera fait par des hommes 
« médiocres, plus il sera vraiment un dictionnaire, c'est-à-dire un recueil 
« des théories et des pratiques ayant cours. De là une banalité d'aperçus 
■ complète. Un article ne pourra présenter une certaine originalité, 
• c'est-à-dire émaner d'un esprit ayant des idées en propre, sans trancher 
« avec ceux qui ne font que résumer les idées de tout le monde sur la 
« matière. » (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 432.) 



366 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

s'élèverait pas beaucoup au-dessus d'un ouvrage 
composé en société par de médiocres artistes. Chaque 
article amendé par chacun des collaborateurs per- 
drait son originalité pour prendre sous le niveau des 
corrections une unité banale et sans fruit pour Tin- 
struction. 

C'est le fruit de Texpérience qu'il faut trouver dans 
un ouvrage de ce genre. Or, rexpérience est tou- 
jours fructueuse chez les hommes doués d'origina- 
lité ; chez les artistes vulgaires, elle n'est qu'un 
apprentissage un peu plus long des recettes qu'on 
trouve partout. 

On trouvera dans ce manuel des articles sur quel- 
ques artistes célèbres, mais on n'y traitera ni de 
leur caractère, ni des événements de leur vie. On 
y trouvera analysés plus ou moins longuement leur 
style particulier, la manière dont chacun d'eux a 
adopté ce style, la partie technique de l'art. 

n janvier. — Le but principal d'un Dictionnaire 
des Beaux- Ails n'est pas de récréer, mais d'instruire. 
Donner ou éclairer certains principes essentiels, 
éclairer l'inexpérience avec plus ou moins de succès, 
montrer la route à suivre et signaler les écueils sur 
les routes dangereuses ou proscrites par le goût, telle 
est la marche qu'il est bon de s'y proposer. Or, où 
trouve-t-on de meilleures applications de principes 
que dans l'exemple des grands maîtres qui ont porté 
à la perfection les différentes branches des arts? Quoi 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 367 

de plus instructif que leurs erreurs elles-mêmes ? Car 
radmiration qu'inspirent ces hommes privilégiés et 
venus les premiers ne doit pas être une admiration 
aveugle ; les adorer dans toutes leurs parties serait, 
particulièrement pour de jeunes aspirants, ce qu'il y 
aurait de plus dangereux; la plupart des artistes, 
même parmi ceux qui sont capables d'une certaine 
perfection, sont enclins à s'appuyer sur les faiblesses 
des grands hommes et à s'en autoriser. Ces parties 
qui, chez les hommes privilégiés, sont généralement 
des exagérations de leur sentiment particulier, devien- 
nent facilement, chez de faibles imitateurs, de gros- 
sières bévues ; des écoles entières ont été fondées sur 
des côtés mal interprétés des maîtres, et de déplo- 
rables erreurs ont été la suite de ce zèle inconsidéré à 
s'inspirer des mauvais côtés des hommes remarqua- 
bles, ou plutôt de l'impuissance de reproduire quel- 
que chose de leurs sublimes parties. 

18 janvier. — Malheureusement, chaque homme 
ne peut suffire qu'à une tâche restreinte ; peut-être 
que beaucoup d'hommes capables d'écrire d'excel- 
lentes choses sur la peinture ou sur les arts en géné- 
ral (je parle toujours, non de simples critiques, mais 
d'hommes du métier en état de répandre une véri- 
table instruction) ont été retenus par l'idée de l'insuf- 
fisance d'un seul homme, occupé d'ailleurs de l'exer- 
cice même de sa profession, à faire un ouvrage sur 
ces matières si peu approfondies. 



368 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Faire un livre (1) est une besogne à la fois si 
respectable et si menaçante, qu'elle a glacé plus d'une 
fois rhomme de talent prêt à prendre la plume pour 
consacrer quelques loisirs à Finstruction de ceux qui 
sont moins avancés que lui dans la carrière. Le livre 
a mille avantages sans doute : il enchaîne, il déduit les 
principes, il développe, il résume, il est un monument; 
enfin, à ce titre, il flatte l'amour -propre de son 
auteur au moins autant qu'il éclaire les lecteurs ; mais 
il faut un plan, des transitions ; l'auteur d'un livre 
s'impose la tâche de ne rien omettre de ce qui a trait 
à sa matière. 

Le dictionnaire, au contraire, supprime une grande 
partie... S'il n'a pas le sérieux du livre, il n'en ofiFre 
pas la fatigue ; il n'oblige pas le lecteur haletant à le 
suivre dans sa marche et dans ses développements ; 
bien que le dictionnaire soit ordinairement l'ouvrage 
des compilateurs proprement dits, il n'exclut pas 
l'originalité des idées et des aperçus : mal inspiré 
serait celui qui ne verrait dans le dictionnaire de 
Bayle, par exemple, que des compilations. Il soulage 
l'esprit, qui a tant de peine à s'enfoncer dans de longs 
développements, à suivre avec l'attention convenable 
ou à classer et à diviser les matières. On le prend et 
on le quitte; on l'ouvre au hasard, et il n'est pas 



(1) « L'auteur a le plus grand respect pour ce qu'on appelle un livre; 
« mais combien y a-t-il de gens qui lisent véritablement un livre? H en 
M est bien peu, à moins que ce ne soit un livre d'histoire ou un roman. ■ 
(Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 434.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 369 

impossible d'y trouver, dans la lecture de quelques 
fragments, l'occasion d'une longue et fructueuse 
méditation. 

19 janvier. — Il s'est trouvé un homme comme 
Michel-Ange, qui était peintre, architecte, sculpteur 
et poète. Un tel homme serait le plus prodigieux 
des phénomènes , s'il était un grand poète en même 
temps qu'il est le plus grand des sculpteurs et des 
peintres ; mais la nature, heureusement pour les 
artistes qui marchent de loin sur ses traces, et 
pour les consoler apparemment de lui être si infé- 
rieurs, n'a pas permis qu'il fût aussi le premier des 
poètes. Il a écrit sans doute, quand il était las de 
peindre ou d'édifier ; mais sa vocation était d'animer 
le marbre et l'airain, et non de disputer la palme aux 
Dante et aux Virgile, ni même aux Pétrarque. Il a fait 
des pièces de courte haleine, comme il convient à un 
homme qui a autre chose à faire que de méditer lon- 
guement sur des rimes. S'il n'eût fait que ses sonnets, il 
est probable que la postérité ne se fût pas occupée de 
lui. Cette imagination dévorante avait besoin de se^ 
répandre sans cesse, et quoique sans cesse rongé de 
mélancolie et même de découragement, — son histoire 
le dit à chaque instant, — il avait besoin de s'adresser 
à l'imagination des hommes en même temps qu'il 
en évitait la société. Il n'admettait près de lui que 
des petites gens, que des subalternes, ses praticiens 
qu'il pouvait à son gré écarter de son chemin, qu'il 
III. iS4 



870 JOURNAL D»EUGENE DELACROIX. 

aimait à ses heures et qu'il accueillait volontiers, 
quand il était fatigué de la fréquentation forcée des 
grands qui lui dérobaient son temps et le forçaient 
à des observances de civilité. 

La pratique d'un art demande un homme tout 
entier (1); c'est un devoir de s'y consacrer pour celui 
qui en est véritablement épris. Peinture, sculpture, 
sont presque le même art dans ces siècles de renou- 
vellement où les encouragements vont trouver le 
talent, où la foule des talents médiocres n'a pas 
encore éparpillé la bonne volonté des Mécènes et 
dérouté l'admiration du pubUc ; mais quand les écoles 
se sont multipliées, que les médiocres talents abon- 
dent, qu'ils réclament chacun une part de la munifi- 
cence pubUque ou de celle des grands, à qui accor- 
dera-t-on de prendre la place de plusieurs hommes 
en exerçant à soi tout seul?... Que si l'on peut conce- 
voir un seul homme professant à la fois la sculpture, 
la peinture et même l'architecture, à cause des liens 
qui unissent ces arts qui ne sont séparés que dans les 
époques de décadence, on ne reconnaîtra pas aussi 
facilement la possibilité de joindre (2) . . . 

25 janvier. — Dictionnaire. 
Du goût des nations. 

(1) C'est ce que Molière a si bien exprimé dans ce beau vers de sa 
Gloire du Val-de^Grâce : 

Et les emplois de feu demandent tout un homme! 

(2) La suite manque dans le manuscrit. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 371 

L'amour des détails chez les Anglais, 

Du terrible. 

Du goût italien en musique^ en art, etc. 

26 janvier. — Char le t (1). Je ne suivrai pas l'au- 
teur de la Fie de Char le t (2) dans la partie anecdo- 
tique de son histoire. Cette partie y occupe une 
grande place ; ami du grand artiste, il a connu une 
foule de particularités, et il fait ressortir comme il le 
doit les parties honorables de son caractère. Il s'en 
est fait en quelque sorte un pieux devoir, et on ne 
peut que lui donner des éloges à cet égard, comme 
pour les parties de son ouvrage où il fait ressortir les 
qualités de l'illustre dessinateur. 

Telle n'est pas la tâche d'un contemporain de 
Charlet, artiste comme lui, qui entreprend de rame- 
ner le public à une estime de ses ouvrages égale à leur 
mérite. En étalant aux yeux la partie intime de sa vie, 
il se trouve en contradiction avec cette opinion dans 
laquelle il n'a fait que s'affermir de plus en plus. 

27 janvier. — Architecture (3)- L'architecture 
est tombée de nos jours dans une complète dégrada- 
tion; c'est un art qui ne sait plus où il en est; il veut 
faire.du nouveau, et il n'y a pas d'hommes nouveaux. 

(1) Voir l'étude enthousiaste de Delacroix sur Charlet dans la Bévue 
des Deux Mondes au i'^ imWet i^6^. 

(2) Charlet, sa vie, ses lettres, etc., par M. de La Combe. 

(3) Rapprocher ce morceau de ce qu'il a écrit sur le même sujet à là 
fin du premier volume du Journal. (Voir t. I, p. 424 et p. 451.) 



3TÎ JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

La bizarrerie tient lieu de cette nouveauté tant cher- 
chée et est si peu nouvelle et originale, précisément 
parce qu'elle est cherchée. Les anciens sont arrivés 
par degrés au comble de la perfection, non pas tout 
d'un coup, non pas en se disant qu'il fallait absolu- 
ment étonner les esprits, mais en montant par degrés 
et presque sans s'en douter à cette perfection qui a 
été le fruit du génie appuyé sur la tradition. Qu'es- 
pèrent les architectes en rompant avec toutes les 
traditions ? 

On s'est lassé, dit-on, de l'architecture grecque, 
que les Romains, tout grands qu'ils ont été, ont 
respectée, sauf les modifications que leurs usages les 
ont conduits à adopter. Après les ténèbres du moyen 
âge, la Renaissance, qui a été véritablement celle 
du goût, c'est-à-dire du bon sens, c'est-à-dire du 
beau dans tous les genres, en est revenue à ces pro- 
portions admirables dont il faudra toujours, en dépit 
de toutes les prétentions à l'originalité, reconnaître 
l'empire incontestable. Nos usages modernes, si dif- 
férents en une foule de points de ceux des anciens, 
s'y adaptent pourtant merveilleusement. De l'air, 
de la lumière, une large circulation, des aspects 
grandioses, répondent de plus en plus à cet élargis- 
sement graduel de nos villes et de nos habitations. 
La vie renfermée et inquiète de nos pères, occupés 
sans cesse à se défendre dans les maisons, à épier 
l'attaquant par des meurtrières qui laissaient à peine 
pénétrer le jour, les rues étroites, ennemies du déve- 



JOURNAL D*EUGEjSE DELACROIX. 373 

loppeiïient des lignes que comporte le génie antique, 
convenaient à une société opprimée et sans cesse sur 
le qui-vive. 

Que nous veulent donc ces constructeurs de bâti- 
ments à la mode du Paris du quinzième siècle ? Ne 
semble^t-il pas qu'à chacune de ces meurtrières qu'ils 
appellent des fenêtres, nous allons voir à chaque 
instant des hommes l'arquebuse à la main, ou que 
nous allons voir retomber une herse derrière les portes 
garnies de gonds formidables et de clous menaçants? 
Les architectes ont abdiqué; il en est qui se défient 
d'eux-mêmes et de leurs confrères à ce point qu'ils 
vous disent avec une espèce de candeur qu'il n'y a 
plus d'inventeurs, et même que l'invention n'est plus 
possible. 

11 faut donc se rejeter dans le passé, et comme, 
suivant eux, le goût antique a fait son temps, ils s'inspi- 
rent du gothique qui leur semble presque du neuf dans 
leur rajeunissement, à cause de la désuétude dans 
laquelle il était tombé, et se jettent dans le gothique 
pour paraître nouveaux. Quel gothique et quelle 
nouveauté ! Il en est qui avouent naïvement que le 
cercle est fermé, que les proportions grecques les 
fatiguent par leur monotonie ; qu'il n'y a plus de 
retour que dans celles des monuments des siècles de 
barbarie; encore, s'ils se servaient des proportions 
de cet art qu'on croyait enseveli en y joignant quel- 
ques lueurs d'une invention propre ! . . . Ils n'inventent 
pas, ils calquent le gothique. 



3T* JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

^janvier. — Dictionnaire. 

Sujets de tableaux. — Il est des artistes qui ne 
peuvent choisir leurs sujets que dans des ouvrages 
qui prêtent au vague. 

Peut-être que les Anglais sont plus à Taise en pre- 
nant leurs sujets dans Racine et dans Molière que 
dans Shakespeare et lord Byron. 

Plus r ouvrage qui donne Fidée du tableau est par- 
iait, moins un art voisin qui s'en inspire aura de 
chances de faire un effet égal sur l'inspiration. Cer- 
vantes, Mohère, Racine, etc. 

31 janvier. — Sur l'âme. Jacques avait de la 
peine à se persuader que ce qu'on appelle Famé, cet 
être impalpable, — si on peut appeler un être ce qui 
n'a point de corps, ce qui ne peut tomber sous le 
sens, — puisse continuer à être ce quelque chose 
qu'il sent, dont il ne peut douter, quand l'habitation 
formée d'os, de chair, dans laquelle circule le sang, 
où fonctionnent les nerfs, a cessé d'être cette usine 
en mouvement, ce laboratoire de vie qui se sou- 
tient au milieu des éléments contraires à travers 
tant d'accidents et de vicissitudes. 

Quand l'œil a cessé de voir, que deviennent les 
sensations qui arrivent à cette pauvre âme, réfugiée 
je ne sais où, parle moyen de cette manière de fenêtre 
ouverte sur la création visible? L'âme se souvient, 
direz-vous, de ce qu elle a vu, et s'exerce et se console 
par le souvenir; mais si la mémoire, qui supplée à sa 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX^ 375 

manière la vue, ou Fouïe, ou les sens enfin que nous 
perdons tour à tour, vient à s'éteindre, quel sera 
Falin^ent de cette flamme que personne n'a vue? Que 
devient-elle quand, acculée dans ses refuges extrêmes 
par la paralysie ou l'imbécillité, elle est contrainte 
enfin par la cessation définitive de la vie, de l'exil 
pour jamais, de se séparer de ces organes qui i^e sont 
plus qu'une argile inerte ? Exilée de ce corps, que 
quelques-uns appellent sa prison , assiste-t-elle au 
spectacle de cette décomposition mortelle, quand des 
prêtres viennent en cérémonie murmurer des pate- 
nôtres sur cette argile insensible, ou quand une voix 
s'élève par hasard pour lui adresser un dernier adieu? 
Au bord de cette tombe qui va se fermer, recueille- 
t-elle sa part de ces momeries funèbres? Que devient- 
elle à cet instant suprême où, forcée de s'exiler tout 
à fait de ce corps qu'elle animait ou de qui elle rece- 
vait l'animation, que devient sa condition dans ce 
veuvage de tous les sens et au moment où le sang 
se retire et se glace, cesse de donner l'impulsion à ce 
bizarre composé de matière et d'esprit, à peu près 
comme le balancier d'une horloge qui en s'arrêtant 
arrête les rouages et le mouvement ? 

Jacques s'affligeait de ce doute mortel, etc., — et 
toutefois il sacrifiait à la gloire... Il passait des jour- 
nées et des nuits à polir un ouvrage ou des ouvrages 
destinés, à ce qu'il espérait, à perpétuer son nom. 
Cette singulière contradiction de la recherche d'une 
vaine renommée à laquelle sa cendre serait insen- 



376 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

sible, ne pouvait, d'une part, ni le corriger de sa 
recherche, ni de l'autre lui donner l'espoir de se 
survivre et de se sentir admiré quand il ne se senti- 
rait plus vivre. 

Un ami de Jacques était un matérialiste parfait : 
c'était un homme pour qui ce petit domaine que 
nous appelons la science n'avait pas de coin qu'il 
n'eût fouillé et approfondi. Il se demandait avec 
chagrin d'où cette âme immortelle aurait obtenu 
ce privilège de l'être toute seule au milieu de tout 
ce que nous voyons; à moins de faire décidément 
de cette âme des portions, des émanations du grand 
être, il lui semblait qu'elle dût partager le sort com- 
mun, naître, si quelque chose qui n'est rien peut 
naître, se développer dans sa nature et périr. Pour- 
quoi, se disait-il, si elle ne doit finir, aurait-elle com- 
mencé jamais ? 

Les âmes innombrables de toutes les créatures 
humaines, y compris celles des idiots, des Hottentots 
et de tant d'hommes qui ne diffèrent en rien de la 
brute, auraient existé de toute éternité? Car enfin, la 
matière, sauf ses modifications successives, est dans 
ce cas : il fallait donc dans cette immensité de riens 
quelque chose destinée un jour à donner l'intelli- 
gence à celle-ci. Pourquoi, si l'esprit ne se perd pas, 
les créations des grandes âmes ne participent-elle^ 
pas à ce privilège? 

Un bel ouvrage semble contenir une partie du 
génie de son auteur. Le tableau, qui est de la ma- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 377 

tière, n'est beau que parce qu'il est animé par un cer- 
tain souffle, qui ne parvient pas plus à le préserver 
de la destruction que notre âme chétive à faire durer 
notre chétif corps. Au contraire, dans ce dernier 
cas, c'est souvent cette intempérante, folle, déré- 
glée, avare, qui précipite son compagnon, j'allais 
dire inséparable, dans mille dangers et dans mille 
hasards. 

% février, — Balzac dit dans ses Petits Bourgeois : 
« Dans les arts, il arrive un point de perfection au-des- 
sous duquel reste le talent et qu'atteint seul le génie. 
Il est si peu de différence entre l'œuvre du génie et 
l'œuvre du talent, etc. 11 y a plus, le vulgaire y est 
trompé, le cachet est une certaine apparence de faci- 
lité ; en un mot, son œuvre doit paraître ordinaire 
au premier aspect, tant elle est toujours naturelle, 
même dans les sujets les plus élevés, etc. » 

Tirer la déduction à propos des ouvrages comme 
ceux de Decamps et Dupré, en un mot de tous ceux 
qui emploient des moyens outrés. Il est bien rare 
que les grands hommes soient outrés dans leurs 
ouvrages. Examiner cela. 

Law^rence, Turner, Reynolds, en général tous les 
grands artiste^ anglais, sont entachés d'exagération, 
particulièrement dans l'effet qui empêche de les clas- 
ser parmi les grands maîtres; ces effets outrés, ces 
ciels sombres, ces contrastes d'ombre et de lumière, 
auxquels du reste ils ont été conduits par leur propre 



/ 



I 



3TS JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

ciel nuageux et variable, mais qu ils ont exag^érés 
outre mesure, laissant parler, plus haut que leurs 
qualités, les défauts qu'ils tiennent de la mode et du 
parti pris. Ils ont des tableaux magnifiques, mais qui 
ne présenteront pas cette éternelle jeunesse des vrais 
chefs-d'œuvre, exempts, j'oserais dire, tous d'enflure 
et d'efiforts. 

22 février. — Réalisme, Le réalisme devrait 
être défini Yantipode de l'art (1). Il est peut-être 
plus odieux dans la peinture et dans la sculpture que 
dans l'histoire et le roman; je ne parle pas de la 
poésie, car par cela seul que l'instrument du poète 
est une pure convention, un langage mesuré, en un 
mot, qui place tout d'abord le lecteur au-dessus du 
terre à terre de la vie de tous les jours, ce serait une 
plaisante contradiction dans les termes, qu'une poésie 
réaliste, si on pouvait concevoir même ce monstre. 
Qu'est-ce que serait, en sculpture par exemple, un 

(i) Cette question du réalisme dans i*^art, qu'il avait déjà examinée à 
maintes reprises et à propos de laquelle nous avons tenté de résumer son 
opinion dans notre Étude, on la trouve traitée fragmentaireraent dans 
plusieurs passages de l'ouvrage déjà cité : « Le but de l'artiste, écrit 
«Delacroix, n'est pas de r^roduire exactement les objets : il serait 
« arrêté aussitôt par l'impossibilité de le faire. Il y a des effets très com- 
« muns qui échappent entièrement à la peinture et qui ne peuvent se 
« traduire que par des équivalents : c*est à l'esprit qu'il faut arriver, et 
« les équivalents suffisent pour cela. Il faut intéresser avant tout. Devant 
« le morceau de nature le plus intéressant, qui peut assurer que c'est 
« uniquement par ce que voient nos yeux que nous recevons du plaisir? 
« L'aspect d'un paysage nous plaît non seulement par son agrément pro- 
« pre, mais par mille traits particuliers qui portent l'imagination au delà 
« de cette vue même. » (Eugène DELàCROix, sa vie et ses œuvres, p. 405.) 



JOURNAL D»EUGENE DELACROIX. 879 

art réaliste ? De simples moulages sur nature seraient 
toujours au-dessus de l'imitation la plus parfaite que 
la main de Thomme puisse produire ; car peut-on 
concevoir que l'esprit ne guide pas la main de l'ar- 
tiste, et croira-t-on possible en même temps que, 
malgré toute son application à imiter, il ne teindra 
pas ce singulier travail de la couleur de son esprit, à 
moins qu'on n'aille jusqu'à supposer que l'œil seul et 
la main soient suffisants pour produire, je ne dirai 
pas seulement une imitation exacte, mais même 
quelque ouvrage que ce soit ? Pour que le réalisme ne 
soit pas un mot vide de sens, il faudrait que tous les 
hommes eussent le même esprit, la même façon de 
concevoir les choses. 

Voir ce que j'ai dit dans les petits calepins bleus (1) 
sur la contradiction qu'il y a au théâtre entre le 
système qui veut suivre les événements comme ils 
sont et celui qui les présente et les dispose dans un 
certain ordre . en vue de l'effet. Car quel est le but 
suprême de toute espèce d'art, si ce n'est l'effet? La 
mission de Tartiste consiste-t-elle seulement à dispo- 
ser des matériaux et à laisser le spectateur en tirer 
comme il pourra une délectation quelconque, chacun à 
sa manière? N'y a-t-il pas, indépendamment de l'inté- 
rêt que l'esprit trouve dans la marche simple et claire 
d'une composition, dans le charme des situations habi- 
lement ménagées, une sorte de sens moral attaché 

(1) Non retrouvés. 



380 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

même à une fable, qui la fera ressortir avec plus de 
succès que celui qui a disposé à ravance toutes les 
parties de la composition, de telle sorte que le specta- 
teur ou le lecteur soit amené sans s'en apercevoir à 
en être saisi et charmé ? Que trouvè-je dans un grand 
nombre d'ouvrages modernes ? Une énumération (1) 
de tout ce qu'il faut présenter au lecteur, surtout celle 
des objets matériels, des peintures minutieuses de 
personnages, qui ne se peignent pas eux-mêmes par 
leurs actions. Je crois voir ces chantiers de construc- 
tion où chacune des pierres taillées à part s'oflFre à 
ma vue, mais sans rapport à sa place dans l'ensemble 
du monument. Je les détaille l'une après l'autre au 
lieu de voir une voûte, une galerie, bien plus un 
palais tout entier dans lequel corniches, colonnes, 
chapiteaux, statues même, ne forment qu'un ensemble 
ou grandiose ou simplement agréable, mais où toutes 
les parties sont fondues et coordonnées par un art 
intelligent. 

Dans la plupart des compositions modernes, je vois 
l'auteur apphqué à décrire avec le même soin un 
personnage accessoire et les personnages qui doivent 
occuper le devant de la scène. Il s'épuise à me mon- 
trer sous toutes ses faces le subalterne qui ne paraît 
qu'un instant, et l'esprit s'y attache comme au héros 



(1) « Ce qui fait rinfériorité de la littérature moderne, dit-il un peu 
« plus loin, c'est la prétention de tout rendre : l'ensemble disparait noyé 
« dans les détails, et l'ennui en est la conséquence. » (ëdgèiœ Dela- 
croix, sa vie et ses œuvres, p. 408.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 381 

de l'histoire. Le premier des principes, c'est celui de 
la nécessité des sacrifices (1). 

Des portraits séparés, quelle que soit leur perfec- 
tion, ne peuvent former un tableau. Le sentiment par- 
ticulier peut seul donner l'unité, et elle ne s'obtient 
qu'en ne montrant seulement que ce qui mérite d'être 
vu. 

L'art, la poésie, vivent de fictions. Proposez au 
réaliste de profession de peindre les objets surnatu- 
rels : un dieu, une nymphe, un monstre, une furie, 
toutes ces imaginations qui transportent l'esprit ! 

Les Flamands, si admirables dans la peinture des 
scènes familières de la vie, et qui, chose singuhère, 
y ont porté l'espèce d'idéal que ce genre comporte 
comme tous les genres, ont échoué généralement (il 
faut en excepter Rubens) dans les sujets mytholo- 
giques ou même simplement historiques ou hé- 
roïques, dans des sujets de la fable ou tirés des 
poètes. Ils affublent de draperies ou d'accessoires 
mythologiques des figures peintes d'après nature, 
c'est-à-dire d'après de simples modèles flamands, avec 
tout le scrupule qu'ils portent ailleurs dans l'imitation 



(1) Cette nécessité des sacrifiées sur laquelle il s'est longuement étendu 
en ce qui concerne la peinture, il l'appliquait aux compositions litté- 
raires : M Dans certains romans comme ceux de Cooper, par exemple, il 
« faut lire un volume de conversation et de description pour trouver un 
M moment intéressant : ce défaut dépare singulièrement les ouvrages de 

• Walter Scott, et rend bien difficile de les lire : aussi l'esprit se pro- 
M mène languissant au milieu de cette monotonie et de ce vide où l'an- 

• teur semble se complaire à se parler à lui-même. » (Eugène DELiCROix, 
sa vie et ses œuvres, p. 408.) 



982 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

d'une scène de cabaret. Il en résulte des disparates 
bizarres qui font d'un Jupiter et d'une Vénus des 
habitants de Bruges ou d'Anvers travestis, etc. (Rap- 
peler le tombeau du maréchal de Saxe (1). 

Le réalisme est la grande ressource des novateurs 
dans les temps où les écoles alanguies et tournant à 
la manière, pour réveiller les goûts blasés du public, 
en sont venues à tourner dans le cercle des mêmes 
inventions. Le retour à la nature est proclamé un 
matin par un homme qui se donne pour inspiré. 

Les Carrache, et c'est Fexemple le plus illustre 
qu'on puisse citer, ont cru qu'ils rajeunissaient l'école 
de Raphaël. Us ont cru voir dans le maître des défail- 
lances dans le sens de l'imitation matérielle. Il n'est 
pas bien difficile, en effet, de voir que les ouvrages 
de Raphaël, que ceux de Michel-Ange, du Corrège et 
de leurs plus illustres contemporains, doivent à l'ima- 
gination leur charme principal, et que l'imitation 
du modèle y est secondaire et même tout à fait effa- 
cée. Les Carrache, hommes très supérieurs, on ne 
peut le nier. Hommes savants et doués d'un grand 
sentiment de l'art, se sont dit un jour qu'il fallait 
reprendre pour leur compte ce qui avait échappé à 
ces devanciers illustres, ou plutôt ce qu'ils avaient 
dédaigné; ce dédain même leur a peut-être paini une 
sorte d'impuissance de réunir dans leurs ouvrages 
des qualités de nature diverse qui leur parurent, à 

(i) Voir t. III, p. 87. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 383 

eux, faire partie intégrante de la peinture. Ils ouvri- 
rent des écoles ; c'est à eux, il faut le dire, que com- 
mencent les écoles comme on les comprend de nos 
jours, à savoir : l'étude assidue et préférée du modèle 
vivant, se substituant presque entièrement à l'atten- 
tion soutenue, donnée à toutes les parties de l'art 
dont celle-ci n'est qu'une partie. 

Les Carrache se sont flattés sans doute que, sans 
déserter la largeur et le sentiment profond de la 
composition, ils introduiraient dans leurs tableaux 
des détails d'une imitation plus parfaite et s'élève- 
raient ainsi au-dessus des grands maîtres qui les 
avaient précédés. Ils ont conduit en peu de temps 
leurs disciples et sont descendus eux-mêmes à une 
imitation plus réelle, il est vrai, mais qui détachait 
l'esprit des parties plus essentielles du tableau conçu 
en vue de plaire avant tout à l'imagination. Les 
artistes ont cru que le moyen d'atteindre la perfec- 
tion était de faire des tableaux une réunion de mor- 
ceaux imités fidèlement... 

David est un composé singulier de réalisme et 
d'idéal. 

Les Vanloo ne copiaient plus le modèle ; bien que la 
trivialité de leurs formes fàt tombée dans le dernier 
abaissement, ils tiraient tout de leur mémoire et de la 
pratique. Cet art-là suffisait au moment. Les grâces fac- 
tices, les formes énervées et sans accent de nature suf- 
fisaient à ces tableaux jetés dans le même moule, sans 
originalité d'invention, sans aucune des grâces naïves 



384 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

qui feront durer les ouvrages des écoles primitives. 
David a commencé par abonder dans cette ma- 
nière; c était celle de l'école dont il sortait. Dénué, je 
crois, d'une originalité bien vive, mais doué d'un 
grand sens, né surtout au déclin de cette école et au 
moment où l'admiration quelque peu irréfléchie de 
l'antique se faisait jour, grâce encore à des génies mé- 
diocres comme les Mengs et les Winckelmann, il fut 
frappé, dans un heureux moment, de la langueur, de la 
faiblesse de ces honteuses productions de son temps ; 
les idées philosophiques qui grandissaient en même 
temps, les idées de grandeur et de liberté du peuple 
se mêlèrent sans doute à ce dégoût qu'il ressentit 
pour l'école dont il était issu. Cette répulsion, qui 
honore son génie et qui est son principal titre de 
gloire, le conduisit à l'étude de l'antique. Il eut le 
courage de refouler toutes ses habitudes ; il s'enferma 
pour ainsi dire avec le Zaocoon, awecV Jntinoùs,Sivec 
le Gladiateur^ avec toutes les mâles conceptions du 
génie antique. Il eut le courage de se refaire un 
talent, semblable en ceci à l'immortel Gluck, qui, 
arrivé à un âge avancé, avait renoncé à sa manière 
italienne, pour se retremper dans des sources plus 
pures et plus naïves. Il fut le père de toute l'école 
moderne en peinture et en sculpture ; il réforma jus- 
qu'à l'architecture, jusqu'aux meubles à l'usage de 
tous les jours. Il fit succéder Herculanum et Pompéi 
au style bâtard etPompadour, et ses principes eurent 
une telle prise sur les esprits, que son école ne lui fat 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX.. 385 

pas inférieure et produisit des élèves dont quelques- 
uns marchent ses égaux. Il règne encore à quelques 
égards, et, malgré de certaines transformations appa- 
rentes dans le goût de ce qui est.récole aujourd'hui, 
il est manifeste que tout dérive encore de lui et de ses 
principes. Mais quels étaient ces principes, et jusqu'à 
quel point s'y est-il confiné et y a-t-il été fidèle? 

Sans doute, l'antique a été la base, la pierre angu- 
laire de son édifice : la simplicité, la majesté de l'an- 
tique, la sobriété de la composition, celle des drape- 
ries, portée plus loin encore que chez le Poussin, 
mais dans l'imitation des parties, etc. 

David a immobilisé en quelque sorte la sculpture ; 
car son influence a dominé ce bel art aussi bien que 
la peinture. Si David a eu sur la peinture une influence 
si complète, il a eu sur un art voisin, et qui n'était 
pas le sien, plus d'influence encore. 

!•' mars, — Réunir sujets de tableaux pour com- 
poser à Champrosay. 

— Emporter livre de notes pour matériaux, et 
quelques livres de la bibliothèque faciles à lire : Cours 
d'étude ; volumes de Voltaire et de Saint-Simon ; 
Jérusalem délivrée ; le volume de T Arioste ; les 
sujets d'Ivanhoë, de Roméo; la Vie de Charlet (1). 

— Acheter couleurs à l'aquareUe en tubes ; s'en ser- 
vir pour indiquer l'effet, et le chercher ainsi à l'avance. 

(i) Delacroix songeait alors ik écrire Tarticle sur Charlet qu'il ne fit 
paraître que. deux ans plus tard. 

III. 25 



$8é JOURNAL D*EnGENE DELACROIX. 

3 mars. — Je suis sorti pour la troisième fois hier; 
je suis resté une grande dekni-heure assis dans le 
Luxembourg. Aujourd'hui, le temps était aigre, je 
suis revenu plus tôt. 

Par quelle singularité la httérature la plus grave se 
trouve-t-elle le lot du peuple qui a passé et passe 
encore pour le plus léger et le plus frivole de la terre? 
Les anciens eux-mêmes, qui ont posé les règles des 
choses de Timagination dans tous les genres, ne pré* 
sentent point d'exemples d'un sentiment aussi sou- 
tenu de Tordre. Il y a un certain décousu dans les 
ouvrages des plus beaux génies de l'antiquité } ils 
divaguent volontiers. Comme ils ont droit à tous nos 
respects, nous leur passons tous leurs écarts. ?lous 
ne sommes pas d'aussi bonne composition pour 
nos hommes de talent. Un hvre mal fait dans son en- 
semble ne peut se sauver par la beauté des détails, 
ni même par l'ingénieuse conception de l'ouvrage lui- 
même. Il faut que toutes les parties, ingénieuses ou 
non, concourent dans une certaine mesure à la con- 
nexion du tout, et par contre il faut, dans un ouvrage 
bien ordonné et logiquement conduit, que les détails 
n'en déparent point la conception. Quand une pièce 
de théâtre avait entraîné le pubHc à la représenta- 
tion, l'auteur n'avait rempli que la moitié de sa tâche; 
il fallait que l'ouvrage, comme on disait, se soutînt à 
la lecture. 

Il est probable que Shakespeare n'était guère sou- 
cieux de cette seconde partie de son obligation envers 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 387 

son public. Quand il avait produit à la représentation 
Feffet qu'il s'était promis, quand la galerie surtout ' 
était satisfaite, il est probable qu'il ne s'inquiétait 
plus de l'opinion des puristes ; d'abord, la grande 
majorité de ce public ne savait pas lire, et eût-il pu 
lire, en aurait-il eu le loisir, attendu qu'il se compo- 
sait ou de jeunes fats de la cour, plus occupés de 
leurs plaisirs que de littérature, ou de marchands de 
marée, peu disposés à éplucher les beautés littéraires? 
Qui sait ce que devenait le manuscrit, le canevas 
sur lequel l'auteur avait monté sa pièce, et dont les 
bribes, distribuées aux acteurs pour apprendre leurs 
rôles , devenaient ce qu'elles pouvaient et étaient 
recueillies au hasard par de faméliques imprimeurs, 
avec toute licence de les accommoder à leur guise ou 
de suppléer aux lacunes ? Ne semble-t-il pas que ces 
pièces pleines de fantaisie, — je parle de ce que 
Shakespeare intitule des comédies, — ou que ces 
drames à effet, tantôt lugubres, tantôt grotesques, 
ces tragédies, où les héros et les valets se trouvent 
confondus et parlent chacun leur langage, dont l'ac- 
tion, capricieusement conduite, se passe dans vingt 
lieux à la fois ou embrasse un espace de temps illi- 
mité, ne semble-t-il pas, dis-je, que de telles œuvres, 
avec leurs beautés et leurs défauts, ne doivent plaire 
qu'aux adeptes capricieux et ne peuvent attacher 
qu'une nation plus frivole que réfléchie? 

Pour ma part, je crois que le goût, que le tour 
d'esprit d'une nation dépend étrangement de celui 



8S8 JOURNAL D*EUG£NE DELACROIX. 

des hommes célèbres qui, les premiers, ont écrit ou 
peint, ou produit chez elle des ouvrages dans quelque 
genre que ce soit. Si Shakespeare était né à Gonesse, 
au lieu de naître à Strafford-sur-Avon, à une époque 
de notre histoire où l'on n'avait pas eu encore ni Rabe- 
lais, ni Montaigne, ni Malherbe, ni, à bien plus forte 
raison. Corneille, on eût vu se produire dans notre 
pays non seulement un autre théâtre (voir en Espagne 
Calderon), mais encore une autre httérature. Que 
le caractère anglais ait ajouté à de semblables ouvra- 
ges quelque chose de sa rudesse, je le croirai sans 
peine ; quant à cette prétendue barbarie que les An- 
glais ont montrée à certaines époques de leur histoire 
et qu'on donne pour une des causes de la pente de 
Shakespeare à ensanglanter la scène outre mesure, 
je ne crois pas, en interrogeant bien nos annales, que 
nous en devions beaucoup, en fait de cruauté, à nos 
voisins les Anglais, ni que les tragédies en action qui 
ont jeté une teinte si sombre, notamment sur les 
règnes des Valois, aient pu nous donner une éduca- 
tion propre à adoucir les mœurs ni la littérature. 

Pour avoir banni les massacres de notre scène, 
laquelle n'a commencé à briller qu'à une époque plus 
radoucie, notre nation n'en est pas plus humaine 
dans son histoire que la nation anglaise ; des époques 
récentes et de redoutable mémoire ont montré que 
le barbare et même le sauvage vivaient toujours dans 
l'homme civilisé, et que la gaieté dans les ouvrages 
de l'esprit pouvait se rencontrer avec des mœurs pas- 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 389 

sablement farouches. L'esprit de société, qui peut- 
être est un instinct plus développé de notre nature 
française, a pu contribuer à polir davantage la litté- 
rature ; mais il est plus probable encore que les chefs- 
d'œuvre de nos grands hommes sont venus à propos 
pour décrier les tentatives bizarres ou burlesques des 
époques précédentes, et pour tourner les esprits vers 
le respect de certaines règles éternelles de goût et de 
convenance qui ne sont pas moins celles de toute véri- 
table sociabilité que celles des ouvrages de l'esprit. 
On nous dit souvent que Molière, par exemple, ne 
pouvait paraître que chez nous; je le crois bien, il 
était l'héritier de Rabelais, sans parler des autres. 

8 mars. — Sur Rubens. Sa verve; la monotonie de 
certains retours dans son dessin. Recopier ici ce que 
je trouve dans l'agenda de 1852 à la suite de mes 
observations sur les subUmes tapisseries de la mort 
d'Achille. « Le parti pris de Rubens en outrant cer- 
taines formes montre qu'il était dans la situation d'un 
artiste qui exerce le métier qu'il sait bien, sans cher- 
cher à l'infini des perfectionnements (1). » 

Dans le même cahier, au 6 février, à propos d'un 
concert et de la musique des hommes dans le genre 
de Mendelssohn, etc. : « Ce n'est point cette heu- 
reuse facilité des grands maîtres qui prodiguent les 
motifs les plus heureux, etc. (2). » 

(1) Voir t. II, p. 73 et 74. 
It) Voir t. II. p. 83. 



890 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

J'ajoute ceci aujourd'hui que j*ai acquis, depuis le 
jour où furent écrites <5es réflexions, huit années 
d'expérience. Il est boulot è propos d'écrire les idées 
quand elles viennent, même, si vous n'êtes pas 
occupé d'un travail suivi pour lequel ces idées puis- 
sent venir à propos. Mais toutes ces réflexions 
prennent la forme du moment. Le jour où elles 
peuvent s'utiliser dans un travail d'une certaine 
étendue, il faut se garder d'avoir trop d'égard à la 
forme qu'on leur a donnée dans le premier moment. 
On sent le placage dans les ouvrages médiocres. 
Voltaire devait noter ses idées. Son secrétaire le dit. 
Pascal nous en laisse la preuve dans ses Pensées^ 
qui sont des matériaux pour un ouvrage. Mais ces 
hommes4à, en recueillant la matière dans le creuset, 
rencontraient la forme qu'ils pouvaient et se hvraient 
avant tout à la suite des idées plutôt qu'à leur 
forme, et ne s'imposaient pas, à coup sûr, le fasti- 
dieux travail de retrouver celles qu'ils avaient notées, 
ou de les enchâsser dans la forme qu'ils leur ont don- 
née d'abord. Il ne faut pas être trop difficile. Tout 
homme de talent qui compose ne doit pas se traiter 
en ennemi. Il doit supposer que ce que son inspira- 
tion lui a fourni a sa valeur. L'homme qui relit et qui 
tient la plume pour se corriger est plus ou moins un 
autre homme que celui du premier jet. Il y a deux 
choses que l'expérience doit apprendre : la première, 
c'est qu'il faut beaucoup corriger ; la seconde, c'est 
qu'il ne faut pas trop corriger. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX, 891 

10 mars. — Essayer des cigarettes de thé vert. Je 
vois dans un ancien calepin que c'est une mode d'en 
fumer à Pétersbourg. Elles n'ont pas, du moins, l'in- 
convénient d'être nai;cotiques. 

14 mars. — J'ai été voir l'exposition du boulevard, 
j'en suis revenu mal disposé. Il y faisait froid. Les 
Dupré, les Rousseau m'ont ravi. Pas un Decamps (1) 
ne m'a fait plaisir : c'est vieilli, c'est dur et mou, 
filandreux ; de l'imagination toujours, mais nul des- 
sin ; rien ne devient ennuyeux comme ce fini obstiné 
sar ce faible dessin. Il est jauni comme du vieil ivoire, 
et les ombres noires. 

Mme S and est venue me dire adieu bien amicale- 
ment. Elle voulait m' entraîner ce soir à Orphée (2). 

28 mars. — Guillemardet venu hier dans la jour- 
née. Je lui ai dit ce que j'avais sur le cœur, cela m'a 
soulagé. Je regrettais vivement d'être obligé de chan- 
ger pour lui de sentiment; ce qu'il m'a dit de X... m'a 
fait impression. Il est bien changé et a été bien souf- 
fi*ant. 

29 mars. — Toujours fatigué le matin. 

(1) Il est intéressant de noter ici un revirement de l'opinion d'Eugène 
Delacroix sur Decamps. On se rappelle que, dans les premières années du 
Journal, il va jusqu'à prononcer le mot de génie à propos d'une de ses 
compositions. 

(2) C'est en 1860 que Mme Viardot reprit, avec le plus grand succès» 
V Orphée de Gluck au Théâtre-Lyrique.. 



398 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

3 avril. — Fragilité des ouvrages de peinture et 
autres. 

Je lis une Vie de Léonard de Vinci d'un M. Clé- 
ment {Revue des Deux. Mondes, 1" avril 1860). C'est 
le pendant à une Vie de Michel-Ange, très bonne, 
du même, publiée Tannée dernière. J'y suis frappé 
surtout de la disparition notée par lui de presque 
tous ses ouvrages, tableaux, manuscrits, dessins, etc. 
Il n'y a personne qui ait produit davantage et laissé si 
peu de chose. Cela me rappelle ce que Lonchamps (1) 
dit de Voltaire : qu'il ne croyait jamais avoir fait 
assez pour sa réputation. Un peintre, dont les ouvrages 
sont uniques, est exposé à bien, plus de chances de 
destruction, ou, ce qui est peut-être pis, d'altération ; il 
a.bien plus de sujet de chercher à produire beaucoup 
d'ouvrages pour que quelques-uns au moins puissent 
surnager. 

Ce serait un ouvrage curieux qu'un Commentaire 
sur le traité de la peinture de Léonard. Broder sur 
cette sécheresse donnerait matière à tout ce qu'on 
-voudrait. 

Voir dans cette vie de Léonard la lettre qu'il écrit 
au duc de Milan, où il lui détaille toutes ses inven- 
tions. J'y ai trouvé qu'il avait eu une idée qui répond 
à celle que j'avais à Dieppe, dans un article sur l'art 
militaire (2), d'avoir des chariots qui transportent de 

(i) Pierre Charpentier de lonchamps (1740-1817), littérateur, auteur 
• d'un Tableau historique des gens de lettres. 
(2) Voir t. II, p. 450 et suiv.. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX, 393 

petits détachements de soldats au milieu dé Ten- 
nemi, etc. Il dit : « Je fais des chariots couverts que 
Von ne saurait détruire, avec lesquels on pénètre 
dans les rangs de l'ennemi et on détruit son artille- 
rie. Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on 
ne puisse rompre par ce moyen, et derrière ces cha- 
riots, l'infanterie peut s'avancer sans obstacles et 
sans danger. » Il a tout prévu, il dit : « Dans le cas 
où on serait en mer, je puis employer beaucoup de 
moyens offensifs et défensifs , et entre autres con- 
struire des vaisseaux à l'épreuve des bombardes, etc. » 
L'auteur de l'article parle des divers tableaux de 
la Cène, des peintres célèbres qui ont précédé Léo- 
nard : le Cénacle de Giotto, celui de Ghirlandajo. . . Les 
compositions austères sont raides, les personnages ne 
marquent ni par leur expression, ni par leur atti- 
tude, etc. Plus jeunes chez l'un de ces maîtres, déjà 
plus vivaces chez l'autre, ils ne concourent point à 
l'action, qui n'a rien de cette unité puissante et de 
cette prodigieuse variété que Léonard devait mettre 
dans son chef-d'œuvre. Si l'on se reporte au temps 
où cet ouvrage fut exécuté, on ne peut qu'être émer- 
veillé du progrès immense que Léonard fit faire à 
son art. Presque le contemporain de Ghirlandajo, 
condisciple de Lorenzo di Credi et du Pérugin, qu'il 
avait rencontré dans l'atelier de Verrocchio , il rompt 
d'un coup avec la peinture traditionnelle du quinzième 
siècle; il arrive sans erreurs, sans défaillances, sans 
exagérations et comme d'un seul bond, à ce natura- 



894 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

lisme judicieux et savant, également éloigné de Fimi- 
tation servile et d'un idéal vide et chimérique. Chose 
singulière! le plus méthodique des hommes, celui qui 
parmi les maîtres de ce temps s'est le plus occupé des 
procédés d'exécution, qui les a enseignés avec une 
telle précision que les ouvrages de ses meilleurs élèves 
sont tous les jours confondus avec les siens, cet homme, 
dont la manière est si caractérisée, n a point de rhéto- 
rique (1). Toujours attentif à la nature, la consultant 
sans cesse, il ne s'imite jamais lui-même; le plus 
savant des maîtres en est aussi le plus naïf, et il s en 
faut que ses deux émules, Michel- Ange et Raphaël, 
méritent au même degré que lui cet éloge. 

6 avril. — J'ai été aujourd'hui à Saint-Sulpice. 
Boulangé n'avait rien fait et n'avait pas compris un 
mot de ce que je voulais. Je lui ai donné l'idée des 
cadres en grisailles (2) et de la guirlande, le pinceau à 
la main et avec furie. Chose étonnante ! je suis revenu 
fatigué et non énervé. Il me semble que c'est l'entrée 
en scène de la santé après tant de petites rechutes. 

7 avril. — A Saint-Sulpice, où Boulangé ne m'at- 
tendait pas. Cet infâme coquin ne vient pas, ne tra- 

(1) On 9e rappelle ce que Delacroix entendait par cette expression de 
rhétorique appliquée aux ouvrages de l'esprit. Nous avons longuement 
insisté sur ce point dans notre Etude, p. xxxii. 

(2) Il s'agit ici d'ornements en grisailles qui servent de lien entre le 
plafond ovale et les écoinçons dans lesquels sont peints des anges en gri- 
taille. (Voir Catalogue Robaut, p. 362 et 303.) 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 3W 

vaille pas et m'attribue ces retards sous prétexte de 
changements. Il n'y était pas effectivement, je suis 
rentré furieux et lui ai écrit en conséquence. 

8 avril. — Varcollier venu, puis Mme R... et 
Mme Colonna(l) avec qui j'avais rendez-vous. Je 
me suis engagé à la recevoir et à aller la voir. 

Carrier venu à quatre heures, enthousiasmé surtout 
de l'intérieur. 11 remarque la petite Andromède {^) ^ 
et à ce propos je me rappelle celle de Rubens que j'ai 
vue il y a longtemps. J'en ai vu deux, au reste, une à 
Marseille chez Pellico, l'autre chez Hilaire Ledru(3) 
à Paris, très belles de couleur toutes les deux ; mais 
elles me font songer à cet inconvénient de la main 
de Rubens qui peint tout comme à l'atelier, et dont 
les figures ne sont pas modifiées par des effets diffé- 
rents et appropriés dans les scènes qu'il a à peindre ; 
de là cette uniformité des plans ; il semble que toutes 
les figures soient comme les modèles sur la. table, 
éclairés par le même jour et à la même distance du 
spectateur. Véronèse en cela bien différent. 

9 avril, — Je trouve dans Bayle que Laïs n'aimait 
pas Aristippe, qui était un homme propre et conve- 
nable, et s'en faisait payer chèrement ce qu'elle don- 
nait pour rien à Diogène, sale et puant. 

^1) Adèle d* Affry, princesse Colonna di Castiglione, dite Marcello, 
sculpteur (1837-1879). 

(2) Voir Catalogue Bobaui, n"* 1001 et 1002. 

(3) UUaire Ledru, peintre, né à Douai. 



S96 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

— Je vais faire une seconde séance à l'église pour 
le ton de fruits; j'en suis sorti plus fatigué que l'autre 
jour; jeu conclus que je ne suis pas remis. Boulangé 
s'est rangé ; mais c'est un drôle de personnage 

10 avril, — Ébauche au pastel. 

Denuelle (1) vient m'exposer que le crédit alloué 
pour les ornements de la chapelle est sur le point 
d'être atteint. Je lui dis que je suis résolu à faire 
achever à mes frais, si c'est nécessaire. (Il pourra se 
trouver une petite compensation dans les dégâts 
apportés par l'humidité à la guirlande du haut.) 

Pour ébaucher sur un panneau au pastel, il ne 
serait pas nécessaire qu'il fût encollé. Ne pourrait-on 
encoller le panneau de manière que le pastel, une 
fois arrivé au degré nécessaire, fÙt fixé, en exposant le 
panneau à une vapeur d'eau chaude qui, en amollis- 
sant la colle, fixerait le pastel? On pourrait alors 
passer un second encollage sur le tout afin de con- 
server le brillant du pastel et repeindre à Thuile. 
Sur cette ébauche au pastel, on pourrait encore 
revenir avec de l'aquarelle. 

11 avril, — Dîné chez Mme Herbelin. Une heure 
avant d'y aller, j'ai été sur le point de m'excuser. En 
somme, je me suis très bien trouvé d'y être allé. 

(1) Dominique- Alexandre Denuelle (1818-1879), archéologue et 
peintre décorateur, était attaché à la commission des monuments histo- 
riques. 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 397 

Nadaud (1) nous a donné des choses délicieuses : le 
Fortifions nos côtes est charmant. 

Je trouve dans Y Entretien de Lamartine^ prêté 
par Didot, sur Chateaubriand, des citations de ses 
billets à Mme Récamier, entre autres celle-ci : « Venez 

vite mes dispositions d'âme triste ne changent 

pas. Oh! que je suis triste! Venez; de l'ennui de 
l'isolement, je passe à Tennui de la foule ; décidément 
je ne puis supporter l'ennui du monde. » Lamartine 
ajoute : « On voit par la vicissitude de ses désirs qu'il 
s'est retourné toute sa vie dans son lit de gloire, 
d'ambition, de cours, de fêtes, sans trouver, comme 
on dit, une bonne place. Toujours mal où il est, tou- 
jours bien où il n'est pas, homme d'impossible même 
en attachement. » 

12 avril, — Sur Shakespeare^ Molière, Rossiniy etc. 

Je trouve dans un calepin écrit à Augerville pen- 
dant mon séjour en juillet 1855 (Mme Jaubèrt s'y 
trouvait) : « Je voyais tout à l'heure ces demoiselles 
bleues, vertes, jaunes, qui se jouaient sur les herbes le 
long de la rivière. A l'aspect de ces papillons qui ne 
sont pas des papillons, bien que leurs corps présen- 
tent de l'analogie, dont les ailes se déploient un peu 
comme celles des sauterelles, et qui ne sont pas des 
sauterelles, j'ai pensé à cette inépuisable variété de 
la nature, toujours conséquente à elle-même, mais tou- 

(1) Gustave Nadaud (1820-1893), chansonnier et compositeur^ 



39S JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

jours diverse, affectant les formes les plus variées 
avec l'usage des mêmes organes. L'idée du vieux 
Shakespeare s'est offerte aussitôt à mon esprit, qui 
crée avec tout ce qu'il trouve sous sa main. Chaque 
personnage placé dans telle circonstance se présente 
à lui tout d'une pièce avec son caractère et sa.physio- 
nomie. Avec la même donnée humaine il ajoute ou il 
ôte, il modifie sa manière et vous fait des hommes 
de son invention qui pourtant sont vrais. . . C'est là un 
des plus sûrs caractères du génie. Molière est ainsi, 
Cervantes est ainsi, Rossini avec son alliage est ainsi ; 
s'il diffère de ces hommes, c'est par une exécution 
plus nonchalante. Par une bizarrerie qui ne se ren- 
contre pas souvent chez les hommes de génie, il est 
paresseux , il a des formules , des placages habituels 
qui allongent sa manière, qui se sentent bien toujours 
de sa facture, mais ne sont pas marqués d'un cachet 
de force et de vérité. Quant à sa fécondité, elle est 
inépuisable, et là où il l'a voulu il est vrai et idéal à 
la fois. » 

13 avril, — Sur les sonorités en musique. — Sur 
l'Opéra. Voir mes notes écrites à Champrosay en 
mai 1855 (1). 

Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre 
l'école qui attache à la sonorité particulière des instru- 
ments une partie importante de l'effet de la musique. 

(i) Non retrouvées. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. a99 

On ne peut nier que certains hommes, Berlioz entre 
autres, sont ainsi, et je crois que Chopin, qui le 
détestait, en détestait d'autant plus sa musique qui 
n'est quelque chose qu'à l'aide des trombones oppo- 
sés aux flûtes et aux hautbois en concordant ensemble* 
Voltaire définit le beau ce qui doit charmer l'esprit 
et les sens. Un motif musical peut parler à l'imagina- 
tion sur un instrument borné à ses sons propres comme 
le piano par exemple, et qui n'a par conséquent qu'une 
manière d'émouvoir les sens ; mais on ne peut nier 
cependant que la réunion de divers instruments ayant 
chacun une sonorité différente ne donne plus de force 
et plus de charme à la sensation. A quoi servirait d'em- 
ployer tantôt la flûte, tantôt la trompette, l'une pour 
annoncer un guerrier, l'autre pour disposer l'âme à 
des émotions tendres et bocagères? Dans le piano 
même, pourquoi employer tour à tour les sons étouffés 
ou les sons éclatants, si ce n'est pour renforcer l'idée 
exprimée? Il faut blâmer la sonorité mise à la place 
de l'idée exprimée, et encore faut-il avouer qu'il y a 
dans certaines sonorités, indépendamment de l'ex- 
pression pour l'âme, un plaisir pour les sens. Je me 

rappelle que la voix de , chanteur froid et sans 

beaucoup d'expression, avait par la seule émission 
du son un charme incroyable. Il en est de même 
dans la peinture : un simple trait exprime moins et 
plaît moins qu'un dessin qui rend les ombres et les 
lumières; ce dernier, à son tour, exprimera moins 
qu'un tableau, si ce dernier est amené au degré d'har- 



MO JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 

monie où le dessin et la couleur se réunissent dans un 
effet unique. Il faut se rappeler ce peintre ancien qui, 
ayant exposé une peinture représentant un guerrier, 
faisait entendre en même temps, derrière une tapisse- 
rie, des fanfares de trompettes. 

Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout 
ce qui semble pouvoir charmer l'esprit et les sens : 
c'est l'opéra (1). La déclamation chantée a plus de 
force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture dis- 
pose à ce que l'on va entendre, bien que d'une 
manière vague. Le récitatif expose les situations et 
établit le dialogue avec plus de force que ne ferait 
une simple déclamation, et l'air, qui est en quelque 
sorte le point d'admiration , le moment de la pas- 
sion par excellence dans chaque scène, complète 
la sensation par la réunion de la poésie et de tout 
ce que la musique peut y ajouter; joignez à cela 
l'illusion des décorations, les mouvements gracieux 
de la danse, en un mot la pompe et la variété du 
spectacle. 

Malheureusement, tous les opéras sont ennuyeux 
parce qu'ils nous tiennent trop longtemps dans une 
situation que j'appellerai, abusive. Le spectacle qui 
tient les sens et l'esprit en échec fatigue plus vite. 
Vous êtes promptement rassasié de la vue d'une 
galerie de tableaux; que sera-ce d'un opéra qui réunit 
dans un même cadre l'effet de tous les arts ensemble? 

(i) Voir notre Étude, p. xLiii et xlit. . - 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 401 

14 avril. — Hier 13 et vendredi, malgré le présage, 
je suis rentré dans mon atelier après ma longue con- 
valescence; ce que j'ai à faire dans Fespace de trois 
semaines ou un mois est incroyable. Finir pour 
Estienne les Chevaux qui se battent dans técurie (1), 
les Chevaux sortant de la mer (2), Ugolin (3); presque 
achevé l'esquisse de rHéliodore destinée à Dutil- 
leux; ébaucher et avancer les deux tableaux de 
bataille d'Estienne ; le Camp arabe la nuit; le Chef 
arabe en tête de ses troupes et les femmes qui lui pré- 
sentent du lait (4); Y Abreuvoir au Maroc (5); avancer 
beaucoup les quatre tableaux des Saisons pour Hart- 
mann (6), etc., etc. Reprendre et achever l'esquisse 
du saint Etienne (7). 

15 avril. — Sur les caractères au moment des 
révolutions politiques. (Voir mes notes écrites à 
Augerville, le 21 octobre 1859.) 

Toutes les révolutions mettent en fièvre les natures 



(1) Ce tableau est ainsi décrit : « Trois Arabes couchés à terre sur 
V des couvertures sont réveillés en sursaut par deux chevaux, un blanc 
u et un roux qui se sont détachés et se mordent avec acharnement. Les 
« deux bêtes affolées s'enlacent dans un choc furieux et forment un groupe 
« d'une ampleur superbe. » (Voir Catalogue Robaut, n° 1409.) 

(2) Voir Catalogue Robaut, n» 1410. 

(3) Ce tableau, qui a figuré récemment à la deuxième exposition des 
Cent chefs-d'œuvre, est indiqué à l'année 1849 dans le Catalogue Robaut. 
\\ s'agit probablement ici d'une variante de l'œuvre primitive. 

(4) Voir Catalogue Robaut, n*» 1440. 

(5) Voir Catalogue Robaut, n** 1442. 

(6) Voir Catalogue Robaut, n~ 1428, 1430, 1432, 1434. 

(7) Une variante sans doute du beau tableau de 1853. (Voir Cata^ 
logue Robaut, n*» 1210, 1211 et 1212.) 

m. 26 



JlOt JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

basses et prêtes à mal faire. Les âmes traîtresses 
posent le masque; elles ne peuvent se contenir à 
la vue du désordre universel qui semble offrir des 
proies à saisir. Ni le blâme du bienfaiteur que 
tous ces coquins, enveloppés dans leur peau de 
renard , flattaient encore dans l'attente de nouveaux 
bienfaits, ni le mépris des honnêtes gens , ni enfin la 
crainte d'être vus ce qu'ils sont, rien ne peut leur 
opposer de frein. Il leur semble que le monde n'est 
plus fait que pour les scélérats. Us se trouvent à l'aise 
au milieu du silence des hommes honnêtes; ils se 
flattent qu'il n'en est plus pour les juger et leur infli- 
ger l'infamie qu'ils méritent. 

28 avril, 

hes Arabes au tour du feu, . . . 2,500 francs. 

Une toile de trente, Fantassins en 

chasse (1) 3,000 » 

Une toile de trente 3,000 » 

V Angélique et Médor (2). . . 2,800 

Champrosayy 19 mai, — Parti pour Champrosay. 
J'y ai travaillé beaucoup aux tableaux commandés 
par M. Estienne. 

2 juin, — Sacrifice d'Abraliam^ pour Surville (3). 

(1) Il s'agit ici vraisemblablement du tableau qui figure au Cata- 
logue Robaut sous le n** 1448. 

(2) Sujet tiré du Roland furieux de TArioste. 

(3) Surville, ancien comédien, devenu marchand de tableaux. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 408 

— Ombre du blanCy linge, etc. : Violet de Mars. 
{Ton de zinc royal et vert émeraude.) 

— Arrivée du bon cousin à onze heures du soir. 

6 juillet. — Donné à M. Charles Nègre (1) deux 
études avec un petit carton pour essai : 

1* La Femme noyée du plafond du Louvre (2); 
2* Études pour Y Hercule (3). 

DieppCy 18 juillet. — Parti de Paris pour Dieppe 
après un désappointement que m'a valu le change- 
ment des heures. Je comptais prendre le chemin de 
fer à huit heures et demie; arrivé à la gare , on m'an- 
nonce que je ne partirai qu'à une heure par le train 
express. Je retourne à la maison où je vais tuer le 
temps jusqu'à l'heure dite, sauf le temps que j'ai passé 
à déjeuner à ce café du chemin de fer, rue Saint- 
Lazare. Jenny partait pour Ghamprosay à midi. Je 
trouve à la gare de Rouen Mme de Salvandy, fille 
cadette de Rivet. 

Arrivé à cinq heures , trouvé à la gare Mme Grim- 
blot dont j'admire, en marchant derrière elle et avant 
de la reconnaître, l'imposante crinoline. Elle habite 
Dieppe tout à fait. Je ne me suis pas enquis des motifs 
qui pouvaient la porter à une résolution si grave. 

(1) Charles Nègre, photographe fort habile qui exécutait des repro« 
ducttons pour les artistes par des procédés scientifiques qui ont abouti à 
l'héliogravure. 

(2) Voir Catalogue Robaut, n» 296. / 

(3) Voir Catalogue Bobaut, n»«298 à 308. 



404 JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 

, J'étais un peu après installé à l'hôtel Victoria sur le 
port, ainsi que je le désirais, et j'y faisais à six heures 
le plus détestable dîner avec des rogatons. Les hôtels 
n'ont eu garde de ne pas adopter la mode des dîners 
modernes qui font la cuisine en abrégé et vous ser- 
vent des restes ; ils font au reste comme les grands 
seigneurs : la cuisine s'en va comme tant de bonnes 
choses. Je me suis un moment applaudi de cette 
mauvaise chère, en pensant que je n'éprouverais pas 
la tentation de manger trop, étant venu ici pour me 
mettre au régime. 

A la jetée après dîner et tout d'un temps, quoique 
la nuit arrivât. J'ai longé la plage et l'établissement, 
et ai été visiter les rochers à la gauche des bains; 
mais l'obscurité m'a chassé. 

19 juillet. — Je passe ma journée presque entière 
sur la jetée. Je vois sortir le yacht anglais ; j'avais 
les yeux dessus lorsque est tombé ce malheureux qui 
s'est noyé et qu'on n'a retrouvé que le lendemain. 

Je vais le soir à Saint-Remy ; magnifique effet de 
cette bizarre architecture éclairée par deux ou trois 
chandelles fumantes plantées ça et là pour rendre les 
ténèbres visibles. On ne peut rien voir de plus impo- 
sant. 

J'éprouve de la satisfaction à me trouver isolé ici, 
m'occupant de mes petites affaires et me suffisant. 
J'avais trouvé à la jetée Mme de Lajudie, l'autre fille 
de Rivet, que le mauvais temps empêche de se baigner. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 405 

— Buffon n'aimait que les vers de Racine; encore 
disait-il : « Il eût été plus exact en prose. 5> 

^O juillet. — Après une très longue séance à la 
jetée où la mer est très belle, mais où le soleil me 
récliauffait un peu malgré le vent, je suis retourné à 
Saint-Remy . J'y ai fait un très mauvais croquis d'une 
copie de tableau de maître que j'avais dessiné dans 
un de mes précédents voyages : Christ déposé de la 
croix. 

Je crois apercevoir Mme ... entrant dans l'église 
avec un enfant. Je m'esquive, mais c'est pour retrou- 
ver, rue de la Barre, Mme Grimblot chez son épi- 
cier où elle était en voisine. J'ai été chez elle causer 
une heure. Elle m'a rappelé d'anciens temps et d'an- 
ciennes connaissances. La pauvre Mirbel est morte 
pour ainsi dire à temps : elle serait morte d'ennui et 
de tristesse. Ses anciens amis ne la voyaient plus 
guère. La solitude, qui attend tous ceux qui vivent 
trop longtemps, l'entourait déjà prématurément. Elle 
n'avait pas une grande fortune pour les dehors qu'elle 
étalait; elle s'en tirait à force d'économies, triste 
situation quand tous ses efforts ne tendaient qu'à 
satisfaire des jouissances de vanité. Elle cherchait à 
attirer chez elle les personnages du régime qui avait 
succédé à celui des premiers Bourbons. Mme Grim- 
blot, dans un temps qui n'était pas encore celui de sa 
décadence, l'avait un matin rencontrée sur le pont 
Neuf, rapportant de la halle deux maquereaux. Elle 



40« JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

ne gagoait plus guère d'argent dans les derniers 
temps. 

Le soir, retourné à la jetée par un très beau 
temps ; la mer superbe, quoique à marée basse. J'y 
vois tous les effets propres à mon Christ marchant 
sur la mer (1). Mme Manceau, que j'y retrouve 
après tant de temps, me promet de me chanter 
Orphée, si je vais la voir. 

Je retourne par la plage et rentre encore dans 
Saint-Remy. Un malaise de l'estomac me fait encore 
prolonger avec succès ma promenade jusqu'à dix 
heures passées. J'entre à Saint-Jacques, éclairé de 
même par de rares chandelles ; mais son architecture 
écrasée ne produit pas le même effet que celle de 
Saint-Remy (2). 

Samedi 21 juillet, — Pluie toute la journée. Après 
avoir essayé de reproduire l'effet de soleil couchant 
que j'ai vu hier soir, je fais une promenade sous les 
arcades pendant la pluie ; je me hasarde à gagner la 
jetée pendant une éclaircie. J'y trouve les dames 
Rivet et leurs maris. Une pluie affreuse me chasse, et 
je rentre trempé. 

Je pensais, en déjeunant en face de cette famille 
anglaise, le mari, la femme et les trois grands dadais 

(1) Voir Catalogue Robaut, n" 1202 à 1204. 

(2) Delacroix, en écrivant cette note, a dû interposer les noms des 
deux églises de Dieppe, dans un moment de confusion ; car rien n'est 
plus massif que Saint-Remy avec ses énormes colonnes, trois fois plus 
grosses que celles de Saint- Jacques. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 40T 

de fils, tous plus laids et ressemblants les uns que les 

autres à leur auteur, à la morgue singulière de ces 

automates à argent, et à leur orgueil stupidé de cette 

fameuse constitution qui ne leur garantit pas plus de 

liberté qu'à nous autres, qu'ils regardent comme de 

véritables esclaves. Il faut absolument, dans un pays 

d'égalité, de partage égal de fortune entre les enfants, 

un gouvernement fort et centralisateur pour faire les 

grandes choses. Les fortunes particulières sont trop 

divisées. L'aristocratie anglaise permet de grands 

efforts qui n'ont pas toutefois, sous une infinité de 

rapports, l'ensemble qu'on peut obtenir d'un gouver-* 

nement qui veille plus particulièrement et avec plus 

de puissance aux grands objets qui honorent les 

nations, aux grandes entreprises, aux expéditions 

subites, etc. 

Les bons bourgeois anglais ont la bonté d'être très 
fiers de leurs grands seigneurs, qui ne les saluent pas, 
tirent à eux toute la substance, et exercent dans toute 
la plénitude le gouvernement. 

22 juillet. — Je suis décidément enrhumé ; j'ai 
des moments d'ennui profond où je veux partir pour 
Paris. La nuit, je me figure que tout est perdu. Il faut 
avouer qu'il est dur au mois de juillet de grelotter 
dans sa chambre. J'ai demandé avant*hier qu'on me 
fit du feu; mais Mme Gibbon, mon hôtesse, se dé- 
fiant de ses cheminées qui n'ont jamais été destinées 
à cet objet, m'a donné une chaufferette, qui m'a rendu 



*08 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

tolérable le séjour de ma chambre pendant que je lisais. 

J'ai loué des livres pour huit jours. J'ai mis le nez 
dans un livre de Dumas intitulé : Trois mois au 
Sinat{l). C'est toujours ce ton cavalier et de vau- 
deville, qu'il ne peut dépouiller, en parlant même 
des Pyramides ; c'est un mélange du style le plus 
emphatique, le plus coloré, avec les lazzi d'atelier qui 
seraient tout au plus de mise dans une partie d'ânes 
à Montmorency. C'est fort gai, mais fort monotone, 
et je n'ai pu aller à la moitié du premier volume. 

J'ai pris Ursule Mirouet, de Balzac ; toujours ces 
tableaux d'après des pygmées dont il montre tous les 
détails, que le personnage soit le principal ou seule- 
ment un personnage accessoire. Malgré l'opinion sur- 
faite du mérite de Balzac, je persiste à trouver son 
genre faux d'abord et faux ensuite ses caractères. Il 
dépeint les personnages, comme Henry Monnier, par 
des dictons de profession, par les dehors, en un mot; 
il sait les mots de portière, d'employé, l'argot de 
chaque type. Mais quoi de plus faux que ces caractères 
arrangés et tout d'une pièce? Son médecin et les amis 
de son médecin, ce vertueux curé Chaperon dont la 
vie sage et jusqu'à la forme de son habit, dont il ne 
nous fait pas grâce, reflète la vertu, cette Ursule Mi- 
rouet, merveille de candeur dans sa robe blanche et 
avec sa ceinture bleue, qui convertit à l'éghse son 
incrédule d'oncle? 



il) Le 
est 



) Le véritable titre de cet ouvrage en deux volumes, paru en 1838, 
Quinzejours au Sinaî, nouvelles impressions de voyage. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 409 

Personne n'est parfait, et les grands peintres de 
caractères montrent les hommes comme ils sont. 

— Hier, tristesse et ennui extrême ; probablement 
je me portais plus mal. Samedi soir, j'ai fait au Pollet 
une promenade plus triste encore. J'ai été hier du 
côté du cours Bourbon. Pourquoi ne me suis-je pas 
trouvé heureux de m'y voir quand dans le moment 
même il me semblait que, lorsque j'y suis venu dans 
un autre voyage, je m'y suis trouvé très heureux? Le 
souvenir fait complètement illusion. 

Aujourd'hui, après déjeuner, j'ai été voir Mme Man- 
ceau, qui m'a chanté très bien des morceaux d'Or- 
phée, Ensuite au rocher au bas du château. Revenu 
par la plage et regardé les exercices des soldats, la 
formation du carré, la marche en carré, etc. 

25 juillet. — Aujourd'hui, très souffrant. Je reçois 
une lettre de Jenny et de Mme de Forget : je récris. 

Champrosayy 21 juillet, — Je pars à midi moins 
un quart ; arrivé à Paris à quatre heures vingt mi- 
nutes. J'ai le temps d'arriver au plus vite pour partir 
à cinq heures un quart par le chemin de Corbeil. 

La jeune dame que je croyais sous la tutelle de 
l'homme silencieux et désagréable du coin, en face 
d'elle. La langue de la jeune personne se dénoue, à 
ma grande surprise, dans la salle de la douane, pour 
s'adresser à moi avec une amabilité extrême ; mon 
âge et le chemin de fer de Corbeil m'empêchent de 



4i0 JOURNAL D*BUGENE DELACROIX. 

donner suite à cette charmante aventure. Elle res- 
semblait à Mme D. . . 

J'arrive à six heures, enchanté de me trouver chez 
moi. 

31 juillet, — Je commence à aller mieux. Je dîne 
chez Bayvet avec M. Darblay (1) qui me fait poli- 
tesse. Legendre et Féray (2) s'y trouvent. Je ren- 
contre aussi le maire Rènoux et sa femme. 

1" août. — Je lis toujours Voltaire avec délices. 

A propos d'un article sur Hamlet dans le volume 
des Mélanges de littérature. A travers les obscurités 
de cette traduction scrupuleuse, qui ne peut rendre le 
mot propre en anglais, on retrouve son naturel qui ne 
craint pas les idées les plus basses ni les plus gigan- 
tesques, son énergie que les auti^es nations croiraient 
dureté, ses hardiesses que des esprits accoutumés aux 
tours étranges prendraient pour du galimatias. Mais 
sous ces voiles on découvrira de la vérité, de la profon- 
deur, et je ne sais quoi qui attache et qui remue beau- 
coup plus que ne ferait l'élégance... C'est un diamant 
brut qui a des taches ; si on le polissait, il perdrait de 
son poids. Ne semble-t-il pas qu'on peut dire la même 

(i) Stanislas Darblay, grand industriel qui se consacra d'abord an 
commerce des grains et entreprit ensuite de relever dans la vallée d'£s- 
sonnes l'industrie du papier. M. Darblay était alors député de Seine- 
et-Oise. 

(2) Ernest Féray, manufacturier, ancien maire d*Es8onnes, fut en- 
voyé en 1871 par le département de Seine-et-Oise à l'Assemblée natio- 
nale. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 411 

chose du Puget? Voyez -le au Louvre, entouré de 
tous les ouvrages de son temps, conçus dans le style 
de la correction classique et irréprochable, si cette 
correction et une certaine élégance froide sont un 
mérite. Au premier abord, il vous choque par quel- 
que chose de bizarre, de mal conçu dans l'ensemble 
et de confus ; si vous attachez vos yeux sur une des 
parties comme un bras, une jambe, un torse, aussitôt 
toute cette force vous gagne ; il écrase tout, vous ne 
pouvez vous en détacher. 

6 août. — Je dois rendre justice à Dumas et à Bal- 
zac. Il y a, dans la peinture des remords de son maître 
de poste (c'est dans la dernière partie d'Ursule Mi- 
rouet), des traits d'une grande vérité. J'écris ceci à 
Champrosay après la mort de la mère Bertin. L'agi- 
tation que j'ai remarquée dans un de ses héritiers m'a 
rappelé certains mouvements du Mirouet de Balzac, 
et, chose singuhère, m'a fait faire plus que jamais des 
réflexions sur l'avantage d'être honnête, quand cet 
avantage, qui consiste dans la paix de la conscience, 
ne viendrait qu'après cette nécessité pour une âme 
noble de ne pas se dégrader par des bassesses intéres- 
sées. Ces sentiments m'ont rappelé ce que j'ai lu ces 
jours-ci dans Voltaire, et dont il faut que je recher- 
che les termes précis, à savoir, quand un livre vous 
élève, inspire des sentiments d'honneur et de vertu, 
ce livre est jugé, il est bon, etc. 

Il y aurait pourtant des restrictions : celui de Bal- 



*lî JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

zac, faux dans une foule de parties, est mauvais par 
là ; il est bon par la peinture vraie de cette grossière 
nature qui, toute dépourvue qu'elle est de délicatesse 
native, ne peut porter le poids du remords* 

Dumas m'a plu aussi avec ses Mémoires d\IIorace 
insérés dans le Siècle (1). C'est une idée heureuse, et 
le peu que j'en ai lu m'a paru finement et singulière- 
ment arrangé. 

9 août. — Je retourne chez Mme Barbier, qui 
m'invite. Elle était seule avec son fils, et j'ai passé une 
agréable soirée. 

Elle m'avait promis de venir chez moi avec la du- 
chesse Golonna ; c'est ce qu'elle a fait deux jours après, 
c'est-à-dire le dimanche, pendant que j'étais chez 
M. Darblay. 

12août. — Chez M. Darblay avec M. et Mme Bayvet 
vers trois heures, malgré de grandes craintes de pluie 
à cause de celle du matin. Cependant, nous avons eu 
un temps admirable. Dîner avec Bayvet en revenant 
à sept heures et demie; je mourais de faim depuis 
trois heures. 

14 août. — Promenade vers deux heures par la 
route de Soisy, le derrière du parc de la Folie; 

(1) Le Siècle publiait alors en feuilleton cette fantaisie sur Rome 
ancienne, ^itlisant tirée d'un manuscrit trouvé à la bibliothèque du 
Vatican. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 413 

remonté par un petit bois délicieux; traversé les 
carrières et trouvé en face l'allée verte qui m'a mené 
au chemin de l'Ermitage. 

Je lis en rentrant dans Voltaire {Mélanges d'histoire 

et de phiiosophiey tome II) son article de la Chimère 

du souvenir. 

2 octobre, — J'écris à M. Lamey : « Que dites- 
vous de tout ce qui se passe? Le hasard et les passions 
des hommes ne cesseront -ils pas d'amener les com- 
binaisons les plus étranges, pour faire damner ceux 
qui en sont victimes , et pour occuper les loisirs des 
gobe-mouches au nombre desquels je me range, par 
l'avidité avec laquelle je dévore ces journaux imper- 
tinents et menteurs qui se jouent de notre soif pour 
les nouvelles ? >» 

13 octobre. — Je voyage avec M. G..., de Juvisy. 
Il dit que M. Magne disait qu'il avait appris à rai- 
sonner et à se conduire d'après Condillac. 

21 octobre. — Ce Rubens est admirable; quel 
enchanteur! Je le boude quelquefois, je le querelle 
sur ses grosses formes, sur son défaut de recherche 
et d'élégance. Qu'il est supérieur à toutes ces petites 
qualités qui sont tout le bagage des autres ! Il a du 
moins, lui, le courage d'être lui; il vous impose ces 
prétendus défauts qui tiennent à cette force qui l'en- 
traîne lui-même et nous subjugue en dépit des pré- 



kik JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

ceptes qui sont bons pour tout le monde excepté 
pour lui. Bayle faisait profession d'estimer les anciens 
ouvrages de Rossini plus queles derniers, qui sontpour- 
tant regardés comme supérieurs parla foule; il donne 
cette raison que, dans sa jeunesse, il ne cherchait pas 
à faire de la musique forte^ et c'est vrai. Rubens ne se 
châtie pas, et il fait bien. En se permettant tout, il 
vous porte au delà de la limite qu'atteignent à peine 
les plus grands peintres; il vous domine, il vous 
écrase sous tant de liberté et de hardiesse. 

Je remarque aussi que sa principale qualité, s'il est 
possible qu'il en faille préférer quelqu'une, c'est la 
prodigieuse saillie , c'est-à-dire la prodigieuse vie. 
Sans ce don, point de grand artiste; c'est à réaliser 
le problème de la saillie et de l'épaisseur qu'arrivent 
seulement les plus grands artistes. J'ai dit ailleurs, je 
crois, que, même en sculpture, il se trouvait des gens 
qui avaient le secret de ne point faire saillant; cela 
deviendra évident pour tout homme doué de quelque 
sentiment qui comparera le Puget à toutes les sculp- 
tures possibles, je n'en excepte pas même l'antique. 
Il réalise la vie par la saillie comme personne n'a pu 
le faire; de même pour Rubens à l'égard des peintres. 
Titien, Véronèse sont plats à côté de lui; remarquons 
en passant que Raphaël, malgré le peu de couleur et 
de perspective aérienne, est en général très saillant 
dans les figures individuellement. On n'en dirait pas 
autant de ses modernes imitateurs. On ferait une 
bonne plaisanterie sur la recherche du plat, si estimé 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 415 

dans les atts à la mode, y compris l'architectm'e. 

22 octobre. — Le don d'inventer puissamment qui 
est le génie. 

Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram. 

13 novembre. — Je fais pour la centième fois 
cette réflexion en lisant Rémusat, homme de mérite 
d'ailleurs : la littérature moderne met de la sensible- 
rie partout; ce style imagé à tout propos, mêlé à un 
sérieux pédantesque et attendri que vous ne trouvez 
jamais dans Voltaire, et dont, par parenthèse, Rous- 
seau est Finventeur, donne à un traité sur la centrali- 
sation (c'est le cas pour Rémusat) le ton d'une ode 
ou d'une élégie. 

Paris, 25 novembre. — Je poursuis toujours mon 
travail; ma résolution et ma santé se soutiennent. Que 
je bénirais le ciel d'achever d'ici à un mois ou six 
semaines, comme je le calcule, mon travail de l'éghse ! 
Il y a une dizaine de jours que je suis revenu de 
Champrosay avec un gros rhume que j'y avais attrapé, 
non pas au milieu de mes voyages continuels, bien 
propres à me le donner, mais pour avoir dîné chez 
l'excellente Mme Moutié, laquelle étant sourde, j'ai 
été obhgé de crier à ses oreilles toute la soirée, de 
sorte que ma gorge fatiguée s'est trouvée saisie à 
ma sortie de chez elle par le froid qu'il faisait. 

— Nous avons nommé hier à l'Institut l'insipide 



M6 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Signol(l). Meissonier a été jusqu'à seize voix. U ne 
lui restait plus pour adversaires que ledit Sigfnol et 
Taûtique Hesse, tous deux représentants ou nour- 
rissons de ï École, Les deux factions, frémissant de 
voir entrer à TAcadémie un talent original, se sont 
réunies pour l'accabler. En le faisant sur la tête 
de Signol, elles ont accompli un acte encore plus 
funeste que si elles l'eussent fait sur Hesse, qui est un 
vieillard et ne laisse pas d'élèves après lui pour per- 
pétuer le goût de l'école de David, que je préfère 
d'ailleurs à ce goût mêlé d'antique et de Raphaël, 
genre bâtard qui est celui d'Ingres et de ceux qui le 
suivent. 

26 novembre. — J'écris à M. Lamey : 
« Nous avons en nous comme une roue qui fait 
tout mouvoir comme dans un moulin. U faut absolu- 
ment la faire tourner, sans cela elle se rouille, et tout 
s'arrête dans notre machine, corps et esprit. Votre 
excellent régime vous entretient dans cette bonne 
disposition; moi, il me faut exercice et travail. 

« Vous me demandez des nouvelles du bon Guille- 
mardet : il est de sa personne d'une mauvaise et 
bien chancelante santé, et il vient d'éprouver un 
malheur de famille. U a perdu sa nièce, MmeCoquille, 
qui vient de mourir après une maladie qui a duré plus 
de quinze ans et dans un âge où elle pouvait encore 

(i) Emile Signol (1804-1892) se présentait à Tlnstitut depuis 1849, 
année où il se trouvait en concurrence avec Delacroix. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 417 

se promettre de vivre. Il y a vraiment des existences 
condamnées à des souffrances particulières, ce qui 
ne les garantit pas des chagrins et des souffi^nces qui 
affligent tous les hommes en général. Le pauvre Félix 
que vous avez connu, l'oncle de cette même Coquille, 
s'est vu, avant trente ans, assassiné lentement par une 
nialadie implacable qui le retranchait du nombre des 
vivants, de son vivant même , en lui interdisant toute 
espèce de plaisir et en l'accablant de maux inces- 
sants. 

« Tenons-nous bien, cher et respectable ami. Que 
dans trente ans nous puissions nous revoir encore 
tantôt à Paris, tantôt à Strasbourg ! 

« Je lisais dernièrement l'histoire du vieux Law, 
mort sous Charles II à cent quarante et quelques 
années. Il se portait comme un charme et n'observait 
aucun régime particulier. Le roi voulut le voir : on 
l'accabla de prévenances et, entre autres, d'excès de 
nourriture auxquels il n'était nullement accoutumé; 
une indigestion l'emporta. A l'ouverture de son corps, 
on ne trouva pas un organe malade ou affaibli. 

a Voilà de beaux exemples à se proposer. Vous 
voyez que vous avez le temps de faire des projets, 
pourvu toutefois que les rois ne vous donnent pas 
d'indigestions. » 

J'écris sous la même inspiration à Mme Sand : 
«Sachez, ma bien chère amie, que quelques 
années de trop, qui déhent dans l'intelligence cer- 
in. ÎT 



M8 JOURNAL D*EUGENE DELACROIX. 

tains ressorts, rendent singulièrement lourds ceux 
qui nous font mouvoir et digérer. Je crois certaine- 
ment au perfectionnement de notre esprit par le iEait 
de Fàge ; je parle d'un bon esprit, sain naturellement 
et juste surtout. Mais, 6 condition cruelle de Fimpla- 
cable nature! il n'y a bientôt plus ni corps, ni cir^ 
culationdans ce corps pour aider cet esprit; l'homme 
de bien s'en va quand il commence à bien faire, 
disait Thémistocle. Bref, vous voilà hors d'affaire avec 
un renouvellement de santé. 

« Quel bonheur, comme vous le dites si justement, 
de revoir autour de soi tout ce qu'on aime et de 
revenir à cette lumière qui vous montre de si belles 
choses ! Que trouverons-nous au delà? La nuit, l'af- 
freuse nuit. Il n'y aura pas mieux; c'est du moins 
mon triste pressentiment : ces tristes limbes dans 
lesquels Achille, qui n'était plus qu'une ombre, se 
promenait en .regrettant, non pas de n'être plus un 
héros, mais l'esclave d'un paysan pour endurer le 
froid et la chaleur sous ce soleil dont grâce au ciel 
nous jouissons encore (quand il ne pleut pas). » 

4 décembre. — « Monsieur, malgré toutes les sym- 
pathies que je ne puis manquer d'avoir pour les idées 
émises dans votre mémoire, je ne puis, en ma qualité 
de membre du conseil municipal, me joindre à votre 
protestation. C'est dans le sein du conseil seulement 
que je puis faire valoir les raisons qui, au nom du 
goût, mihtent en faveur de la conservation de la belle 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 419 

fontaine (1) et de TaUée ; mais il ne m'est pas interdit 
de faire des vœux sincères pour que le président du 
Sénat et les sénateurs adressent à l'Empereur des 
demandes, et, s'il le faut, des supplications, pour que 
le projet de la Ville soit modifié dans le sens de celui 
de M. de Gisors. » 

23 décembre. — Sujets des Mille et une Nuits : 
Le sultan Shariary revenant pour dire adieu à sa 
femme, la trouve dans les bras d'un de ses officiers. 
Il tire son sabre, etc. 

Shahzenan et Shariar montés sur l'arbre; la jeune 
dame assise au bas, ayant sur ses genoux la tête du 
géant endormi, leur fait signe de descendre (leur 
frayeur). 

L'histoire du médecin Douba : la tête coupée qui 
parle, le corps par terre, le bourreau son sabre à la 
main^ les assistants effrayés et le roi grec avec le livre 
empoisonné sur ses genoux, dont il sent déjà les effets, 
et qui cbancelle sur son trône. 

Le roi des îles Noires (dans l'histoire du pêcheur) 
furieux de la tendresse de sa femme pour le noir, 
son amant, qu'il avait lui-même blessé et qui est là 
couché, tire son sabre pour la tuer : elle l'arrête par 
son geste et le rend moitié homme, moitié marbre. 

Histoire du premier calender. Ayant été visiter 
le roi son oncle , son cousin le mène dans un tombeau 

' (i) La fontaine de Médicis au jardin du Luxembourg 



4S0 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

qu'il fait bâtir avec plâtre, truelle, etc. (avec la dame 
de sa foi). Il ouvre une trappe, y fait descendre la 
dame, et, en y descendant, la congédie. 

Après que le calender s'est réfugié près de son 
oncle, ils cherchent ensemble le tombeau : ils v pénè- 
trent dans une grande salle souterraine et trouvent 
sur un lit, dont les rideaux étaient fermés, les deux 
corps carbonisés du fils et de la sœur. Colonnes, 
lampes, provisions, etc. 

29 décembre. — Sujets de Roméo : 

La scène du bal : Roméo en pèlerin baise la main 
de Juhette; promeneurs, musiciens, etc. Au moment 
où les invités se retirent, Tybalt, qui a reconnu Ro- 
méo, veut l'insulter, Capulet le retient. On voit les 
invités se retirer; vases et flambeaux, etc. 

Juliette et la nourrice : celle-ci s'assied et diffère 
de répondre aux questions impatientes de Juliette. 

Mercutio tué par Tybalt; ses malédictions. Roméo 
présent, il a voulu se jeter entre eux. 

La scène qui doit précéder celle-ci, celle du com- 
mencement, où une bagarre, commencée par la que- 
relle des domestiques, dégénère en bataille générale 
des partisans des Capulets et des Montaigus. Le 
prince arrive au milieu du tumulte ; Capulet et 
Montaigu, etc., etc. 

Roméo au désespoir chez le Père Laurence. Il veut 
se tuer ; la nourrice est présente. 

Autre scène du bal, pendant qu'on reconduit les 



lOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 4Î1 

invités ; .Tuliette demande à la nourrice qui est le 
cavalier qui lui a parlé. 

Adieux de Roméo et de Juliette sur le balcon. 
Juliette, seule dans sa chambre, boit le poison 
(la fiole). 

Roméo demandant du poison à l'apothicaire famé-- 
lique. 

Roméo contemple Juliette couchée dans le tom- 
beau... Autrement, il la tire du monument comme 
dans le petit tableau. En adoptant le dénouement de 
Shakespeare, on peut le faire contemplant Juliette 
avant de boire le poison. Le corps de Paris, alors 
étendu par terre, ajoute au pittoresque. 

Juliette réveillée se jette sur Roméo mourant ou 
mort. Le corps de Paris, pareillement étendu un peu 
plus loin. On pourrait voir le Père Laurence, descen- 
dant par un escalier au fond, qui vient tout alarmé. 
Dernière scène : Les parents réunis autour des 
corps des deux jeunes gens ; le prince, assistants, etc. 
Juliette à son balcon, Roméo au bas; il lui envoie 
un baiser. 

Sujets d'Ivanhoë : 

Le pilerin introduit près de lady Rowena; elle est 
sur une espèce de trône ; des femmes arrangent ses 
cheveux pour la nuit. Le pèlerin, un peii couvert d'un 
capuchon, s'agenouille devant elle. Elle fait apporter 
par ses femmes du vin et une coupe. Elle y trempe 
ses lèvres et la lui passe. C'est le moment où les 



k%% JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

femmes présentent le vin qu'il faut prendre. Dans le 
fond, d'autres femmes et un serviteur avec un flam- 
beau qui attend. Il y a de grands flambeaux allumés 
dans Tappartement. 

Ivanhoë couronné par lady Rowena au tournoi. 
Il s'évanouit presque, les juges courent retirer son 
casque. Dans le fond d'un côté, le duc voit avec 
étonnement ce qui se passe. On peut aussi voir le 
prince Jean. 

L'ermite de Copmanhurst (1). 

Les écuyers viennent conduire à Ivanhoë les che-- 
vaux et les armes de leur maître. Il est devant sa 
tente. 

La scène dans la forêt, où Cédric, Athelstas, Rowena 
et leurs gens s'arrêtent en entendant les gémissements 
d'Isaac et de Rebecca. Celle-ci vient baiser le bas de . 
la robe de Rowena encore à cheval, ainsi que les 
autres (Walter Scott les faisait descendre). On voit 
au bord de la route la litière où se trouve Ivanhoë 
qu'on peut apercevoir. 

Gurth attaché sur un cheval^ etc. 

Isaac dans le caveau avec Front de Bœuf. 

Le Templier vient enlever Rebecca dans la cham- 
bre d'Ivanhoë ; fureur impuissante de celui-ci. 

Front de Bœuf brûlant dans son lit. 

Le pèlerin éveillant le Juif 

Gurth et FFamba voyant venir la caravane. 

(1) Delacroix s'était déjà occupé de ce sujet. (Voir Catalogue Robauty 
n« 567.) 



JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX. 4S3 

Le chevalier dans la cabane de Cermite. 

Isaac devant Beaumanoir et Conrad présentant la 
lettre. 

Ulrique racontant son histoireà Cédric. 

Rebecca enlevée par les africains; Boisguilbert 
les suit, etc. 

La scène du Jugement de la Juive : un témoin dé- 
pose. 

L'apparition d'Athelstas en fantôme devant Cé- 
dric, Richard, les dames. 

Athelstas sortant du caveau et trouvant à table le 
sacristain et l'ermite. 

Mort de Boisguilbert. Le grand maître descendu 
de son siège. Rebecca un peu plus loin et son père 
près d'elle. Gardes, trompettes, peuple, échafauds. 

Isaac et sa fille chez eux; flambeaux, ameublement. 
On introduit Gurth, qui compte l'argent, ou plutôt le 
Juif le compte. Rebecca sur un sofa. 

Rebecca le fait venir dans sa chambre ; elle lui 
donne une bourse ; eUe le congédie ; le domestique 
juif l'éclairé. Wamba et Athelstas devant Front de 
Bœuf. 

Le Templier et Rebecca dans la tour. 

31 décembre. — Sous ce titre : Cours de dessin, 
mettre les Études d* après nature, d'après les maîtres. 
Études d'animaux de toutes sortes. Études d'après 
l'antique. — Anatomie et même paysage, le tout 
photographie. 



ktk JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Réunir sous ce titre : Illustrations ^ d'après Walter 
Scott et L. Byron, les compositions tirées de leurs 
ouvrages et sur divers sujets ne pouvant faire des 
ouvrages séparés comme le Faust et VHamlet. 

De même pour Gœtbe. Ainsi aux compositions 
déjà faites pour le Berlichingen , seraient jointes 
celles qui ne sont qu'en projet et sans prétention à 
un genre d'exécution semblable. 

De même pour Shakespeare. Ainsi Othello y Roméo 
et Juliette, Antoine et Cléopâtre, Henri IV, etc. 



1861 



1*' janvier, — J'ai commencé cette année en pour- 
suivant mon travail de l'église comme à l'ordinaire ; 
je n'ai fait de visites que par cartes, qui ne me déran- 
gent point, et j'ai été travailler toute la journée; heu- 
reuse vie! Compensation céleste de mon isolement 
prétendu! Frères, pères, parents de tous les degrés, 
amis vivant ensemble se querellent et se détestent 
plus ou moins sans un mot que trompeur. 

La peinture me harcèle et me tourmente de mille 
manières à la vérité, comme la maîtresse la plus exi- 
geante ; depuis quatre mois, je fuis dès le petit jour et 
je cours à ce travail enchanteur, comme aux pieds de 
la çiaitresse la plus chérie ; ce qui me paraissait de 
loin facile à surmonter me présente d'horribles et 
incessantes difficultés ; mais d'où vient que ce combat 
étemel, au lieu de m' abattre, me relève ; au heu de 
me décourager, me console et remplit mes moments, 
quand je l'ai quitté? Heureuse compensation de ce 
que les belles années ont emporté avec elles; noble 
emploi des instants de la vieillesse qui m'assiège déjà 



4S6 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

de mille côtés, mais qui me laisse pourtant encore la 
force de surmonter les douleurs du corps et les peines 
de Tàme ! 

— Sur les luisants jaunâtres dans les chairs. — Je 
trouve dans un calepin, à la date du 11 octobre 
1852 (1), une expérience que je faisais sur des figures 
(de FHôtel de ville) rougeâtres ou violâtres , en ris- 
quant des luisants de jaune de Naples. Bien que ce 
soit contre la loi qui veut les luisants froids, en les 
mettant jaunes sur des tons de chairs violets, le 
contraste fait que l'effet est produit. — Dans la Ker- 
messe, etc. 

15 janvier. — J'écris entre autres choses à Ber- 
ryer : « Finir demande un cœur d'acier : il faut pren- 
dre un parti surtout, et je trouve des difficultés où je 
n'en prévoyais point. Pour tenir à cette vie, je me cou- 
che de bonne heure, sans rien faire d'étranger à mon 
propos, et ne suis soutenu, dans ma résolution de me 
priver de tout plaisir, et au premier rang celui de 
rencontrer ceux que j'aime, que par l'espoir d'ache- 
ver. Je crois que j'y] mourrai. C'est dans ce moment 
que vous apparaît votre propre faiblesse, et combien 
ce que l'homme appelle un ouvrage fini ou complet 
contient de parties incomplètes ou impossibles à com' 
pléter. » 

16 janvier. — Sur Charlet. 

(1) Voir t. II, p. 125. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 427 

En voyant un Empereur à cheval, de lui, patau-- 
géant dans un marais, d'un fini malheureux, en 
comparaison du sublime Menuet, et autres ouvrages 
de son premier temps, qui est incomparablement le 
plus beau, je note qu'un talent n'est jamais station- 
naire. S'il se transforme forcément, il n'arrive guère 
que la naïvefé persiste. Racine en est un exemple. 

Ce même jour, je mets à côté des plus beaux cro- 
quis de Raphaël ce même Menuet, Il ne perd rien. 
Cela me rappelle la pensée de Montesquieu : « Deux 
beautés médiocres se défont ; deux grandes beautés 
se font valoir et brillent à Tenvi Tune de l'autre. « 
(Vérifier ces termes.) 

4 avril, — J'ai été voir le vieux Forster (1) en sortant 
de Saint-Philippe à trois heures. Le pauvre homme 
a le bras cassé et mille accidents qui ont compliqué 
son accident. Il me dit qu'il s'est retiré de bonne 
heure de la lice, et il blâme les artistes qui s'exposent 
trop longtemps à la critique. 

Il a raison, si véritablement la décadence est un 
effet constant de l'âge avancé. Il avait, du reste, 
une raison excellente de s'abstenir de bonne heure 
du travail de sa profession, qu'il m'a dit tout sim- 
plement lui avoir été antipathique toute sa vie, et 
qu'il n'avait embrassée que sur la volonté expresse 

(1) François Forster (179Q-1872), graveur, grand prix de Rome en 
1814, auteur d'un grand nombre de planches devenues classiques. Il 
était membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1844. 



4S8 JOURr^AL DEUGÉNE DELACROIX. 

de ses parents auxquels il ne se sentit pas le courage 
de résister. 



24 avril. — Dîné chez M. de Morny. 
Demander à M. Buon à voir les moulages antiques 
de M. Ravaisson. 

Augervilley 7 septembre. — De Mlle de Lespinasse. 
Elle parle de Diderot : « C'est un homme fort extra- 
ordinaire ; il n'est pas à sa place dans la société. » 



1862 



24 janvier, — Riesener venu avec sa fille aînée. 
Je lui ai prêté deux aquarelles : 
1* La cour de M, Bell à Tanger. 
2* L'église de Valmont, le fond très soigné. Vi- 
traux, etc., avec gouache. Le tout dans un carton. 

2h janvier, — Tobie rend la vue à son père. 
Le Christ prêchant dans la barque, 

11 mars, — Localité du clair de Tenfant de la 
Médée : vermillon^ indigo^ blanc. 

Localité de Tombre : vermillon^ blanc, vert de zinc ; 
ton frais de clair: laque, blanc, ocre jaune, blanc. 

Prêté à Riesenefr : Aquarelles : 

1* Entrée du bois à Valmont sur le haut de la col- 
line, arbres gouaches. 

2* Dans le même endroit, avec le banc de jardin et 
clairs également gouaches. 

^'\]nBorddu lac. 



430 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

4* Une feuille sur laquelle sont deux sujets, dont 
une Fue de Tancarville. 



Jugerville, 9 octobre (1). — Arrivé le mardi. 

Il ne faut pas être injuste pour notre nation. Elle a 
présenté de nos jours, dans les arts, un phénomène 
dont je ne connais pas d'exemple ailleurs. Après les 
merveilles de la Renaissance, qui a vu particulière- 
ment la sculpture égaler, surpasser même la sculpture 
italienne, la France, il faut le dire, a subi la déca- 
dence dont ritalie lui donnait l'exemple, comme elle 
lui avait donné celui de ses chefs-d'œuvre, he règne 
des Carrache, très glorieux encore, a amené pour 
l'ItaUe, comme pour la France, une série d'écoles abâ- 
tardies dont le Vanloo a été le dernier mot. Il était 
réservé à notre pays de ramener à son tour le goût 
du simple et du beau. Les ouvrages de nos philo- 
sophes avaient réveillé le sentiment de la nature et le 
culte des anciens. David résuma, dans ses peintures, 
ce double résultat. Il est difficile de se figurer ce que 
fût devenue dans ses mains une nouveauté si hardie 
pour l'époque où elle se produisit, s'il eût possédé 
les quaUtés extraordinaires d'un Michel-Ange ou d'un 
Raphaël. Elle fut toutefois d'une portée immense au 
miUeu du renouvellement général des idées et de la 
pohtique. De grands artistes continuèrent David, et 



(1) Cette lettre du 9 octobre et la suivante du 12 octobre se trouvent 
sur un carnet contenant des croquis pris à Augerville et appartenant 
à M. Chéramy. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 431 

quand cet héritage, tombé dans des mains moins 
habiles, sembla atteint de la langueur dont les plus 
belles écoles ont donné tour à tour l'exemple, un 
second renouvellement, semblable pour la fécon- 
dité des idées qu'il venait remuer à celui qu'avait 
opéré David, montra des faces de l'art toutes nou- 
velles dans l'histoire de la peinture. Après Gros, issu 
de David, mais original par tant de côtés, Prud'hon 
alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard 
et des Corrège, Géricault, plus romantique et plus 
épris à la fois de la vigueur des Florentins, ouvraient 
des horizons infinis et autorisaient toutes les nou- 
veautés. 

12 octobre. — Dieu est en nous. C'est cette pré- 
sence intérieure qui nous fait admirer le beau, qui 
nous réjouit quand nous avons bien fait et nous con- 
sole de ne pas partager le bonheur du méchant. C'est 
lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes 
de génie et qui les enchante au spectacle de leurs 
propres productions. 11 y a des hommes de vertu 
comme des hommes de génie ; les uns et les autres 
sont inspirés et favorisés de Dieu. Le contraire serait 
donc vrai : il y aurait donc des natures chez lesquelles 
l'inspiration divine n'agit point, qui commettent le 
crime froidement, qui ne se réjouissent jamais à la 
vue de l'honnête et du beau. Il y a donc des favoris 
de l'Être éternel. Le malheur qui semble souvent, et 
trop souvent, s'attacher à ces grands cœurs ne les 



482 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

fait pas heureusement succomber dans leur court 
passage : la vue des méchants comblés des dons de la 
fortune ne doit point les abattre; que dis-je? ils sont 
consolés souvent en voyant l'inquiétude, les terreurs 
qui assiègent les êtres mauvais, leur rendent amères 
leurs prospérités. Ils assistent souvent, dès cette vie, 
à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à 
la divine inspiration est une récompense suffisante : 
le désespoir des méchants traversés dans leurs 
injustes jouissances est... (1). 

(1) loachevé dans le manuscrit. 



1863 



l''' février (l). — La reine de Saba (au crayon). 

5 mars. — Aujourd'hui, envoyé à M. Laguerre 
200 francs pour solde de tout arriéré (2). 

26 mars. — Carrier, qui est venu me voir, m'a 
promis des Alken (3). 

13 avril. — Aujourd'hui, M. Burty a emporté, pour 
faire des essais lithographiques, quatre dessins ou 
calques, dont une feuille avec la Femme tenant un 
m,iroir{A)^ croquis à la plume; un calque sur papier 
huilé, qui m'a servi pour la Muse au cygne, à l'Hôtel 
de ville. 

14 avril, -r- Sur le Beau. C'est toujours une 

(i) Extrait <run agenda portant la date de 1863 et resté entre les mains 
de Jenny Le Guillou. 

(2) On trouve collée à la page la note du docteur Laguerre, avec ces 
mots de la main de Delacroix : m Payé à M. Laguerre le 5 mars 1863. 
E. D. . 

(3) Note écrite au crayon. 

(4) Voir Catalogue Robaut, n« 1323. 

III. 28 



434 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

question sur laquelle il est difficile de se mettre d'ac- 
cord ; le terme n'est nullement défini, il est entendu 
qu'il n'est question que du Beau dans les arts. Le 
Beau de la peinture au fond et de tous les autres arts, 
à la façon dont je crois qu'on doit le comprendre, 
serait bien la même chose; néanmoins... (1). 

Je trouve dans mes calepins cette définition de Mer- 
cey, qui tranche l'équivoque entre la beauté qui ne 
consiste que dans les lignes pures, et celle qui con- 
siste dans l'impression sur l'imagination par tout 
autre moyen : Le Beau est le vrai idéalisé (2). 

17 avril. — La D... venue. 

Dutilleux est venu ensuite. Il a vu Macbeth (3), qui 
lui a paru abominable... Décoration, costumes, fan- 
tasmagorie complète, et rien de l'âme du grand 
Anglais. Rien n'est traduit; il est sorti désolé. A 
quelques jours de là, il a vu Britannicus, par les 
mêmes acteurs ; il croyait renaître, il était ravi par 
ce style, cette force et cette simplicité. 

23 avriL — J'ai dîné chez Bertin, comme toujours 
avec plaisir ; j'y ai trouvé Antony Deschamps(4); c'est 
le seul homme avec lequel je parle musique avec 
plaisir, parce qu'il aime Cimarosa autant que moi. Je 

(1) Le manuscrit est inachevé. 

(2) Voir t. III, p. 336 et 337. 

(3) Macbeth, traduction en vers de Jules Lacroix, représentée à 
rOdéon en février 1863. 

(4) Voir t. H, p. 311. 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 435 

lui disais que le grand inconvénient de la musique 
était Tabsence d'imprévu par Taccoutumance qu'on 
prend des morceaux. Le plaisir que donnent les 
belles parties s'affaiblit par cette absence d'imprévu, 
et l'attente où vous êtes des parties faibles et des 
longueurs que vous connaissez également, peut chan- 
ger en une sorte de martyre l'audition d'un morceau 
qui vous a ravi la première fois, alors que les endroits 
négligés passaient avec les autres et servaient presque 
de lien à la composition. La peinture, qui ne vous 
prend pas à la gorge et dont vous pouvez détourner 
les yeux à volonté, n'offre pas cet inconvénient; vous 
voyez tout à la fois et au contraire vous vous habi- 
tuez dans un tableau qui vous plaît à ne regarder que 
les belles parties dont on ne peut se lasser. 

Il y avait là un M. Trélat avec une voix char- 
mante... Mais pourquoi ces gens-là n'ont-ils jamais, 
avec leur belle voix, l'idée de vous chanter de belle 
musique? Antoni me disait que toute la musique 
d'aujourd'hui se ressemblait. Tout cela est petit, 
coquet. L'élégie nous inonde là comme partout : 
peinture, littérature, théâtre. 

Un compositeur fait un Faust, et il n'oublie que 
Y Enfer; le caractère principal d'un semblable sujet, 
cette terreur mêlée au comique, il ne s'en est pas 
douté. 

Don Juan est compris autrement ; je vois toujours 
au-dessus du libertin la griffe du diable qui l'at- 
tend. 



^ 



430 JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

4 mai. — Le système, tant prôné par les roman- 
tiques, du mélange du comique et du tragique comme 
le pratique Shakespeare, peut être apprécié comme on 
voudra. Le génie de Shakespeare a droit d'y accou- 
tumer l'esprit par la force, par la franchise des inten- 
tions et la grandeur du plan, mais je crois ce genre 
interdit à un génie secondaire ; nous devons à cette 
maladroite intention nombre de mauvaises pièces et 
de mauvais romans : les meilleurs parmi ces derniers, 
pendant ces trente dernières années, en sont furieuse- 
ment gâtés : ceux de Dumas, ceux de Mme Sand, etc. 

Mais ce n'est pas le seul inconvénient que la litté- 
rature moderne présente à cet endroit; on n'écrit 
pas aujourd'hui un sermon, un voyage, un rapport 
même sur la première affaire venue où on ne prenne 
tour à tour tous les tons. Thiers lui-même, dans sa 
belle histoire, et tout imbu qu'il est des traditions et 
des grands exemples de notre langue, n'a pu résister 
à ces péroraisons, fins de chapitres, réflexions enta- 
chées du style pleurard et sentimental. Un homme 
qui écrit un voyage décrit tous les couchers de soleil, 
tous les paysages qu'il rencontre avec un comique 
attendrissant, qu'il croit fait pour gagner le lecteur. 
Ce mélange des styles dans chaque morceau est pour 
ainsi dire à chaque ligne. « Et on écrit aujourd'hui, 
dit Voltaire, des histoires en style d'opéra- comi- 
que », etc. // est bon que chaque chose soit à sa 
place. Quand cet homme étonnant écrit la Pucelle, il 
ne tire pas le lecteur du style léger et badin, il ne sort 



JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 437 

pa.s du ton de la plaisanterie ; quand, au contraire, 
dans VEssai sur les mœurs, il consacre à la Pucelle 
une page éloquente, il ne montre que Tadmiraiion 
et; le regret pour l'héroïne, sans toutefois le faire dans 
ixn style d'une apologie emphatique ou d'une oraison 
funèbre. 

On ne peut lire aujourd'hui une comédie ou un 
vaudeville sans avoir son mouchoir à la main, pour 
s'essuyer les yeux aux passages où l'auteur a voulu 
s'adresser à la sensibilité de son lecteur. 

Vendredi, 8 mat. — J'écris à Dutilleux : 

a Mon cher ami, quand j'ai vu avant-hier dans 
vos mains et sous vos yeux la petite esquisse de Tb- 
6îe(l), elle m'a paru misérable, quoique cependant je 
l'eusse faite avec plaisir. Enfin, quoi qu'il en soit de 
cette impression, je me suis rappelé après votre 
départ que vous aviez regardé avec plaisir le Petit 
lion (2) qui était sur un chevalet. Je souhaite bien ne 
pas me tromper en pensant qu'il a pu vous plaire : je 
vous l'aurais envoyé tout de suite sans les petites 
touches nécessaires à son achèvement et que j'ai 
faites hier. Recevez-le avec le même plaisir que j'ai à 
vous l'envoyer, et vous me rendrez bien heureux. 

« U est encore frais dans de certaines parties : 
évitez la poussière pendant deux ou trois jours. » 

(1) Voir Catalogue Robaut^ n» 1450. 

(2) Voir Catalogue fiobaut, n* 1449. 



4SS JOURNAL D'EUGENE DELACROIX. 

Champrosajr, 16 juin. — Revenu à Champrosay 
après mes quinze jours de maladie. 

22 juin (1). — (Au crayon.) Le premier mérite 
d'un tableau est d'être une fête pour Foeil. Ce q est 
pas à dire qu'il n'y faut pas de la raison : c'est comme 
les beaux vers;... toute la raison du monde ne les 
empêche pas d'être mauvais, s'ils choquent Foreille. 
On dit : avoir de l'oreille; tous les yeux ne sont pas 
propres à goûter les délicatesses de la peinture. Beau- 
coup ont l'œil faux ou inerte ; ils voient littéralement 
les objets, mais l'exquis, non. 

(1) C*est la dernière des notes qu'on ait retrouvées sur les calepins de 
Delacroix, qui mourut le 13 août suivant. 



FIN DU TOME TROISIÈME, 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES NOMS ET DES OEUVRES CITÉS DANS LE JOURNAL 
D'EUGÈNE DELACROIX. 



Abadie, modèle de Delacroix, I, 
104. 

A bd-el-Rader, II, 393. 

Abigaïl vient apaiser David par 
des présents, projet de tableau 
de Delacroix, I, 335. 

Aboville (vicomte d*), ami et voi- 
sin de Berryer, II, 485. 

Abod, pacha marocain, 1, 162, 166, 
175, 179, 182. 

About (Edmond), homme de lettres, 
III, 176, 179, 181 et note 3. 

Abraham, juif du Maroc, I, 152, 
157, 163, 174, 175, 183. 

Abrantès (duchesse o'), III, 315 et 
note 2. 

Abrégé de la vie des peintres, par 
Roger de Piles, I, 419, note. 

Abreuvoir au Marocy toile de De- 
lacroix, III, 401. 

Achille, II, 301, 302; III, 418. 

Acteurs de Tanger^ étude de Dela- 
croix, I, 214. 

Adam (Adolphe), compositeur, I, 
317; II, 225 et note 2. 

Adam ( Lambert- Sigisbert), sculp- 
teur, III, 281, note 2. 



Adam et Ève^ composition d'Albert 
Diirer, I, 353. 

Adam et Eve, toile de Delacroix, 
I, 306; 11,286 et note 4. 

Adam et Eve, peinture décorative 
de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, I, 257, 
— toile d*après la même peinture, 
III, 292. 

Adam et Eve chassés du Paradis^ 
toile de Delacroix, H, 135, 

Adam et Eve se cachant après le 
péché, chaire sculptée à Notre-^ 
Dame d'Answyck, à Malines, II, 
25. 

Adeline, modèle de Delacroix, I, 
92, 130. 

Adieux de Roméo et Juliette^ toile 
de Delacroix, II, 273 note 1, 
395 note. 

Adolphe, roman de Benjamin Con- 
stant, I, 438, 442. 

Adoration des Mages, toile de Ru- 
bens, musée de Bruxelles, II, .7, 
34. 

Adoration des Rois, toile de Rubens, 
église Saint-Jean, à Malines, II, 
22. 

Adoration des Rois, tableau de l'é- 
cole de David, église de Ghaillot, 
I, 372. 



440 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Agapanthus (!'), toile de Delacroix, 

I, 354 et note. 

Agnès de Méranie, tragédie de Pon- 
sard, I, 239 note. 

Agonie du Christ , esquisse de De- 
camps, II, 175. 

Al4RD, Tioloniste, I, 270 note, 364 
et note, il, 75, 76. 

Alaux (Jean), peintre, III, 304. 

Alberthb, cousine d'Eugène Dela- 
croix, I, 259 et note, 272, 358; 

II, 220, 271, 276, 282, 302; 

III, 25, 27, 67, 119, 124, 146, 
182. 

Alboni (Mme); cantatrice, II, 272, 

351 note. 
Alcassar-el-Kebir , aquarelle et ta- 
bleau de Delacroix, I, 179. 
Alexandre (général), III, 122. 
ALEX4R0RE, TOI de Macédoiue, I, 

201; 11,450; 111,270. 
Alexandre et les poèmes d* Homère, 
peinture décorative de la biblio- 
thèque du Palais-Bourbon, par 
Delacroix, I, 257. 
AiKAN, musicien et compositeur, I, 

364 et note. 
Allée d^ arbres y toile de Rousseau, 

I, 303. 
Allégorie sur la Gloire, croquis de 

Delacroix, II, 66 et note. 
Allier (Antoine), sculpteur, I, 98 

et note. 
Amateur (1') d'estampes, peinture 

par Daumier, II, 62 note. 
Amelot DE LÀ HoossATE, littérateur, 

I, 259 et note. 
Amende honorable (F), toile de De- 
lacroix, I, 81 note. 
Ames du purgatoire (les), toile de 
Rubens, musée d'Anvers, II, 27. 
Amphitryon, comédie de Molière, 

III, 164. 
Anacréon, fresque de Delacroix, à 
Valmont, I, 193 et note. 



Anastase, ou les 3fémoires cfun 

Grec, traduit de l'anglais, 1, 107. 

Amcelot (Mme), femme de lettres, 

auteur des Salons de Paris, III, 

315. 

André del Sarte, maître florentin, 

1,29. 
Andrieu (Pierre), peintre, élève de 
Delacroix, I, 439 et note; II, 
36, 87 note 1, 98, ill, 124, 
151, 266, 309 note, 374 et note, 
379, 386; III, 136, 159, 165, 
186, 208, 292, 336 et note. — 
(Mme), sa veuve, I, 426, note. 
Andromède, toile de Delacroix, II, 

137,375; 111,395. 
Andromède, groupe de Puget, mu- 
sée du Louvre, I, 202 note. 
Ange Pitou, roman d'Alexandre 
Dumas père, III, 342 et note 1. 
Angélique délivrée par Roger, ta- 
bleau d'Ingres, musée du Louvre, 
II, 318. 
Angélique et Médor, toile de Dela- 
croix, III, 402. 
Asnxbeau (Mme d'), amie de Ber- 

ryer, III, 185, 186. 
Annuaire de l'Académie de Bruxel- 
les, III, 358. 
Antoine (le Père), supérieur delà 

Trappe, III, 58, 59. 
Antoine et Cléopâtre, tragédie de 

Shakespeare, III, 424. 
Antonjy drame d'Alexandre Dumas, 

II, 237, 408. 
Apollon et Marsyas, peinture sur 
bois, attribuée à Raphaël, musée 
du Louvre, III, 306 et note. 
Apollon vainqueur du serpent Py' 
thon, plafond de la galerie d'Apol- 
lon, au Louvre, par Delacroix, I, 
448 note ; II, 37 note, 54 et note, 
66, 394. — Td., autres toiles de 
Delacroix, même sujet, II, 138, 
291. 



TABLE ÀLPHtiBÉTIQUE. 



441 



Apothéose d^ Homère^ plafond de In- 
gres, musée du Louvre^ II, 317 
note. 

Apothicaires (les) , petite toile de 
Watteau, III, 316 note 3. 

Arabe accroupi, toile de Delacroix, 
1,408; 11,46. 

Arabe à cheval, toile de Delacroix, 

I, 377. 

Arabe à l'affût du lion, toile de 
Delacroix, II, 379 et note, — 
dessin, II, 379 note, — croquis, 

II, 379 note. 

Arabe assis et son cheval près de 
lui, petite toile de Delacroix, II, 
336 et note 1; 111,136, 137. 
Arabe blessé au bras et son cheval, 
toile de Delacroix, III, 348. 

Arabe (V) et U enfant a cheval, toile 
de Delacroix, II, 381 et note 3. 

Arabe escaladant des rochers pour 
surprendre un lion, toile de De- 
lacroix, I, 385. 

Arabe qui va seller son cheval, toile 
de Delacroix, III, 162, 179. 

Arabes autour du feu, toile de Dela- 
croix, III, 402. 

Arabes d*Oran, I, 316. 

Arago (François), I, 296 note; II, 
255 et note. 

Arago (Etienne), frère de François, 
II, 255 note; III, 35 et note 1. 

Arago (Emmanuel), fils de François, 
II, 255 note, 279, 312, 334; III, 
10, 26. 

Arago (Alfred), peintre, inspecteur 
général des Beaux-Arts, deuxième 
fils de François, I, 296 et note, 
303 note; II, 255 note. 

ARAOOir (d'), I, 243, 276. 

Archange saint Michel (1') terras- 
sant le démon, plafond de la cha- 
pelle des Saints-Anges, à l'église 
Saint-Sulpice, par Delacroix, I, 
411, note 2. 



Àrchimède tué par le soldat^ pein- 
ture décorative de la bibliothèque 
du Palais -Bourbon, par Dela- 
croix, I, 258. 

Arenberg (galerie du duc d'), II, 7. 

Arétin (r), poète satirique italien, 
III, 194 et note. 

Argent (d'), II, 147. — (Mme d'), 
I, 390. 

Ariane, petite toile de Delacroix, 
I, 376. 

Arioste (1'), poète italien, auteur 
de Roland furieux, I, 232; II, 
260, 261, 440, 441; III, 138, 
385. 

Aristote, II, 180, 403. 

Aristote décrit les animaux que lui 
envoie Alexandre^ peinture déco- 
rative de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, I, 258, 
261 note; 11,92. 

Arlikcourt (vicomte D*), poète et 
romancier, II, 361 et note 2,362. 

Armide, opéra de Rossinî, III, 126, 
127. 

Armide arrivant au camp de Gode- 
froi, projet de tableau de Dela- 
croix, II, 309! 

Arnould (Sophie), cantatrice, I, 
272. 

Arnould-Plesst (Mme), comé- 
dienne, III, 333, 334 et note 1. 

Arvoux, peintre et homme de let- 
tres, I, 274 et note, 281, 284, 
297, 299; II, 380 et note; III, 
40. 

Arpentigny (d*), critique, I, 283, 
310. 

Arsace et Isménie, roman de Mon- 
tesquieu, I, 395 et note 2. 

Aspasie, toile de Delacroix, III, 292. 

Asseline, secrétaire des comman- 
dements des princes d'Orléans, 
I, 270 et note, 271, 298. 

Assomption (1') , copie du tableau 



442 



TABLE ALPHABETIQUE. 



du Poussin, à Téglise de Fécamp, 
I, 399; — toile de Rubens, musée 
de Bruxelles, II, 7, 34. 

Athalie, tragédie de Racine, I, 359, 
361; III, 145. 

Attila ramenant la barbarie sur 
l'Italie ravagée, peinture déco- 
rative de la bibliothèque du 
Palais-Bourbon, par Delacroix, 

I, 257, 316 et note, 318 note, 
325, 329 note. 

AuBBB, compositeur, 1, 364; II, 75, 
76, 378; III, 141, note 3, 159, 
181 et note 2. 

AuBEREioa (Mme), II, 279 et note 1. 

AuBLÉ (le docteur), de Malesherbes, 

II, 484, 485. 

AcBRY, marchand de tableaux, I, 
307 et note. 

AuDiFFRET (Charles-Louis d'), éco- 
nomiste et homme politique, II, 
375 et note 5; III, m. 

Augervilley propriété de Berryer, 
près de Malesherbes, I, 56; II, 
353, 355, 359 note % 367, 482, 
492, 494; III, 113, 114, 116, 
174, 177, 251, 292, 293, 319 
note 1, 331, 350, 397, 401, 427, 
430. 

AuGiER (Emile), auteur dramatique, 
II, 378 et note 4; III, 129. 

Auguste (M.), sculpteur, ami de De- 
lacroix, I, 135 et note, 136, 138, 
239. 

Auras (Marie), modèle de Delacroix, 
1,62. 

AuTRAN (Joseph), poète, III, 145 et 
note 1, 156. 



Babinet (Jacques), mathématicien, 

II, 297 et note 3. 
BacchuSy fresque de Delacroix, à 

Valmont, I, 193 note. 



Bachelier de Salamanque, roman 
de Lesage, III, 360. 

Bacon (Roger), II, 190. 

Baigneuse (la), de dos, toile de 
Delacroix, I, 373, 408. 

Baigneuses, toile de Delacroix, II, 
329etnotel, 334, 411. 

Bailly (le docteur), I, 48, 12V; 
III, 328. 

Bain mauresque, étude de Dela- 
croix, I, 215. 

Balleste, officier français, I, 52. 

Baltard (Victor), architecte, I, 383 
et note 2; II, 94 et note, 229. 

Balzac (Honoré de), littérateur et 
romancier, I, xxiii ; II, 80 et note 
3, 178 note 2, 201, 209, 433; 
III, 34, 35 note 2, 268 note 2, 
286 note, 315 note 2, 342, 377, 
408, 411. — Sa veuve, II, 347. 

Baptême de Notre-Seigneur, pan- 
neau de Rubens, église Saint-Jean, 
à Malines, II, 22. 

Baptême du Christ, tableau de Go- 
rot, église Saint-Nicolas du Ghar- 
donnet à Paris, I, 289. 

Baptême du Christ, de Rubens, mu- 
sée du Louvre, III, 350. 

Barbereau, compositeur, II, 325, 
383. 

Barbes (Armand), homme politique» 
I, 362 et note. 

Barbier, beau-père de Fr. Villot, 
et voisin de campagne de Dela- 
croix, à Ghamprosay, I, 292 et 
note, 293, 308; 11;^ 193, 194, 
197, 217, 256, 263, 323, 349, 
350, 478, 481, 492; III, 53, 60, 
130, 163, 179, 180, 347, 348. 
— (Mme), 1,446; II, 157, 161, 
194, 197, 211, 213, 218, 237, 
247, 258, 475; III, 4, 25, 33, 
52, 130, 162, 163, 204, 348, 412. 

Barbier jeune, frère de Mme Vil- 
lot, II, 235; III, 53. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



443 



Barbier de Méquinez (le), tableau 
et esquisse de Delacroix, I, 215 ; 

II, 378. 

Sarbier de Sévîlle (le), comédie de 

Beaumarchais, I, 108, 123; — 

opéra de Rossini, II, 155; III, 

182. 
Babbotte, II, 467. 
Babocci, maître italien, III, 334. 
Baroche, homme politique, III, 125 

et note, 127, 128. 
Barque (la), toile de Delacroix, III, 

137. 
Barque- de don Juan (\&), toile de 

Delacroix, musée du Louvre, I, 

269 note, 302. 
Baràré (le conventionnel), II, 428. 
Barre (Jean-Auguste) , sculpteur, 

III, 339 et note 1. 
BarrÈre (Mme de), I, 325. 
Barricade (la), toile de Meissonier, 

I, 350. 

Barroilhbt (Paul), chanteur, I, 

301 ; III, 294 et note 3, 316 note 

3. 
Barthe (Félix), magistrat, III, 183 

et note 2. 
Bartb (Ant.-Loais), sculpteur, I, 

285, 296 note, 333 note; III, 

25, 143, 208. 
Bataille (Nicolas-Auguste), cousin 

de Delacroix, I, 279, 308 et note, 

389 note 1, 399 et note 1, 404; 

II, 116. 

Bataille d*Aboukir, tableau de Gros, 

musée de Versailles, III, 67. 
Bataille d*EylaUy tableau de Gros, 

musée du Louvre, I, 374. 
Bataille d^îvry^ toile de Rubens, 

à Florence, I, 330. 
Bataille de Nancy (la) , toile de 

Delacroix, musée de Nancy, III, 

282 note. 
Bateau, toile de Delacroix, I, 302, 

310. 



Batta (Alexandre)^ violoncelliste, 
II, 353 et note 3, 358 à 363, 
484; III. 174, 176, 293, 351. 

Batton (Alexandre), compositeur et 
pianiste, I, 96 et note. 

Baudelaire, poète et littérateur, I, 
II, XV, XXXI, 64, 76, 128 note, 
171 note, 211 note, 226 note, 
255 note, 342 et note, 350 note; 

II, 121 note, 152 note 1, 159 
note 1, 160 note 2, 184 note, 
212 note, 286 note 2, 289 note 
2, 382, 328 note, 424 note; III, 
24 note, 27 note, 43 note, 137 
note 9, 138, 150 et note, 206 
note 4, 209, 221 note, 255 note, 
334 note, 335 note. 

Baume (M. de la), I, 272. 

Bayvet, voisin de campagne de Dela- 
croix, à Champrosay, II, 244 à 
246, 262, 263, 329; III, 28, 29, 
137, 162, 179, 276, 346, 411, 
412. — fils, III, 42. 

Bazar de Mequinez (le), toile de 
Delacroix, III, 163. 

Bazin (M.), historien, II, 36, 37, 
412. 

Beauchesne (a .-H. du Bois de), 
littérateur, II, 375 et note 6; 

III, 67 et note 2, 120. 
Beauchesne (H. du Bois de), géné- 
ral, fils du précédent, III, 67 et 
note 3. 

Beauharnais (M. de), II, 298. 
Beaumarchais, auteur dramatique et 

littérateur, III, 3. 
Beaumont (Adalbert de)^ peintre et 

littérateur, III, 5 et note 1. 
Bbauvallet, acteur, 11^ 125 et note ; 

III, 164 note 3. 
Beck (M.), II, 207, 210. — (Mme), 

II, 210. 
Bedeau (le général), II, 364. 
Béer (G.-J.), docteur en médecine 

de l'Université de Vienne, 1, 259. 



444 



TABLE ALPHABETIQCTK. 



Beethoven, compositeur allemand, 

I, xLiii, 226 note, 230^ 274, 
275, 283, 287 note, 317, 352, 
354 note, 355, 363, 305, 384, 
409, 413, 418, 419, 422; JI, 
166, 188, 223, 261, 285, 318, 
323, 326, 327, 361, 363; Ilf, 
209. 

Belgiojoso (princesse), I, 423 note. 

Bélisaire, projet de tableau de Dela- 
croix, I, 130. 

Bellini, compositeur italien, II, 
282. 

Bblmomtet, poète, I, 113 et note. 

Belot, marchand de couleurs, I, 
84,96. 

Bev-Abou, Marocain, I, 163. 

Benàzet, directeur du casino de 
Bade, III, 86. 

Benjamin Constant, voir Adolphe, 

BÉRANGER, chansonnier, II, 49; III, 
135 et note 1. 

Berger (M.), préfet de la Seine, 

II, 128 note, 411; III, 117, 123 
note 3. 

Bergers (les), toile de Rubens, mu- 
sée de Rouen, I, 387. 

Bergers chaldéens (les), toile et 
pastel de Delacroix, I, 298. 

Bergers chaldéens (les) inventeurs 
de C astronomie f peinture décora- 
tive de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, T, 258. 

Beroini, modèle de Delacroix, I, 
64, 83, 84. 

Berlichinqen (Gœtz de), de Goethe, 
m, 424. 

Berlichingen arrivant chez les Bo- 
hémiensy tableau de Delacroix, 
I, 214; II, 228, 229. 

Berlichingen écrivant ses mémoi- 
res^ toile de Delacroix, I, 357. 

Berlioz, compositeur, I, xliii, lix, 
Lix, 365, 371, 417, 422; II, 83, 
370 et note 1, 127; III, 131, 304. 



Bernini, dit le cavalier Bemin, 
peintre, sculpteur et architecte 
italien, III, 256. 

Bbunis (le cardinal de), III, 319, 
320. 

Berrter, avocat et homme poli- 
tique, cousin de Delacroix, I, 56 
note, 293; II, 123 note, 287 
note 2, 288 note, 304, 353 et 
note 4, 354, 355, 356 et note, 
357, 359 et note 2, 360, 361, 
362 et note 1, 363, 364, 366, 
380, 386, 410, 482 et note, 483, 
484 à 492, 496; III, 2, 9, 
10, 44, 54, 55 et note, 56, 57, 
58 et note, 59, 60, 113, 114, 
116, 120, 125, 131, 173, 174, 
176, 177, 182, 290, 292, 293, 
297, 301 et note, 319 note 1, 
330, 349, 362. 

Berrter (Mme Arthur), belle-fille 
de Berryer, II, 485. 

Berthier (le maréchal), I, 379, 
380. 

Bertin (Edouard), paysagiste, I, 
361 et note, 367, 412; II, 84, 
85, 96; 111,12, 124 note 1,135 
à 139, 262, 434. 

Berzélius, chimiste suédois, II, 
100 et note. 

Bethhont (Eugène), avocat et 
homme politique , II , 287 et 
note 1. 

Beugniet, marchand de tableaux, 
I, 408 et note 3; II, 75 et note i, 
137, 138, 229, 292, 369, 388, 
409; III, 136, 143, 182 note 5. 

Beugnot (Jacques-Claude), homme 
politique, 11, 484 et note. 

Betle (Henri). Voir Stendhal. 

BiLLAULT, jurisconsulte et homme 
politique, III, 186 et note 1. 

BissoN (les frères), photographes, 
III, 123 et note 2, 127. 

Bixio (Alexandre), homme politi- 



TABLE ALPHABETIQUE. 



445 



que, 346, 413 et note, 446; II, 

146, 255, 312, 475; III, 32, 136, 

162; — (Mme), I, 363; II, 475. 

BuLCHE (le docteur), II, 105 et 

note 2. 
Bi.Anc (Charles), critique, I, 337 

et note, 363 et note. 
BuLVQUi, homme politique, I, 362, 

363. 
Blaze de Bury, critique, II, 311 et 

note 1. 
Blocqdbville ( Louise - Adélaïde 
d'Eckmiihl, marquise de], fille 
du maréchal Davoust, III, 1 et 
note 1,4, 6. 
Blondel, conseiller d'Etat, et l'un 
des exécuteurs testamentaires de 
Delacroix, III, 33, et note 1. 
Blondel (M.-Joseph) , peintre, III, 

330. 
BoccHi (Achille), littérateur ita- 
lien, I, 299 et note. 
BoCHER (Edouard), homme poli- 
tique, I, 344 et note. 
BoDiN (Félix), publiciste et histo- 
rien, II, 311 et note 7. 
Boilat^ publiciste, II, 75, 76 note, 
89, 106, 168, 312; III, 26, 32, 
52, 127. 
BoiLEAU- Despréaux, I, 300; II, 

328; 111,140,334, 360,361. 
BoiLEUx, jurisconsulte, I, 311 et 

note. 
BoissARD, peintre et critique, I, 
XXIII, 226 et note, 299, 317, 
350; II, 177, 279, 294, 325, 
328, 381, 442, 495; III, 124, 
174. 
Boissy d*AnglaSy toile de Delacroix, 
musée de Bordeaux, II, 46 et 
note 2. 

BOUPART, I, 30. 
BonAPARTE (Lucien), I, 272. 
BoNiNGTOir, peintre anglais, I, 256 
note; II, 278 et note 3; III, 36 



note, 61 et note 3, 62 note, 146 
note 1, 188, 225. 

BoRNET (M.), de Bordeaux, II, 138, 
291, 380. 

Bonnet (Charles), philosophe et 
naturaliste, III, 102 et note 1, 
103, note. 

BoNNEVAL (colonel), III, 62. 

BoNTËMPS (M.), I, 383. 

BoNViN (François), peintre, II, 38 
et note 1. 

Bord du lac, à Valmont, aquarelle 
par Delacroix, III, 429. 

Bords du Sehou {Us) , toile de 
Delacroix, III, 161 note, 362 
note. 

BoREL-RoGET (Emile), graveur en 
médailles, II, 177. 

BoREL-RoGET (Albert), fils du pré- 
cédent, II, 177. 

BoRNOT (Louis-Cyr), grand-oncle de 
Delacroix, I, 392 note 1. 

BoRNOT (M. etj Mme), cousins de 
Delacroix, propriétaires de l'ab- 
baye de Valmont, I, 193 note, 
279 et note, 293, 308 note, 389 
et note 1 , 394, 397 à 399, 403 et 
note, 404, 405; III, 10, 49, 183 
et note 1, 186, 289, 290. 

BoRNOT (Camille), fils des précé- 
dents, I, 403 note 1. 

BossuET, cité I, X, 201, 348. 

BoTZARis, patriote grec, I, 89 et 
note. 

Bothiveil^ drame de M. Empis, I, 
118 et note, 134. 

BoTTESiNi (Giovanni), contrebas- 
siste italien, III, 144 et note 2. 

Boucher (François), peintre, I, 307; 
II, 13Ô, 139, 180; III, 203. 

BoucHEREAU, II, 347, 394; III, 149, 
150. 

Boulangé (Louis), peintre, élève de 
Delacroix, III, 136 et note 3, 
183, 186 note 3, 394, 396. 



446 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Boulàhcer (Clément), peintre, I, 

241 note, 315 note. 
BoDLAMGER (Louis), peintre, I, 271 

et note. 
Boulàtigrier (Joseph), homme po- 

litique, Ili, 186 et note 2. 
Bouquet, marchand de tableaux I, 

357. 
Bouroeau de Lajudie^ {>endre du 

baron Rivet, III, 65 note 1. — 

Mme, III, 404. 
BocRÉE (M.), ancien consul à Tan- 

fier, II, 162. 
Bourges, marchand de couleurs, 

11,40. 
Bourreau des crânes (le), vaude- 
ville, II, 220 et note! 
Bràckeleer (Ferdinand de), pein- 
tre belge, II, 26, 28, 29, 30 et 

note. 
Brait Delamathe (M.), traducteur 

de Dante, I, 108. 
Brascassat, peintre, I» 285. 
Brézé| {tombeau de M. de) à l'église 

Saint-Ouen de Rouen, I, 387, 

388. 
Brézé (M. de), 111,293. 
Brewery (la), taverne, 1,74, 97. 
Brion (Gustave), peintre, III, 82 

et note 2. 
Britannicus, tragédie de Racine, 

11,228,474; III, 434. 
Brohan (Augustine) , comédienne, 

II, 289 et note 1. 290. 
Bronte (Charlotte), dite Correr 

Bell, auteur de Jane Eyre, III, 

351, note 1. 
Brueys d'Aigalliers (l'amiral), III, 

364 et note 1. 
Bru VAS (Alfred), critique et ama- 
teur, II, 138 et note 5, 162, 

169 et note. 
BUFFON, 1,111; III, 405. 
BuFFON (statue de), au Jardin des 

Plantes, I, 239. 



Bugeâdo (le maréchal), III, 116. 
BoLOz (François), pobliciste, I, 
274 et note, 280, 284, 413 note; 

II, 295 à 297, 311 note 1,334; 

III, 164. 

Burnet (John), graveur et peintre 
anglais, I, 143 et note. 

BuRTY (Philippe), critique, I, 16, 
21, 45, 135, 145 note, 256 note, 
274 note, 315, 342, 420; 11,87 
note 1, 91 note, 179 notes let2, 
317, 331 note; III, 22, note, 
148 note, 161, 220 note, 433. 

BussY (Genty DE),admini8tratearet 
homme politique, 11,478 et note. 

Btron (lord), poète anglais, I, 69, 
87, 102, 115, 119 à 122, 140 
note, 205, 213 note, 229,232; 
II, 13 à 15, 314 note 6,470, 
233, note 2, 235, 236, 237, 374, 
424. 



Cabarrus (le docteur), I, 368 et 

note. 
Cabarrus, directeur de la banque 

de Charles III d'Espagne, II, 

350. 
Cabat (Louis), peintre paysagiste, 

I, 361 et note. 
Caddour, Marocain, I, 181. 
Cadillan (de), secrétaire de Berryer, 

II, 490, 491 ; III, 55 et note, 
174, 176, 177. 

Calderok, poète dramatique espa- 
gnol, III, 320, 321, 388. 

Cambagérès (le duc de), I, 244; II, 
376. 

Camerata (la princesse), III, 130. 

Camp arabe la nuit, toile de Dela- 
croix, III, 401. 

Campbell (Thomas), poète anglais, 

III, 235 et note 1. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



447 



CandàS, voisin de campagne de De- 
lacroix, à Champrosay, I, 441; 
m, 28, 269. 

Canot naufragé^ toile de Delacroix, 
I, 314. 

Capucins (les), toile de Granet, I, 
345. 

Captivité à Babylone (la), peinture 
décorative de la bibliothèque du 
Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 
5tô7. 

Cardon (Mme et Mlle), de Fécamp, 

I, 405. 

Carême, cuisinier, II, 483. 
Carrache (les) : Louis, Augustin et 

Annibal, maîtres italiens, 1,203, 

374; II, 29, 173, 278 et note 1, 

280; III, 15, 201, note 2, 238, 

252, 382, 383, 430. 
Carrier, peintre miniaturiste, I, 

302 et note; III, 118 et note 3, 

395, 433. 
Casanova {Mémoires de), I, 260, 

448; III, 266 et note. 
Cassandre, tragédie de Voltaire, 

représentée sous le titre d'Olym- 

pie, III, 319. 
Cas Y (l'amiral), II, 375 et note 4. 
Catalan, l'un des auteurs de la com- 
plainte de Fualdès, II, 362 et 

note 1. 
Cavaignac (le général), I, 363 et 

note, 447 et note 1 ; II, 306. 
Cavalier arabe, toile de Delacroix, 

H, 380. 
Cavalier gaulois, statue de Préault, 

II, 313 note. 

Cavalier grec et turc, toile de De- 
lacroix, III, 142. 

Cave (François), inspecteur des 
Beaux- Arts, I, 241 note, 315 et 
note, 379, 408, 421; II, 71, 93. 

Cave (Mme), née Elisabeth Blavot, 
artiste peintre, 1, 240 et note, 
369, 379, 425; H, 12, 13 et noie, 



39, 40, 55, 224; III, 24, 62, 181, 
235. 

Cavelier (Pierre- Jules), statuaire, 

III, 135 et note 3, 285 et note. 
Cazenave (le docteur), II, 129 et 

note 1 ; II, 287. 
Cenerentola, opéra de Rossini, II, 

271 et note, 281. 
Centaure et Achille (le), toile de 

Delacroix, III, 348. 
Cerfbeer (Alphonse), auteur dra- 
matique, III, 7 et note 2, 113, 

120, 127. 
Cervantes, littérateur espagnol, I, 

213; 11,405; III, 374,398. 
CÉSAR, I, 201; II, 450; III, 94, 

111, 313. 
Cevallos (Pierre) , homme d'Etat 

espagnol, I, 192 et note. 
Charrier, ami de Delacroix, I, 314, 

344, 381, 426; 11,44, 82, 176, 

220, 224, 292, 334, 353, 375, 

379, 495; III, 63, 65, 101, 120, 

122, 182, 289, 306, 323. — 

(Mme), H, 495; III, 306. 
Chaix d'Est-Ance, avocat et homme 

politique, II, 297 et note 1, 373; 

III, 165 et note 3. 
Champion, peintre, I, 15, 19, 69, 

89. 
Champmartin, peintre, I, 35, 78, 97, 

98, 103, 104. 108, 300. 
CuAMpy (Benoît), magistrat, III, 132 

et note 1. 
Chanoine luxurieux, gravure, I, 

353. 
Charcot (le professeur), 1, 145 note. 
Chardin, maître français, II, 266. 
Charles (Jacques- Alexandre-César), 

physicien, III, 65 et note 3. 
Charles III, roi d'Espagne, II, 350. 
Charles IX, dessin de Delacroix, I, 

93. 
Charles le Téméraire (tapisserie 

de), à Nancy, III, 279. 



448 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Charles-Qcht, II, 195, 196, 201. 

Charles- Quint au monastère de 
Saint-Justf toile de Delacroix, 
II, 195 et note. 

Ghaiilbt, peintre, I, 77 et note, 
78 note; II, 382, 429, 430 et 
note 2; III, 187 et note 2, 188, 
225, 247, 371 et note 1, 385 et 
note, 426. 

Charlet, sa vie, ses lettres, par le 
colonel de La Combe, III, 187 
note 2, 371 note 1. 

CiURTON (Edouard}, littérateur, II, 
466 et note 2. 

Chartreuse de Séville (la), trois 
dessins de Delacroix, 1, 190 note. 

CuASLES (Pliilarète), littérateur et 
critique, l, IX, 7 et note, 32, 66, 
71, 273 et note; II, 90 note 2, 
303; III, 16. 

Chasse (la}, tableau de Soutman, 
I, 242 et note. 

Chasse à Vhippopotame (la), de 
Bubens, I, 245. 

Chasse aux lions (laî)^ de Bubens, I, 
245. 

Chasses de lionSf cinq toiles de De- 
lacroix, II, 314 et note 4, 402, 
466 et note 1,494; 111,327. 

GuASSÉRUU (Théodore) , peintre, III, 
174 et note 1. 

Chasseurs de lions, toile de Dela- 
croix, 1, 446; II, 317. 

Chats, étude de Delacroix, II, 46 
et note; III, 137. 

CUÀTEAUBRIAND, I, 415; II, 361; 

111,397. 
Chatrousse (Emile), sculpteur, III, 

122 et note 2. 
Gbauoet (Antoine-Denis) , peintre 

et statuaire, I, 309 et note. 
Chef arabe en tête de ses troupes, 

et les femmes qui lui présentent 

du lait, toile de Delacroix, III, 

401. 



Chenavard, peintre, I, xxviii, xliv, 
347 et note, 348, 349, 384. 414. 
417; II, 92 note 1, 159 note 2, 
204, 279, 323, 402, 406, 416, 
424 et note, 425 à 432, 434 
et note, 438, 440 à 442, 446 
à 449, 453, 456, 465, 467, 469 
à 471, 472 note, 473, 477, 495; 
III, 2, 3, 22, 56, 121 et note 1, 
128, 130, 234, 264. 

Ghenmevibres (le marquis de), III, 
63 note 2. 

Ghéramt (M.), amateur, II, 350 
note; III, 430 note. 

Gherdbini, compositeur italien, I, 
97, 294; II, 158, 225, 318, 370. 

Cheval en liberté que son maître 
va seller et qui joue avec un 
chien, toile de Delacroix, 111, 
149. 

Cheval gris terrassé par une lionne, 
toile de Delacroix, II, 46. 

Cheval montré à des Arabes, toile 
de Delacroix, II, 378. 

Cheval mourant, croquis de Dela- 
croix, II, 419. 

Ghevalier (M.), amateur, II, 80. 

Ghevalier (Michel), économiste, 
m, 160 et note 1, 161. 

Chevalier, toile de Delacroix, II, 
378. 

Chevalier de Maison-Rouge (le), 
roman d'Alex. Dumas père, I, 
292. 

Goevandier de Valdrôme, paysa- 
giste, II, 168 et note. 

Chevaux qui se battent dans Vécu- 
rie, toile de Delacroix, III, 149, 
302, 401. *" 

Chevaux qui sortent de l'eau, toill 
de Delacroix, II, 137. 

Chevaux qui sortent de la mer, III, 
316, 348, 401. 

Chevigmé, poète,* II, 176, 247. 

Child'Harold (le Pèlerinage de), 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



449 



poème de lord Byron^ I^ 122. 

Chimat (la princesse de), III^ 12. 

Chiron^ tableau de Delacroix^ 11^ 

92 ; III, 137, — dessin sous verre, 

II, 92. 

Chopin (Frédéric), compositeur et 

pianiste, I, uv, 252, 270, 287 et 

note, 288, 294, 310, 311, 314, 

320, 329, 340, 341, 347, 351, 

352, 359, 364 à 366, 368, 369, 

372, 403, 407, 414; II, 4, 47, 

40 à 53, 75, ,163, 223, 224, 325 

et note, 327; III, 9, 11, 12, 

47, 110, 251, 273, 353, 398, 

399. 

Christ (le), tableau de Boissard, I, 

317. 
Christ (le), toile de Prud'hon, II, 

298. 
Christ (le), statue de Préault, 
église Saint-Gervais, à Paris, I, 
267 et note . 
Christ a la colonne (le), toile de 

Delacroix, I, 358, 409. 
Christ au jardin des Oliviers (le), 
tableau de Delacroix, à Téglise 
Saint-Paul-Saint-Louis, I, 105, 
106 note; II, 222 note 4, 342 et 
note 3; — aquarelle du même, 
I, 231 ; — petite toile du même, 
I, 357; — pastel du même, I, 
229, 240. 
Christ au milieu des larrons (le), 
toile de Van Dyck, à l'église de 
Saint-Rombaud de Malines, II, 
22. 
Christ au pied de la croix, toile de 

Delacroix, I, 357. 
Christ au ^tombeau (le), tableau de 
Delacroix, I, 256, 260, 266 et 
note, 276 et note, 277 à 279, 
302 et note, 310, 314, 320, 416; 
III, 121; — même sujet par le 
même; II, 222,^81; III, 334, 
348, 362 note; esquisse par le 

III. 



même, I, 357; — dessin par le 
même, II, 468 ; — toile du Titien, 
II, 315; III, 11. 

Christ dans la tempête (le), toile de 
Delacroix, II, 175 et note, 222, 
229, 234, 243, 479. 

Christ dans le prétoire (le), esquisse 
de Decamps, II, 165. 

Christ déposé de la croix, croquis 
de Delacroix, HT, 405. 

Christ devant Pilote (le), musée 
de Rouen, I, 387. 

Christ en croix (le), toile de Dela- 
croix, II, 138, 221 et note; III, 
136; — toile de Gbenayard, II, 
470. 

Christ étendu sur une pierre (le), 
reçu par les saintes femmes, 
composition de Delacroix, I, 240. 

Christ foudroyant le monde (le), 
toile de Rubens, II, 34. 

Christ marchant sur la mer (le), 
toile de Delacroix, III, 406. 

Christ montant au Calvaire (le), 
toile de Delacroix, III, 362, note ; 
— toile de Rubens, II, 7 et note, 
8; 111,316. 

Christ montré au peuple (le), toile 
de Delacroix, II, 175. 

Christ portant sa croix (le), compo- 
sition de Delacroix, I, 239 ; II, 
228, 229; III, 137. 

Christ sortant du tombeau (le), 
toile du Carrache, I, 374; — 
toile de Rubens, II, 6. 

Christ sortant du tombeau (le), 
toile de Delacroix, II, 135. 

Christ sur le lac de Génézareth 
(le), toile de Delacroix, II, 236 
et note 1, 368; III, 182 et note 
5. 

Christ sur les genoux du Père éter- 
nel (le), toile de Rubens, II, 5. 

Christ vengeur (le), toile de Ru- 
bens, II, 7. 

29 



450 



TABLE ALPHABETIQUE. 



CiCBBi, peintre décoratear, I, 66 
note, 413. 

CicÉnoN, I, 184, note; III, 318. 

Cicéron accuse Verres^ peinture dé- 
corative de la bibliothèque du 
Palais-Bourbon, par Delacroix, I, 
25T. 

Cid (le), tragédie de Corneille, III, 
148 et note. 

CiMAROSA, compositeur italien^ I, 
230, 293 note, 308, 352, 418, 
419; II, 187, 223; III, 14, 
434. 

Cimetière (le), toile de Raysdaël, 

II, 49. 

CinnUf tragédie de Corneille, II, 

125, 206; 111,320. 
Clairon (Mlle), tragédienne, I, 272 

et note. 
Clapisson (Louis), compositeur, 

III, 181 et note 4. 

Clélie, gravure de Delacroix, II, 

474. 
Glémekt, critiqae, III, 358, 392. 
Cléopàtre^ toile de Delacroix, I, 

315, 409. 
Clésinoer, sculpteur, I, 264 note, 

288, 294, 305, 309, 310, 345, 

406, 423, 425. 
CUfford {le jeune) portant le corps 

de son père^ I, 215. 
Clorinde, toile de Delacroix. Voir 

Olinde et Sophronie. 
CocHiN (Charles-Nicolas), dessina- 
teur et graveur, I, 203 et note. 
GocKERELL (Charles-Robert) , archi- 
tecte anglais, III, 50 et note 2, 

112. 
CcBDÈs (Louis-Eugène), peintre, I, 

374 et note. 
CooniBT (Léon), peintre, I, 78, 96, 

106, 117, 122, 133, 134, 136, 

351. 
* Colère d^ Achille (la), tableau de 

Louis David, II, 86 et note. 



CoLET, compositeur et professeur an 

Conservatoire, 1, 286 et note, 

307. 
Colin (Alexandre), peintre, I, 277; 

111, 65 et note 2. 
Collier de la reine (le), roman 

d'Alex. Dumas père, III, 342 et 

note 1. 
CoLONifA (la duchesse), H, 309 

note; III, 412. 
CoLONifA Di Castiglione (Aièle 

d'Affry, princesse), dite Mar- 
cello, sculpteur, III, 395etnote 

1. 
CoMAiRAS, peintre, ami de Dela- 
croix I, 46, note, 84, 109, 113, 

137. 
Com bat de lions, toile de Delacroix, 

II, 349 et note; — esquisse du 

même, II, 350 note. 
Combat du lion et du tigre, toile 

de Delacroix, II, 370, 476, 479. 
Combat du Giaour et du Pacha, 

toile de Delacroix, II, 386 note 2. 
Combat d* Hassan et du Giaour (le), 

tableau de Delacroix, I, 116 et 

note. 
Combattimento (le), de Pinelli, I, 

109. 
Comédiens arabes (les), toile de 

Delacroix, musée de Tours, 1, 270 

à 272. 
Comte Ory (le), opéra de Rossini, 

II, 492. 
Comte Palatiano (le), peinture de 

Delacroix, I, 253. 
Condamnés à Venise (les), compo- 
sition de Delacroix, I, 68. 
CoNDÉ (le grand), II, 354; III, 5. 
Condillac, III, 413. 
Conflans (M. de), 1, 131, 139. 
CoNFUGius, philosophe chinois, cité 

I, 201. 
Connétable de Bourbon (le) et la 

Conscience y I, 215. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



451 



^Conspiration contre César , III, 

320. 
CoNSTABLE, peintre anglais, I, 37 

note, 39, 133, 134, 234. 
Constitutionnel (/e), I, 378 note 3, 

421; II, â03 note 2. 
Conversations de Gœthe (les), III, 

50, note 1. 
Convulsionnaires de Tanger (les), 

toile de Delacroix, III» 137. 
CooPER(Fenimore), romancier amé- 
ricain, III, 233, 381 note. 
Goppolà, compositeur italien, II, 

351. 
CoQUAHT (l'abbé), de Saint-Sulpice, 

II, 386, 403. 
Coquille (Mme), III, 416, 417. 
Corbière (M. de), homme politique, 

II, 488. 
Corinne, roman de Mme de Staël, 

citée I, 8. 
Coriolan (ouverture de), Beethoven, 

I, 409. 
Corneille (Pierre), I, 220; II, 
130, 259, 261, 300, 440; III, 
120, 140, 156, 265, 311, 320, 
321, 323, 388. 
CoRMELis (M.), major d'artillerie 

belge, II, 30. 
Cornélius (Pierre de), graveur al- 
lemand, I, 63 note ; II, 410 et 
note. 
Corot, peintre, I,li, lui, 81 note, 
289, 299; II, 394 et note 1,467 
note; III, 115 et note. 
CoRRÈGB (le), maître italien, I, 45, 
142, 253, 281, 414; II, 124, 
131, 164; III, 15, 82, 130, 193, 
230, 246, 255, 257, 309, 365, 
382. 
Corps de garde (le), toile de Dela- 
croix, I, 322. 
Corsaire en prison (le), peinture de 

Delacroix, III, 332 et note 1. 
CoRTORE (Pierre de), peintre «t 



architecte italien, I, 203 et note; 

III, 256. 
CoRviSART (le docteur), I, 381. 
Gottreau ou CoTTEREAU, peintre, 

I, 303 et note. 

Couder (Louis - Charles- Auguste) ^ 

peintre, I, 353 et note, 408. 
Coup de lance (le), ubleau de Ru- 

bens, musée d'Anvers, II, 32. 
Cour de M. Bell a Tanger (la), 

aquarelle par Delacroix, III, 429. 
Courbet, peintre, I. li, xxx ; 11^ 

159 et note 1, 160, 246; III, 64 

et note. 
CouRNAULT, ami et Tun des légataires 

de Delacroix, 1, 328 et note, 330. 
Couronnement d'épines (le), toile 

du Titien, musée du Louvre, II, 

315. 
Courrier de Lyon (le), mélodrame, 

II, 352 et note 1. 

Course arabe (la)^ tableau de Dela- 
croix, I, 246, 252, 255. 
Court, peintre, II, 46, note 2, 

III, 64. 

Cousin, graveur, I, 108. 

Cousin (Victor), philosophe, II, 
77, 94, 130, 297, 440; 111,1 et 
note 2, 5. 100. 

Cousine Bette (la), roman de Bal- 
zac, II, 81 note; III, 268note2. 

CousTOU (les), sculpteurs, III, 249, 
252. 

CouTAN (M.), amateur, 1, 46, 71, 73, 
78. 

Couture (Thomas), peintre, I, 
xxxiv, XXXV, 255, 269, 288, 309, 
310. 

CoTSEvox, sculpteur, III, 249, 252. 

CowLET (lord), diplomate anglais, 
II, 371 et note 1. 

Cranach (Lucas de), maître alle- 
mand, II, 27. 

Credi (Lorenzo di), maître floren- 
tin, III, 393. 



45t 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Croisés (les), toile de Delacroix, 

III, 31 et note 2. 
Gbvyelli (Mme), cantatrice, II, 

154 et note 2, 323 note 1, 370. 
Cuisine de Méquinez^ esquisse de 

Delacroix, I, 215. 
GuTiER (buste de), naturaliste, au 

Jardin des Plantes, I, 239; II, 

293. 
Cctillibr-Fleurt, littérateur, I, 

kit et note 2. 
GzABTORTSKi (le prince Adam), II, 

286 et note 1. 



Dacier (le baron), traducteur de 
Marc-Aurèlcy I, 259. 

Dagban (Isidore), peintre, II, 314 
et note 5, 350 et note 1, 478; 
III, 204 et note 1. 

Dahas-Hikard, littérateur, III, 63 
et note 3. 

Daniel dans la fosse aux lions, 
ébauche, par Delacroix, I, 376 
et note 3, 412; «— tableau du 
même, musée de Montpellier^ II, 
57 et note, 138. 

Daktan (Jean-Pierre), statuaire et 
caricaturiste, II, 114 et note. 

Dante, I, xx, 68, 71, 87, 106, 108, 
111, 113, 121, 122; II, 180; III, 
171, 348, 361, 369. 

Dante et Virgile, tableau de Dela- 
croix, I, 3 note, 45, 85 note; 

II, 3 note 1, 152 note 3, 222 
note 4, 299; III, 174, note 3; 
— eau-forte d'Alphonse Masson, 

III, 350; — copie par Brion, III, 
82. 

Dabtton (Joseph -Arsène), littéra- 
teur, III, 182 et note 1. 

Darblay (Stanislas), industriel, III, 
410 et note 2, 412. 



Darcier (Joseph), auteur, chanteur 
et compositeur, I, 430 et note 2, 
431. 

Dacbekton (buste de), naturaliste, 
au Jardin des Plantes, I, 239. 

Daumier, caricaturiste, 1, 342, 408; 

II, 62 note. 

Dauzats (Adrien), peintre, I, 273 
et note; II, 374, 380, 394; 

III, 21, 22, 49, 115, 126, 162, 
174. 

David (Louis), peintre, I, 302, 327, 
372; II, 86 et note, 172,388,429, 
449; III, 119, 201 note 2, 202, 
203, 218, 230, 234, 241, 248, 
249, 260, 298, 353, 383, 384, 
385, 416, 430, 431. 

Datid (Charles-Louis-Jules), hellé- 
niste, fils de Louis David, I, 286 
et note. 

David en déroute, fuyant devant 
Saûl, toile de Decamps, II, 175. 

Débat, peintre et sculpteur, I, 17 
note; II, 314; III, 277 note. 

Decaisne (Henri), peintre, I, 93. 

Decaisne (Joseph), peintre et bota- 
niste, I, 93. 

Decamps, peintre, I, li, 79, 271; 
II, 161 et note 2, 162 note, 165, 
168, 169, 174; III, 36, 147, 
377, 391 et note 1. 

Decazes (duc), homme politique, II» 
147. 

Dedredx-Dorcy, peintre, II, 311 
et note 5. 

Défaite des Cimbres et des Teu- 
tons (la), toile de Heim, III^ 83 
et note 2. 

Deforce, marchand de tableaux et 
couleurs, I, 243 et note, 361. 

Delaborde (Mme), II, 313. 

Delacroix, ancien militaire, III, 
173. 

Delacroix (le général Charles), 
frère d'Eugène Delacroix, Ir 1 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



453 



note, 6, 7, 13, 14, 15, 234 note ; 

II, 84 et note 2; III, 74,79. 
Delacroix (Henrielte), sœur d'Eu- 
gène Delacroix, I, 11 et note, 

III, 74. 

Delacroix (le cousin), I, 320 et 
note; II, 104, 349, 351, 423; 
III, 61 et note 1, 62, 112, 162, 
170, 174. 

Delacroix (Anne-Françoise) ,grand'- 
tante d'Eugène Delacroix, I, 392 
et note 1. 

Delacroix devant ses contempo- 
rains, par Maurice Tourneux, II, 
152. 

Delacroix (Auguste), peintre aqua- 
relliste, III, 92 et note 1. 

Delamarre ( Théodore - Casimir ) , 
publiciste, 381 et note 1, 386, 
III, 40, 117 et note. 

Delangle, procureur général, II, 
75, 76 note; III, 8, 126, 130, 
135. 

Delaroche (Paul), peintre, I, li, 
xxxvi, 348 et note; II, 38, 286 
et note 2, 372, 435 et note 1 ; 
III, 11, 159, 180 et note 3, 182 
note 3, 185, 186, 225, 264, 268. 

Deléclcze, critique, II, 152 et note 
3, 159 note 2, 178 note 1. 

Delessert (M.), préfet de police, I, 
284 et note, 286, 315, 372; II, 
273, 402; — (Mme), I, 296, 
300, 303, 320; II, 402. 

Delille (l'abbé), traducteur de Vir^ 
gile, III, 36i. 

Deloghes, peintre, I, 94 note. 

Deloffre (Théodore), amiral, III, 
63 et note 5. 

Delsarte, artiste lyrique et musi- 
cien, I, 430 et note 1, 431; II, 
84 et note 1, 85, 158, 165, 363; 
III, 12, 13. 

Déluge (le), tableau de Girodet, I, 
68. 



Déluge (le), toile de Chenavard, 

II, 470 et note 1. 

Demat (Jean-François), peintre, I, 

XXIX, 263 et note. 
Dembinski (le général) , portrait , 

par R. Rodakowski, II, 156 note ; 

III, 25 note. 
Demeulemeester (Charles), graveur 

belge, I, 78 note. 

Demidoff (le prince), amateur, II, 
121;III,135,143. — (la prin- 
cesse), I, 246. 

Demoiselles de village, tableau de 
Courbet, II, 159 note 2. 

Démosthène harangue les flots de 
la mer, peinture décorative de 
la bibliothèque du Palais-Bour- 
bon, par Delacroix, I, 257, 261 
note; II, 92. 

Denis (Ferdinand), littérateur, II, 
377 et note 2, 412. 

Dekon (le baron), graveur, I, 296 
et note. 

Dekuelle (DorAinique-Alexandre) , 
peintre, III, 396 et note. 

DésAUGiERS, chansonnier, II, 355, 
362 et note 1. 

Descartes, II, 462. 

Descente de croix (la), toile de Ru- 
bens, cathédrale d'AnverSjII, 399. 

Desghamps de Saint-Amand (Emile), 
littérateur, III, 171 et note. 

Deschamps de Saint-Amahd (An- 
tony), littérateur, II, 311 et note 
6; III, 171 et note, 434 et note 
3, 435. 

Desdémone aux pieds de son père, 
toile de Delacroix, et études diver- 
ses du même sujet par le même, I, 
332,357, 377, 429; II, 138, 154. 

Desdémone dans sa chambre, toile 
de Delacroix, II, 138. 

Déserteur (le), pièce de Sedaine, I, 
219 à 222. 

Desgranges (Antoine-Jérôme), in- 



454 



TABLE ALPHABETIQUE. 



terprètC) I, 178 et note, 180; II, 
44 et oote. 

0BSNOTBR8 (le baron), grayear, III, 
S68 et note 1. 

Desportes (Auguste), poète et au- 
teur dramatique, I, 412 et note 3. 

Destin sans maître (le), par Mme 
Gavé, II, 13 note. 

DÉTHIMOITT, marchand de tableaux, 
III, 13T, 143. 

Deux chevaux se battant, toile de 
Delacroix, II, 378 et note 1. 

Deux lutteurs (les), toile de Cour- 
bet, II, 160. 

Dbvkiiia (Acbille), peintre, I, 81 
note, 271 ; III, 261, 302 et note ; 
— (Eugène), I, 81 note. 

Dbvinck, membre du Conseil muni- 
cipal de Paris, II, 78 et note 4, 
314. 

DiAz DE LA Pbna, peintre, I, 333; 
II, 239; III, 174. 

Dictionnaire des Beaux- Arts, pro- 
jet d'ouvrage esthétique, par De- 
lacroix, I, XXXI , 59 et note ; III, 
199 et note 1, 204, 207, 225, 
239 et note 3, 240, 258 et note, 
262, 354, 363, 364, 370, 374. 

Dictionnaire philosophique de Vol- 
taire, III, 189. 

Diderot, I, 123, 220, 247, 260, 
427, 444; III, 281, 428. 

DiDOT (Ambroise-Firmin), éditeur, 
1,97; II, 85 et note, 285; III, 
305, 397. 

DiMiER (Abel) , sculpteur , 1 , 53 et 
note, 91, 107, 112, 122, 123. 

Discours sur les arts, du peintre 
Reynolds, II, 162 et note 3. 

DiTiTiA, Juive, dessinée par Dela- 
croix, I, 153. 

Divine Comédie (la), de Dante, II, 
403 note 2; III, 171 noie, 362. 

Dombrowski, nouvelle de Nicolas 
Gogol, II, 264. 



DoMuriQuiK (Pomenico Zampieri, 

dit le) , maître italien, II, 173. 
DoviZETTi, compositeur italien, I, 

341 note; II, 281 note 2, 282, 

303. 
Don Juan^ opéra de Mozart, I, 25, 

54, 86, 263 et note, 266, 275 ; 

II, 319 ; III, 56, 59. 

Don QuichottCf roman de Cervan- 
tes, II, 264. 

Don Quichotte dans sa librairie, 
toile de Delacroix, I, 81 note, 
82, 83, 90 k 97. 

DosNE (M.), beau-père de M. Thiers, 
I, 364 et note ; — (Mme), 1, 270; 

III, 1. 

DoucET (Camille), auteur drama- 
tique, III, 129et note. — (Mme), 

III, 129. 
Douloureuse Passion de Notre-Sei- 

gneur, par la Sœur Cath. Emme- 

rich, I, 276. 
Doux (Mme), II, 496. 
Dow (Gérard), maître hollandais, 

I, 151 et note. 
Drachme du tribut (la), peinture 

décorative de la bibliothèque du 

Palais -Bourbon, par Delacroix, 

I, 257, 261 note. 
Dreux-Brbzb (marquis de), II, 472 

et note, 473. 
DpoLLiNG, peintre, I, 87 note, 88, 

137. 
Drouot (statuedugénéral), àNancy, 

III, 279. 
DuBAN, architecte^ I, 367 et note, 

421, 439, 448 note; II, 38; III, 

14. 
DuBUFE (Claude-Marie), peintre, I, 

285, 347, 350 et note, 351. 
DuBCFE (Edouard), peintre, II, W 

et note. 
DuFATs, I, 277, 284, 297, 306. - 

(Mme), ni, 62, 71. 
DuFOUR, III, 351. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



455 



DuFRESNE (Jean-Henri)^ peintre^ I^ 
59 note, 61, 66, 69, 72, 76, 77, 
81, 90 à 92, 102, 107 à 109, 117, 
122 à 124, 127, 129. 
Di7Gi.é (Mme), I, 395, 405. 
Dumas (Alexandre) père, I, 292, 
3O0; II, 114, 115 note, 117, 
20i, 244, 249, 250 280 et note 2, 
284, 289, 314, 330, 347, 418, 
420, 445; III, 6, 15 et note, 18, 
22, 23, 125, 129, 332 et note 2, 
340, 342, 408, 411, 412, 436. 
Dumas (Alexandre) fils, II, 432; 

III, 161, 162, 163, 181. 
DuPANLOUP (Mgr), évêque d'Orléans, 
II, 355 et note 1, 356, 357, 485. 
DupiR aîné, avocat et homme poli- 
tique, II, 43 et note, 362 note 1 . 
DupONGHEL, ancien directeur de 

l'Opéra, I, 118 et note, 317. 
DuPRÉ (Jules), peintre, I, 254, 296, 

376, 384; III, 71, 377,391. 
DuPDYTREK, chirurgien, I, 430; II, 

140. 
Durand -RuBL, marchand de ta- 
bleaux, I, 333; III, 182 note 5. 
Durer (Albert), maître allemand, 
I, 353, 375; II, 18, 85; III, 202, 
209, 220, 226, 357. 
DuRiEU (Eugène), administrateur, 
1,420 et note 2; II, 113 et note, 
177, 207, 270, 376, 377, 379, 
388, 401, 418, 466 ; III, 122. 
Duriez, cousin de Delacroix, I, 

378 et note 1. 
DuTiLLEUX (Constant), peintre, Tun 
des exécuteurs testamentaires de 
Delacroix, I, 204 note; III, 136 
et note 4, 146, 168 note 1, 204, 
274 note 2, 401, 434, 437. 
DuvAL (Amaury), peintre, I, 367 et 

note; 111,20. 
Ddval (Georges) , littérateur et histo- 
rien, I, 240 et note. 
DuvERGER (Eugène), imprimeur, 



I, 413, 414; III, 304 et note. 

Voir YlEILLARD-DUTERGER. 



E 

École des bourgeois (1'), comédie 
de Dallainval, II, 490. 

École des maris (1*), comédie de 
Molière, II, 228. 

Edouard, I, 73, 75, 96, 107, 135, 
136. 

Éducation d* Achille (1'), peinture 
décorative de la bibliothèque du 
Palais-Bourbon, par Delacroix, 
I, 257. 

Éducation delà Vierge (1'), toile de 
Delacroix, II, 235 note 2, 238, 
240, 246. 

Église de Valmont (1'), aquarelle 
par Eug. Delacroix, III, 429. 

Elcoë (lord), III, 112. 

Élévation en croix (1'), de Rubens, 
à Anvers, II, 28, 29, 251, 280. 

Elgin (lord), archéologue anglais, I, 
135 et note. 

Elisire d'amore (1*), opéra de Doni- 
zetti, I, 341 et note. 

Embarquement (1*), toile de Dela- 
croix, III, 163. 

Emblèmes (le livre des),deBocchi, 
I, 299 et note. 

Émérig-David, archéologue et criti- 
que, I, 203 et note. 

Emile (1'), de J.-J. Rousseau, II, 
465. 

Emilie Robert, modèle de Dela- 
croix, I, 39, 44, 53, 59, 62, 68, 
71. 

Emmerich (Sœur Catherine), exta- 
tique allemande, I, 276. 

Empereur achevai (!'), tableau de 
Gharlet, III, 427. 

Empereur du Maroc (1'), toile de 
Delacroix, III, 143. 



456 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Empereurs turcs (les), projet de 
tableau de Delacroix, I, 231. 

Encan de Pertinax (1'), projet de 
tableau de Delacroix, I, 336. 

Encyclopédie (F), III, 207. 

Enée changé en dieu, projet de ta- 
bleau de Delacroix, I, 215. 

Énée suivant la Sibylle^ qui le 
précède avec le rameau £ory 
projet de tableau de Delacroix, 
I, 336. 

Enfant (1*), copie par Delacroix 
d'un tableau de Raphaël, II, 
106. 

Enfer (1*), de Dante, traduction 
par Brait Delamatbe, I, 108 et 
note; — traduction de M. Louis 
Ratiflbonne, II, 403 et note 2. 

Enlèvement de Rebecca, toile de 
Delacroix, III, 161 et note 1, 
362, note. 

Enlèvement des filles de Leucippe, 
toile de Rubens, musée de Mu- 
nich, I, 332 note. 

Enlèvement des Sabines (1*) , tableau 
de David, musée du Louvre, I, 
136 note; III, 249, 298. 

Enterrement (1*), toile de Courbet, 
musée du Louvre, III, 64. 

Ektragues (statue de Balzac d*), à 
Malesherbes, III, 57, 58. 

Entragces (Henriette de Balzac d'), 
maîtresse de Henri IV, II, 485. 

Entrée d*Alexandre a Babylone, 
tableau de Lebrun, II, 315. 

Entrée des croisés à Constantino- 
ple^ toile de Delacroix, musée du 
Louvre, II, 222, note 4. 

Entrée du bois à Valmonty aqua- 
relle par Delacroix, III, 429. 

Entretiens de Lamartine, III, 397. 

Ernst (Henri-William), violoniste, 
III, 126 et note 2. 

Erwin de Steinbach, architecte et 
sculpteur allemand, III, 94 et 



note 2. — (Jean), son fils, III, 

94 note 2. 
EscHTtE, III, 311. 
Esprit des lois (P), de Montesquieu, 

II, 465. 

Essai sur les mœurs et V esprit des 
nations, par Voltaire, II, 201; 

III, 147, 436. 

Étang du Louroux (F), étude de 
Delacroix, I, 410. 

Étudiants (les), de Membrée, 111,3. 

Eugène Delacroix (documents nou- 
veaux), de Th. Silvestre, II, 
270 note. 

Eugène Delacroix à F Exposition du 
boulevard des Italiens, par H. de 
la Madelène, II, 78 note 2. 

Eugène Delacroix devant ses con- 
temporains, par Maurice Tour- 
neux, II, 91 note, 179 note, 
276 note. 

Eugène Delacroix, sa vie, son 
œuvre, par M. Piron, I, 9 note 
3, 10, 12 note 1, 32 note 1, 
60 notel; II, 236 note 2, 254 
note ; III, 438 note. 

Eugène Delacroix, L'œuvre com- 
plet, par Alfred Robaut, passim. 

Eugénie (l'impératrice), II, 197 
note, 388,403; III, 63 note 3, 
91 note 1, 136. 

Eugénie Grandet, roman de Bal- 
zac, II, 437. 

Euripide, II, 300; 111,311. 

Évêque de Liège (!'), toile de De- 
lacroix, II, 222 note 4. 



Fac-similé de dessins et croquis 
d* Eugène Delacroix, par Alfred 
Robaut, soixante -dix planches, 
II, 270 note. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



457 



Fantassins en chasse, toile de Dela- 
croix, III, 402. 
Fataliste (le), nouvelle de N. Go- 

goi, II, m. 

Faucher (Léon), économiste et 

homme politique, I, 344 et note. 
Faust (gravures du), par Delacroix, 

1,63,73; III, 50 note 1, 424. 
Favilia (Maître), pièce de George 

Sand, III, 124 et note 2. 
Fedel, architecte, I, 16 note, 17 et 

•uiv., 69, 73, 78, 84, 96, 109, 

133; III, 68. 

FÉLIX, voir GUILLEMARDET. 

Femme à la rivière, toile de Dela- 
croix, I, 332. 

Femme au bain (la), toile de Dela- 
croix, I, 143, 144. 

Femme au lit, étude de Delacroix, 
II, 8. 

Femme capricieuse (la), toile de 
Delacroix, I, 214. 

Femme d* Alger avec un lévrier, 
toile de Delacroix, II, 476. 

Femme enlevée par des hommes à 
cheval, esquisse par Delacroix, 

I, 331 et note, 332. 

Femme impertinente (la), toile de 
Delacroix, I, 414, 415 et note; 

II, 60 et note. 

Femme morte, étude de Delacroix, 
1,74. 

Femme noyée, étude de Delacroix, 
pour le plafond de la galerie 
d'Apollon, au Louvre, III, 403. 

Femme nue et debout, projet de 
toile de Delacroix, I, 306. 

Femme qui se lave les pieds, toile 
de Delacroix, I, 314. 

Femme qui se peigne, toile de De- 
lacroix, I, 384, 385, 415, 443. 

Femme tenant un miroir, croquis 
de Delacroix, III, 433. 

Femme turque, toile de Delacroix, 
1,357 



Femmes à la fontaine, toile de De- 
lacroix, II, 379. 

Femmes d* Alger, tableau de Dela- 
croix, musée du Louvre, I, 243, 
note, 291, 314, 342, 343; II, 
222 note 4. 

Femmes d* Alger dans leur inté' 
rieur, variante du précédent. 

Femmes savantes (les), comédie de 
Molière, II, 433; III, 164. 

Femmes turques au bain, toile de 
Delacroix, II, 334 et note 2, 
344. 

FÉNELOir, II, 442. 

Ferat (Ernest), manufacturier, III, 
410 et note 2. 

Ferronnats (M« de la), diplomate, 
11,365,366; 111,115. 

Ferrussac, peintre, élève de Dela- 
croix, II, 87 note 1. 

Feuillet de Gonches, diplomate et 
écrivain, II, 177 et note; III, 
67 et note i, 122 et note 1. 

Fiancée d'Abydos (la), poème de 
lord Byron, I, 115. 

Fiancée d'Abydos (la), petite toile 
de Delacroix, I, 373, 377; II, 
138, 157 note 2. 

Fiancée de Lammermoor (la), aqua- 
relle de Delacroix, I, 231. 

Fielding (les frères), aquarellistes 
anglais, I, 32 note, 61, 62, 70 à 
72, 74, 75, 81, 93, 97, 102, 
103, 105 à 107, 110, 113, 114, 
116, 130, 132, 133, 134, 136, 
137, 290; III, 36 note, 119. 

Fileuse (la), toile de Courbet, II, 
160 et note 1. 

Fille du capitaine (la), nouvelle de 
Pouchkine, II, 360, 363, 365. 

Fils portant le corps de son père 
sur le champ de bataille, toile de 
Delacroix, III, 149. 

Flagellation de saint Paul (la), 
toile de Rubens, église Saint-An- 



458 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



toine de Padoue, à Anvers, II, 

te, 167. 
Flandrir (Hippolyte), peintre, I, 

254 note; II, 94 et note; III, 

34 note 1, 39. 
Flaubert ( Gustave ) , romancier , 

I, XIII. 

Fleurs du mal (les), poésies de Bau- 
delaire, I, 226 note; III, 138 
note. 

Fleurt (Joseph -Nicolas -Robert), 
dit RoRBRT- Fleurt, peintre, I, 
261 et note, -345; II, 228 et 
note 1, 272 et note; III, 6, 113, 
339, 340. 

Fleurt (Tony-Robert), peintre, fils 
du précédent, I, 261, note. 

Fleurt (Léon), paysagiste, I, 261 
note. 

Flinck, maître hollandais, II, 31. 

Floris (Franz), maître flamand, 

II, 3 note 2. 

Flocrens (Pierre- Jean -Marie) , 
physiologiste, III, 305 et note 2. 

Flûte enchantée (la), opéra de Mo- 
zart, I, 413, 422; II, 10, 147, 
319. 

Fontaine, architecte, 1, 199 et note, 
425; II, 457. 

Fontaine dans une rue à Alger^ I, 
215. 

Fontaine mauresque, toile de Dela- 
croix, III, 163. 

Forbin (comte de), directeur des 
musées royaux, I, 3 note, 136 et 
note, 137. 

Forde (Mme), soeur de M. Wil- 
liams, à Séville, I, 191. 

Forget (Mme de), amie de Dela- 
croix, I, 240, 254, 273, 275, 
279, 283, 286, 288, 293, 294, 
297, 310, 314, 319, 322, 333, 
341, 353, 359, 361, 379, 417, 
419, 426; II, 75, 86, 87, 119, 
156, 181, 193, 220, 314, 327, 



331, 334, 346, 368, 369, 375, 
379, 384, 388, 391, 468, 474 ; 
III, 7, 32, 45, 71, 83, 108, 109, 
145, 147, 186, 331, 351, 358, 
409. 

FoRGBT (Eugène de), fils de la pré- 
cédente, III, 7 et note 1, 45. 

Forster (François), graveur, III , 
427 et note. 

FoRTOUL, littérateur et homme po- 
litique, I, 426; II, 163 et note, 
280; III, 6, 130 et note 1. 

Foscariy toile de Delacroix, I, 265 
et note, 267, 275; II, 353 et 
note 2; III, 9 et note 1. 

FoucHÉ (Joseph), duc d'Otrante, I, 
116,244; 11,376. 

FoucHÉ, III, 32, 42, 52., 

FouLD (Achille), homme politique 
et financier, I, 360; II, 158 et 
note 1, 180, 223, 234, 287, 291 
note 3, 296 ; III, 5, 9, 165 note 
2, 166. — (Mme), 111,165, 166. 
— (Achille) le jeune, III, 166 
et note 3. 

FouLD (Benoît), III, 135 et note 2, 
137 note 3, 143, 146, 182. 

FouLD (Louis), III, 167. 

FouRiER (Gh.), philosophe, I, 428, 
429. 

Fox (M.), homme d'État anglais, 
I, 226. 

Fra Bartolomeo, maître italien, I, 
400. 

Framelli (Mme), III, 52. 

Français (François-Louis), peintre, 
III, 10, 25, J86 et note 2, 115. 

Franchetti (Mme), III, 163, 334, 
335. 

Franc BOMME (Auguste-Joseph), vio- 
loncelliste, I, 270 et note; II, 
363, 370; III, 9. 

François I", II, 196, 201. 

François i**", tableau du Titien, mu- 
sée du Louvre, I, 73. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



450 



Franklin (Benjamin), 1, 127. 
Frédéric II^ roi de Prusse, cité, I, 

201. 
FrÉmiet (Emmanuel) , sculpteur 

animalier, II, 71 et note 2. 
Frémt (Louis), administrateur et 

homme politique, III^ 185 et 

note 2, 186. 
Frépillorif propriété de la famille 

Riesener^ près de Saint-Leu-Ta- 

verny, I, 135, 
Frère (Théodore), peintre, III, 126 

et note 1. 
Fresiïot (M. du), amateur, I, 110 

et note. 
Frejrschûtz, opéra de Weber, II, 

16. 
Fromentin (Eugène), peintre, I, 

XXXIV; Il , cité 5 note 1, 24. 
Fualdès (la complainte de), II, 362 

et note 1. 



Gabriel (M.), vaudevilliste, I, 281. 
Gainsborough (Thomas) , peintre 

anglais, II, 162; III, 36 note. 
Galimard, peintre, III, 187 et note 

1. 
Galuppi (Balthazar), compositeur 

iUlien, III, 12 et note 1, 13. 
Gauelin (Jacques), peintre, I, 309 

et note. 
Garcia (Manuel) père, chanteur, I, 

247 note, 248, 249. — (Manuel), 

son fils, musicien, I, 247 et note, 

250, 317, 318. 
Garcia (Marie), dite MmeMalibran, 

dfemtatrice, I, 247 note, 248, 249, 

250. 
Garcia (Pauline), dite Mme Viar- 

dot, cantatrice, 1,247 note; III, 

2 note 3. 



Garnaud (Antoine-Martin), archi* 
tecte, III, 240 et note 1. 

Gassies, peintre, I, 136 et note, 
137. 

Gatteaux (Jacques-Edouard), sta- 
tuaire, graveur en médailles, III, 
299 et note. 

Gaubert (le docteur Léon), III, 
290 et note. 

Gaultier (Racine), dit Prudent, 
pianiste et compositeur, I, 351 
et note, 355. 

Gaultron, peintre, élève de Dela- 
croix, I, 254 et note, 293, 389, 
395, 397, 409, 410. 

Gautier (Théophile), poète et lit- 
térateur, I, II, xxiii, I, 58, 226 
note, 254, 255,i2t£Uiûtoi329, - 
350, 377 note 5, 439 n/te; II, 
157 et note 1, 201, 202 note, 213, 
227 note 2, 273 note 1, 377 note 

1, 410 et note; III, 21 et note 

2, 38 note 3, 40 et note 3, 113, 
134 et note, 157 note, 174 note 

I, 206 note 4, 316 note 2. 
Gavard, éditeur, I, 408 et note 4. 

— (Charles), son fils, diplomate, 

II, 325. — (Mlle Élise), sa fille, 

II, 325. 

Gavet (M.), agent de change, I, 
335 et note. — (Mme), fille de 
M. Bornot, 1,335, note, 403 note. 

Gat-Lussac, physicien et chimiste, 

I, 344. 

Gazza ladra (la), opéra de Rossini, 

III, 59 et note. 

Geloës (le comte de), amateur, I, 
267 note, 302 et note, 347, 416; 

II, 138, 222 note 1; III, 121. 
Génie arrivant à l'immortalité, 

deux dessins de Delacroix, I, 
400 et note; II, 340. 
Gérard (baron), peintre, I, 17,130 
note, 138 et note, 236 ; II, 363, 
374; 111,249. 



? 



460 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Géràro (Mlle), peintre, III, 186. 
GÉmcACLT, peintre, I, 15, 31, 32 
et note, i, 46 et note 3, 60 et 
note, 73, 78, 79, 82, 88, 93, 96, 
98, 100, 115, 117, 132 à 135, 
253, 269; II, 29, 76, 92 et note 
i , 252, 429, 430, 454 et note ; 
m, 121 et note 1, 208, 219, 
234, 235, 260, 431. 
Gebvàis, marchand de couleurs, I, 

286; 111,25. 
Gbiberti (Lorenzo), sculpteur et 
architecte florentin, 1, 399 et note 
2. 
GuiRLA!<DAjo (le), maître florentin, 

III, 393. 
Giaour (le), poème de lord Byron, 

I, 115,116. 
Giaour au bord de la mer (un), 
toile de Delacroix, I, 376 et note 
4. 
Giaour foulant aux pieds de son 
cheval le paella^ toile de Dela- 
croix, II, 386 et note 2. 
GiuACT, éditeur d'estampes, I, 73, 

81,97. 
Gil Blas, roman de Le Sage, II, 

264; III, 138, 332. 
GiORGiONE (le), maître vénitien,I,88. 
GiOTTO, maître florentin, II, 180; 

III, 393. 
GiRARDiN (Emile de), publiciste, II, 
198 et note, 413; III, 156, 353. 
GiRODET, I, 68, 84 et note, 195; 

III, 249. 
GisoRS (Alphonse-Henri de), archi- 
tecte, I, 235 et note ; III, 185, 
186, 419. 
Glt3ck, compositeur allemand, I, 
422, 426; III, 2, 13, 14, 355 
et note, 384, 391 note 2. 
GoDDE (Etienne-Hippolyte), archi- 
tecte, III, 169 et note 2. 
GoDWiN (William), romancier an- 
glais, I, 100 note. 



Goethe, I, xxvi, 65, 220, 222, 

260; III, 50 note 1, 233 note 2, 

424. 
Gœi% de Berlichingen, de Gœthe. 

Voir Berlichengen. 
Gogol (Nicolas), romancier russe, 

II, 264. 
GoMOOLFi (Mme Camilla), peintre, 

II, 38. 

GouBAUX^ auteur dramatique, II, 

96 et note 2; 111,20. 
Goujon (Jean), sculpteur, II, 129; 

III, 252. 

Goujon (l'abbé), vicaire de Sainlr 
Sulpice, I, 385. 

GouLEUZ, camarade d'enfance de 
Delacroix, I, 50. 

GousOD (Charles), compositeur, II, 
82, 314, 360, 369; III, 11 et 
note 1, 19, 52, 139. 

Goya, maître espagnol, I, 73, 82, 
83, 187 note, 190. 

GozLAN (Léon) , romancier et auteur 
dramatique, II, 378 et note 3. 

Gracian (Balthazar), Jésuite espa- 
gnol, I, 259 et note. 

Grandes opérations militaires, de 
Jomini, II, 292. 

Grandeur et décadence des Ro- 
mains, de Montesquieu, I, 403. 

Granet, peintre, I, 136 et note, 
345; 111,253. 

Grange (Mme de la), amie de Ber- 
ryer, II, 386, 482, 495, 496 : III, 
2, 5, 120, 131, 293, 297, 330. . 

Grast (François), peintre anglais, 
III, 37 et note 2. 

Grec h cheval (le), tableau de De* 
lacroix, III, 131, 137, 142. 

Grèce contemporaine (la), d'Ed- 
mond About, III, 176 et note 1, 
181 note 3. 

Grenier de Saint-Martin, peintre, 
élève de Delacroix, I, 274 et 
note, 290, 291, 306; II, 374. - 



TABLE ALPHABETIQUE. 



461 



(Henri - Gustave et ThéopKile - 
Yves-René), fils du précédent, 
III, 318 et note. 

GrÉtry, compositeur, I, 123; III, 
207. 

Grimblot (Mme), III, 403, 405. 

Grisi (Mme), cantatrice, II, 154, 
293. 

Gros (baron), peintre, I, 9, 61, 
65, 115, 130, 149, 302, 374; II, 
3 note 1, 172, 251, 252, 388, 
429; III, 67 note 4, 105, 201 
note 2, 208, 431. 

Gros-Chamelier (M.), I, 186. 

Grosclaude (Louis), peintre, III, 
127 et note 2. 

Grzymala (le comte), amateur, I, 
302et note 2, 318, 320 ; II, 163, 
169,222,388; III, 9, 50, 156. 

Guasco, I, 317, 318. 

Gudin (Théodore), peintre de paysa- 
ges et de marines, I, 410 et note. 

Guêpes (lesj, d'Alphonse Karr^ II, 
213 note. 

Guerchin (le), maître italien, 1, 203. 

Guérin (Gabriel), peintre, I, 44; 
III, 82 et notes 1 et 2. 

GuÉRiN (Jules), chirurgien, II, 427 
et not%; III, 108 et note 2, 110, 
111, 127, 128. 

Guerre des femmes (la), roman de 
Dumas père, III, 15 note. 

Guetteurs de lion, toile de Dela- 
croix, II, 330 et note 1. 

Guide (Guido Reni, dit le), maître 
itolien, I, 359; II, 278 et note 
2; III, 119, 120. 

Guillaume Tell, opéra de Rossini, 
II, 296, 301, 351; — tragédie 
de Schiller, II, 300. 

Guillemaroet (Félix), ami de De- 
lacroix, I, XIII, 2, 3 note, 13, 
15, 16 note, 24, 27, 45 note, 93, 
107, 112 note, 115, 123, 408 ; 
II, 43, 121, 379; III, 49 et note [ 



1, 67, 118, 127, 128, 160, 164, 
290, 291, 391, 416, 417. — 
(Louis), I, 413; III, 47 et noto. 
-- (Caroline), L 115; III, 48.— 
(Edouard), frère de Félix, I, 15, 
16 et suiv.; 19, 89, 102, 104, 
115, 130; 111,128,290. 

Guillemardet (Mme), I, 66, 71, 
80, 99. 

GuizOT, historien et homme politi- 
que, II, 77. 

Gustave III ou le Bal masque', 
opéra d'Auber, III, 141 et note 3. 

GuYOSf (Mme Emilie), comédienne, 
III, 339 et note 2. 



Habeneck, violoniste, I, 354 et 
note. 

Handel, compositeur allemand, III, 
127. 

Halévy (Jacques), compositeur, I, 
317, 408; II, 38, 75, 77, 78, 
96 note 1, 105, 106, 139, 235 
et note 1, 237, 272, 312, 378, 
402, 410, 496; III, 8 et note 2, 
26, 28, 32, 33, 42, 43, 52, 126, 
141 note 2, 181, 185, 186, 304, 
330. — (Mme), II, 106, 235, 
496; III, 8. 

Hamlet, toile de Delacroix, I, 357, 
408; II, 479. 

Hamlet ayant tué PoloniuSy toile 
de Delacroix, II, 330 et note 3, 
476, 479; III, 35 et note 3, 143 
et note 3. 

Haro, expert, I, 408, 410, 420, 
439;II,46, 124, 375,381; III, 
32, 137, 146, 160, 164, 179, 
267, 275, 294, 317, 351. — 
(Mme), II, 124. 

Hartmanst, amateur, III, 149, 161, 
303 et note 2, 4^01. 



46Î 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Hacssmanei (le baron), préfet de la 

Seine, III, 123 et note 3, 124, 

305 et note 3. 
Haussoktille (Mme d'), III, 139 

note, 143. 
Haussoullier , peintre et graveur, 

I, 263 et note. 
Hat (M.), consul général et. chargé 

d'affaires d'Angleterre au Maroc, 

I, 154 et note, 157, 158. 
Hatdn, compositeur allemand, I, 

270, 426; II, 276, 325, 326; 

III, 11. 
Hatdon, peintre anglais, I, 135 et 

note. 
HÉBERT (Ernest), peintre, III, 118 

et note 2. 
Hecquet, I, 413. 

HÉDOUiN (Edmond), peintre et gra- 
veur, I, 253 et note, 255, 302; 

11,92; 111,182. 
Heim (François-Joseph) , peintre , 

III, 83 et note 1. 
Heine (Henri), poète et littérateur, 

III, 134 et note. 
HÉLÈNE, modèle de Delacroix, I, 

52, 84, 92, 93, 95, 104. 
Héliodore chassé du temple, ta- 
bleau de Delacroix (chapelle des 

Saints-Anges, à Saint-Sulpice), 

1,411 note 2; 11,467; 111,350. 

— Esquisse du même, III, 401. 
Héliodore chassé du templcy tableau 

de Francesco Solimena, I, 203 

note, 
Henmequin (Amédée), ami de Ber- 

ryer, II, 353 et note 4, 358, 362, 

363, 366, 368. 
Henri IV, 11,485. 
Henri IV dans sa maison, petite 

toile de Delacroix, I, 311. 
Henri /F, drame de Shakespeare, 

III, 424. 
Héraclius, tragédie de Calderon, 

III, 320, 321. 



Herbact, I, 311, 372. 

Herbelin (Mme), peintre, II, 89 et 
note 1, 137, 157, 175; III, 25, 
130 et note 5, 132, 162, 184 et 
note 1, 396. 

Hercule étouffant Antée, toile de 
Delacroix, II, 314 et note 3. 

Hercule ramène Àlceste du fond 
des enfers, tympan décoratif de 
l'Hôtel de ville, par Delacroix, 
I, 216. 

Hercule et Diomède, toile de Dela- 
croix, II, 286 et note 4. 

Hermakt (Adolphe), dit Hermann, 
violoniste, II, 314 et note 2. 

Herminie et les bergers, toile de 
Delacroix, II, 291; III, 143, 161 
et note 1, 162, 362 note. 

Hérodote interroge les traditions 
des Mages, peinture décorative, 
de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, I, 257. 

Hésiode et la Muse, peinture déco- 
rative de la bibliothèque du Pa- 
lais-Bourbon, par Delacroix, I, 
257, 

Hesse (Nicolas-Auguste), peintre, 
III, 416. 

Hetzel, libraire et littérateur, II, 
269 et note 2. 

Hippocrate, II, 367; III, 177. 

Hippocrate refuse les présents du 
roi de Perse, peinture décora- 
tive de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, I, 258. 

His (Charles), publiciste, I, 271 
et note. — (Mme) , II , 342 et 
note. 

Histoire de la Révolution y i^bt Mi- 
chelet, I, 302. 

Histoire de la vie et des ouvrages 
de Raphaël, par Quatremère de 
Quincy, I, 108 et note. 

Histoire de V Egypte sous Méhémet' 
Ali y par Maugin, I, 108. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



46d 



Histoire de ma vie, par George 
Sand, III, 34 et note 2. 

HiTTORF (Jacques-Ignace), archi- 
tecte, III, 63 et note 4, 304. 

HoGARTH (William), peintre et gra- 
veur anglais, III, 38, 41. 

HoiÈRE, II, 72, 258, 260, 301, 
302, 388; III, 240, 263, 272, 
310, 348, 361. 

Homme dévoré, par un lion, toile 
de Delacroix, I, 351 et note, 357. 

Hommes couchés ^ après le bain, I, 
215. 

Hommes jouant aux échecs, toile 
de Delacroix, I, 357. 

Horace, I, 75 note; III, 171, 254, 
361. 

Hortensias, toile de Delacroix, I, 
347, 354. 

HoDDETOT (le comte d'), adminis- 
trateur et homme politique, I, 
137 et note; 11,313. 

HoussAYB (Arsène), littérateur, II, 
290 et note 1. 

HuBER (Pierre), naturaliste suisse, 
III, 57 et note. 

HuET (Paul), peintre paysagiste, 
II, 377 et note 1; III, 118 et 
notea 1 et 3, 323. 

Hugo (Victor), un, liv, I, 210 et 
note, 363, 371; II, 201, 362. 

Huguenots (les), opéra de Meyer- 
beer, 1,268; 11,300,301. 

Hugues (Henri), cousin de Dela- 
croix, I, 9 note, 13, 19, 25, 58, 
63, 71, 97, 255. 

HuNT (William-Holmant), peintre 
anglais, III, 38 et note 3, 51. 



loEviLLE (comte D*), diplomate, II, 

369; III, 118. 
Iliade (!'), III, 263, 270, 348. 



Ingres, peintre, xlix, li, lu; I, 
84 et note, 87, 139, 195, 345, 
366; II, 161, 236, 317 et note, 
352 et note 2, 375 et note 3; 
III, 22, 27, 36, 42, 88, 113, 
147, 335, 416. 

Intérieur d*Oran (Un), toile de De- 
lacroii, L 314. 

Intérieur de harem, toile de Dela- 
croix, II, 292. 

Intérieur d'un potier en Italie, 
esquisse de Decamps, II, 175. 

Iphigénie en Aulide, tragédie lyri- 
que de Gliick, I, 422. 

Irbhe, amie de Delacroix, II, 151. 

ISABET (J.-B.), peintre miniaturiste, 
I, 416 et note, 432; II, 310, 
445, 448, 449, 455; III, 239. 
— (Mme et Mlle), II, 445. 

Italiana in Algieri (V) , opéra- 
bouffe de Rossini, III, 318. 

Ivanhoé, roman de Walter Scott, 
III, 421. 

Ivanhoé, tableau de Delacroix, I, 
46. 

Ivanhoé et Rebecca, petite toile de 
Delacroix, III, 348. 



Jacob (Henri), lithographe, I, 72. 

Jacob, cousin de Delacroix, I, 72; 
11,349; III, 112 et note. 

Jacquard, peintre, I, 333 et note. 

Jacquet, marchand de curiosités, I, 
306 et note. 

Jacquirot (le général Charles) , cou- 
sin de Delacroix, I, 53, 56. 

Jadir, paysagiste, I, 271 et note. 

Jalabert, peintre, II, 227 et note 
2; III, 165. 

Jar (Laurent), journaliste, I, 243 
et note, 256, 257, 316; III, 42, 
43, 44. 



464 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Jane Eyrty roman de Charlotte 
Broute, III, 351 et note i. 

Jane Shore, aquarelle, lithographie 
et peinture de Delacroix, I, 74, 
79,92,93,95,104. 

Janiii (Jules), critique, II, 105 et 
note 1; 111,42, 43. 

Janmot ^Louis, dit Jan-Loois), pein- 
tre, III, 41 et note 1, 88. 

Jardin de Méquinez, aquarelle de 
Delacroix, I, 214. 

Jaubert (Mme), écrivain, I, 423 et 
note; II, 123 note, 355 note 2, 
359 note 2; III, 54, 56, 57, 397. 

Jesbt. Voir Le Guillou. 

Jérusalem délivrée (la), poème du 
Tasse, I, 375; II, 291 et note 4; 
III, 29 note, 385. 

Jésus Jlag elle f toile de Rubens, mu- 
sée d'Anvers, II, 6. 

Jésus qui veut foudroyer le monde, 
toile de Rubens, musée d'Anvers, 
II, 5. 

Jeune femme qui se peigne, toile 
de Delacroix, II, 306 et note. 

Jeune fille dans le cimetière, toile 
de Delacroix, III, 53 et note. 

Jeune homme qui déjeune^ petite 
toile de Meissonier, II, 220. 

Jeune marin expirant, sculpture 
par Allier, I, 98. 

Job et ses amis, tableau deDecamps, 

II, 165, 174. 

JoLT OE Fleurt, magistrat, III, 

122. 
JOLT Grangedor, peintre, élève de 

Delacroix, II, 87 note 1. 
JOMiNi (baron), général et écrivain 

suisse, II, 292. 
JoRDAEKS, maître flamand, I, 303; 

III, 282. 

Joseph, opéra de Méhul, I, 96. 

Joseph Balsamo, roman d'Alexan- 
dre Dumas père, II, 115, 117, 
123,433; III, 342 note 1. 



Joséphine (l'Impératrice), portrait 
par Prud'hon, I, 301 et note. 

Josué arrêtant le soleil, aquarelle 
de Decamps, II, 165 et note. 

JOUAUT, III, 71. 

JouRirÉ (Mme), fille de M. Bornot, 

I, 403 note* 

JouvEiTET (J.), peintre, II, 173. 
Jugement de Paris (le), toile de 

Raphaël, I, 283. 
Jugement dernier (le) , toile de Ghe- 

navard, II, 470. 
Juif errant (le), opéra d'Halévy, 

II, 96 et note 1. 

Juifs de Méquinez, toile de Dela- 
croix, I, 214, 311. 

Juive (la), opéra d'HaIé\7, ^'» ^*^ 
et note 2. 

Juives de Méquinez, toile de Dela- 
croix, I, 214. 

Juives de Tanger, toile de Dela- 
croix, I, 214. 

Jules César, tragédie de Shakes- 
peare, III, 321. 

Jules Romain, maître italien, III, 
39. 

Julie, servante de Delacroix, II, 
330,438; 111,31. 

Juliette sur le lit, tableau de Dela- 
croix, I, 214. 

JussiEu (Joseph de), botaniste, I, 
344, 447 note 1. — (Adrien), 
son fils, I, 447 et note. 

Justinien, toile de Delacroix, II, 
387 note 1. 



Kaïd goûtant le lait que lui offrent 

les paysans, dessin à la plume, 

de Delacroix, I, 214. 
Ralerji (Mme), amie de Ghopin, I, 

359, 369, 371, 372, 431 ; III, 86, 

90, 91, 92. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



465 



Kant, philosophe allemand, II, 

443. 
Rarr (Alphonse), littérateur, II, 

213 et note. 
Kayser (de), peintre^ II, 411. 
Kerdrel (M. de), homme politique, 

II, 488. 

RiATKOwSKi^ ami de Chopin, II, 

223. 
Klotz, architecte de Strasbourg, 

III, 83. 

Knepfler, peintre, I, 278. 

Knox le puritain prêchant devant 

Marie Stuart, esquisse de Wil- 

kie, I, 196 note* 



Labbé, I, 247. 

Lablache (Mlle Mariette), canta- 
trice, II, 176 et note 3. 
Labourage nivernais, toile de Rosa 

Bonheur, musée du Luxembourg, 

I, 351 note. 
La Bruyère, II, 182; III, 352, 
Lac (le), poésie de Lamartine, I, 

366. 
Lacépède (de), naturaliste, I, 239. 
La Combe (le colonel de), auteur 

d'un ouvrage sur Charlet^ III, 

187 note 2, 371 note 2. 
Lacroix (Gaspard -Jean), peintre 

paysagiste, I, 288 et note, 289, 

291, 307 et note. 
L€uiy Macbeth, toile de Delacroix, 

I, 377 et note 5. 
Lafost (Emile), peintre, I, 431 et 

note 2. 
La Fontaine, 11,51, 216, 390, 396, 

440; III, 171. 
Lagnier, III, 166. 
Laguerre (le docteur), III, 276, 

277, 284, 288, 290, 291, 304, 

318, 433 et note 2. 

III. 



Laitt, ancien lieutenant d'artillerie, 

II, 314 et note 1; 111,118. 
Lajudie (Mme de), fille aînée da 

baron Rivet, III, 65 et note, 
404. 
Lamartine, I, 87, 91, 346, 367, 
415; II, 347 et note, 348,396; 

III, 110, 348, 397. 

Lambert (Eugène), peintre, II, 87 
et note 1. 

Lambert (Mme), fille de M. Bor- 
not, I, 403 note. 

Lamet, cousin de Delacroix, I, 75 
note; 111,81 et note, 82, 93, 96, 
132, 163 et note 5, 161, 165, 
277, 278, 289, 294, 335, 336, 
413, 416.— (Mme), I, 105; III, 
83, 85, 86, 96, 132. 

Lamet (Ferdinand), III, 85^ — 
(Mme), m, 148. 

Lamoricièrb (le général), I, 447 et 
note 1; 11,364. 

Lamt (Eugène), peintre et dessina- 
teur, II, 174 et note. 

Landon (Paul), peintre et littéra- 
teur, II, 401 et note. 

Langlois (Jean -Charles), peintre, 
III, 324 et note 2. 

Lanton, III, 86. 

Laporte (M de), consul de France 
au Maroc, I, 150 et note. — 
(Mme), I, 394. 

Larchez, I, 105. 

Laribe, I, 30. 

La Rive, tragédien, I, 272. 

Larivière, peintre, II, 311 etnote2. 

L ARRET (le baron), chirurgien, I, 
286 et note. 

Las Marismas (Mmej, III, 297. 

Lassallb (Emile), peintre, élève de 
Delacroix, I, 274 et note, 299; 

II, 87 note 1 ; III, 174 et note 3. 
Lassalle-Bordes, peintre, élève de 

Delacroix, I, 260 note, 261 note j 

III, 167 note. 

30 



M6 



TABLE ALPHABETIQUE. 



LaSSCs (J.-B .-Antoine], architecte, 
1,343 et note; II, 177. 

Lastetrib (le comte de), archéoio- 
gae, II, 152 et note 2. 

Latouche (Henri de), littératear, 
III, 34 et note 3. 

Latooe (Maurice-Quentin de), paa- 
telliste, III, 169 et note 3. 

Laugier (Jean-Nicolas), grayeor, 
I, 130 et note. 

Laucier (Stanislas), chirurgien, I, 
306 et note. 

Lacrb, modèle, I, 92, 93, 104, 130, 
131. 

Laurebceau (Baron), ami deBerryer, 
11,487,490.— (Baronne),II,487. 

Lauebm (Joseph-Bonayenture), lit- 
térateur et compositeur, I, 326 
et note. 

Laurers (Jules), peintre, lithogra- 
phe et graveur, I, 326 et note, 
424 et note; II, 37. 

liAVALETTE (le comte de), III, 45 
note, 46, 173. — (Mme de), II, 
391; III, 45 et note. 

Lavotpierre, cuisinier, II, 483. 

Lawrence, peintre anglais, II, 162 
et note 1; III, 36 note, 38, 69, 
216, 377. 

Leblord (Frédéric), ami de Dela- 
croix, I, XIII; I, 43 et note, 53, 
72, 66, 69, 71, 72, 74 à 76, 82, 
90, 91, 94, 96, 102, 103, 107, 
117, 124, 127, 129, 130, 132, 
135 à 139, 247, 281, 290, 307, 
308, 317, 318, 354, 369. — 
(Mme),I, 282,308, 354. 

Lbborre (Joseph-Louis), peintre, I, 
92. 

Lebouc (Charles) , yioloncelliste, 
III, 131 et note 2. 

Labre, archéologue, III, 363. 

Lebrun (Charles), peintre, I, 368; 
11,91, 173, 315; 111,119, 248, 
252, 291. 



Lecomte (Hippolyte), peintre, II, 
76 et note 1. 

Leczihsei (Stanislas I"), roi de 
Pologne, III, 278, 279, 280, 
281, 283. 

Léday fresque de Delacroix, à Val- 
mont, I, 193 et note. 

Ledru (Hilaire), peintre, III, 395 
et note 3. 

Lbdru des Essabts (le général), 
voisin de campagne de Delacroix, 
à Champrosay, I, 445 et note. 

Ledru-Rollir, II, homme politique, 
376. 

Lefebvre, marchand de tahleaux, 

I, 357 et note. 

Lefebvre (Charles), peintre, I, 
290 et note; 11,292. 

Lefebvre (Jules), peintre, III, 289 
et note. 

LEFàvRE-DEUMiER, littérateur et 
poète, 11,314 et note 6, 386; 
III, 120 et note 1. — (Mme), 
sculpteur, II, 314 et note 6; 
III, 120. 

Lefrahc, marchand de couleurs, I, 
316; 11,411. 

Lbfuel, architecte, II, 229 et note 
2; III, 10,26,135. 

Leoendre, III, 410. 

législation (la), peinture décora- 
tive de la bibliothèque du Pa- 
lais-Bourbon , par Delacroix, I, 
257. 

Legouvé (E.), auteur dramatique, 
III, 20. 

Legrakd, ami de Berryer, III, 292. 

Legrand (Mme Pierre), fille de 
M. Bomot, I, 403 note. 

Legros (Pierre^, sculpteur, II, 
129 et note 2. 

Le Guillou (Jenny) , gouvernante de 
Delacroix, I, 256 note 2, 315 et 
note 2, 383, 406, 434, 442, 444; 

II, 1, 15, 25, 103 et note, 123, 



TABLE ALPHABETIQUE. 



467 



134, 185, 186, â02, 210, 228, 
242, 247 et note 1, 256, 269, 
286, 328 à 331, 335, 336, 386, 
387, 411, 417, 425, 427, 430, 
438, 447, 477, 492; III, 24, 
29, 93, 101, 103, 104 et note, 
105, 107, 108, 132, 145, 161, 
179, 180, 266, 269, 272, 278, 
284, 288, 304, 347, 409, 433 
et note. 

Lehmanii, peintre, II, 81 et note 1, 
89, 106, 295. 

Lebon (Mme), II, 378. 

Lehon fils, II, 378. 

Leibnitz, philosophe allemand, II, 
442. 

Leleuz (Adolphe-Pierre), peintre, 
I, 235 et note, 253, 302. 

Lélia, toile de Delacroix, I, 324, 
332 et note. 

Lbliètre, peintre, I, 46, 53, 56, 
57, 75, 84, 99, 105, 106. — 
(Mme), I, 54, 55, 92. 

Lemaitre (Frederick), acteur, II, 
201 et note. 

Lemercier (Népomucène), littéra- 
teur, I, 81, note. 

LEMOiN?fB (John), journaliste, III, 
108 et note 1. 

Lemole (M.), amateur, I, 93. 

Lenoble, homme d'affaires de Dela- 
croix, I, 297, 328, 335. 

LENORMÀtiT (Charles), archéologue 
et historien, III, 344 et note 1. 

LÉON X (le pape), II, 377. 

Léonore , opéra de Beethoven , 
appelé aussi Fidelioy I, 5^7 et 
note, 417. 

LÉOTAUD (Mme de), III, 5. 

Lequien fils, dessinateur, III, 68. 

Lerminier, pubticiste, I, 317. 

Leroux (Eugène), lithographe, III, 
164 et note 1. 

Leroux (Jean-Marie) , graveur et 
dessinateur, III, 160 et note 2. 



Leroux (Pierre), publiciste, I, 325 

et note ; III, 2 note 3. 
Leroy (F.), III, 150. 
Lerot d'Etiolbs, chirurgien, III, 

350. 
Lesage, peintre, II, 396. 
Lesage, romancier, III, 360. 
Lbslie (Charles-Robert), peintre 

anglais, III, 37 et note 1. 
Lespi NASSE (Mlle de), femme de 

lettres, III, 428. 
Lessert (Mme de), III, 331. 
Lessore (Emile - Aubert) , paysa^ 

giste, I, 311 et note, 335. 
Lesueur, peintre, I, 203, 300, 304; 

II, 63, 64, 91, 129, 171; III, 

253. 
Lettre sur les spectacles ^ de J.-J, 

Rousseau, II, 407. 
Lettres sur V Egypte, par Savary, 

I, 107 et note. — Sur la Grèce, 

I, 107, note. 

Levassor, acteur comique, II, 419 

et note 2; III, 21 et note 1. 
Level, sculpteur, II, 495. 
Lbtgue, peintre, élève de Delacroix, 

II, 87 note 1. 

Leys (Henri), peintre belge, II, 30 

et note; III, 39. 
Lewis, romancier anglais, I, 213 

et note. 
Lhéritier (le docteur), III, 345 et 

note 1. 
Liberté de 1830 (la) , toile de Dela- 
croix, musée du Louvre, I, 337. 
Lion (le), gravure de Denon, I, 

296. 
Lion (un), tableau de Delacroix, I, 

234 note. 
Lion (un), pastel de Delacroix, I, 

239. 
Lion (le petit), tableau de Delacroix, 

IL 418 
Lion dans les montagnes, toile de 

Delacroix^ II, 61. 



468 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Lwn gueitant sa proie, tableaa de 

Delacroix, 11, 292 et note. 
Lion (an), toile de Yan Tholden, 

à Bruxellei, II, 8. 
Lion et le San§lier (le), toile de 

Delacroix, II, 137. 
Lion et V Homme mort (le), toile de 

Delacroix, 1, 291, 293, 301. 
Lion terrassant un sanglier, toile 

de Delacroix, II, 138. 
Lions., deux toiles de Delacroix, II, 

340 et note!; III, 137,143. 
Lions (denx), toile de Delacroix, 

II, 138. 

Lisette, paysanne du Louroux, I, 

2, 4, 5, 6, 14. 
Liszt, pianiste et compositeur alle- 
mand, I, 288 note; 11,47; III, 

68 et note 1. 
Loges du Vatican (les), I, 79 note. 
LosiCHAMPS (Pierre-Charpentier de), 

littérateur, III, 392 et note 1. 
LoPEz ou LoPÈs, peintre, I, 27 

note, 45, 53, 72, 75, 104. 
LoRD-MAiRE de Londres (le), III, 

30, 31. 
Loth, toile de Rubens, musée du 

Louvre, II, 388. 
Louis XIV, III, 5. 
Louis XVI, II, 350, 376. 
Louis-Philippe, 1, 79 et note, 171. 
Louroux (le), propriété du général 

Charles Delacroix, en Touraine, 

1,1. 

Louvois, III, 5. 

Lucas de Letoe, maître hollandais, 
I, 386 ; II, 4 et note; III, 226. 

LuccÀ DBLLA RoBBiA, sculpteur flo- 
rentin, II, 437. 

Lucrèce et Tarquin, toile de Titien, 
I, 273. 

Lucrezia Borgia, opéra de Doni- 
zetti, II, 281 et note 2, 293, 302. 

LuLLi, musicien et compositeur, 

III, 13. 



Lumière du monde (la), toile de 
Hant, 111, 38 note 3. 

LuKA (Ch. de), peintre, II, 94. 

Lutte de Jacob avec l'ange (la), 
peinture décorative de la chapelle 
des Saints-Anges, à Saint-Sol- 
pice, par Delacroix, I, 411 note 
2. 

Lycurgue consulte la Pythie^ pein- 
ture décorative de la bibliothè- 
que du Palais-Bourbon, par De- 
lacroix, I, 257 note, 261 note; 
11,92. 

Ltonne (M. de), I, 272. 



Macbeth, tableau de Fielding, I, 

116. 
Macbeth, traduction en vers de 

J. Lacroix, III, 434 et note 2. 
Machiavel, II, 445. 
Madeleine dans le désert (la), toile 

de Delacroix, I, 279. 
Madeleine en prière, toile de Dela- 
croix, II, 274 et note. 
Mage, I, 71, 73. 
Magendie (François), physiologiste, 

III, 327, 328, 329 et note 1. 
Magne, homme d'État, III, 413. 
Maindron (Hippolyte), sculpteur, 

I, 296 et note. 
Maison (le maréchal), II, 478. 
Ma ître Pathelin , opéra - comique 

de Fr. Bazin, III, 185 et note 3. 
Maîtres d* autrefois (les), ouTrage 

d'Ëug. Fromentin, II, 5 note 1, 

7 note, 24 note. 
Maîtres et petits maîtres, ouvrage 

de Ph. Burty, I, 420 note 1. 
Malhebbe, III, 388. 
Malibraw (la), cantatrice, I, 247, 

248, 249, 250. 
Malleville, I, 346. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



469 



Maucey (M.), Il, 176. — (Mme), 
II, 176. 

Mancbau (M.), membre du Conseil 
municipal de Paris , II, 78, 87, 
147, 464. — (Mme), II, 147, 
454, 456, 462 ; III, 409. 

Marboutt (Mme), ou Glaire Brunne, 
écrivain, III, 344 et note 3, 
351. 

Mabc- Antoine Raimondi, graveur 
italien, II, 273 et note 2 ; III, 226. 

MarC'Aurèle mourant y toile de De- 
lacroix, musée de Lyon, I, 274, 
351 et note; III, 30 note. 

MàRG-AunàLE, empereur romain, 
III, 30, 100. 

Marcellini Czartoryska (la prin- 
cesse), I, 408 et note 5, 414; II, 
163, 169, 222, 224, 285, 309, 
358 et note, 360, 362, 365, 494, 
496; III, 2 et note 1, 8, 11, 12, 
120, 122, 126,1 27, 131, 139, 156. 

Makchand (le comte), III, 120 et 
note 2. 

Marchand d* oranges y toile de Dela- 
croix, II, 138. 

Marché aux chevaux (le), toile de 
Rosa Bonheur, II, 226. note 1. 

Marché d^ Arabes (le), aquarelle de 
Delacroix, I, 214. 

Marcus Sextus, tableau de Guérin, 
1,44. 

Mare au Diable (la) , roman de 
George Sand, I, 302. 

Maréchal marocain y toile de Dela- 
croix, II, 137. 

Mabeste (le baron de), I, 272 et 
note, 358; 111,50, 124, 182. 

Mabet, duc de Bassano, II, 486 et 
note. 

Marguerite auprès de l'autel, litho- 
graphie originale de Delacroix, 
III, 131 et note 1. 

Marguerite en prison, lithographie 
de Delacroix, III, 292. 



Margderitte, III, 267. 

Mariage mystique de sainte Cathe- 
rine, toile de Rubens, à Anvers, 
11,6. 

Mariage secret (le) {Il matrimo- 
nio segreto), opéra bouffe de Gi- 
marosa, I, 277, 293 et note, 419. 

Marianne, tragédie de Voltaire, 
III, 319. 

Mabie, modèle, I, 25, 133. 

Marie-Louise (l'impératrice) , II , 
374. 

Marie Stuart, opéra de Nieder- 
meyer, I, 249. 

Marino Faliero, toile de Delacroix, 
II,222note4; III, 143 et note 4. 

Mario, chanteur italien, II, 282, 
327. 

Marivaux, II, 272. 

Marliaki (la comtesse), amie de 
Chopin, I, 252 et note, 305, 310, 
325, 326,345,406; 11,243. 

Maroc (voyage au), cahier de notes 
et de croquis de Delacroix, appar- 
tenant autrefois à M. le profes- 
seur Charcot, qui Ta légué à la bi- 
bliothèque du Louvre, I, 145. 

Marocain à cheval, toile de Dela- 
croix, III, 143. 

Marocain montant à cheval, toile 
de Delacroix, II, 476, 479. 

Marocains (les deux), toile de Dela- 
croix, II, 229. 

Marocains endormis, tableau de 
Delacroix, 1,255, 291. 

Marochetti, sculpteur, I, 97 et 
note, 104, 108. 

Marquise de Pescara (portrait de 
la), I, 75 et note. 

Marrast (Armand), homme politi- 
que, I, 344 note. 

Mars (Mlle), tragédienne, I, 268. 
290 et note, 291. 

Martigmac (vicomte de), homme 
politique, II,. 359. 



Aro 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Mabtib (Jean-Biaise), chanteur, II, 
462 et note 2. 

Martik-Delesthe, peintre, I, 305. 

Martinet (Achille-Louis), graveur, 
III, 268 note 1. 

Martivet (Louis), peintre, III, 26 
et note 5, 

Martyre de saint Cyr et de sainte 
Ju/i>t(e (le), toile de Heim, église 
Saint-Gervais, III, 83 note i. 

Martyre de saint Pierre (le), toile 
de Rubens, à Cologne, II, 167. 

Massacre de Scio (le), tableau de 
Delacroix, 1, 37, 39 note, 85 note, 
107, 123, 125, 132, 235 note ; II, 
222 note 4, 281 note, 353 et 
note 1, 381 et note 2. 

Massacre des Innocents (le), de Ra- 
phaël, gravure, I, 96. 

Massillon, III, 293. 

Masson (Adolphe), aquafortiste, III, 
350 et note 2. 

Masson (Alphonse), graveur^ I, 
235 et note. 

Mater dolorosa, esquisse de Dela- 
croix, 1,325. 

Mathilde (la princesse), II, 179 
et note 3. 

Maupraty drame tiré du roman de 
George Sand, II, 283 et note. 

Maudisse (J.-B.), peintre et litho- 
graphe, I, 27 note; II, 28. 

Maxime du Camp, littérateur et cri- 
tique, I, VIII. 

Mater, peintre, I, 134 et note. 

Mazeppa, croquis et dessin de De- 
lacroix, I, 73, 86. 

Médée, toiles diverses de Delacroix, 
I, 70, 274 note, 324; II, 222 
note 4. 

Médée furieuse y toile de Delacroix, 
III, 157 et note, 165, 174 note 
3, 308. 

Méditations poétiques (les), de La- 
martine, I, 415. 



Meer (Van der), maître hollan- 
dais, III, 211. 
MÉHUL, compositeur, I, 96. 
Mbissonier, peintre, I, 350 et 

note, 351, 408, 414, 417; II, 

220, 435; III, 36, 118, 121, 

220 note, 416. 
Mélanges d'histoire et de philoso- 
phie y par Voltaire, III, 413. 
Melmoth ou V Amende honorable, 

toile de Delacroix, I, 81. 
Membres (Edmond), compositeur, 

III, 3 et note 2, 4. 
Mémoire sur la peinture y I, 59 et 

note. 
Mémoires de Dumas, II, 280, note 

2. 
Mémoires d'Horace, par A. Dumas 

père, III, 412. 
Mémoires d'un bourgeois de PariSy 

du docteur Véron, II, 225 note 

1, 247 note 2, 258. 
MÉNARD (la), danseuse, III, 62. 
Mémard (Louis), critique d'art, I, 

311 et note. 
MÉNARD (René) , peintre, 1, 311 note. 
Mendelssohn, I, 294, 326; II, 83, 

327; UI, 12, 389. 
MÉNESSIER (Mme), I, 346, 363. 
Meneval (le baron de), I, 379 et 

note, 380, 432; 11,224. 
Meneval (Mme), III, 351. 
Mengs (Raphaël), peintre et écrivain 

allemand, III, 193 et note, 248, 

384. 
Menjaud, acteur, I, 74 et note. 
Menuet (le), dessin de Charlet, 

III, 427. Voir Charlet. 
Mercet (Frédéric Bourgeois db), 

peintre et écrivain, I, 358 et 

note; II, 38, 295, 313, 379; III, 

63 et note 2, 64, 117, 331, 336, 

337, 434. 
MÉRIMÉE (Prosper) , littérateur et 
romancier, I, 346; II, 179 et 



TABLE ALPHABETIQUE. 



471 



note 1, 221, 264, 317; III, 4, 
26, 64, 125, 179, 180, 276 note. 

Mehruau (Charles), journalnte, III, 
132 et note 2. 

Mebrard (Jacquet- André), homme 
politique, III, 127 et note 1, 
128, 184. 

Métamorphoses (les) d'Ovide, III, 
332. 

Meunier d* Angihault (le), roman 
de George Sand, I, 222 et note. 

Mbyerbeer, I, xLiv, 346, 371, 
372; II, 282, 295, 297, 299, 300, 
301; 111,9. 

MÉzY (de), I, 372. 

MiCHAVo (Joseph), dit Michaud 
aîné, littérateur, et non Michaud 
jeune comme il est dit, II, 361 
et note 1, 362. 

Michel (le baron), médecin mili- 
taire, III, 146 et note 2. 

Michel-Akoe, I, zz, zxziii, I, 2, 
44, 50, 51, 83, 87, 98, 111, 142, 
181, 196, 202, 203, 227, 299, 
407, 410, 414 ; II, 28, 29, 92, 
136, 160, 2, 185, 188 et note, 
395, 428, 429, 435, 440, 469, 
470, 471, 477,478, 496 ; III, 15, 
64, 70, 96, 156, 195, 197, 234, 
238 et note, 255, 256, 257, 261, 
264, 265, 309, 311, 252, 356, 
357, 358, 364, 365, 369, 382, 
394, 430. 

Michel- Ange dans son atelier, toile 
de Delacroix, musée de Mont- 
pellier, I, 384, 444, 446; II, 
138; III, 352. 

MiCHELET, historien, I, 302, 317. 

Mickiewicz (Adam), poète polo- 
nais, II, 53 et note. 

MiERis (Franz van), maître hol- 
landais, III, 211. 

MiLLAis (John Everin), peintre an- 
glais, III, 38 notes 2 et 3, 39 et 
note 1. 



Mille et une Nuits (les), III, 419. 
Millet, peintre, II, 160 et note 2, 

161. 
Milton soigné par ses filles y tableau 

de Delacroix, I, 25. 
MiNORET, voisin de campagne de 

Delacroix, à Champrosay, 1, 445 ; 

II, 185, 212, 265; 111,334. 
Mirabeau, II, 472, 473. 
Mirabeau répondant au marquis de 

Dreux-Brézé, toile de Delacroix, 

II, 472 et note; III, 351 et note 
3 ; — toile de Ghenavard, II, 472 
et note, 473. 

Mirbel (Mme de), peintre en mi- 
niature, 1, 383 et note 1 ; III, 405. 

Mires, financier, II, 312 et note 3, 
313. 

Mirrha, tragédie d'Alfieri, III, 49 
et note 2, 61. 

Misanthrope (le), 1,74 note; II, 
433; III, 270. 

MiTHRIDATB, I, 402. 

MocQUART, littéra^teur et homme 
politique, II, 76 et note 2, 77; 

III, 339, 342. 

Mohl (Jules), orientaliste, III, 131 

note 3. — (Mme), III, 131 et 

note 3. 
Moine (le), roman de Lewis, I, 213 

note. 
Moïse, statue de Michel-Ange, II, 

496. 
Moïse frappant le rocher y toile de 

Delacroix, II, 309. 
Moïse, opéra de Rossini, I, 69, 70^ 

137. 
Mole (le comte), homme politique, 

I, 344, 360. 
MoLièRE, I, 301, 315, 428; II, 412, 

433, 440; III, 13,96,332,370 

note 1, 374, 389, 397, 398. 
Moniteur (le), II, 158 et note 2, 

386, 410, 466 ; III, 40, 134, 237. 

240, 263. 



472 



TABLE ALPHABETIQUE. 



MoNTàiGSE, I, IV, 227, 439; II, 
44i;III, 224, 362. 

MORNIEA (Henry), littérateur et co- 
médien, III, 408. 

MoiTTEBELLO (le comte de) , III , 

46. 

Monte-Cristo {le comte de), ro- 
man d'Alexandre Dumas père, 
I, 259, 277, 285, 287. 

Montée au Calvaire (la), toile de 
Rubens, musée de Bruxelles, II, 
5 et note 2. 

MoRTESQuiEiT, I, 390, 391, 395 et 
note 2, 402, 403; II, 134; III, 
427. 

MosTFORT ( A ntoine - Alphonse ) , 
peintre, III, 180 et note 2. 

MoNTiJo (Mme de), III, 347. 

MoRTP£?iSiER (le duc de), I, 270 
note, 281. 

Monument d'Eugène Delacroix au 
jardin du Luxembourg, III, 303. 

MoORE (Morris), amateur anglais, 
III, 306 note 2, 331. 

Moreâu (M.), collectionneur, I, 
269 et note, 288; II, 155 note, 
291 note 3, 296, 330 et note 2; 
III, 26, 28, 31 et note 2, 51, 
101, 135 et note 2, 330. 

MoREAu (Gustave), peintre, III, 174 
et note 2. 

MoREAu-NÉL&TOK (Adolphe) fils, 
collectionneur, II, 330 note 2. 

MORNÂY (Charles, comte de), diplo- 
mate, ami de Delacroix, I, 22, 
145 note, 146 note, 148 à 151 
note, 164, 368 et note, 296, 
302, 311, 323, 325, 340, 347, 
409. 

MoRKT (duc de), homme politique, 
I, 295; II, 75 et note 2, 378; 
III, 4, 51, 137. 

Mort de saint Jean-Baptiste (la), 
peinture décorative de la biblio- 
thèque du Palais-Bôurbon, par 



Delacroix^ I, 257; II, 90 note 
i. 

Mort de Pline l'Ancien (la), pein- 
ture décorative de la bibliothèque 
du Palais-Bourbon, par Delacroix, 
1,258. 

Mort de Sardanapale, toile de De- 
lacroix, I, 209 et note. 

Mort de Sélim (la), projet de tableau 
de Delacroix, d'après lord fiyron, 
1, 115. 

Mort de VaUntin, tableau de Dela- 
croix, I, 239 et note i, 252, 
287, 288, 291. 

MoTTEz (VictOD-Louis), peintre, I, 
367 et note. 

MoDiLLERON (Adolphe), lithogra- 
phe, III, 26 et note 3, 124, 131. 

Mousquetaires (les Trois), d'Alex. 
Dumas père, I, 311. 

MouTiÉ (Mme), III, 415. 

Moutons égarés, toile de Hunt, III, 
38 note 3, 51. 

Mozart, I, xliv, 21, 55, 230, 266, 
268, 270, 274, 275, 283, 294, 
297, 308, 317, 352, 360, 365, 
368, 371, 409, 413, 414, 418, 
419, 422, 426: II, 82, 160, 166, 
167, 169, 187, 190, 222, 223, 
260, 261, 285, 286, 289, 309, 
319, 323, 325, 328, 352, 440; 
III, 2, 12, 13, 59, 70, 139, 186, 
225, 234, 311, 353, 355. 

Muley-Abd-el-Rhaman, tableau de 
Delacroix, I, 206 et note. 

MuLLER (Louis), peintre, I, 254 et 
note, 255. 

MuRiLLO, maître espagnol, I,xxxviii, 
144, 187,190, 229; II, 286; III, 
231, 350. 

Musiciens juifs de Mogador, ta- 
bleau de Delacroix, I, 175 et 
note, 310. 

Musset (Alfred de), II, 90 et 
note 2. « 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



473 



Musset (Paul de), III, 275 et note 

S, 297. 
Mustapha, II, 76 et note 3. 



N 

Nabuchodonosor, opéra de Verdi, 

1,293 et note. 
Nadaillac (Mme de), amie de Ber- 

ryer, III, 331. 
Nadauo (Gustave) , chansonnier, II, 

312 et note 1, 374; III, 397 et 

note. 
Naldi (Giuseppe), chanteur italien, 

I, 249, et note. — (Mme), I, 

249. — (Mlle), canutrice, 1, 249 

note. 
Nation de Lartigues, roman d'Alex. 

Dumas père, III, 15. 
Nanteuil (Célestin), graveur, III, 

326 et note 1. 
Napoléon I", I, 113, 115, 236,379 

et note, 380; II, 31, 75, 224, 

276, 374, 376, 486, 487,496; 

III, 4, 7 et note 3, 111, 354, 

355, 364. 
Napoléon III, I, 345, 426; II, 

306, 313, 393, 403; III, 46, 66, 

268, 339, 341 et note, 342. 
Napoléon (le prince Jérôme), II, 

147 ; III, 25, 27, 330. 
Napoléon au tribunal d'Alexandre 

et de César y par Jomini, II, 

292. 
Nassau, modèle de Delacroix, I, 

65, 66. 
Nassau (le duc de), II, 16. 
Naufrage, toile de Delacroix, II, 

292, 306. 
Naufrage de la Méduse (le), ta- 
bleau de Géricault, musée du 

Louvre, I, 22 note, 46 note, 78, 

88 note^ 136 note ; II, 92 note i, 

251. 



Navez (François-Joseph), peintre 
belge, II, 3 et note 3. 

NÈGRE (Charles), photographe, III, 
403 et note 1. 

Nègre de Tombouctou (le), aqua- 
relle de Delacroix, I, 215. 

Nblson (l'amiral), II, 168. 

NsMODRS (le duc de), I, 273. 

Neveu de Rameau (le), de Diderot, 
I, 260 et note. 

Net (le maréchal), I, 379; II, 359 
note 1. 

Nibdermeter, compositeur suisse, 

I, 367. 

NiEL (M.), bibliothécaire au minis- 
tère de l'intérieur, 1,260 et note. 

NiEUWERKERKE (le comte de), di- 
recteur général des Musées, II, 
179 et note 2; III, 21,25, 26, 
98, 99. 

Nina, ou la Folle par amour, opéra 
de Coppola, II, 351 et note. 

NiSARD (M.), littérateur et critique, 

II, 295 et note 2. 

Noce juive au Maroc (la), tableau 
de Delacroix, I, 154 et note. 

Nodier (Charles), littérateur, biblio- 
thécaire de l'Arsenal, II, 80 et 
note 2. 

Norma (la), opéra de Bellini, II, 
293, 487. 

Nourrit (Adolphe), chanteur, II, 
235 note 1; III, 131 note 2, 
305 et note 1. 

Nouvelles russes, de Nicolas Gogol, 
II, 264 et note 1. 

Nozze di Figaro, opéra de Mozart, 
1,21,25; 11,488; III, 139. 

Numa et Êgérie, peinture décora- 
tive de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, I, 257 
note. 

Nymphe endormie, toile de Dela- 
croix, I, 331 et note. 

Nymphes de la mer (les) détellent 



*74 



TABLE ALPHABETIQUK 



les chevaux du Soleil, projet de 
ubieau de Delacroix, pour la ga- 
lerie d'Apollon, et non exécuté, 
1,336. 



Obennann, de Pivert de Senan- 
cour, 1, 206, 207 ; III, 205, 234, 
237, 268 et note 2. 

Obéron, opéra de Weber, II, 82 et 
note. 

Odalisque, diverses toiles de Dela- 
croix, I, 291, 357, 358; II, 479, 
481. 

OÈBEITE on 0Ebe5 (Victoire, , mère 
d*Eugcne Delacroix, I, yii ; 7 
note; III, 302 note 1. 

Olinde et Sophronie, toile de De- 
lacroix, II, 291 et note 4, 330, 
335, 336 et note 2, 340; III, 29 
note, 143. 

Ohslow (Georges) , compositeur, 
I, 283 et note, 354. 

Ophélia dans le ruisseau, toile de 
Delacroix, II, 138. 

Orange (1'), gravure de Debucourt, 

1, 186. 

Ordre d'élargissement (1*), toile de 

Millais, III, 38, 39 note 1. 
O'Reilly (Mme), II, 80. 
Orléàks (la duchesse d'), I, 273. 
Orphée, de Gluck, III, 391 et note 

2, 409. 

Orphée apportant la civilisation à 
la Grèce, peinture décorative 
de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, I, 257, 
262 note, 265 et note, 280, 285, 
287 note, 289. 

Orsbl (Victor), peintre, I, 367 et 
note. 

OssuKA (le duc d'),;I, 360. 

Othello, tragédie de Shakespeare, 
III, 424. 



Othello, toUe de Delacroix, I, 284, 
291 et noie. 

Othello, opéra de Rossini, I, 2SI3 
et note; 111,52. 

Ottdi, scolpteor, II, 375 et notes S 
et 3. 

Otwat (Thomas), poète anglais^ I, 
70 et note. 

OuoBT (Jean-Baptiste), peintre ani- 
malier. Il, 162 et note 2; III, 203. 

OuTRiÉ (Justin), peintre et litho- 
graphe, III, 49 et note 3. 

Ovide chez les barbares, peinture 
décorative de la bibliothèque du 
Palais -Bourbon, par Delacroix, 
1,257; II, 92. 

Ovide exilé chez les Scythes, toile 
de Delacroix, II, 291 et note 3; 
III, 135 note 2, 137, 143 et note 
5, 161 note, 182, 362 note. 



Pacha de Laroche (le), croquis de 

Delacroix, I, 214. 
Paër (Ferdinand)^ compositeur et 

pianiste, I, 114 et note; III, 

276 note. 
Pagakini, violoniste, III, 126. 
Pàïva (la comtesse de), III, 9, 20. 
Paix consolant les hommes (la) et 

ramenant F abondance, peinture 

décorative du salon de la Paix, à 

l'Hôtel de ville, par Delacroix, 

II, 134 note. 
Paix mettant le feu à. des armes 

(la), esquisse de Delacroix d'après 

Rubens, I, 329. 
Palatiano (portrait du comte), par 

Delacroix, I, 253; II, 405 et 

note. 
Panhypocrisiade, poème satirique 

de Népomucène Lemercier, I, 81 

note, 83. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



475 



Pahseron, compositeur, II, 311 et 
note 3; III^ 130 et note 4, 181 
et note 2. 

Papety, peintre, II, 447 et note. 

Pappleton, I, 84. 

Parchappe (le général), voisin de 
campagne de Delacroix à Champ- 
rosay, II, 197 note 1, 237 et 
note 2; III, 36, 44, 161, 178 et 
note 1, 331, 334. 348. — (Mme), 

II, 197 note 1; III, 33, 52, 334, 
335. 

Pariset (Etienne), médecin et litté- 
rateur, II, 367 et note; III, 176, 
177. 

Parooi (Mme), cantatrice, II, 293. 

Pascal (Biaise), II, 190, 446, 453 
note ; III, 189, 390. 

Pascot (Charles), oncle de Dela- 
croix, I, 19 note, 27. 

Pasquier (le duc), homme politique, 

III, 362. 

Passion (la petite) , suite de gravures 
sur bois d'Albert Durer, I, 375. 

Pasta (Mme), cantatrice, I, 26, 
71,248,250; II, 293. 

Pastoret (le marquis de), littéra- 
teur, III, 63 et note 1, 67, 132 
et note 3. 

Pastré, II, 478. 

Patin (Gui), II, 177; III, 20. 

Patin (Henri -Joseph -Guillaume), 
professeur et littérateur, III, 20. 

Penguillt L'Harioon ( Octave ) , 
peintre, I, 271 et note; III, 181 
et note 1. 

Paten (Anselme), chimiste, III, 4 
et note. 

Paysage avec Grecs, toile de Dela- 
croix, III, 182 et note 4. 

Paysage de Tanger, au bord de la 
mer, toile de Delacroix, III, 
163, 167. 

Paysans (les), roman de Balzac, 
III, 342. 



Paw (Thomas), I, 287. 

Pêche miraculeuse (la), toile de 
Rubens, église Sainte-Marie de 
Malines, II, 22. 

Pêche miraculeuse (la), esquisse de 
Decamps, II, 165. 

Pécourt, peintre, II, 250 note 2. 
— (Mme), II, 250. 

Peïsse (Louis), littérateur, I, 378 
et note 3; II, 203 et note 2, 295 
note 2. 

Pèlerins d*Emmaiis (les), toile de 
Delacroix, II, 137, 157 et note 
2. — toile de P. Véronèse, mu- 
sée du Louvre, III, 231. 

PÉLIS8IER, duc deMalakoff (le ma- 
réchal), IIî, 178 et note 2, 347. 

Pelletan (Eugène), écrivain, 1,273 
et note; III, 160. 

Pelletier^ administrateur, II, 311 
et note 4. 

Pelletier (Laurent-Joseph), paysa- 
giste, I, 347 et note, 349; III, 
26. 

Pellico (Silvio), III, 395. 

Pelouzb (Théophile-Jules) , chi- 
miste, II, 79 et note 1 ; III, 156. 

Pelouze (Mme), II, 288 note 1. 

Pensées (les), de Pascal, II, 446. 

Pepillo, matador, I, 191. 

Percier, architecte, I, 199 et note, 
425. 

Père de famille (le), drame de Di- 
derot, I, 427. 

Pérignon, peintre, directeur du mu> 
sée de Dijon, II, 89 et note 2. 

PÉRiN (Alphonse), peintre, III, 291 
et note. 

Perpignan, peintre, camarade d'ate- 
lier de Delacroix, 1,44 note, 100, 
102, 132,286,287; 111,124. 

Perribr (M.), II, 114, 353, 411; 
III, 341. 

Perrier (Charles), littérateur, III, 
130 et note 3, 181, 185. 



476 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



PSRRiti (Emile), directeur de l'Ope- 
ra-Gomique, II» 75 et note 2, 
9S, 105. 

PÉECGI5 (Pietro Vannucci, dit le), 
maître italien, II, 66, 180; III, 
41, 393. 

Pescatobe, II, 484. 

Pestiférés de Jaffa (les), toile de 
Gros^ musée du Louvre, I, 374. 

Petetin (Anselme), publiciste, I, 
253 et note. 

Petit, peintre, I, 37. 

Petit (Francis), expert, II, 236, 
243 et note 4; III, 118 note 4. 

Petiti (Mme), III, 83. 

Petits Bourgeois (les), roman de 
Balzac, III, 377. 

Pétrarque, II, 49; III, 369. 

Pharsale (la) , poème épique de Lu- 
cain, I, 352. 

Phidus, I, 47, 425; II, 180; III, 
214 note 2, 259, 264. 

Philosophie (la), peinture décora- 
tive de la bibliotKèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, I, 257. 

Phrosine et Mélidor, tableau, I, 33 
et note. — Opéra-comique de 
Mébul, 33 note. — Gravure de 
Prud'hon, 33 note. 

Pia de Tolomeïy drame de Carlo 
Marenco, III, 140 et note. 

Picot (François-Edouard), peintre, 
11,457; III, 34 et note 1. 

Pierre de Portugal, tragédie de 
Lucien Arnault^ I, 133 et note. 

Pierret, peintre, ami de Delacroix, 
I, XIII, 2 note, 12 et note 2, 
13, 15, 19, 21 à 23, 30, 34, 
' 37, 39, 41, 44, 45, 50, 58, 71 
à 76, 79, 81, 83, 84, 90 à 94, 
«6, 99, 101 note, 106, 109, 113, 
- 114, 117 note, 118 note, 123, 
124, 133, 136 à 138, 148, 171 
note, 183, 188 note, 243, 259, 
283, â97, 298, 300, 305, 314, 



316, 318, 319, 331, 341, 343, 
368, 418, 429; II, 74, 81 note, 
103 note, 162 note, 177, 193, 
205, 206, 214 note, 266, 270, 
294, 299, 371, 372, 373. - 
(Henry), son fils, I, 314,418, 
429; II, 372, 373, 379, 388, 
466, 469. — (Mme), H, Î70, 
373, 379, 383, 466, 469; III, 
119, 122. 

PietUy peinture murale de Dela- 
croix, dans l'église Saint-Denis du 
Saint-Sacrement, III, 6 et note. 
— Réduction de la peinture mu- 
rale, III, 137 et note 1, 149. — 
Groupe en pierre de Clésinger, I, 
407. 

PiGALLE, sculpteur, III, 234. 

Piles (Roger de), peintre et écri- 
vain, I, 419. 

Pilon (Germain), III, 252. 

Pindare, II, 258, 259. 

Pinelli, peintre et graveur italien, 

I, 109 et note, 113. 
PiRANESi, graveur italien, II, 269 

et note 1. 

PiROBT, ami de Delacroix, I, 12 et 
note, 22, 39, 66, 73, 266, 268 à 
324, 378; 11,236 note 2, 245, 
254 note, 351, 373 et note; III, 
182, 433 note. 

PiSARONi (Mme), cantatrice, II, 154 
note 2. 

PiscATORT, homme politique et di- 
plomate, I, 431 et note 1. 

Plaideurs sans procès (les), comédie 
d'Etienne, I, 133 et note. 

Planât, peintre, I, 94 note. 

Planche (Gustave) , critique, I, 309; 

II, 334. 

Planet (Henry), peintre, élève et 
collaborateur de Delacroix, I, 
260 et note, 261 note, 265 note, 
305, 314. 

Platon, 1,77; II, 258,443. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



477 



Pi^ESSis (Mme)i voir Arnould- 
Plesst. 

Pl-tJTARQUE, II, 449. 

Poe (Edgar), I, xxiv ; III, 136, 137, 

150 et note, 233. 
Poésie (la), peinture décorative 
de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon , par Delacroix , I , 
257. 

PoiNSOT (Louis), géomètre, I, 314, 
344, 345 et note; II, 130, 374, 
375, 379, 382, 386, 495; III, 
63, 65, 120, 122. 

POIREL, I, 252. 

PoNiATOwSKi (le prince), I, 368. 

PONSARD, auteur dramatique, 1,239 
et note; II, 323 note 2. 

PowTÉcooLANT (le comte de), litté- 
rateur, III, 7 et note 3. — 
(Mme de), III, 130. 

PonTois (M. de), I, 371. 

PORLIER (Mme), tille de M. Bor^ 
not, I, 403 note. 

Portement de croix (le), composi- 
tion de Delacroix pour Téglise 
Saint-Sulpice, I, 241. — Toile 
de Rubens, II, 25, 34. 

Portrait à la main, copie par De- 
lacroix d'un tableau de Raphaël, 
musée du Louvre, II, 106. 

Possoz, membre du Conseil muni- 
cipal de Paris, II, 117 et note; 
III, 340, 342. 

PoTHEY, graveur sur bois, II, 468. 

PoTocKA (Mme), I, 359, 366; II, 
163. 

PoucHKiKE, poète russe, I, 346; II, 
360. 

PouJADE (Eugène), diplomate, I, 
369. 

PoussiK, maître français, I, xzxfiii, 
76, 137, 203, 399 ; II, 63 et note, 
73, 64, 129 à 132, 163, 170 à 
174, 182 note, 183, 186, 189, 
193, 211, 221, 225, 397;. III, 



15, 189, 200, 208, 230, 232, 252, 
385. 
Pozzo Di BoRGO (de), diplomate, 

II, 486. 

P RADIER, sculpteur, I, 410. ' 

Préault (Auguste), sculpteur, I, 

267, 271 et note 6, 352; II, 93, 

201, 266, 313 et note, 368, 369 

et note 1, 375. 
Précieuses ridicules (les), comédie 

de Molière, II, 293. 
Preciosa, opéra de Weber, II, 318 

et note 2. 
Présents de noces (Tanger) , toile de 

Delacroix, II, 292. 
Presse (la), II, 201, 237; III, 30, 

34, 148, 160, 244. 
Primatice (le), maître italien, III, 

15, 199 note 2. 
Procession à Tanger pour porter 

les cadeaux, toile de Delacroix, 

III, 163. 

Prophète (le) , opéra de Meyerbeer, 
1,368,369,371; 11,301. 

Proudhon (G.-J.), philosophe et 
publiciste, I, 342. 

Provincial à Paris (un), roman de 
Balzac, II, 433. 

Provost, modèle de Delacroix, I, 
54. 

Prudent, voir Gaultier (Racine). 

Prud'hon, peintre, I, 253, 256 et 
note, 282, 301 et note, 302, 304, 
330; II, 172, 298, 429; III, 
230, 249 et note 2, 431. 

Pucelle (la), de Voltaire, III, 436. 

PuoET (Pierre), sculpteur, I, 202 
et note, 227, 263, 328; II, 254 
et note, 435, 471 et note, 472;^ 
III, 87, 156, 248,255, 257,307 
et note, 308 note, 411, 414. 

Puits salé, petite place de Dieppe, 
II, 442. 

Puritani (i), opéra de Bellini, I, 
279 et note. 



478 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



PTTHAOOKEy III, 297. 

Python (Apollon vainqueur du ser^ 
pent% plafond de Delacroix, gale- 
rie d'Apollon au Louvre, II, 66. 



QuAEfTiHBT (M.) , Toisin de campagne 
de Delacroix, à Champrosay, I, 
384. 437; II, 185, 213; III, 28, 
32. — (Mme), I, 376, 437, 442, 
446. 

QoATREMÈRE DE QuiRCT, archéolo- 
gue, I, 108 et note. 

Querelles (Mme de), I, 292, 374; 
II, 314, 327. 

QuÉRU (M. de), ami de Berryer, II, 
487. 

Quinze jours au Sinaï, par A. Du- 
mas père, III, 408 et note. 



Rabelais, III, 388, 389. 

Rachel (Mlle), tragédienne, 1, 279 
note, 359, 360, 361 ; II, 90 et 
note 1, 125; III, 315 et note 1. 

Raciue (Jean), I, xliv; 220, 300, 
359, 361, 402, 428; II, 97, 167, 
187, 206, 259, 260, 300, 301, 
303, 395, 396, 440, 469, 480; 
III, 13, 70, 140, 157, 217, 234, 
265, 311, 321, 848, 361, 374, 
405, 427. — (Louis), II, 328. 

Radoïska (la princesse), I, 422. 

Raimoudi (Marc-Antoine), graveur 
italien, voir Marc- Antoine. 

RaissoN (Horace), homme de let- 
tres, I, 16 note 1; II, 23, 372 
et note 1 . 

Rambuteau (le comte de), adminis- 
trateur, III, 5 et note 2. 

Rameau, compositeur, I, 413; III, 
144. 



Rapbakl, maître iulien, I, xxziv, 1, 
29, 45, 82, 96, 105, 108 et note, 
196, 229, 248, 273, 281, 283, 
289, 304, 388, 414; II, 49, 65 
et note, 66, 83, 106, 131, 132, 
136, 180, 204, 395, 426, 429, 
477, 478; III, 15, 41, 96, 120, 
189, 192, 193, 195, 197, 202, 
208, 214 note 2, 220 note, 230, 
232, 246, 252, 255, 282, 303, 
306 et note 1, 307, 312 note, 
331, 335, 355, 356 et note, 357 
et note 2, 382, 394, 414, 416, 
427, 430. 
Raphaël, roman de Lamartine, I, 

415. 
Ratisbornb (Louis), publiciste. II, 

403 et note 2, 405. 
Rayaisson-Mollien (Jean-Gaspard- 
Félix), archéologue, III, 128, 
130, 428. 
Rater (le docteur), I, 314, 344; 

II, 83; III, 259, 276. 
RÉCAMiER (Mme), III, 397. 
Réception de Vempereur Àbd-ehr- 
Rhaman (la), tableau de Dela- 
croix, I, 171 note. 
Redorte (Mathieu de la), homme 

politique, I, 371 et note. 
Régnier, peintre, I, 39. 
Rembrandt, maître hollandais, 1, 
XXIX, xxxviii; I, 263, 414; II, 
7, 40, 41, 65, 66, 169, 170, 221, 
397, 399, 442, 446; III, 230, 
232, 246, 257, 
RÉMUSAT (le comte Charles de), 
homme politique, I, 246, 286, 
372; II, 297 et note 2; III, 415. 
Renaud et Armide, toile de Dela- 
croix, II, 203. 
Rencontre de cavaliers maures y ta- 
bleau de Delacroix, I, 149 note. 
René II (le roi), III, 279, 280. 
René, roman de Chateaubriand, I, 
81. 



TABr,E ALPHABETIQUE. 



47» 



Repas chez Simon (le),{graTare de 
Raimondi, voir Raimonoi. 

Républùfue (la), tableau de Dubufe, 
I, 347, 350. 

Rêve (lej, tableau de Lebmann, II, 
81 note. 

Retenaz, amateur, III, 345 et note 
4. 

Révoltés du Caire (les), tableau de 
Girodet, musée de Versailles, I, 
84. 

Revue britannique, II, 196. 

Revue des Deux Mondes y I, 78, 
256 note, 274 note, 281, 317, 
371; II, 13 note, 178 note 2, 
387 note 2, 407, 430 note 2; 
III, 187 note 2, 249 note 2, 358 
et note, 363 note, 371 note 1, 
392. 

Reynolds, peintre anglais, II, 162 
et note 3, 178 et note 1 ; III, 36 
note, 69, 70, 200, 216, 377. 

RiCHETZKI (M.), I, 368. 

RiCHOMME, ami de Berryer, II, 482 
et note, 484, 485, 487, 490, 491, 
492; 111,174,176. 

RicouRT (Acbille), directeur de 
V Artiste, II, 284 et note 1; III, 
147. 

RiESEKER (Henri-François), oncle 
de Delacroix, I, 9, note, 14, 16, 
17, 19, 24, 53, 118, 135 et note. 

RiESE?iER (Léon) , cousin de Dela- 
croix, peintre, I, 9 note, 14, 
32 noté 2, 53, 58, 63, 66, 122, 
135, 261, 262, 293, 299, 320, 
395; II, 102, 116 note, 136, 
157 et note 1, 161, 177, 193, 
205, 206, 214 note, 270, 294, 
310, 313, 341, 342, 377, 380, 
381, 402,473; III, 12, 65, 69, 
131, 289, 304, 429. 
RiESENER (Mme) mère, tante de 

Delacroix, II, 341 et note. 
RiESENBR (Mme), I, v, 293; II, 



78 note 5, 157 note 1, 310, 350. 

Ris (le comte L. Clément de), 
critique d'art, I, 256 et note; 
III, 101. 

RiSTORi (Mme), tragédienne ita- 
lienne, III, 42 et note, 61, 
140 et note. 

Rivet (le baron Charles), homme 
politique, ami de Delacroix, I, 
256 et note 2, 273, 341, 408; II, 
153 et note 2, 181, 281; III, 
61 et note 3, 65, 305, 403, 404. 

Rivet (Mlle), fille ainée du baron, 
III, 65 et note 1. 

Rivet (Mme), mère du baron, III, 
65 et note 1, 76. 

Rivet (Pierre), peintre, neveu de 
Mme Rivet mère, élève de Dela- 
croix, III, 65 et note 1. 

Rivière (M.), I, 117 et note, 132. 

RoBAUT (Alfred), lithographe et cri- 
tique d'art I, 81 note, 106 note, 
116 note, 448 note; II, 81 note 
1, 222 note, 270 note, 329 note, 
372 noté, 379 note, 457 et pas- 
sim. 

Robelleau (M.), I, 308.— (Mme), 
1,292. 

ROBERETTI, I, 317, 318. 

Robert, de Sèvres, amateur, III, 
167, 184, 275. 

Robert Rruce, opéra de Rossini, I, 
240 et note. 

Robert le Diable, opéra de Meyer- 
beer, II, 296, 300. 

Robert-Fleury (Joseph-Nicolas Ro- 
bert Fleury, dit), peintre, I, 261 
et note. 

Robert-Fleury (Tony), peintre, I, 
261 note. 

Roche, architecte, I, 234 et note, 
239, 282; II, 175.; III, 113, 
136, 145.— (Mme), I, 240 note. 

RODAKOWSKI (Henri), peintre polo- 
nais, II, 156, 220, 226 et note 



480 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



2, 353, 384, 475; III, 25 et note 
1, 180. — (Mme), sa mère, 226 
note 2. 

RoDRiGUES (Hippolyte), financier et 
littérateur, II, 312 et note 2; 
III, 28, 33, 161. — (Mme), III, 
33, 130. — (Georges), III, 33 
et note 2. 

RoEHN, peintre, II, 98 et note. 

RooER DU ^ORD (le comte), homme 
politique, III, 185 et note 1. 

Roger délivrant Angélique, tableau 
d'Ingres, musée du Louvre, I, 84 
et note 3. 

RoGET (Emile), graveur en médail- 
les, voir BOREL-ROGET. 

Roméo et Juliette, deux toiles de 
Delacroix, 1** les Adieux; 2* la 
Scène des tombeaux des Capu- 
/cf^, II, 395 et note; III, 137. 

Bornéo et Juliette , tragédie de Sha- 
kespeare, III, 420, 424. 

Romeo e Giuletta, opéra de Zinga- 
relli, I, 27 note. 

RoMERO, matador, I, 191. 

RoMiEU, homme de lettres, II, 75. 

RosA Bonheur (Mlle), peifatre, I, 
351 et note 2; II, 226 et note; 
III, 132. 

Fioses trémières, étude de pastel 
de Delacroix, II, 409. 

RossiKi, compositeur italien, I, 55, 
230, 266, 286, 418, 419, 422; 
II, 153 note 1, 155, 160, 167, 
177, 190, 282, 328, 474; III, 
14, 59, 123, 124, 144, 182, 192, 
257, 271, 318, 355, 397, 398. 

Rouget (Georges), peintre, ami de 
Delacroix, I, 16 note, 55, 58, 72, 
75, 79, 81, 92,03, 102, 103, 117, 
122. 

RouLUND (Gustave), magistrat et 
homme politique, III, 185 et 
note 4, 300 et note. 

RoussEnu (J.-J.), 1, 123, 124, 326, 



437; II, 191, 246, 407, 442, 
444, 469; III, 110, 140. 

RocssBAU (Philippe), peintre, III, 
26 et note 4, 124, 127. 

Rousseau (Théodore), paysagiste, 

I, 254, 303, 420, 422; III, 25, 
26 et note 4, 391. 

RouviÈre (Philibert), peintre et 
acteur, III, 131 et note 4. 

Roter (Ernest de), magistrat et 
homme politique, III, 130 et 
note 2. 

RuBEMPRÉ (Mme Alberte de), I, 
297 et note; II, 156. 

RuBENS, maître flamand, I, xxix, 
XXXIII et suiv. ; 73, 142 à 144, 
149 et note, 229, 240, 242, 
244, 245, 248, 253, 254, 262, 
263, 275 note, 282, 289, 296, 
300, 303, 304, 329 k 332 et 
note, 359, 374, 375, 387, 391, 
448; II, 3, 5 et note 1, 6, 
7, 8, 14, 22, 23, 24 et note, 
26, 27, 39, 40, 41, 49, 63, 69, 
70, 73 et note, 83, 86, 124, 
125, 136, 150, 155, 167, 170, 
171, 241, 250, 251 et note, 
252, 276, 280, 285, 388, 396, 
399, 426, 440, 471, 477; III, 
70, 94, 96, 197, 199 note 2, 
201 note 2, 202, 208, 209, 220, 
232, 235, 238, 240, 246, 252, 
257, 261, 264, 265, 272, 282, 
283, 297, 299, 307, 308, 322, 
331, 337, 350, 353, 356, 357, 
381, 389, 395, 413, 414. 

Rudder' (Louis-Henri de), peintre, 
III, 351 et note 2. 

Ruysdael, maître hollandais, 1, 296; 

II, 49, 397; III, 282. 

S 

Sacrifice d* Abraham, toile de De- 
lacroix, III, 402. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



481 



Sacrifice tT Abraham (le), opéra de 
.GimaroBa, I, 308. 

$aint Antoine de Padoue et la 
Vierge^ toile de Rubeng, église 
Saint-Antoine de Padone, à An- 
vers, II, 26. 

Saint Benoît y tableau de Rubens, 
1,254, 275; II, 8. 

Sainte Denis du Sainte Sacrement 
(église de), ou Saint-Louis, a. 
Paris, I, 288. 

Saint Etienne recueilli par les 
saintes femmes et des disciples, 

. toile de Delacroix, musée d'Ar- 
ras, I, 335 et note. — Esquisse 
par Delacroix, III, 401. 

Saint François, toile de Rubens, 
musée d'Anvers, II, 5, 6, 8 

Saint Georges, petite toile de De- 
lacroix, musée de Grenoble, II, 
369. 

Saint-Germain des Prés (église de), 
11,94. 

Saint Hubert, gravure d'Albert Du- 
rer, I, 353. 

Saint Jean dans la chaudière, 
église Saint-Jean de Malines, II, 
22. 

Saint Jean écrivant, église Saint- 
Jean de Malines, II, 22. 

Saint Jean-Baptiste, église Saint- 
Jean de Malines, II, 22. — Toile 
de Delacroix, III, 184 et note 2. 

Saint Just, tableau de Rubens, 
musée de Bordeaux, I, 262; II, 
150. 

Saint Liévin, toile de Rubens, mu- 
sée de Bruxelles, II, 7 et note 
1,34. 

Saint Michel terrassant le dragon, 
toile de Delacroix, III, 136 note 
4. 

Saint Paul, musée d'Anvers, II, 6. 

Saint Pierre, toile de Rubens, 
église Saint-Pierre, à Cologne, II, , 
III. 



18. — Panneau du même, église 
de Malines, II, 24. 

Saint Pierre délivré de prison, 
dessin d'Ingres, I, 139. 

Saint Sébastien a terre et les Saintes 
femmes, toile de Delacroix, 1, 
298, 414; II, 138, 146. — (Va- 
riante) II, 466; III, 164 note 
2, 362 note. 

Saint Sépulcre (église Saint- Jac- 
ques), à Dieppe, II, 415. 

Saint Thomas, toile de Delacroix, 
II, 138. 

Sainte il nne^ esquisse de Delacroix, 

I, XXX. 

Saints Anges (les), composition 

projetée pour l'église de Saint- 

Sulpice, I, 385. 
Saimt-Georoes (Jules-Henri Vernoy 

de), auteur dramatique, II, 75. 
Saint-Germain, III, 182. 
Saint Léon, roman de Godwin, I, 

100. 
Saint-Marc Girardin, professeur et 

littérateur, II, 407 et note. 
Saint-Marcel, paysagiste, élève de 

Delacroix, I, 319 et note; II, 87 

note 1. 
Saint-Prix, comédien, II, 97 t 

note. 
Saint-René Taillandier, littérateur, 

II, 37 et note 3; III, 169, 182. 
Saint-Simon (duc de), historien, 

III, 347, 385. 

Saint-Simon (le comte de), socia- 
liste, I, 428. 

Sain'p-Victor (Paul de), critique, 
m, 148 et note. 

Sainte-Beuve, critique, I, xi; II, 
177, 178 et note, 367, 380 ; 
III, 237, 263. 

Saisons (les), quatre toiles ébau- 
ches de Delacroix, III, 401. 

Salons de Paris (les), de Mme An- 
celot, III, 315. 

31 



482 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Salter (ÉlÎMibeth), modèle de De- 
lacroix, I, 3, 68, 88 note. 

Saltakdt (Mme de), fille cadette 
da baron Rivet, III, 403. 

Samaritain (un), toile de Dela- 
croix, I, 377; II, 75, 78 et note 
2. 

Samaritain dans V auberge (le), 
toile de Decampt, II, 174. 

Samson et Dalila, toile de Dela- 
croix, 1, 377, 438; II, 229 et note 
1,291. 

Samson tournant la meule, destin 
de Decampt, I, 286. 

Sard (George), I, xxt, 207 et note, 
222 note, 262, 264 et note, 266, 
270, 276, 283, 287, 292, 294, 
296, 298, 305 note, 309, 311, 
340 et note, 341, 345, 372, 
406; II, 74 et note, 75, 87, 220, 
238, 249 note, 250 note 1, 283 
et note, 300, 410; III, 9, 18, 34 
et note 2, 35 note 2, 110, 124 et 
notes 2 et 3, 131, 333, 334, 
391, 417, 436. 

Sard (Maurice), fils de George 
Sand, élève de Delacroix, II, 87 
et note 1. 

Satyre dans les filets, composition 
de Delacroix, II, 284 et note 2. 

Savary (Charles-Etienne), orienta- 
liste, I, 107 note. 

Saxe (tombeau du maréchal de), à 
Strasbourg, III, 86, 88, 226, 
382. 

Scène des tombeaux des Capulets 
(Roméo et Juliette), toile de 
Delacroix, II, 395 note. 

ScHEFFER (Ary), peintre, I, 71. 

ScBEFFER (Henry), peintre, frère 
d'Ary Scheffer, I, 66, 69, 72, 
74, 76, 80, 81, 89, 95, 97, 127, 
136, 138, 299, 320 ; II, 222. 

Schiller, II, 299, 300. 

ScHiRMEB (Jean-Guillaume), pein- 



tre allemand, II, 37 et note 1 

Schneider, industriel et homme po- 
litique, III, 340. 

ScHRBTz (Jean-Hector), peintre, 1, 
79 et note. 

ScHURERT, compositeur allemand, 
I, 415. 

ScHDLER (Charles-Auguste) , gra- 
veur, III, 82 et note i, 83, 85, 
96. 

ScHwiTER (le baron), ami et Tun 
des exécuteurs testamentaires de 
Delacroix, III, 69 et note, 167. 

Science du bonhomme Bichard (la), 
par Franklin, I, 127. 

Sciences (les), peinture décorative 
de la bibliothèque du Palais- 
Bourbon, par Delacroix, 1, 257. 

Scott (Walter), romancier anglais, 
1,137,232,284; II, 264, 265, 
302 ; III, 125, 140, 204, 233, 
381 note, 422, 424. 

Scribe (Eugène), auteur dramati- 
que, I, 346. 

SÉBASTIEN (Don), roi. de Portugal, 

I, 161 et note, 180. 

Sebou (la rivière), au Maroc, 1, 164. 
SÉCHAN (Charles), peintre décora- 
teur, III, 86 et note. 
Secret (le), opéra-comique de Solié, 

II, 462 et note 1. 

Sedaike, auteur dramatique, I, 219, 
220. 

SÉ6ALA8 (Pierre-Salomon), chirur- 
gien, III, 123 et note 1. 

SÉGALA8 (Mme Anaïs), femme de 
lettres, II, 80 et note 1. 

SÉGUR (général oe), II, 292. 

Sémiramisy opéra de Rossini, II, 
153 et note 1, 157, 160, 167, 
282, 468, 474. 

Sénèque se fait ouvrir les veines, 
peinture décorative de la biblio- 
thèque du Palais-Bourbon, par 
Delacroix, I, 258, 290. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



483 



Séville (Chartreuse de), I, 190. 

Shakespeare, I, 219 à 222, 232, 
274, 361; II, 187, 206, 258, 
260, 285, 303, 395 note, 440; 
III, 16 à 18, 59, 144, 156, 207, 
269, 210, 217, 234, 312, 313, 
321, 348, 374, 386 à 388, 397, 
398, 421, 436. 

SHEpPARD(Mme), II, 117, 119, 419, 
424. 

Sheridan, orateur et auteur drama- 
tique anglais, I, 226. 

Shore {Jane) y aquarelle et litho- 
{ijraphie de Delacroix, I, 70, 79, 
95. 

Sibylle au rameau (Vor (la), toile 
de Delacroix, I, 279 et note; II, 
90 note 1. 

Sidi-Mohammed-ben-Serrour, aven- 
turier marocain, I, 231. 

Sioi-Taieb Bias ou Biaz, Marocain, 
de Tanger, I, 146 note, 164, 165, 
166, 177. 

SiGNOL (Emile), peintre, II, 222 et 
note 3, 311 ; III, 416 et note. 

Signorelli (Luca), maitre italien, 
II, 277 et note 

SiMART, sculpteur, II, 375 et note 
3. 

Simon (Jules), philosophe et homme 
politique, III, 148. 

SiROUY (Achille), lithographe, III, 
28 et note 2. 

SOCRATE, I, 34; III, 126. 

Socrate et son démon, peinture dé- 
corative de la bibliothèque du 
Palais-Bourbon, par Delacroix, 
I, 258, 290. 

Solange (Mlle), fille de George 
Sand, depuis Mme Clésinger, I, 
264 note, 305 et note, 307, 407; 
Ilf , 28 et note J . 

Soleil couchant, peinture et dessin 
à la plume de Delacroix, I, 214. 
— Esquisse de Delacroix, II, 246. 



SOLIÉ, compositeur et chanteur, II, 
462 et note 1. 

Solimène (François) , maître ita- 
lien, I, 203 et note. 

Sophocle, II, 121. 

SouLiÉ (Eudore), conservateur du 
musée de Versailles, I, 259 et 
note, 260; III, 68. 

Soulier, peintre, ami de Delacroix, 

I, XIII, 16 note, 55, 56, 63, 
70, 72, 74, 75, 81, 84, 89, 90, 
95 note, 99, 102, 106, 107, 109, 
113, 117, 127, 130, 132, 137 à 
139, 290, 298, 318, 319, 329, 
331, note 1; II, 294; III, 329 
et note. 

SouLT (le maréchal), I, 106, 243; 

II, 286. 

SouTMAN, peintre et graveur hol- 
landais, I, 242 et note, 244. 

SouTY, marchand de couleurs, I, 
303. 

Souvenirs de la Terreur, de G. Du- 
val, 1,240. 

Sparre (Mme de), I, 249 et note. 

Spectateur (le), d'Addison, II, 231, 
232, 258, 260. 

Sportini, compositeur italien, I, 
284 et note; II, 323 note, 370 et 
note 1. 

Stael (Mme de), I, 59, 79. 

Stahl, pseudonyme de Hetzel. Yoy. 
Hetzel. 

Stanislas, voir Legzirski. 

Stendhal, pseudonyme de Henri 
Betle, I, XI, 55, 411 et note; 

II, 178 et note 2, 275, 365; 

III, 20 note, 101, 318, 360, 395, 
414. 

Steubek (Charles), peintre d'his- 
toire et de portraits, I, 79 et 
note. 
Stratonice, tableau d'Ingres, II, SIS^ 
Subërval (Mme de), III, 335. — ' 
(Mlles), III, 335. 



484 



TABLE ALPHABETIQUE. 



SuBETTi, music'ieiiy I, 368. 
Surville, comédien, pais marchand 

de tableaux, III, 402 et note 3. 
SusannCf toile de Delacroix, I, 408 ; 

11,46. 
Susanne, toile attribuée à Rubene, 

I, 303. — Toile de P. Véronc»e, 

II, 38. 

SuzAiisET (famille de), amie de Ber- 
ryer, II, 366; — (Mme de), II, 
482. 



Talabot (Paulin), ingénieur, III, 
180 et note 1. 

Talleyraxd (prince de), I, yi et s. ; 
II, 486. 

Talma, tragédien, I, 247; II, 98, 
143, 144. 

Tarn O* Shanter, toile de Dela- 
croix, I, 376 et note 1. 

Tancrède, opéra de Rossini, I, 19, 
83. 

Tasse en prison, tableaux et dessin 
de Delacroix, I, 4 et note, 34, 
39 et note, 83. 

Tattet (Alfred), banquier, III, 3 
et note 1, 4, 181. 

Taurël (François), peintre, I, 32 
et note; 54, 75. 

Tautin (la mère), I, 61 et note, 
62,63,70,72,97, 134. 

Taylor (le baron), littérateur et ar- 
tiste, III, 50 et note 3. 

Tedesco, marchand de tableaux, II, 
137; III, 118 et note 4, 137,142. 

Tklefsen, III, 126. 

Tële'maque {les Aventures de) y par 
Fénelon, II, 442. 

Templier emportant Rebecca du 
château de Frondeley pendant 
le sac et Vincendiey toile de De- 
lacroix, III, 149. 



Temps luttant contre le chaos ;le), 
sur le bord de Vabimey projet de 
tableau de Delacroix, I, 89. 

TÉRIERS (David), maître flamand, 
III, 211. 

Terrt, acteur anglais, III, 50. 

Thater, III, 135. 

Théologie (la), peinture décora- 
tive de la bibliothèque du Pa- 
lais-Bourbon, par Delacroix, I, 
257. 

Thermopyles (les) , toile de David, 
musée du Louvre, I, 327. 

ToKVELiN, dessinateur, II, 376, 401, 
427; III, 101. 

Thibaut (Germain) , membre du con- 
seil municipal de Paris, II, 161 
et note 1. 

Thierry (Alexandre), chirurgien, 

II, 79 et note 2. 

Thierry (Edouard), publiciste, 11, 
228 et note 2; III, 182 et note 
2, 237, 263, 264, 315. 

Thierry (Mlle), violoniste, I, 368. 

TuiERS (M.), histonen et homme 
politique, I, 243, 246, 258 note, 
270, 276, 289, 292, 298, 344, 
364, 426; II, 77 et note, 311 et 
note 7, 485 ; III, 1 et note 3, 4, , 

•5, 6, 8, 159, 185 et note 1, 
225,250,261,289,436. 

Thil, I, 104, 107, 132. 

Thomas, marchand de tableaux, 1, 
342, 357 et note; II, 137, 138, 
222, 281, 369. 

Thurot (Jean-François), helléniste, 

III, 100 et note 2. 
Tigre (un), petite toile de Dela- 
croix, II, 137. 

Tigre attaquant le cheval et l'hom- 
me, toile de Delacroix, II, 368 
et note 2, 380. — Croquis du 
même, 402. 

Tigre (le) et le serpent^ petit ta- 
bleau de Delacroix, II, 78. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



485 



Tigre gui lèche sa patte, toile de 
Delacroix, II, 40. 

TiNTORET (le), maître vénitien, I, 
299. 

TiTE-LivE, III, 263. 

Titien, maître vénitien, I, xxxiii; 
73, 76, 144, 273, 284, 289, 298, 
321; II, 27, 124, 131, 136, 145, 
266, 315, 397,399, 429; III, 11, 
96, 190 et note 1, 191 et note, 
192, 193, 194, 195, 196, 197, 
202, 229, 231, 246, 252, 254, 
255, 256, 297, 299, 314, 353, 
356, 357, 414. 

Tobicy esquisse de Delacroix, III, 
437. 

Tobie, toile de Rembrandt, III, 
246. 

Tobie guéri par son fils, esquisse 
de Rubens, II, 7. 

Topffer (Rodolphe), écrivain gene- 
vois, I, 329. 

ToRÀiGiAifi, sculpteur florentin, I, 
192 et note. 

Tory (Geoffroi), typographe et gra- 
veur, III, 244 et note 2. 

Trajan donne audience à tous les 
peuples de V Empire romain, 
projet de tableau de Delacroix, 
I, 215. 

Trajan (justice de), I, 885,222 
note 1. — Esquisse du même su- 
jet, III, 316 et note 2, 317. 

Transfiguration (la), toile de Ru- 
bens, musée de Nancy, III, 282. 

Trélat, III, 435. 

Trbl&t (le docteur Ulysse), II, 389 
et note. 

Triqoeti (le baron de), peintre et 
sculpteur, I, 319 et note. 

Tristes (les), poème de Belmontet, 
I, 113 note. 

Troupes marocaines dans les mon- 
tagnes, toile de Delacroix, III, 
349. 



Trousseau (le docteur), II, 139 et 
note, 140; III, 125, 318. 

Trovatore (il), opéra de Verdi, III, 
119. 

Troton, peintre, III, 182 et note 5. 

Turc montant à cheval (le) , aqua- 
tinte de Delacroix, I, 72, 73, 93. 

Turc qui caresse son cheval (le), 
aquarelle de Delacroix, I, 108. 

TuRCK (le docteur Léopold), III, 
345 et note 2. 

TURENITE, III, 5, 354. 

Turner (William), peintre anglais, 
I,39note; III, 19 et note, 377. 

Ttszkiewibz (le comte), archéo- 
logue polonais, I, 314 et note. 



Ugalde (Mme), cantatrice, I, 361. 

Ugolin, toile de Delacroix, I, 319 
et note, 377, 378, 438; II, 57 
note; III, 149, 162, 401. 

Ulysse, tragédie de Ponsard, II, 323. 

Une famille juive, tableau de De- 
lacroix, I, 152 note. 

Ursule Mirouet, roman de Balzac, 
III, 408, 411. 



Val d'Ajol vu de la Feuillée Doro- 
thée (le), croquis par Delacroix, 
III, 344 note 2. 

Val d'Andorre (le), opéra-comique 
d'Halévy, I, 361. 

Valette (M. de La), I, 105. 

Valentin (la mort de), I, 287. 

Vallak, acteur anglais, III, 50. 

Vallon (M. de), I, 372. 

Valon (le vicomte de), littérateur 
français, I, 344 et note. 

Vampire (le), drame fantastique 
d'Alex. Dumas père et Aug. 
Maquet, III, 332 et note 2. 



4S« 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Vardamme (le général), I, 381 ; II, 
292. 

Vas der Vkldb, maître hollandais, 
III, 203. 

Vah Dtck, maître flamand, I, 
xzxit; 88, 143, 253; II, 22, 25, 
39; 111,70, 82,231. 

Van ErcK, maître flamand I, 331; 
II, 136; III, 41, 317. 

Van Huthbn, II, 30, 34. 

y AN IsAKER, amateur belge, I, 291 
et note. 

Vanloo ( les ), peintres , 1 , 257, 
281, 307, 391; II, 136, 139, 
173, 279; III, 88, 89, 203, 206, 
248, 252, 278, 383, 430. 

Van Orlet, maître flamand, II, 3 
note 2. 

Van Ostadb, maître hollandais, I, 
17; 111,203. 

Van Thulden (Théodore) , maître 
flamand, II , 3 note 2, 8 et note. 

Vawni (Francesco), peintre et gra- 
veur italien, II, 277. 

Varchi (Benedetto), historien et 
poète florentin, II, 429 et note. 

Varcollier, administrateur, I, 315 
et note, 373; II, 82, 92, 93, 
102, 103, 106, 220, 467; III, 
6, 21, 318, 395. 

Varroquier, grand-oncle de Ber- 
ryer, II, 488, 489. 

Viue de fleurs y composition de De- 
lacroix, I, 354 et note. 

Vatel, ancien directeur des Italiens, 

II, 237. 

Vassé (Louis - Claude) , sculpteur, 

III, 281 et note 1. 
Vau (Albert de), II, 349. 
Vaudoter (Léon), architecte, I, 421 

et note. 
Vaufreland (La vicomtesse de), 
amie de Berryer, III, 11, 120, 
126; — (Mlle de), II, 490, 492; 
III, 11. 



Vadréal (le comte de) , III, 62, 173. 

Vauréal (de), fils du précédent, III, 
62, 173. 

Velasquez, maître espagnol, I, 75, 
85, 87 à 91, 93, 96, 110. 

Velpeao (le docteur), II, 295 et 
note 1, 432. 

Vénus désarmant F Amour, tableau 
du Corrège, III, 82. 

Verdi (J.), compositeur italien, I, 
282. 

Vernet (Horace), peintre, I, 138; 
III, 113 et note, 352. 

Verninag Saint- Maur (de), beau- 
frère de Delacroix, I, 11 note. 

Verninag (Charles de), neveu de 
Delacroix, I, 3, 24 note. 

Verninag (Mme Duriez de), III, 
80 et note. 

Verninag (Raymond de), I, 51, 52. 

Verninag (François de), III, 71 
note, 73, 74 et note, 75, 76, 101 
et note; — (Mme de), III, 74. 

VÉRON (le docteur), publiciste, I, 
360 et note; II, 185, 224,225, 
228, 247, 249, 250 note 1, 258, 
287, 290, 295. 

VÉRON (Th.), peintre, élève de De- 
lacroix, II, 87 note 1. 

Verrogghio, maître florentin, III, 
393. 

VÉRONBSE (Paul), maître vénitien, 
I, 76, 142, 143, 174, 205, 229, 
298, 321; II, 27, 38, 40, 41, 
136, 170, 171, 237, 315, 381; 
III, 196, 197 note, 198, 202, 
231, 256, 322, 395, 414. 

Vestale (la), opéra de Spontini, I, 
284 note; II, 323, 355, 370 et 
note 1, 373. 

ViARDOT (Louis), littérateur, II, 
311, 360, 405; III, 2 et note 3, 
8, 292, 297. 

ViARDOT (Mme), cantatrice, I, 372 
et note 2; III, 11, 122, 123, 126, 



TABLE ALPHABETIQUE. 



487 



127, 131, 139, 391 note 2. Voir 
Pauline Garcia. 

Vicomte de Bragelonne (le), roman 
d'Alex. Dumas père, II, 433. 

Victoria (la Reine), III, 66, 67. 

Vie d'Achille, tapisseries de Ru- 
bens, II, 69 et suiv. ; III, 240 et 
note 2. 

Vie d*Herculey onze compositions, 
par Delacroix, II, 87 et note 2; 
m, 323. 

Vie de Léonard de Vinci, par 
M. Clément, III, 392. 

Vie de MicheUAnge^ par M. Clé- 
ment, III, 392. 

ViEGRA, II, 237. 

Vieillard, ami de Delacroix, I, 
254, 281, 285, 290, 302, 314, 
323, 334, 345; II, 163, 220, 
221, 224, 288, 380, 495; III, 
65, 101, 120, 186, 275, 285. 

Vieillard (Mme), I, 277. 

ViEiLLARD-DcvERGER (Eugène), im- 
primeur. Voir DUVERGER. 

ViEILLARD-DtJVERGER (Louîs), régîs- 

seur de l'Opéra-Comique, puis 

directeur d'agence théâtrale, III, 

305 note 1. 
Viel-Ca8TEL (le comte Horace de), 

littérateur, III, 26 et note 1. 
Vierge couronnée (la) , toile de 

Rubens, musée de Bruxelles, 

."• ''• 

Vierge levant le voile (la), toile de 

Raphaël, I, 273, 281, 283. 
Vieux Caporal (le), drame de Du- 

manoir et d'Ennery, II, 201 et 

note. 
Villa Palmier (la), roman d'Alex. 

Dumas, II, 445. 
ViLLÀLE (de), homme politique, III, 

59. 
ViLLEMAiK, ingénieur. II, 44. 
Villemain, littérateur, II, 37, 312, 

359. 



Villot (Frédéric), graveur, ami de 
Delacroix, I, 202, 231, 243, 273, 
280, 281, 285, 298, 300, 307, 
308, 314, 316, 319, 321, 324, 
329, 335, 367, 374, 376, 381 à 
384,408, 429; 11,84, 89, 122, 
237 et note 3, 238, 243, 256, 
296, 312, 339, 381, 384, 475, 
481; 111,68,100,118, 161, 330, 
331, 349; — (Georges), fils de 
Frédéric, I, 446 et note 1 ; II, 
235; — (Mme), I, 243, 358, 
376, 381, 382; II, 46, 157, 193, 
207, 208, 235, 237, 243, 247, 
250, 256, 263, 296, 334, 492; 
III, 25, 27, 33, 148, 161, 162, 
163, 184, 333. 

ViMONT (Alexandre), peintre, élève 
de Delacroix, I, 236 et note; II, 
411. 

Vinci (Léonard de), makre ita- 
lien, I, 88, 354; II, 277, 278 et 
note; 111,246,356,392,393,431. 

ViOLLET-LE-Dcc, architecte, I, 343 
note; 111,63. 

Virgile, II, 258, 259, 260, 300; 
III, 157, 177, 237, 240, 254, 
263, 311, 361, 369. 

Virgile et Dante, tableau de Dela<t 
croix. Voir Dante, 

ViscONTi, architecte, II, 295 et 
note 3, 304 et note, 308. 

Vision d^Ézéchiel (la), toile de Ra- 
phaël, II, 49. 

Visites (les) , gravure de Debucourt, 

I, 186. 

Vitrail de Taillebourg (le), toile 
camaïeu de Delacroix, I, 231. 

Vivier (Eugène), corniste, III, 144 
et note 1. 

Vœu de Louis XIII (le), toile d'In- 
gres, cathédrale de Montauban, 

II, 318. 

Voltaire, I, 123, 124, 229, 314, 
348, 419, 423, 427; II, 16,177, 



488 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



178, 180, 181, IM, Î49, 264, 
450, 469; III, 99, 140, 147, 
187, 189, JOO, 201, 239, 273, 
319 à 321, 332, 333, 348, 361, 
385, 390, 392, 399, 410, 411, 
413, 415, 436. 

VoDTiEii (M.), I, 51, 52. 

Vue de Dieppe, aquarelle de Dela- 
croix, III, 316, 351. 

Vue de ma fenêtre, toile de Dela- 
croix, I, 378. 

Vue de Tancarville, aquarelle par 
Delacroix, III, 430. 

Vue de Tanger^ toile de Delacroix, 
II, 138. 

Vue de Venise, toile de Ziem, II, 
226, 25Kr note. 

Vulcain dans sa forge, toile de Ru- 
bens, musée de Bruxelles, II, 388. 



W Y Z 

Wagner (Richard) , compositeur 

allemand, III, 90 et note 1, 

91 note, 354 note 1. 
Wappers (le baron), peintre belge, 

II, 38 et note 3. 
•Washihotow, I, 117. 
Watteau, peintre, I, 295, 296, 

351; II, 397; III, 4,203,294, 

316 et note 3, 317. 
Weber, compositeur allemand, I, 

230, 419; II, 82 note, 166, 169. 
Weill, marchand de tableaux, I, 

357 et note ; II, 137, 138, 368, 

380, 402; III, 267. 
Weislingen enlevé, lithographie de 

Delacroix, I, 214. 
Werdet, maître d'écriture de Dela- 
croix, T, 285. 



Wertheimer (M.), amateur, I, 

242 et note. 
West, peintre américain, III, 69, 

71. 
Wet (Francis- Alphonse), littéra> 

teur, I, 295 et note; III, 68 et 

note 2, 146. 
Wilkie, peintre anglais, I, 196 et 

note; II, 162; 111,36 note, 37 

et note 3, 41. 
Williams (M.), à Séville, I, 190, 

191, 192. 
WiLSON (Daniel) père, II, 288 et 

note 1 ; III, 135. 

WlLSOH-QuAHTIHET, I, 408. 

WiNCKELMANH, archéologuc alle- 
mand, III, 384. 

WiNTERHALTER (François-Xavier) , 
peintre allemand, III, 91 et 
note 1. 

WiTTOERSTEiN (la princesse de), III, 
68 et note 1. 

Wurtemberg (le prince de), II, 
485. 

Wyld (William), peintre anglais, 
III, 146 et note 1. 

Ytah, général russe, III, 351. 
YvON (Adolphe), peintre, II, 314 

et note 7; III, 118. 
Yrvoix, de la maison de TEmpe- 

reur, III, 341 et note. 

Ziegler (Jules-Claude) , peintre, 
II, 38 et note 2. 

Ziem, peintre, II, 226, 227 note. 

Zimmermann, compositeur et pia- 
niste, I, 285, 395 et note 1; II, 
265 et note; 111,52. 

ZucHELLi, chanteur italien, I, 54. 

Zyirbaran, maître espagnol, T, 189. 



FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE. 



TABLE CHRONOLOGIQUE 

DES TROIS VOLUMES DU JOURNAL D'EUGÈNE DELACROIX 



TOME PREMIER 
(1822-1849) 

Année 1822 1 

— 1823 28 

— 1824 50 

— 1825 140 

— 1830 142 

— 1832. (Voyage au Maroc.) 145 

— 1834 193 

— 1840 195 

— 1843 198 

— 1844 202 

— 1846 ". 218 

— 1847 235 

— 1849 337 



TOME II 
(1850-1854) 

Année 1850 i 

— 1851 46 

— 1852 69 



490 TABLE CHRONOLOGIQUE. 

Année 1853 139 

— 1854 305 



TOME III 
(1855-1863) 

Année 1855 1 

— 1856 123 

— 1857 189 

— 1858 304 

— 1859 352- 

— 1860 363 

— 1861 425 

— 1862 429 

— 1863 433 



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